--Allez, allez donc! disait-il toutes les fois que Lerouge faisait
seulement mine de s'arrêter.
--Donc, poursuivit le marin, j'étais content assez, lorsqu'un matin je
vis tourner autour de chez nous un domestique de chez monsieur le comte
de Commarin, dont le château est à un quart de lieue de chez nous, de
l'autre côté du bourg. C'était un particulier qui ne me revenait pas du
tout, un nommé Germain. On prétendait comme cela qu'il s'était mêlé de
la faute de la Thomassine, une belle fille de chez nous qui avait plu au
jeune comte et qui avait disparu. Je demandai à ma femme ce que lui
voulait ce propre à rien; elle me répondit qu'il était venu lui proposer
de prendre un nourrisson. D'abord je ne voulais pas entendre de cette
oreille. Notre bien permettait à Claudine de garder tout son lait pour
notre fils. Mais la voilà qui se met à dire les meilleures raisons. Elle
se repentait, soi-disant, de sa coquetterie et de ses dépenses. Elle
voulait gagner de l'argent, ayant honte de ne rien faire tandis que je
me tuais le corps. Elle demandait à amasser, à économiser, pour que le
petit ne fût pas obligé plus tard d'aller à la mer. On lui offrait un
très bon prix que nous pouvions mettre de côté pour rattraper en peu de
temps les trois cents pistoles. Le chien de pré dont elle me parla finit
par me décider.
--Elle ne vous dit pas, demanda le juge, de quelle commission on voulait
la charger?
Cette question stupéfia Lerouge. Il pensa que c'est avec raison qu'on
affirme que la justice voit tout et sait tout.
--Pas encore, répondit-il. Mais vous allez voir. Huit jours après, le
piéton lui apporte une lettre où on lui demandait de venir à Paris
chercher l'enfant. C'était un soir. «Bon, dit-elle, je partirai demain
par la diligence.» Moi, je ne souillai mot; seulement au matin, quand
elle fut parée pour le passage de la diligence, je déclarai que je
l'accompagnerais. Elle ne parut pas fâchée, au contraire. Elle
m'embrassa, et je fus ravi. À Paris, ma femme devait aller prendre le
petit chez une madame Gerdy qui demeurait sur le boulevard. Nous
convînmes avec Claudine qu'elle se présenterait seule et que je
l'attendrais à notre auberge. Mais, elle partie, je me mangeais le foie
dans cette chambre. Je sortis au bout d'une heure et j'allai rôder aux
environs de la maison de cette dame. Je m'informai à des domestiques, à
des gens qui sortaient, et j'appris qu'elle était la maîtresse du comte
de Commarin. Cela me déplut si fort que, si j'avais été le maître, ma
femme serait revenue sans ce bâtard. Je ne suis qu'un pauvre marin, moi,
et je sais bien qu'un homme peut s'oublier. On est monté par la boisson.
Quelquefois on est entraîné par les camarades, mais qu'un homme ayant
femme et enfants fasse ménage avec une autre et lui donne le bien des
siens, je trouve cela mal, très mal. N'est-il pas vrai, monsieur?
Le juge d'instruction se démenait rageusement sur son fauteuil. Il
pensait: cet homme n'en finira donc pas!
--Oui! vous avez raison mille fois, répondit-il, mais trêve de
réflexions, avancez, avancez!...
--Claudine, monsieur, était plus entêtée qu'une mule. Après trois jours
de discussions elle m'arracha un _Amen_ entre deux baisers. Alors elle
m'annonça que nous ne retournerions pas chez nous par la diligence. La
dame, qui craignait pour son petit la fatigue du voyage, avait arrangé
qu'on nous reconduirait à petites journées dans sa voiture, et avec ses
chevaux. C'est qu'elle était entretenue dans le grand genre! J'eus la
bêtise de me réjouir parce que cela me permettrait de voir le pays à mon
aise. Nous voilà donc bien installés, avec les enfants, le mien et
l'autre, dans un beau carrosse, attelé de bêtes superbes, conduit par un
cocher en livrée. Ma femme était folle de joie. Elle m'embrassait comme
du pain et faisait sonner des poignées de pièces d'or. Moi, j'étais sot
comme un honnête mari, qui trouve dans son ménage de l'argent qu'il n'y
a pas apporté. C'est en voyant ma mine que Claudine, espérant me
dérider, se risqua à me découvrir la vérité vraie. «Tiens», me
dit-elle...
Lerouge s'interrompit, et, changeant de ton:
--Vous comprenez, dit-il, que c'est ma femme qui parle.
--Oui, oui... Poursuivez.
--Elle me dit donc en secouant sa poche: «Tiens, mon homme, nous en
aurons comme ça jusqu'à plus soif, et voici pourquoi: monsieur le comte,
qui a un fils légitime en même temps que celui-ci, veut que ce soit ce
bâtard qui porte son nom. Cela se peut, grâce à moi. En route nous
allons trouver dans l'auberge où nous coucherons monsieur Germain et la
nourrice à qui on a confié le fils légitime. On nous mettra dans la même
chambre, et, pendant la nuit, je dois changer les petits qu'on a exprès
habillés l'un comme l'autre. Monsieur le comte donne pour cela huit
mille francs comptant et une rente viagère de mille francs.»
--Et vous! s'écria le juge, vous qui vous dites un honnête homme, vous
avez souffert un tel crime lorsqu'il suffisait d'un mot pour l'en
empêcher!
--Monsieur, de grâce, supplia Lerouge, monsieur, laissez-moi finir...
--Soit, allez!
--Je n'eus pas, d'abord, la force de rien dire, tant la colère
m'étranglait. Je devais être effrayant. Mais elle, qui pourtant avait
peur de moi quand je me montais, partit d'un éclat de rire qui me
déconcerta. «Que tu es bête, me dit-elle; écoute-moi donc avant de
t'enlever comme une soupe au lait. C'est le comte, entends-tu, qui
enrage d'avoir son bâtard chez lui, c'est le comte qui paye pour le
changer. Sa maîtresse, la mère de celui-ci, ne veut pas de ça. Si elle a
eu l'air de consentir à la chose, cette femme, c'est qu'elle tenait à ne
pas se brouiller avec son amant et qu'elle avait son plan. Elle m'a
prise à part, dans la chambre, et après m'avoir fait jurer le secret sur
un crucifix, elle m'a dit qu'elle ne pouvait pas s'habituer à l'idée de
se séparer pour toujours de son enfant et d'élever l'enfant d'une autre.
Elle a ajouté que si je consentais à ne pas changer les nourrissons sans
en rien dire au comte, elle me donnerait à l'instant dix mille francs et
me garantirait une rente égale à celle du père. Elle m'a encore déclaré
qu'elle saurait bien si je tenais ma parole, ayant fait faire à son
petit un signe de reconnaissance ineffaçable. Elle ne me l'a pas montré,
ce signe, et j'ai eu beau le chercher, je ne l'ai pas trouvé.
Comprends-tu maintenant? Je garde simplement ce petit bourgeois que
voici; j'affirme au comte que j'ai fait l'échange, nous empochons des
deux côtés, et voilà Jacques riche. Embrasse ta petite femme qui a plus
d'esprit que toi, mon homme!» Voilà, monsieur, mot pour mot, ce que me
dit Claudine.
Le rude matelot tira de sa poche un immense mouchoir à carreaux bleus et
se moucha à faire trembler les vitres. C'était sa façon de pleurer.
M. Daburon restait confondu. Depuis le commencement de cette malheureuse
affaire, il marchait d'étonnements en étonnements. À peine avait-il mis
ordre à ses idées sur un point que toute son attention était appelée sur
un autre. Il se sentait dérouté. Qu'était-ce que ce nouvel incident si
grave? qu'allait-il apprendre? Il brûlait d'interroger vivement, mais
Lerouge, on le voyait, contait péniblement, démêlant laborieusement ses
souvenirs; un fil bien ténu le guidait, la moindre interruption pouvait
rompre ce fil et embrouiller l'écheveau.
--Ce que me proposait Claudine, continua le marin, était une
abomination, et je suis un honnête homme. Mais cette femme me pétrissait
à volonté, comme la pâte du pétrin. Elle me chavirait le cœur. Elle me
faisait voir blanc comme neige ce qui était noir comme de l'encre. Je
l'aimais, quoi! Elle me prouva que nous ne faisions de tort à personne
et que nous assurions la fortune de Jacques, je me tus. Le soir, nous
arrivions à un village, et le cocher nous dit, en arrêtant la voiture
devant une auberge, que c'est là que nous coucherons. Nous entrons et
nous voyons qui? Cette canaille de Germain avec une femme portant un
nourrisson si exactement habillé comme le nôtre que j'eus peur. Ils
voyageaient comme nous dans une voiture du comte. Un soupçon me vint.
Qui m'assurait que Claudine n'avait pas inventé la seconde histoire pour
me calmer? Elle en était certes capable. J'étais fou. Je consentais à
une chose qui était mal, mais non à une certaine autre. Je me promis
bien de ne pas perdre de vue notre petit bâtard, me jurant bien qu'on ne
me l'escamoterait pas. En effet, je le gardai toute la soirée sur mes
genoux, et, pour plus de sûreté, je lui avais noué mon mouchoir autour
des reins en guise de remarque. Ah! le coup avait été bien monté. Après
souper, on parla de se coucher, et il se trouve qu'il n'y a dans cette
auberge que deux chambres à deux lits. C'était à croire qu'on l'avait
fait bâtir exprès. L'aubergiste dit que les deux nourrices coucheront
dans une de ces chambres et Germain et moi dans l'autre. Comprenez-vous,
monsieur le juge? Ajoutez que toute la soirée j'avais surpris des signes
d'intelligence entre ma femme et ce gredin de domestique. J'étais
furieux.
»C'était la conscience qui parlait et que je faisais taire de force. Je
sentais que j'agissais très mal et je m'en voulais à la mort. Pourquoi
n'y a-t-il que les coquines pour faire virer comme une girouette à tous
les vents de leurs coquineries l'esprit d'un honnête homme?
M. Daburon répondit par un coup de poing à démolir son bureau. Lerouge
poursuivit plus vite:
--Moi, je repoussai cet arrangement, feignant d'être trop jaloux pour
lâcher ma femme une minute. Il fallait en passer par où je voulais. La
nourrice étrangère monta se coucher la première; nous y allâmes,
Claudine et moi, un moment après. Ma femme défit ses hardes et se coucha
dans les draps avec notre fils et le nourrisson; moi, je ne me
déshabillai pas. Sous prétexte qu'en me couchant j'exposerais les
nourrissons, je m'installai sur une chaise devant le lit, décidé à
ouvrir l'œil et à monter un quart un peu solide. J'avais soufflé la
chandelle afin de laisser les femmes dormir; moi, je n'y songeais guère;
mes idées m'ôtaient le sommeil; je pensais à mon père et à ce qu'il
dirait, s'il apprenait jamais ma conduite. Vers minuit, voilà que
j'entends Claudine faire un mouvement. Je retiens mon souffle. Elle se
levait. Voulait-elle changer les enfants? Maintenant je sais que non,
alors je crus que oui. Je me dressai hors de moi et, la saisissant par
le bras, je commençai à taper, et rudement, tout en lâchant ce que
j'avais sur le cœur. Je parlais à pleine voix, comme sur mon bateau,
quand le temps est gros, je jurais comme un damné, je menais un tapage
affreux. L'autre nourrice poussait des cris à faire croire qu'on
l'égorgeait. À ce vacarme Germain accourt avec une chandelle allumée. Sa
vue m'acheva. Ne sachant ce que je faisais, je tirai de ma poche un
couteau catalan dont je me servais d'habitude, et empoignant le maudit
bâtard, je lui traversai le bras avec la lame en disant: «Au moins,
comme cela, on ne le changera pas sans que je le sache: il est marqué
pour la vie.»
Lerouge n'en pouvait plus.
De grosses gouttes de sueur perlaient sur son front, glissaient le long
de ses joues et s'arrêtaient dans les rides profondes de son visage.
Il haletait, mais le regard impérieux du juge le pressait, le harcelait,
comme le fouet qui cingle les reins du nègre écrasé de fatigue.
--La blessure du petit était terrible, poursuivit-il; elle saignait
affreusement, il pouvait en mourir. Je ne m'inquiétais que de l'avenir,
de ce qui arriverait peut-être plus tard. Je déclarai que j'allais
écrire ce qui venait de se passer et que nous signerions tous. Ce fut
fait. Nous savions écrire tous quatre. Germain n'osa pas résister, je
parlais mon couteau à la main. Il mit son nom le premier, me conjurant
seulement de ne rien dire au comte, jurant que pour sa part il ne
souillerait mot, faisant promettre à l'autre nourrice de se taire.
--Et vous avez gardé cette déclaration? demanda M. Daburon.
--Oui, monsieur, et comme l'homme de la police à qui j'ai tout avoué m'a
recommandé de la prendre avec moi, je suis allé la retirer de l'endroit
où je l'avais cachée, et je l'ai là.
--Donnez.
Lerouge sortit de la poche de sa veste un vieux portefeuille de
parchemin attaché avec une lanière de cuir, et en tira un pli jauni par
les années et soigneusement cacheté.
--Voici, dit-il. Le papier n'a pas été ouvert depuis cette nuit maudite.
En effet, lorsque le juge le déplia, il vit tomber la cendre jetée sur
les caractères fraîchement tracés pour les empêcher de s'effacer.
C'était bien le récit bref de la scène décrite par le vieux marin. Les
quatre signatures y étaient.
--Que sont devenus, murmura le juge, se parlant à lui-même, les témoins
qui ont signé cette déclaration? Lerouge crut qu'on l'interrogeait.
--Germain est mort, répondit-il, on m'a dit qu'il s'était noyé dans une
partie de plaisir. Claudine vient d'être assassinée, mais l'autre
nourrice vit encore. Même je sais qu'elle a parlé de la chose à son
mari, car il m'en a touché un mot. C'est un nommé Brossette, qui demeure
au village de Commarin même.
--Et ensuite? demanda le juge qui avait pris le nom et l'adresse de
cette femme.
--Le lendemain, monsieur, Claudine parvint à me calmer et à m'extorquer
le serment de garder le silence. L'enfant fut à peine malade, mais il
garda une énorme cicatrice au bras.
--Madame Gerdy a-t-elle été avertie de ce qui s'était passé?
--Je ne le crois pas, monsieur, cependant j'aime mieux dire que je
l'ignore.
--Comment, vous l'ignorez!
--Oui, je vous le jure, monsieur le juge; cela vient de ce qui est
arrivé après.
--Qu'est-il donc arrivé?
Le marin hésita.
--C'est que, monsieur, dit-il, c'est des affaires à moi, et...
--Mon ami, interrompit le juge, vous êtes un honnête homme, je le crois,
j'en suis sûr. Mais une fois en votre vie, poussé par une mauvaise
femme, vous avez failli, vous êtes devenu le complice d'une bien
coupable action. Réparez votre faute en parlant sincèrement. Tout ce qui
se dit ici, et qui n'a pas trait directement au crime, reste secret;
moi-même je l'oublie aussitôt. Ne craignez donc rien, et si vous
éprouvez quelque humiliation, dites-vous que c'est la punition du passé.
--Hélas! monsieur le juge, répondit le marin, j'ai été bien puni déjà,
et il y a longtemps que ma peine a commencé. Argent mal acquis ne porte
pas profit. En arrivant chez nous, j'achetai le malheureux pré plus cher
que sa valeur. Le jour où je me suis promené dessus en me disant: il est
à moi, j'ai eu mon dernier contentement. Claudine était coquette mais
elle avait encore bien d'autres vices. Quand elle nous vit tant
d'argent, ils éclatèrent tous comme un incendie qui couve à fond de cale
quand on ouvre un panneau. D'un peu gourmande qu'elle était, elle devint
portée sur sa bouche, sauf votre respect, à faire horreur. C'était chez
nous une ripaille qui n'avait ni fin ni cesse. Dès que j'embarquais,
elle s'attablait avec les plus mauvaises gredines du pays, et il n'y
avait rien de trop bon ni de trop cher pour elles. Elle se prenait de
boisson au point qu'il fallait la coucher. Là-dessus, voilà qu'une nuit
qu'elle me croyait à Rouen, je reviens sans être attendu. J'entre, et je
la trouve avec un homme. Et quel homme, monsieur! Un méchant gringalet
honni de tout le pays, laid, sale, puant: enfin le clerc de l'huissier
du bourg. J'aurais dû le tuer, c'était mon droit, comme une vermine
qu'il était; il me fit pitié. Je l'empoignai par le cou et je le jetai
par la fenêtre sans l'ouvrir. Il n'en est pas mort. Alors, je tombai sur
ma femme, et quand je cessai de frapper elle ne bougeait plus.
Lerouge parlait d'une voix rauque, et de temps à autre enfonçait sur ses
yeux ses poings crispés.
--Je pardonnai, continua-t-il, mais l'homme qui a battu sa femme et qui
lui a fait grâce est perdu. Désormais, elle prit mieux ses précautions,
elle devint plus hypocrite, et voilà tout. Dans l'intervalle, madame
Gerdy retira son petit. Claudine ne fut plus retenue par rien. Protégée
et conseillée par sa mère, qu'elle avait prise avec nous et qui était
censée soigner notre Jacques, elle put me tromper pendant plus d'un an.
Je la croyais revenue à de meilleurs sentiments, et pas du tout, elle
menait une vie effroyable. Ma maison était devenue le mauvais lieu du
pays, et c'est chez moi que les vauriens se rendaient après boire. Ils y
buvaient pourtant encore, car ma femme faisait venir des paniers de vin
et d'eau-de-vie, et tant que j'étais à la mer, on se soûlait pêle-mêle.
Quand l'argent lui manquait, elle écrivait au comte ou à sa maîtresse,
et ses orgies continuaient. Quelquefois j'avais des doutes qui me
travaillaient; alors, sans raison, pour un non, pour un oui, je la
battais jusqu'à plus soif, puis je pardonnais encore, comme un lâche,
comme un imbécile. C'était une existence d'enfer. Je ne sais pas ce qui
me procurait le plus de plaisir: de l'embrasser ou de la rouer de coups.
Tout le monde, dans le bourg, me méprisait et me tournait le dos; on me
croyait complice ou involontairement dupe. J'ai su plus tard qu'on
supposait que je tirais profit de la conduite de ma femme, tandis qu'au
contraire elle payait ses amants. En tout cas, on se demandait d'où
venait tout l'argent qui se dépensait chez nous. Pour me distinguer d'un
de mes cousins nommé Lerouge, on avait joint à mon nom un mot infâme.
Quelle honte, monsieur! Et je ne savais rien de tant de scandales, non,
rien! N'étais-je pas le mari! Par bonheur, mon père était mort.