XI

C'était le comte de Commarin, son ombre plutôt. Sa tête qu'il portait si

haut penchait sur sa poitrine, sa taille s'était affaissée, ses yeux

n'avaient plus leur flamme, ses belles mains tremblaient. Le désordre

violent de sa toilette rendait plus frappant encore le changement qu'il

avait subi. En une nuit, il avait vieilli de vingt ans.

Ces vieillards robustes ressemblent à ces grands arbres dont le bois

intérieurement s'est émietté et qui ne vivent plus que par l'écorce. Ils

paraissent inébranlables, ils semblent défier le temps, un vent d'orage

les jette à terre. Cet homme, hier encore si fier de n'avoir jamais

plié, était brisé. L'orgueil de son nom constituait toute sa force;

humilié, il se sentait anéanti. En lui tout s'était déchiré à la fois,

tous les appuis lui avaient manqué en même temps. Son regard sans

chaleur et sans vie disait la morne stupeur de sa pensée. Il présentait

si bien l'image la plus achevée du désespoir, que le juge d'instruction,

à sa vue, éprouva comme un frisson. Le père Tabaret eut un mouvement

d'épouvante; le greffier lui-même fut ému.

--Constant, dit M. Daburon vivement, allez donc avec monsieur Tabaret

chercher des nouvelles à la Préfecture.

Le greffier sortit, suivi du bonhomme, qui s'éloignait bien à regret.

Le comte ne s'était pas aperçu de leur présence; il ne remarqua pas leur

sortie.

L'affaire Lerouge · 第 17 / 37 题