C'était le comte de Commarin, son ombre plutôt. Sa tête qu'il portait si
haut penchait sur sa poitrine, sa taille s'était affaissée, ses yeux
n'avaient plus leur flamme, ses belles mains tremblaient. Le désordre
violent de sa toilette rendait plus frappant encore le changement qu'il
avait subi. En une nuit, il avait vieilli de vingt ans.
Ces vieillards robustes ressemblent à ces grands arbres dont le bois
intérieurement s'est émietté et qui ne vivent plus que par l'écorce. Ils
paraissent inébranlables, ils semblent défier le temps, un vent d'orage
les jette à terre. Cet homme, hier encore si fier de n'avoir jamais
plié, était brisé. L'orgueil de son nom constituait toute sa force;
humilié, il se sentait anéanti. En lui tout s'était déchiré à la fois,
tous les appuis lui avaient manqué en même temps. Son regard sans
chaleur et sans vie disait la morne stupeur de sa pensée. Il présentait
si bien l'image la plus achevée du désespoir, que le juge d'instruction,
à sa vue, éprouva comme un frisson. Le père Tabaret eut un mouvement
d'épouvante; le greffier lui-même fut ému.
--Constant, dit M. Daburon vivement, allez donc avec monsieur Tabaret
chercher des nouvelles à la Préfecture.
Le greffier sortit, suivi du bonhomme, qui s'éloignait bien à regret.
Le comte ne s'était pas aperçu de leur présence; il ne remarqua pas leur
sortie.