Que faire? Où aller? Que faire dans la vie? Où aller dans la vie?... Je
suis perdu tout seul dans la nuit. Je suis une île au milieu des eaux.
Je suis une étoile au milieu du ciel. Je suis seul! Je suis seul! Je
suis une pauvre âme qui pleure, et je ne sais plus rien: qu’est-ce que
l’amour? qu’est-ce que la vie? qu’est-ce que la joie? qu’est-ce que la
douleur? ô dites moi, dites-moi surtout: qu’est-ce qu’on appelle le
bonheur?...
* * * * *
Soleil!... Il y a du soleil jusqu’au bout du monde... Toute la plaine
est dans la lumière. Petite feuille, petite feuille, balance le
soleil... Suis-je là, ou ne suis-je pas là? Voilà des branches, voilà
de l’herbe, je sens qu’elles ne me voient pas. Je suis dans la plaine!
Je dois, comme ce mouton, porter de la clarté!... Je marche, mon pied
s’appuie, est-ce que je ne pèse pas comme un homme? Je suis dans la
plaine! On ne m’entend pas, qu’est-ce qui entend? Je suis si loin!
J’écoute, et je n’entends pas les oiseaux...
O comme ce beau ciel bleu est triste à mon âme solitaire! Navrantes
splendeurs, beautés pour les larmes, ô fastes désolants. La joie qui
chante dans la musique des arbres, et le frisselis des eaux, les
éblouissements roulants sur les pelouses, les feuilles qui chatoient
et la lumière comme un fleuve, vous m’accablez, vous m’accablez... O
ma pauvre âme solitaire, quels tumultes de joie, quels étincellements
d’allégresse, les fleurs se balancent en parfumant, et les oiseaux
s’élancent vers le ciel... Désespoir! tout s’écrie de bonheur
divinement, et moi je ne puis que gémir! O moi qui voudrais tellement
m’élancer vers le ciel, moi qui voudrais baiser l’azur, hélas! hélas!
ô douleur! Pourquoi ce parc est-il si beau, pourquoi ce ciel, pourquoi
cette eau, pourquoi, pourquoi mon Dieu? N’est-ce donc que pour emplir
mon âme des immenses désirs, que pour la décevoir, et pour qu’elle
pleure ainsi affreusement au spectacle de son impuissance?...
Mon âme est pleine, mon âme déborde!
Je ne puis pas contenir mon âme...
... Mais elle ne peut pas s’épancher!...
Mon âme! mon âme! il faut que mon âme s’exhale...
Qu’elle se perde, éperdue, dans le vent qui s’enfuit...
O mon Dieu répandez mon âme! Je ne puis pas la garder en moi, je
souffre, je souffre, elle ne peut pas demeurer en moi...
Mon Dieu je suis mourant d’amour
Mon Dieu je suis mourant de vie