LE FEVRE.

Mon père étoit anglais et officier dans les armées. Il étoit en garnison

à Clonmel en Irlande, lorsque j'y naquis; je restai dans ce royaume

jusqu'à l'âge de douze ans, et j'y reçus les premiers élémens de la

littérature, par les soins affectueux d'un lieutenant du régiment de mon

père. Il s'appeloit Lefevre. Je lui dois infiniment plus que ma

grammaire latine; il m'apprit aussi celle de la vertu. Cet excellent

homme sema le premier dans mon cœur, les principes, non d'un ministre,

mais d'un chrétien. _Il embauma mon ame du parfum de la bienveillance et

de la philantropie_; il lui imprima cette sensibilité qui la fait vibrer

à la vue des maux de l'humanité.

Il m'apprit que la tempérance est la mère de la charité; et c'est dans

ce sens seulement que j'aime la vérité de ce proverbe, _charité bien

ordonnée commence toujours par soi-même_.

Il assouplit et adoucit mon caractère par ses exemples; et il me doua

enfin de quelques vertus qui ont fait le bonheur et le malheur de ma

vie, et qui m'assurent le repos de l'éternité.

Le Fevre est mort depuis long-temps; et je répète, j'écris son nom avec

la reconnoissance et le respect que je dois à sa mémoire. C'est tout ce

que je puis faire. J'aurois arraché de dessus sa tombe quelque plante

malfaisante, si j'y en avois vu croître; car certainement ses cendres

n'en peuvent, ni au physique ni au moral, produire et nourrir aucune.

Oeuvres complètes, tome 1 · 第 16 / 116 题