M. de Commarin n'écoutait pas, il réfléchissait.

--Mais au lieu de lutter, vicomte! s'écria-t-il, on peut transiger! Ces

lettres, on peut les racheter. Que veut-il, ce jeune homme? une position

et de la fortune. Je lui assurerai l'une et l'autre. Je le ferai aussi

riche qu'il l'exigera. Je lui donnerai un million, s'il le faut, deux,

trois, la moitié de ce que je possède. Avec de l'argent, voyez-vous,

beaucoup d'argent!...

--Épargnez-le, monsieur, il est votre fils.

--Malheureusement! et je le voudrais aux cinq cents diables! Je me

montrerai, il transigera. Je lui prouverai que, pot de terre, il a tort

de lutter contre le pot de fer, et s'il n'est pas un sot, il comprendra.

Le comte se frottait les mains en parlant. Il était ravi de cette belle

idée de transaction. Elle ne pouvait manquer de réussir; une foule

d'arguments se présentaient à son esprit pour le lui prouver. Il allait

donc acheter sa tranquillité perdue.

Mais Albert ne semblait pas partager les espérances de son père.

--Vous allez peut-être m'en vouloir, monsieur, dit-il d'un ton triste,

de vous arracher cette illusion dernière; mais il le faut. Ne vous

bercez pas de ce songe d'un arrangement amiable, le réveil vous serait

trop cruel. J'ai vu monsieur Gerdy, mon père, et ce n'est pas, je vous

l'affirme, un de ces hommes qu'on intimide. S'il est une nature

énergique, c'est la sienne. Il est bien votre fils, celui-là, et son

regard, comme le vôtre, annonce une volonté de fer qu'on brise, mais qui

ne fléchit pas. J'entends encore sa voix frémissante de ressentiment,

tandis qu'il me parlait; je vois encore le feu sombre de ses yeux. Non,

il ne transigera pas. Il veut tout ou rien, et je ne puis dire qu'il a

tort. Si vous résistez, il vous attaquera sans que nulle considération

l'en empêche. Fort de ses droits, il s'attachera à vous avec le plus

terrible acharnement, il vous traînera de juridiction en juridiction, il

ne s'arrêtera qu'après une défaite définitive ou un triomphe complet.

Habitué à l'obéissance absolue, presque passive, de son fils, le vieux

gentilhomme s'étonnait de cette opiniâtreté inattendue.

--Où voulez-vous en venir? demanda-t-il.

--À ceci, monsieur, que je me mépriserais, si je n'épargnais pas les

plus grandes calamités à votre vieillesse. Votre nom ne m'appartient

pas, je reprendrai le mien. Je suis votre fils naturel, je céderai la

place à votre fils légitime. Permettez-moi de me retirer avec les

honneurs du devoir librement accompli; souffrez que je n'attende pas un

arrêt du tribunal qui me chasserait honteusement.

--Quoi! dit le comte abasourdi, vous m'abandonnez, vous renoncez à me

soutenir, vous vous tournez contre moi, vous reconnaissez les droits de

cet autre malgré mes volontés?...

Albert s'inclina. Il était réellement très beau d'émotion et de fermeté.

--Ma résolution est irrévocablement arrêtée, répondit-il, je ne

consentirai jamais à dépouiller votre fils.

--Malheureux! s'écria M. de Commarin, fils ingrat!...

Sa colère était telle que, dans son impuissance à la traduire par des

injures, il passa sans transition à la raillerie.

--Mais non! continua-t-il, vous êtes grand, vous êtes noble, vous êtes

généreux. C'est très chevaleresque ce que vous faites là, vicomte; je

veux dire: cher monsieur Gerdy, et tout à fait dans le goût des hommes

de Plutarque. Ainsi, vous renoncez à mon nom, à ma fortune, et vous

partez. Vous allez secouer la poussière de vos souliers sur le seuil de

mon hôtel et vous lancer dans le monde. Je ne vois pour vous qu'une

difficulté: comment vivrez-vous, monsieur le philosophe stoïque?

Auriez-vous un état au bout des doigts, comme l'Émile du sieur

Jean-Jacques? Ou bien, excellent monsieur Gerdy, avez-vous réalisé des

économies sur les quatre mille francs que je vous allouais par mois pour

votre cire à moustache? Vous avez peut-être gagné à la Bourse. Ah çà!

mon nom vous semblait donc furieusement lourd à porter, que vous le

jetiez là avec tant d'empressement! La boue a donc pour vous bien des

attraits que vous descendez si vite de voiture! Ne serait-ce pas plutôt

que la compagnie de mes pairs vous gêne et que vous avez hâte de

dégringoler pour trouver des égaux?

--Je suis bien malheureux, monsieur, répondit Albert à cette avalanche

d'injures, et vous m'accablez.

--Vous, malheureux! À qui la faute? Mais j'en reviens à ma question:

comment et de quoi vivrez-vous?

--Je ne suis pas si romanesque qu'il vous plaît de le dire, monsieur. Je

dois avouer que, pour l'avenir, j'ai compté sur vos bontés. Vous êtes si

riche que cinq cent mille francs ne diminueront pas sensiblement votre

fortune, et, avec les revenus de cette somme, je vivrais tranquille,

sinon heureux.

--Et si je vous refusais cet argent?...

--Je vous connais assez, monsieur, pour savoir que vous ne le ferez pas.

Vous êtes trop juste pour vouloir que j'expie seul des torts qui ne sont

pas les miens. Livré à moi-même, j'aurais, à l'âge que j'ai, une

position. Il est tard pour m'en créer une. J'y tâcherai pourtant...

--Superbe, interrompit le comte, il est superbe. Jamais on n'a ouï

parler d'un pareil héros de roman... Quel caractère! C'est du Romain

tout pur, du Spartiate endurci. C'est beau comme toute l'antiquité.

Cependant, dites-moi, qu'attendez-vous de ce surprenant

désintéressement?

--Rien, monsieur.

Le comte haussa les épaules en regardant ironiquement son fils.

--La compensation est mince, fit-il. Est-ce à moi que vous pensez faire

accroire cela? Non, monsieur, on ne commet pas de si belles actions pour

son plaisir. Vous devez avoir, pour agir si magnifiquement, quelque

raison qui m'échappe.

--Aucune autre que celles que je vous ai dites.

--Ainsi, c'est entendu, vous renoncez à tout. Vous abandonnez même vos

projets d'union avec mademoiselle Claire d'Arlange. Vous oubliez ce

mariage auquel pendant deux ans je vous ai vainement conjuré de

renoncer.

--Non, monsieur. J'ai vu mademoiselle Claire, je lui ai expliqué ma

situation cruelle: quoi qu'il arrive, elle sera ma femme, elle me l'a

juré.

--Et vous pensez que madame d'Arlange donnera sa petite-fille au sieur

Gerdy?

--Nous l'espérons, monsieur. La marquise est assez entichée de noblesse

pour préférer le bâtard d'un gentilhomme au fils de quelque honorable

industriel. Si cependant elle refusait, eh bien! nous attendrions sa

mort sans la désirer.

Le ton toujours calme d'Albert transportait le comte de Commarin.

--Et ce serait là mon fils! s'écria-t-il; jamais! Quel sang, monsieur,

avez-vous donc dans les veines? Seule, votre digne mère pourrait le

dire, si elle le sait elle-même toutefois...

--Monsieur, interrompit Albert d'un ton menaçant, monsieur, mesurez vos

paroles! Elle est ma mère, et cela suffit. Je suis son fils, et non son

juge. Personne, devant moi, ne lui manquera de respect, je ne le

permettrai pas, monsieur. Je le souffrirai moins de vous que de tout

autre!

Le comte faisait vraiment des efforts héroïques pour ne pas se laisser

emporter par sa colère hors de certaines limites. L'attitude d'Albert le

jeta hors de lui. Quoi! il se révoltait, il osait le braver en face, il

le menaçait! Le vieillard s'élança de son fauteuil et marcha sur son

fils comme pour le frapper.

--Sortez! criait-il d'une voix étranglée par la fureur, sortez!

Retirez-vous dans votre appartement et gardez-vous d'en sortir sans mes

ordres. Demain je vous ferai connaître mes volontés.

Albert salua respectueusement, mais sans baisser les yeux, et gagna

lentement la porte. Il l'ouvrait déjà, quand M. de Commarin eut un de

ces retours si fréquents chez les natures violentes.

--Albert, dit-il, revenez, écoutez-moi.

Le jeune homme se retourna, singulièrement touché de ce changement de

ton.

--Vous ne sortirez pas, reprit le comte, sans que je vous aie dit ce que

je pense. Vous êtes digne d'être l'héritier d'une grande maison,

monsieur. Je puis être irrité contre vous, je ne puis pas ne vous pas

estimer. Vous êtes un honnête homme. Albert, donnez-moi votre main.

Ce fut un doux moment pour ces deux hommes, et tel qu'ils n'en avaient

guère rencontré dans leur vie réglée par une triste étiquette. Le comte

se sentait fier de ce fils, et il se reconnaissait en lui tel qu'il

était à cet âge. Pour Albert, le sens de la scène qu'il venait d'avoir

avec son père éclatait à ses yeux; il lui avait jusqu'alors échappé.

Longtemps leurs mains restèrent unies, sans qu'ils eussent la force, ni

l'un ni l'autre, de prononcer une parole.

Enfin, M. de Commarin revint prendre sa place sous le tableau

généalogique.

--Je vous demanderai de me laisser, Albert, reprit-il doucement. J'ai

besoin d'être seul pour réfléchir, pour tâcher de m'accoutumer au coup

terrible.

Et comme le jeune homme refermait la porte, il ajouta, répondant à ses

plus secrètes pensées:

--Si celui-ci me quitte, en qui j'ai mis tout mon espoir, que

deviendrai-je, ô mon Dieu? Et que sera l'autre?...

Les traits d'Albert, lorsqu'il sortit de chez le comte, portaient la

trace des violentes émotions de la soirée. Les domestiques devant

lesquels il passa y firent d'autant plus attention qu'ils avaient

entendu quelques éclats de la querelle.

--Bon! disait un vieux valet de pied depuis trente ans dans la maison,

monsieur le comte vient encore de faire une scène pitoyable à son fils.

Il est enragé, ce vieux-là!

--J'avais eu vent de la chose pendant le dîner, reprit un valet de

chambre; monsieur le comte se tenait à quatre pour ne pas parler devant

le service, mais il roulait des yeux furibonds.

--Que diable peut-il y avoir entre eux?

--Est-ce qu'on sait? des bêtises, des riens, quoi! Monsieur Denis,

devant qui ils ne se cachent pas, m'a dit que souvent ils se chamaillent

des heures entières, comme des chiens, pour des choses qu'il ne comprend

même pas.

--Ah! s'écria un jeune drôle qu'on dressait pour l'avenir au service des

appartements, c'est moi qui, à la place de monsieur le vicomte,

remercierais mon père un peu proprement.

--Joseph, mon ami, fit sentencieusement le valet de pied, vous n'êtes

qu'un sot. Que vous envoyiez promener votre papa, vous, c'est tout

naturel, vous n'attendez pas cinq sous de lui et vous savez déjà gagner

votre pain sans travailler, mais monsieur le vicomte! Sauriez-vous me

dire à quoi il est bon et ce qu'il sait faire? Mettez-le-moi au milieu

de Paris avec ses deux belles mains pour capital, et vous verrez...

--Tiens! il a le bien de sa mère, riposta Joseph, qui était normand.

--Enfin, reprit le valet de chambre, je ne sais pas de quoi monsieur le

comte peut se plaindre, vu que son fils est un modèle à ce point que je

ne serais pas fâché d'en avoir un pareil. C'était une autre paire de

manches quand j'étais chez le marquis de Courtivois. En voilà un qui

avait le droit de n'être pas content tous les matins. Son aîné, qui

vient quelquefois ici, étant l'ami de monsieur le vicomte, est un vrai

puits sans fond pour l'argent. Il vous grille un billet de mille plus

lestement que Joseph une pipe.

--Le marquis n'est pourtant pas riche, fit un petit vieux qui devait

placer ses gages à la quinzaine; qu'est-ce qu'il peut avoir? Une

soixantaine de mille livres de rentes, au plus, au plus.

--C'est justement pour cela qu'il enrage. Tous les jours, c'est de

nouvelles histoires au sujet de son aîné. Il a un appartement en ville,

il rentre ou ne rentre pas, il passe les nuits à jouer et à boire, il

fait une telle vie de polichinelle avec des actrices que la police est

obligée de s'en mêler. Sans compter que moi qui vous parle, j'ai été

plus de cent fois forcé d'aider à le monter dans sa chambre et à le

coucher, quand des garçons de restaurant le ramenaient à l'hôtel dans un

fiacre, saoul à ne pas pouvoir dire: pain.

--Bigre! s'exclama Joseph enthousiasmé, son service doit être crânement

agréable, à cet homme-là.

--C'est selon. Quand il a gagné à la bouillotte, il se déboutonne

volontiers d'un louis, mais il perd toujours, et quand il a bu il a la

main prompte. Il faut lui rendre cette justice qu'il a des cigares

fameux. Enfin, c'est un bandit, quoi! tandis que monsieur le vicomte est

une vraie fille pour la sagesse. Il est sévère pour les manquements,

c'est vrai, mais pas rageur ni brutal avec les gens. Ensuite il est

généreux régulièrement, ce qui est plus sûr. Je dis donc qu'il est

meilleur que le plus grand nombre et que monsieur le comte n'a pas

raison.

Tel était le jugement des domestiques. Celui de la société était

peut-être moins favorable.

Le vicomte de Commarin n'était pas de ces êtres banals qui jouissent du

privilège assez peu enviable et dans tous les cas peu flatteur de plaire

à tout le monde. Il est sage de se défier de ces personnages surprenants

qu'exaltent les louanges unanimes. En y regardant de près, on découvre

souvent que l'homme à succès et à réputation n'est qu'un sot, sans autre

mérite que son insignifiance parfaite. La sottise convenable qui

n'offusque personne, la médiocrité de bon ton qui n'effarouche aucune

vanité ont surtout le don de plaire et de réussir.

Il est de ces individus qu'on ne peut rencontrer sans se dire: je

connais ce visage-là, je l'ai déjà vu quelque part; c'est qu'ils ont la

vulgaire physionomie de la masse. Bien des gens sont ainsi au moral.

Parlent-ils? on reconnaît leur esprit, on les a déjà entendus, on sait

leurs idées par cœur. Ceux-là sont bien accueillis partout, parce qu'ils

n'ont rien de singulier, et que la singularité, surtout dans les classes

élevées, irrite et offense. On hait tout ce qui est différent.

Albert était singulier, par suite très discuté et très diversement jugé.

On lui reprochait les choses les plus opposées, et des défauts si

contradictoires qu'ils semblaient s'exclure. On lui trouvait, par

exemple, des idées bien avancées pour un homme de son rang, et en même

temps on se plaignait de sa morgue. On l'accusait de traiter avec une

légèreté insultante les questions les plus sérieuses, pendant qu'on

blâmait son affectation de gravité. On s'entendait assez bien cependant

pour ne l'aimer guère, mais on le jalousait et on le craignait.

Il portait dans les salons un air passablement maussade qu'on trouvait

du plus mauvais goût. Forcé par ses relations, par son père, de sortir

beaucoup, il ne s'amusait pas dans le monde et avait l'impardonnable

tort de le laisser deviner. Peut-être avait-il été dégoûté par toutes

les avances qui lui avaient été faites, par les prévenances un peu

plates qu'on n'épargnait pas au noble héritier d'un des plus riches

propriétaires de France. Ayant tout ce qu'il faut pour briller, il le

dédaignait et ne prenait nulle peine pour séduire. Terrible grief! il

n'abusait d'aucun de ses avantages. Et on ne lui connaissait pas

d'aventures.

Il avait eu, dans le temps, disait-on, un goût fort vif pour Mme de

Prosny, la plus laide peut-être, la plus méchante à coup sûr des femmes

du faubourg, et c'était tout. Les mères ayant une fille à placer

l'avaient soutenu autrefois; elles s'étaient tournées contre lui depuis

deux ans que son amour pour Mlle d'Arlange était devenu un fait

notoire.

Au club on le plaisantait de sa sagesse. Il avait pourtant eu comme les

autres ses veines de folies, seulement il s'était promptement dégoûté de

ce qu'on est convenu d'appeler le plaisir. Le métier si noble de viveur

lui avait paru très insipide et fatigant. Il n'estimait pas qu'il soit

plaisant de passer les nuits à manier des cartes et il n'appréciait

aucunement la société des quelques femmes faciles qui, à Paris, font un

nom à leur amant. Il disait qu'un gentilhomme n'est pas ridicule pour ne

pas s'afficher avec des drôlesses dans les avant-scènes. Enfin, jamais

ses amis n'avaient pu lui inoculer la passion des chevaux de courses.

Comme l'oisiveté lui pesait, il avait essayé ni plus ni moins qu'un

parvenu de donner par le travail un sens à sa vie. Il comptait plus tard

prendre part aux affaires publiques, et comme souvent il avait été

frappé de la crasse ignorance de certains hommes qui arrivent au

pouvoir, il ne voulait pas leur ressembler. Il s'occupait de politique,

et c'était la cause de toutes ses querelles avec son père. Le seul mot

de libéral faisait tomber le comte en convulsions, et il soupçonnait son

fils de libéralisme depuis certain article publié par le vicomte dans la

_Revue des deux mondes._

Ses idées ne l'empêchaient pas de tenir grandement son rang. Il

dépensait le plus noblement du monde le revenu que lui assignait son

père et même un peu au-delà. Sa maison, distincte de celle du comte,

était ordonnée comme le doit être celle d'un gentilhomme très riche. Ses

livrées ne laissaient rien à désirer, et on citait ses chevaux et ses

équipages. On se disputait les lettres d'invitation pour les grandes

chasses que tous les ans, vers la fin d'octobre, il organisait à

Commarin, propriété admirable, entourée de bois immenses.

L'amour d'Albert pour Mlle d'Arlange, amour profond et réfléchi,

n'avait pas peu contribué à l'éloigner des habitudes et de la vie des

aimables et élégants oisifs ses amis. Un noble attachement est un

admirable préservatif. En luttant contre les désirs de son fils, M. de

Commarin avait tout fait pour en augmenter l'intensité et la durée.

Cette passion contrariée fut pour le vicomte la source des émotions les

plus vives et les plus fortes. L'ennui fut banni de son existence.

Toutes ses pensées prirent une direction constante, toutes ses actions

eurent un but unique. S'arrête-t-on à regarder à droite et à gauche

quand, au bout du chemin, on aperçoit la récompense ardemment souhaitée?

Il s'était juré qu'il n'aurait pas d'autre femme que Claire; son père

repoussait absolument ce mariage; les péripéties de cette lutte si

palpitante pour lui remplissaient ses journées. Enfin, après trois ans

de persévérance, il avait triomphé, le comte avait consenti. Et c'est

alors qu'il était tout entier au bonheur du succès que Noël était

arrivé, implacable comme la fatalité, avec ces lettres maudites.

C'est vers Claire encore que volait la pensée d'Albert en quittant M. de

Commarin et en remontant lentement l'escalier qui conduisait à ses

appartements. Que faisait-elle à cette heure? Elle songeait à lui, sans

doute. Elle savait que ce soir-là même ou le lendemain au plus tard

aurait lieu la crise décisive. Elle devait prier.

En ce moment Albert se sentait brisé, il souffrait. Il avait des

éblouissements, la tête lui semblait près d'éclater. Il sonna et demanda

du thé.

--Monsieur le vicomte a bien tort de ne pas envoyer chercher le docteur,

lui dit son valet de chambre, je devrais désobéir à monsieur et l'aller

chercher.

--Ce serait bien inutile, répondit tristement Albert, il ne pourrait

rien contre mon mal.

Au moment où le domestique se retirait, il ajouta:

--Ne dites rien à personne que je suis souffrant, Lubin, cela ne sera

rien. Si je me trouvais plus indisposé, je sonnerais.

C'est qu'en ce moment, voir quelqu'un, entendre une voix, être obligé de

répondre lui paraissait insupportable. Il lui fallait le silence pour

s'écouter.

Après les cruelles émotions de son explication avec son père, il ne

pouvait songer à dormir. Il ouvrit une des fenêtres de la bibliothèque

et s'accouda sur la balustrade.

Le temps s'était remis au beau, et il faisait un clair de lune

magnifique. Vus à cette heure, aux clartés douces et tremblantes de la

nuit, les jardins de l'hôtel paraissaient immenses. La cime immobile des

grands arbres se déroulait comme une plaine immense cachant les maisons

voisines. Les corbeilles du parterre, garnies d'arbustes verts,

apparaissaient comme de grands dessins noirs, tandis que dans les allées

soigneusement sablées scintillaient les débris de coquilles, les petits

morceaux de verre et les cailloux polis. À droite, dans les communs,

encore éclairés, on entendait aller et venir les domestiques; les sabots

des palefreniers sonnaient sur le bitume de la cour. Les chevaux

piétinaient dans les écuries et on distinguait le grincement de la

chaîne de leur licol glissant le long des tringles du râtelier. Dans les

remises on dételait la voiture qu'on tenait prête toute la soirée pour

le cas où le comte voudrait sortir.

Albert avait là, sous les yeux, le tableau complet de sa magnifique

existence. Il soupira profondément.

--Fallait-il donc perdre tout cela? murmura-t-il. Déjà, pour moi seul,

je n'aurais pu abandonner sans regrets tant de splendeurs; le souvenir

de Claire m'aura désespéré. N'ai-je pas rêvé pour elle une de ces vies

heureuses et exceptionnelles, presque impossibles sans une immense

fortune!

Minuit sonna à Sainte-Clotilde, dont il pouvait, en se penchant un peu,

apercevoir les flèches jumelles. Il frissonna, il avait froid.

Il referma sa fenêtre et vint s'asseoir près du feu qu'il aviva. Dans

l'espoir d'obtenir une trêve de ses pensées, il prit un journal du soir,

le journal où était relaté l'assassinat de La Jonchère, mais il lui fut

impossible de lire, les lignes dansaient devant ses yeux. Alors il

songea à écrire à Claire. Il se mit à table et écrivit:

_Ma Claire bien-aimée..._

Il lui fut impossible d'aller plus loin; son cerveau bouleversé ne lui

fournissait pas une phrase.

Enfin, à la pointe du jour, la fatigue l'emporta. Le sommeil le surprit

sur un divan où il s'était jeté: un sommeil lourd, peuplé de fantômes.

À neuf heures et demie du matin, il fut éveillé en sursaut par le bruit

de la porte s'ouvrant avec fracas.

Un domestique entra, tout effaré, si essoufflé d'avoir monté les

escaliers quatre à quatre, qu'à peine il pouvait articuler un son.

--Monsieur, disait-il, monsieur le vicomte, vite, partez, cachez-vous,

sauvez-vous, les voilà, c'est le...

Un commissaire de police, ceint de son écharpe, parut à la porte de la

bibliothèque. Il était suivi de plusieurs hommes, parmi lesquels on

apercevait, se faisant aussi petit que possible, le père Tabaret.

Le commissaire s'avança jusqu'à Albert.

--Vous êtes, lui demanda-t-il, Guy-Louis-Marie-Albert de Rhéteau de

Commarin?

--Oui, monsieur.

Le commissaire étendit la main en même temps qu'il prononçait la formule

sacramentelle:

--Monsieur de Commarin, au nom de la loi, je vous arrête.

--Moi! monsieur, moi... Albert, arraché brusquement à des rêves

pénibles, paraissait ne rien comprendre à ce qui se passait. Il avait

l'air de se demander: suis-je bien éveillé? N'est-ce pas un odieux

cauchemar qui se continue?

Il promenait un regard stupide à force d'étonnement du commissaire de

police à ses hommes et au père Tabaret, qui se tenait comme en arrêt

devant lui.

--Voici le mandat, ajouta le commissaire en développant un papier.

Machinalement Albert y jeta un coup d'œil.

--Claudine assassinée! s'écria-t-il.

Et très bas, mais assez distinctement encore pour être entendu du

commissaire de police, d'un agent et du père Tabaret, il ajouta:

--Je suis perdu!

Pendant que le commissaire de police remplissait les formalités de

l'interrogatoire sommaire qui suit immédiatement toutes les

arrestations, les estafiers s'étaient répandus dans l'appartement et

procédaient à une minutieuse perquisition. Ils avaient reçu l'ordre

d'obéir au père Tabaret, et c'était le bonhomme qui les guidait dans

leurs recherches, qui leur faisait fouiller les tiroirs et les armoires,

et déranger les meubles. On saisit un assez grand nombre d'objets à

l'usage du vicomte, des titres, des manuscrits, une correspondance très

volumineuse. Mais c'est avec bonheur que le père Tabaret mit la main sur

certains objets qui furent soigneusement décrits dans leur ordre au

procès-verbal:

1º Dans la première pièce, servant d'entrée, garnie de toutes sortes

d'armes, derrière un divan, un fleuret cassé. Cette arme a une poignée

particulière, et comme il ne s'en trouve pas dans le commerce. Elle

porte une couronne de comte avec les initiales A. C. Ce fleuret a été

brisé par le milieu et le bout n'a pu être retrouvé. Le sieur Commarin

interpellé a déclaré ne savoir ce qu'est devenu ce bout;

2º Dans un cabinet servant de vestiaire: un pantalon de drap noir encore

humide, portant des traces de boue ou plutôt de terre. Tout un des côtés

a des empreintes de mousse verdâtre comme il en vient sur les murs. Il

présente sur le devant plusieurs éraillures et une déchirure de dix

centimètres environ au genou. Le susdit pantalon n'était pas accroché au

porte-manteau, il paraissait avoir été caché entre deux grandes malles

pleines d'effets d'habillement;

3º Dans la poche du pantalon ci-dessus décrit a été trouvée une paire de

gants gris perle. La paume du gant droit présente une large tache

verdâtre produite par de l'herbe ou de la mousse. Le bout des doigts a

été comme usé par un frottement. On remarque sur le dos des deux gants

des éraillures paraissant avoir été faites par des ongles;

4º Deux paires de bottines, dont une, bien que nettoyée et vernie,

encore très humide. Un parapluie récemment mouillé, dont le bout est

taché de boue blanche;

5º Dans une vaste pièce dite «la bibliothèque», une boîte de cigares

nommés trabucos, et sur la cheminée divers porte-cigare en ambre ou en

écume de mer...

Ce dernier article enregistré, le père Tabaret s'approcha du commissaire

de police.

--J'ai tout ce que je pouvais désirer, lui dit-il à l'oreille.

--Moi, j'ai fini, répondit le commissaire. Il ne sait pas se tenir, ce

garçon. Vous avez entendu? Il s'est vendu du premier coup. Après ça,

vous me direz: le manque d'habitude...

--Dans la journée, reprit toujours à voix basse l'agent volontaire, il

n'aurait pas été mou comme cela. Mais le matin, réveillé en sursaut!...

Il faut toujours servir les gens à jeun, au saut du lit.

--J'ai fait parler trois ou quatre domestiques, leurs dépositions sont

singulières...

--Très bien! on verra. Je cours, moi, trouver monsieur le juge

d'instruction, qui attend les pieds dans le feu.

Albert commençait à revenir un peu de la stupeur où l'avait plongé

l'entrée du commissaire de police.

--Monsieur, lui demanda-t-il, me sera-t-il permis de dire devant vous

quelques mots à monsieur le comte de Commarin? Je suis victime d'une

erreur qui sera vite reconnue...

--Toujours des erreurs! murmura le père Tabaret.

--Ce que vous me demandez n'est pas possible, répondit le commissaire.

J'ai des ordres spéciaux les plus sévères. Vous ne devez désormais

communiquer avec âme qui vive. Nous avons une voiture en bas; si vous

voulez descendre...

En traversant le vestibule, Albert put remarquer l'agitation des gens.

Ils avaient tous l'air d'avoir perdu la tête. M. Denis donnait des

ordres d'une voix brève et impérative. Enfin il crut entendre que le

comte de Commarin venait d'être frappé d'une attaque d'apoplexie.

On le porta presque dans le fiacre, qui partit au trot de ses deux

petites rosses. Une voiture plus rapide emportait le père Tabaret.

X

Lorsqu'on se risque dans le dédale de couloirs et d'escaliers du Palais

de Justice, si l'on monte au troisième étage de l'aile gauche, on arrive

à une longue galerie très basse d'étage, mal éclairée par d'étroites

fenêtres, et percée de distance en distance de petites portes, assez

semblable au corridor d'un ministère ou d'un hôtel garni.

C'est un endroit qu'il est difficile de voir froidement; l'imagination

le montre sombre et triste.

Il faudrait le Dante pour composer l'inscription à placer au-dessus des

marches qui y conduisent. Du matin au soir, les dalles y sonnent sous

les lourdes bottes des gendarmes qui accompagnent les prévenus. On n'y

rencontre guère que de mornes figures. Ce sont les parents ou les amis

des accusés, les témoins, des agents de police. Dans cette galerie, loin

de tous les regards, s'élabore la cuisine judiciaire. Elle est comme la

coulisse du Palais de Justice, ce lugubre théâtre où se dénouent, dans

de véritable sang, des drames trop réels.

Chacune des petites portes, qui a son numéro peint en noir, ouvre sur le

cabinet du juge d'instruction. Toutes ces pièces se ressemblent; qui en

connaît une les connaît toutes. Elles n'ont rien de terrible ni de

lugubre, et pourtant il est difficile d'y pénétrer sans un serrement de

cœur. On y a froid. Les murs semblent humides de toutes les larmes qui

s'y sont répandues. On frissonne en songeant aux aveux qui y ont été

arrachés, aux confessions qui s'y sont murmurées entrecoupées de

sanglots.

Dans le cabinet du juge d'instruction, la justice ne déploie rien de cet

appareil dont elle s'entoure plus tard pour frapper l'esprit des masses.

Elle y est simple encore et presque disposée à la bienveillance. Elle

dit au prévenu: «J'ai de fortes raisons de te croire coupable, mais

prouve-moi ton innocence, et je te lâche.»

On pourrait s'y croire dans la première boutique d'affaires venue. Le

mobilier y est rudimentaire comme celui de tous les endroits où on ne

fait que passer et où s'agitent des intérêts énormes. Qu'importent les

choses extérieures à qui poursuit l'auteur d'un crime ou à qui défend sa

tête?

Un bureau chargé de dossiers pour le juge, une table pour le greffier,

un fauteuil et quelques chaises, voilà tout l'ameublement de

l'antichambre de la cour d'assises. Les murs sont tendus de papier vert;

les rideaux sont verts; à terre se trouve un méchant tapis de même

couleur. Le cabinet de M. Daburon portait le numéro 15. Dès neuf heures

du matin, il y était arrivé et il attendait. Son parti pris, il n'avait

pas perdu une minute, comprenant aussi bien que le père Tabaret la

nécessité d'agir rapidement. Ainsi, il avait vu le procureur impérial et

s'était entendu avec les officiers de la police judiciaire. Outre le

mandat décerné contre Albert, il avait expédié des mandats de

comparution immédiate au comte de Commarin, à Mme Gerdy, à Noël et à

quelques gens au service d'Albert. Il tenait essentiellement à

interroger tout ce monde avant d'arriver à l'inculpé. Sur ses ordres,

dix agents s'étaient mis en campagne, et il était là, dans son cabinet,

comme un général d'armée qui vient d'expédier ses aides de camp pour

engager la bataille et qui espère la victoire de ses combinaisons.

Souvent, à pareille heure, il s'était trouvé dans ce même cabinet avec

des conditions identiques. Un crime avait été commis, il pensait avoir

découvert le coupable, il avait donné l'ordre de l'arrêter. N'était-ce

pas son métier? Mais jamais il n'avait éprouvé cette trépidation

intérieure qui l'agitait. Maintes fois, cependant, il avait lancé des

mandats d'amener sans posséder la moitié seulement des indices qui

l'éclairaient sur l'affaire présente. Il se répétait cela et ne

réussissait pas à calmer une préoccupation anxieuse qui ne lui

permettait pas de tenir en place.

Il trouvait que ses gens tardaient bien à reparaître. Il se promenait de

long en large, comptant les minutes, tirant sa montre trois fois par

quart d'heure pour la comparer à la pendule. Involontairement, lorsqu'un

pas résonnait dans la galerie, presque déserte à cette heure, il se

rapprochait de l'entrée, s'arrêtait et prêtait l'oreille.

On frappa à la porte. C'était son greffier qu'il avait fait prévenir.

Celui-ci n'avait rien de particulier; il était long plutôt que grand et

très maigre. Ses allures étaient compassées, ses gestes méthodiques, sa

figure était aussi impassible que si elle eût été sculptée dans un

morceau de bois jaune.

Il avait trente-quatre ans, et depuis treize ans avait écrit

successivement les interrogatoires de quatre juges d'instruction. C'est

dire qu'il pouvait entendre sans sourciller les choses les plus

monstrueuses. Un jurisconsulte spirituel a ainsi défini le greffier:

«Plume du juge d'instruction. Personnage qui est muet et qui parle, qui

est aveugle et qui écrit, qui est sourd et qui entend.» Celui-ci

remplissait le programme, et de plus s'appelait Constant.

Il salua «son juge» et s'excusa sur son retard. Il était à sa tenue de

livres, qu'il faisait tous les matins, et il avait fallu que sa femme

l'envoyât chercher.

--Vous arrivez encore à temps, lui dit M. Daburon, mais nous allons

avoir de la besogne, vous pouvez préparer votre papier.

Cinq minutes plus tard, l'huissier de service introduisait M. Noël

Gerdy. Il entra d'un air aisé, en avocat qui a pratiqué son Palais et en

sait les détours. Il ne ressemblait en rien, ce matin, à l'ami du père

Tabaret. Encore moins aurait-on pu reconnaître l'amant de Mme

Juliette. Il était tout autre, ou plutôt il avait repris son rôle

habituel. C'était l'homme officiel qui se présentait, tel que le

connaissaient ses confrères, tel que l'estimaient ses amis, tel qu'on

l'aimait dans le cercle de ses relations. À sa tenue correcte, à sa

figure reposée, jamais on ne se serait imaginé qu'après une soirée

d'émotions et de violences, après une visite furtive à sa maîtresse, il

avait passé la nuit au chevet d'une mourante. Et quelle mourante!

Sa mère, ou du moins la femme qui lui en avait tenu lieu.

Quelle différence entre lui et le juge!

Le juge non plus n'avait pas dormi, mais on le voyait du reste à son

affaissement, à sa mine soucieuse, à ses yeux largement cernés de

bistre. Le devant de sa chemise était abominablement froissé, ses

manchettes n'étaient pas fraîches. Emportée à la suite des événements,

l'âme avait oublié la bête. Le menton bien rasé de Noël s'appuyait sur

une cravate blanche irréprochable, son faux col n'avait pas un pli, ses

cheveux et ses favoris étaient soigneusement peignés. Il salua M.

Daburon et tendit sa citation.

--Vous m'avez fait appeler, monsieur, dit-il; me voici à vos ordres.

Le juge d'instruction n'était pas sans avoir rencontré le jeune avocat

dans les couloirs du Palais; il le connaissait de vue. Puis il se

rappelait avoir entendu parler de maître Gerdy comme d'un homme de

talent et d'avenir et dont la réputation commençait à sortir de pair. Il

l'accueillit donc en habitué de la boutique--la barrière est si légère

entre le parquet et le barreau!--et il l'invita à s'asseoir.

Les préliminaires de toute audition de témoins terminés, les nom,

prénoms, âge, lieu de naissance, etc., enregistrés, le juge, qui suivait

son greffier de l'œil pendant qu'il écrivait, se retourna vers Noël.

--On vous a dit, maître Gerdy, commença-t-il, l'affaire à laquelle vous

devez l'ennui de comparaître?

--Oui, monsieur, l'assassinat de cette pauvre vieille, à La Jonchère.

--Précisément, répondit M. Daburon.

Et se souvenant fort à propos de sa promesse au père Tabaret, il ajouta:

--Si la justice est arrivée à vous si promptement, c'est que nous avons

trouvé votre nom mentionné souvent dans les papiers de la veuve Lerouge.

--Je n'en suis pas surpris, répondit l'avocat, nous nous intéressions à

cette bonne femme, qui a été ma nourrice, et je sais que madame Gerdy

lui écrivait assez souvent.

--Fort bien! Vous allez donc pouvoir nous donner des renseignements.

--Ils seront, je le crains, monsieur, fort incomplets. Je ne sais pour

ainsi dire rien de cette pauvre mère Lerouge. Je lui ai été repris de

très bonne heure; et depuis que je suis homme, je ne me suis occupé

d'elle que pour lui envoyer de temps à autre quelques secours.

--Vous n'alliez jamais la visiter?

--Pardonnez-moi. J'y suis allé plusieurs fois, mais je ne restais chez

elle que quelques minutes. Madame Gerdy, qui la voyait souvent et à qui

elle confiait toutes ses affaires, vous aurait éclairé bien mieux que

moi.

--Mais, fit le juge, je compte bien voir madame Gerdy, elle a dû

recevoir une citation.

--Je le sais, monsieur, mais il lui est impossible de répondre, elle est

au lit, malade...

--Gravement?

--Si gravement qu'il est prudent, je crois, de renoncer à son

témoignage. Elle est atteinte d'une affection qui, au dire de mon ami,

le docteur Hervé, ne pardonne jamais. C'est quelque chose comme une

inflammation du cerveau, une encéphalite, si je ne m'abuse. Il peut

arriver qu'on lui rende la vie, on ne lui rendra pas la raison. Si elle

ne meurt pas, elle sera folle.

L'affaire Lerouge · 第 15 / 37 题