J’ai dit précédemment, Monsieur le Ministre, ce qu’étaient les vins de

raisins secs, et combien ils justifient peu les mesures prises à leur

égard. Je vais démontrer l’impossibilité matérielle de contrôle par les

employés du fisc, la véritable fraude à laquelle elle donne naissance

et qu’elle encourage indirectement, et les pertes que le Trésor subit,

la fabrication se trouvant paralysée par ladite circulaire.

1º Les employés du fisc peuvent-ils reconnaître le vin de raisins secs

et en déférer aux procureurs généraux, ainsi que leur a ordonné M.

Audibert, directeur général des contributions indirectes, sur

l’instigation de M. le Ministre de la justice? Je réponds: C’est

matériellement impossible.

Ma réponse, Monsieur le Ministre, n’est aussi formelle que parce qu’elle

s’appuie sur des faits irréfutables.

Voici le premier. «La Chambre de commerce de Marseille a fait faire

l’analyse de ces vins sans aucun coupage, et le rapport fait par M. de

la Souchère, chimiste expert auprès du tribunal de Marseille, et adressé

à la Chambre des députés, conclut à l’identité du vin de raisins secs

avec le vin de raisins frais. Bien plus, quelques parties (les plus

importantes), telles que la crême de tartre, se trouvent dans des

proportions supérieures dans les vins de raisins secs.»

Voici le second fait: «M. Reboul, l’éminent doyen de la Faculté des

sciences à Marseille, chargé d’un travail semblable par

l’administration, a pris les mêmes conclusions et a fait un rapport très

important, dans ce sens, à l’Académie des sciences.»

Peut-on exiger que nos modestes et dévoués employés des contributions

indirectes découvrent ce que les personnes les plus compétentes dans la

science déclarent impossible à reconnaître?

Je parle ici des vins blancs de raisins secs, sans aucun coupage avec du

vin de raisins frais.

Dans le cas de coupage, on comprend aisément, M. le Ministre, que leur

recherche devient une chimère, et qu’il serait plus facile de

reconnaître deux eaux de même source, mélangées dans le même vase, que

les deux vins.

2º La fabrication des vins de raisins secs étant paralysée, la fraude

est-elle arrêtée?

Ici je cherche celle qu’a voulu réprimer l’honorable M. Le Royer, dans

sa circulaire à MM. les procureurs généraux. Voici, je crois, quel a été

son but: Empêcher, sur le couvert du coupage, la consommation d’une

boisson qu’il a cru malfaisante et la tromperie sur la marchandise

vendue.

Je pense, Monsieur le Ministre, qu’après avoir lu ce qui précède, vous

avez dû faire justice de la première supposition. Reste à combattre la

seconde et prouver son évidente erreur.

Croyez-vous qu’en vendant au consommateur, sur son choix, un vin coupé

franc de goût, aussi hygiénique que le vin de raisins frais, il y ait

tromperie sur la marchandise vendue? Non, car ce n’est qu’après qu’il a

dégusté et choisi lui-même le vin qu’on le lui vend. Que demande le

consommateur? Du véritable vin. Quelqu’un peut-il soutenir que ceci

n’en soit pas? le trompe-t-on?

Et pourtant, que d’autres produits alimentaires, aussi importants, la

circulaire eût pu viser, et cela justement. Que sont ces huiles,

soi-disant d’olives que la France en entier, et surtout le Nord,

consomment? Des huiles purifiées de coton!

Combien d’autres exemples ne pourrais-je pas citer. Je comprends, dans

cette occasion, le mot falsification et l’application de ladite

circulaire; car, en somme, les produits faux peuvent ressembler aux

vrais, mais n’ont point la même source et justifieraient presque

l’épithète de tromperie. Est-ce le cas des vins de raisins secs?

Mais maintenant, Monsieur le Ministre, que j’ai exposé le plus

clairement que je l’ai pu combien la circulaire de votre honorable

prédécesseur était funeste à cette industrie naissante, appelée

cependant à rendre de si grands services en présence des ravages

croissants du Phylloxéra, permettez-moi de vous signaler les

conséquences désastreuses qu’elle peut avoir pour le Trésor et la

véritable fraude qu’elle fait naître.

Vous n’ignorez pas, Monsieur le Ministre, les prix exorbitants que nos

vins ont atteints, à la _propriété_, dans le Midi, à la suite du

Phylloxéra; 45 fr. l’hect. est le prix moyen auquel on peut acheter du

bon vin rouge. Or, voici celui auquel revient le vin, rendu chez le

débitant, à Marseille.

Ce tableau sera le plus saisissant exemple que je puisse faire passer

sous vos yeux:

Achat l’hect. 45 fr.

Transport de la propriété à

la gare voisine, prix moyen -- »» fr. 50

Transport du chemin de

fer à Marseille -- 1 fr. 50

De la gare en ville -- »» fr. 25

Droits d’entrée -- 11 fr. 25

Perte et creux de route -- »» fr. 25

----------

Total -- 58 fr. 75

Soit, _onze sous 1/2_. Et cependant le vin se vend en général, à

Marseille, 0 fr. 50 cent, le litre au maximum!

Je m’arrête, Monsieur le Ministre, vous devinez la fraude, la véritable

fraude: l’eau. Le marchand de vin honnête ne sera plus forcé de mettre

cette eau, le jour où il pourra couper, impunément et sans crainte de la

prison, son vin avec ceux de raisins secs. J’ai cité Marseille; que

serait-ce si je citais Paris, où l’eau ne remplit même déjà plus les

fonctions économiques qu’on lui demande et où on la remplace par de

véritables poisons.

J’ai promis de démontrer les pertes que la circulaire fait éprouver au

Trésor. Il est facile, après ce que je viens de rapporter ci-dessus, de

voir le déficit immense que cet état de choses occasionne à la caisse

publique; car toute cette quantité d’eau, que même les plus honnêtes

marchands emploient, ne paie pas de droits. Comme l’a dit si

judicieusement un de nos plus vaillants députés: l’ouvrier par ce

rigoureux hiver, et le pauvre, dont le cœur se resserre aux dures

caresses de la neige, veulent et ont besoin de boire du vin, Monsieur le

Ministre, ce principal agent de force et de vie de l’homme.

Convient-il de sévir contre ce débitant dont le passé irréprochable

plaide pour lui, si, amené à votre barre, il vous répond: qu’il a coupé

son vin avec de l’eau, parce que vous punissez aussi sévèrement, sinon

plus, les coupages avec du vin de raisins secs regardés comme une

véritable falsification.

C’est donc une perte immense et irréparable que le Trésor subit et qui

se chiffrera cette année, pour la France, au moins par 40 ou 50

millions, si votre intelligente initiative n’apporte un prompt remède à

cet état de choses aussi funeste aux populations ouvrières qu’au

commerce vinicole.

Je m’arrête, plein de confiance dans votre justice, Monsieur le

Ministre, etc.

Je suis avec respect, Monsieur le Ministre, etc.

JOSEPH AUDIBERT,

C’est aux démarches qui accompagnèrent cette lettre, que l’on doit

la circulaire n.º 298 du 26 août 1880, qui répara, en partie, le

mal qu’avait fait celle du 4 septembre 1879.

EXPÉRIENCE

_D’une fabrication de vin avec des raisins, de l’eau et du sucre,

d’après M. Petiot lui-même._

Cette expérience, devenue populaire, était à base de sucre de canne

parce que M. Petiot ne connaissait pas alors les raisins secs du Levant.

Aujourd’hui, le propriétaire remplace le sucre par les raisins secs, ce

qui est non seulement économique mais encore bien plus productif.

«Convaincu que le raisin seul pouvait fournir les éléments d’un

liquide qui méritât le nom de vin, c’est sur le fruit de la vigne,

que j’ai concentré mes expériences, en me proposant pour problème,

d’obtenir un liquide en tout semblable au vin extrait par les

procédés ordinaires, et ne considérant mon but comme atteint,

qu’autant que ce liquide aurait identiquement les mêmes qualités,

le même bouquet, la même faculté de s’améliorer en vieillissant.

«La première chose à faire était d’analyser le jus de raisin; il

contient ordinairement sur 100 parties du poids 88 à 98 parties

d’eau, 9 à 11 parties de sucre[60], une seule partie de tartre, du

tannin, de matière colorante, de résine ou d’huile essentielle, et

d’autres substances dans des proportions si minimes que toutes

ensemble, elles ne forment, comme je viens de le dire, qu’environ 1

p. 0/0 du poids.

«Ainsi, l’eau et le sucre forment les 99 centièmes du jus de

raisin; les matières donnant la couleur, le goût spécial, le

bouquet ou arôme, particulier de chaque cru, n’entrent dans le vin

que pour un centième.

«C’est cependant cette centième partie qui, à vrai dire, constitue

le vin, qui les distingue des autres liquides, et qui lui donne,

principalement, les qualités diverses qui en font le prix.

«Ce constaté, j’en ai conclu que pour faire le vin, il serait

facile de reproduire les 99 centièmes des éléments qui le

composent, l’eau distillée étant partout la même, et le sucre de

betterave ou de canne, se transformant par la fermentation ou le

contact des acides, en sucre identique à celui qui se trouve dans

le raisin; mes expériences sur le sucrage et la fermentation des

vins nouveaux ne m’avaient laissé aucun doute sur ce point.

«Il ne fallait donc plus ajouter au vin et au sucre que les

substances diverses contenues dans cette centième partie qui

fournit la couleur, le goût, le bouquet. Mais ces substances

précieuses, caractéristiques, il ne me paraissait pas possible de

les chercher ailleurs que dans le raisin, où la nature les a

réunies et amalgamées dans des proportions et des conditions que

l’art serait impuissant à imiter.

«Je me suis alors demandé si le jus de raisin, exprimé par les

procédés ordinaires, avait entraîné, absorbé tout ce que contenait

le raisin de ces matières colorantes et aromatiques, s’il n’en

restait pas encore dans le résidu solide, la pulpe, la graine, la

grappe, dans ce qu’on appelle le marc enfin, si ce qui restait ne

pouvait pas encore s’en extraire et être utilisé pour donner de

nouveau à de l’eau et à du sucre, parties intégrantes du vin pour

99 centièmes, le goût, l’arôme et les autres qualités du jus de

raisin.

«La question ainsi posée, je me mis à la recherche des faits; je

reconnus que ces matières, et surtout la plus précieuse, la résine,

n’étaient dissoutes et utilisées, par les procédés ordinaires,

qu’en très minime partie; la matière colorante, dans les années où

le raisin a mûri pendant la sécheresse, et sous les rayons brûlants

du soleil (comme pendant septembre 1855), est en très petite

quantité, et forme contre la pellicule des grains de raisin une

couche très épaisse, qui ne se dissout qu’en partie par une seule

fermentation. Le tartre est la matière qui s’échappe le plus

facilement; le tannin est en proportion considérable dans la peau,

les pépins et la grappe. Le plus souvent ces deux dernières

matières sont en excès dans le vin, et nuisent beaucoup à son

agrément; la proportion du tartre qui est la plus convenable est de

3 ou 4 millièmes.

«Convaincu qu’une partie considérable de ces matières resterait

dans le marc, je ne doutais pas qu’il ne fût possible de les

utiliser de nouveau, en remplaçant l’eau et le sucre extraits du

raisin, forme de jus, par une quantité semblable de ces substances

et en provoquant une nouvelle fermentation. La décomposition du

sucre et sa transformation en alcool, par la fermentation avec le

marc, était pour moi, comme je l’ai déjà dit, un fait acquis

d’après mes expériences précédentes.

«Au moment des vendanges de 1854, j’avais l’entière conviction que

je pourrais doubler, au moins, la quantité de vin, en ajoutant,

soit au moût, soit au marc, une quantité d’eau sucrée égale à celle

du jus de raisin.

«Le raisonnement m’avait conduit également à la conviction que ce

produit doublé devait se bien conserver, parce qu’il contiendrait

en suffisante quantité toutes les substances utiles à la

conservation du vin ordinaire, et en moins grande portion celles

qui sont la cause de l’altération et de la maladie des vins. Je

m’explique:

«Le vin ordinaire contient des ferments en grand excès, et un

ferment glaireux qui se trouve près des pépins; les maladies des

vins proviennent généralement de cet excès de ferment, qui (surtout

dans les mauvaises années) contient beaucoup d’acide malique, d’une

nature albumineuse, qui reste en suspension dans le liquide et qui

ne s’enlève qu’imparfaitement par les collages et soutirages. Le

vin contenant toujours un peu de sucre, lorsqu’il est exposé à la

chaleur, le ferment le fait travailler de nouveau, et amène une

fermentation intempestive, très difficile à maîtriser, parce que,

dans cet état la colle n’agit plus. Aussi le vin, dans ces

conditions, s’altère rapidement et finit par tomber en

décomposition, produite par une faible fermentation acétique ou

lactique.

«Le vin fait, sur le marc, avec de l’eau sucrée, ne devrait

contenir au contraire que peu de ferment et surtout un ferment sec

provenant en grande partie de la peau du raisin, ferment qui

s’élèverait encore par les collages, et qui, dans tous les cas,

demeurerait en quantité insuffisante pour produire une fermentation

nouvelle.

«Passant du raisonnement à l’expérience matérielle, je me mis à

l’œuvre en 1854, et le résultat dépassa toutes mes espérances.

«Avec une quantité de raisins de pineaux noirs, qui, par les

procédés ordinaires, aurait produit 60 hectolitres de vin, j’en ai

fait 285, près de _cinq fois plus_.

«Voici comment j’ai procédé:

«J’ai extrait de la cuve aussitôt après que les raisins furent

écrasés, et avant la fermentation, tout le liquide qui a pu sortir:

cela m’a fait un vin blanc légèrement teinté, très fin et très bon.

J’en ai extrait de la sorte 45 hectolitres (les trois quarts de ce

que j’aurais obtenu si j’avais pressé le marc).

«J’ai pesé ce jus de raisin au gleuco-œnomètre: il pesait 13

degrés. Pour amener de l’eau sucrée à la même densité, il fallait

19 kilogrammes de sucre par hectolitre d’eau.

«J’ai remplacé alors, dans la cuve, les 45 hectolitres de jus de

raisin pur, par 50 hectolitres d’eau sucrée, à raison de 18

kilogrammes de sucre raffiné par hectolitre. J’ai laissé fermenter,

et trois jours après, lorsque la fermentation a été terminée, j’ai

tiré de cette même cuve 50 hectolitres de vin rouge ayant une belle

couleur.

«Voulant pousser l’expérience jusqu’au bout j’ai renouvelé

plusieurs fois l’opération.

A la seconde, j’ai remplacé les 50 hectolitres par 55 hectolitres

d’eau sucrée à 22 kilogrammes, et après fermentation j’ai tiré, au

bout de deux jours, la même quantité de vin.

«A la troisième, j’ai mis 65 hectolitres d’eau sucrée à 25

kilogrammes, la fermentation a encore duré un peu moins de deux

jours, alors j’ai pressé le marc et j’ai obtenu 60 hectolitres de

liquide.

«Au lieu de jeter le marc pressé, je l’ai remis dans la cuve avec

35 hectolitres d’eau sucrée, j’ai laissé fermenter et j’ai retiré

30 hectolitres de liquide.

«Enfin le vin blanc, non cuvé, naturel a été placé dans des

futailles remplies, seulement à moitié, et que l’on a achevé de

remplir, douze heures après, avec de l’eau sucrée à 18 kilogrammes.

«Sur ces divers liquides, voici les résultats constatés:

«_Fermentation._--La fermentation a été très forte dans les quatre

opérations d’eau sucrée, la première a été la plus longue à

s’achever, et la troisième la plus courte.

«_Couleur._--Des quatre cuvées de vin d’eau sucrée, c’est la

troisième qui a le plus de couleur, et la quatrième, celle de marc

pressé, qui en a le moins: la troisième cuve étant plus colorée que

le vin par les procédés ordinaires.

«_Alcool._--J’ai dit que le jus de raisin pesait 13 degrés au

gleuco-œnomètre, et que, pour amener un hectolitre d’eau à la

même densité, il fallait y dissoudre 19 kilog. de sucre. J’ai

vérifié que cette eau sucrée au même degré donnait un vin plus

alcoolique que le moût, ce que j’attribue à ce que celui-ci

contenait des sels. En effet, le vin naturel donnait 12 pour 0/0

d’alcool, celui d’eau sucrée à 18 kilog. en contenait 13 pour 0/0,

celui à 22 kilog. 15 pour 0/0 et celui à 25 kil. de sucre 17 pour

0/0.

«_Goût, bouquet._--Le vin d’eau sucrée est moins acide, plus

vineux, plus moelleux, plus _présent à boire_ (comme disent les

marchands), et a plus de bouquet que le vin naturel; en un mot, il

est positivement meilleur.

«_Conservation._--J’ai dit des raisons qui m’ont convaincu,

d’avance, que le vin d’eau sucrée se conserverait non seulement

aussi bien, mais mieux que le vin naturel. L’expérience a

pleinement confirmé mes prévisions. Ce vin, est en effet d’une

solidité extraordinaire. J’en ai envoyé à la Nouvelle-Orléans, il

y est arrivé en parfait état et a été trouvé bon.

«Aux vendanges de 1855, j’ai renouvelé mes expériences de 1854,

mais cette fois sur une beaucoup plus grande échelle; au lieu de

285 hectolitres, j’en ai fait 3,000. J’ai varié mes opérations, et,

sur certaine cuvée, j’ai renouvelé l’addition d’eau sucrée jusqu’à

8 et 9 fois, savoir: deux opérations en vin blanc, avant

fermentations; deux en vin rouge fermenté, et quatre ou cinq en

vins blancs, plus ou moins colorés. Le ferment a toujours été

suffisant pour faire tomber promptement l’eau sucrée, qui marquait

10° à 0°.

«Les personnes qui m’ont demandé et auxquelles j’ai fait connaître,

avec empressement, ma manière d’opérer, parmi lesquelles je dois

citer mes voisins, MM. Thénard père et fils, célèbres chimistes,

ont fait cette année, dans la Saône-et-Loire et dans la Côte-d’Or,

environ 2,000 hectolitres de vin d’eau sucrée. M. Thénard père m’a

assuré que le vin, produit par mon procédé dans l’Auxerrois, était

supérieur à celui fait avec des raisins seuls.

«J’ai fait goûter, à beaucoup de personnes, mes vins de 1851, faits

avec des raisins de ma propriété de Chamirey, crû de second ordre:

toutes les ont trouvés très bons, et elles n’ont pu distinguer le

vin naturel, fait avec les mêmes raisins, de celui fait avec de

l’eau sucrée.

«Les résultats obtenus pour les vins rouges sont superbes,

puisqu’on pourrait tripler la quantité; mais ceux sur les vins

blancs, et surtout sur les marcs de blancs, sont encore bien plus

merveilleux et amèneront certainement une révolution dans le

commerce.»

PETIOT.

_Opinion de M. Maumené sur l’expérience de Petiot, relatée ci-dessus._

[61]Ces résultats parlent d’eux-mêmes; tous les esprits éclairés ne s’en

étonneront pas. S’ils pouvaient causer de la surprise, ce serait

uniquement parce qu’il a fallu près d’un siècle depuis Macquer pour les

voir mettre en pratique aussi sagement, et sur une aussi grande échelle.

Je m’y arrête pour montrer combien ils sont conformes aux principes

d’une saine théorie.

[62]D’après les résultats d’une analyse que j’en ai faite, il serait

difficile de distinguer le vin, ainsi préparé, du vin naturel, et les

esprits les moins favorables aux imitations du vin ne pourront refuser

de convenir que ces vins n’ont au moins rien de dangereux.

L’avenir des vins _raisins-sucreux_ est certainement immense. On ne peut

voir sans une grande joie, s’étendre une méthode dont les produits

augmenteront les ressources de notre principale industrie, celle du vin,

remédieront à la pénurie du raisin dans les mauvaises années, et

permettront de livrer en tout temps, aux classes pauvres une boisson

saine, peu coûteuse, et aussi exempte que possible de toute

sophistication. Le trésor public ne peut que gagner à son extension.

_Opinion émise sur les vins de raisins secs, dans le bulletin du_

Laboratoire Agronomique _du 1er mars 1880, par M. Jules Rivière de la

Souchère, ancien élève de l’Ecole polytechnique, chimiste-expert auprès

du Tribunal de Marseille._

Nous avons eu l’occasion de donner notre opinion sur cette industrie et

sur la valeur de ses produits, et nous n’hésitons pas à lui donner une

plus grande publicité.

=Le vin de raisins secs a les plus grands rapports de composition avec le

vin ordinaire ou de vendange, il en renferme tous les éléments.=

L’ouvrier pouvant, grâce à ce procédé, trouver une boisson saine et

réconfortante, alors que le peu d’abondance des vins de vendange, par

suite du phylloxéra, ne lui permet pas de se procurer une boisson

naturelle et non fraudée, =nous n’y voyons qu’un bienfait de plus rendu

par l’industrie=.

La fabrication du vin de raisins secs ne date que de quelques années,

des perfectionnements peuvent être apportés dans ses procédés, notamment

pour améliorer le goût de la nouvelle boisson, et il n’est peut-être pas

impossible de voir revivifier la couleur même, qui peut n’être

qu’altérée, et non détruite, par la dessiccation.

Analyse des Vins de Raisins secs

L’analyse par M. De la Souchère, de trois vins de raisins secs, a donné

les résultats suivants:

==================+=========+=========+==========

ANALYSE | THYRA | VOURLA | CORINTHE

------------------+---------+---------+----------

Titre, Alcool | 15 | 12.60 | 14.40

Poids spécifique | 1003.96 | 995.56 | 999.96

Extrait sec | 47.14 | 24.37 | 37.45

Cendre | 4.73 | 4.19 | 3.51

Matière protéïque | 0.27 | 0.10 | 0.16

Glucose | 12.65 | 2.75 | 5.45

Gomme | 24.99 | 11.72 | 16.33

Crême de Tartre | 2.20 | 1.10 | 2.40

| | |

PETIT RÉSUMÉ

A l’usage des Particuliers et Producteurs

POUR FAIRE LE VIN:

Mettez 100 kilogr. de raisins secs dans une futaille défoncée et 300

litres d’eau chaude à 40° si c’est possible. La température de

l’appartement doit être de 15 à 20°. L’opération serait plus vite

terminée et le vin meilleur, si l’on maintenait constamment la

température du moût à 30° de chaleur. On le constate au moyen d’un

thermomètre spécial qu’on adapte au tonneau. La fermentation s’établit

d’elle-même.

Le vin est fait et on soutire quand le liquide n’accuse plus que 0° au

pèse-sirop et qu’il commence à devenir clair un ou deux jours après

qu’il aura indiqué ce degré. Il faut éviter que les grappes forment, en

fermentant, le chapeau, ce qui pourrait donner un peu d’acidité au vin.

On soutire le vin dans un fût propre dans lequel on a fait préalablement

brûler une mèche soufrée sur papier (procédé Audibert). On clarifie

fortement avec 30 grammes de _colle diamant_ par hectolitre et 20 gram.

d’_Extrait Vinicole_, en fouettant, pendant un bon moment, le vin et la

colle, pour obtenir une prompte clarification; on fait le plein, 24 h.

après, et on bouche bien.

Au bout de quelques jours, quand le vin est bien brillant, on le met en

bouteilles que l’on tient couchées.

Après les avoir pressées, on lave les grappes avec de l’eau chaude,

contenant 100 gram. d’_Extrait Vinicole_ par hecto, qu’on y laisse

séjourner deux ou trois jours et on retire une piquette légère.

Pour colorer on se sert de vin très rouge ou on emploie le _Colorant

Vinicole_, 8 à 10 grammes par hecto suffisent. On peut en mettre

davantage si on le veut plus rouge.

Il sera répondu immédiatement et sur échantillon à toute demande de

renseignements concernant les soins à donner aux vins malades ou

altérés.

Pour les Raisins secs, Thermomètres, Pèse-sirop, Mèches soufrées, Colle

diamant, Extrait Vinicole, Colorant, Appareils ainsi que pour tout ce

qui se rapporte à la fabrication du vin, s’adresser:

MAISON J.-F. AUDIBERT ++

Importateur direct des Raisins Secs à boisson

ENTREPOTS GÉNÉRAUX AGRICOLES ET VINICOLES

53, RUE DES MINIMES.--MARSEILLE

TABLE DES MATIÈRES

Avant-Propos de la 1re édition parue en 1880 V

A mes lecteurs IX

CHAPITRE I

Pourquoi le vin de raisins secs? 1

CHAPITRE II

Quels sont les meilleurs raisins et à quoi les

reconnaît-on? 10

Corinthe 11

Thyra 12

Samos 14

Vourla, etc. 14

De la falsification des raisins secs 21

Des Mowra-Flower 22

De leur abus 23

CHAPITRE III

Du local et des ustensiles propres à la fabrication 25

CHAPITRE IV

Soins à donner aux raisins avant leur mise en

cuve 33

CHAPITRE V

Du mouillage des raisins secs 36

Tableau des quantités d’eau nécessaires pour

fabriquer le vin de raisins secs 39

CHAPITRE VI

Du foulage 42

CHAPITRE VII

De la fermentation 47

Le contrôle des fermentations 53

CHAPITRE VIII

Fabrication mathématique des vins de raisins

secs et autres vins 56

Appareil J.-F. Audibert pour la fabrication

mathématique et complète des vins de

raisins secs garantie en 10 jours et pour

toutes les fermentations 58

CHAPITRE IX

Des dangers de l’acide carbonique 61

Règles générales et utilisation de l’acide carbonique 65

CHAPITRE X

Des divers modes de fermentation 71

La fermentation à cuve ouverte 71

La fermentation à cuve fermée 80

La fermentation mathématique 84

CHAPITRE XI

De la fermentation rapide à l’usage des grands

ou des petits fabricants 86

Garniture intérieure des robinets 89

CHAPITRE XII

Des fabrications spéciales 91

La fermentation du moût sans grappes 92

La fermentation des raisins secs avec des

raisins frais 97

La fermentation des raisins secs avec le marc

des raisins frais 102

CHAPITRE XIII

Moyen pratique de suivre la marche des fermentations 106

CHAPITRE XIV

L'art de faire le vin avec les raisins secs · 第 11 / 12 段