LA COLLE DIAMANT.--Après bien des tâtonnements, depuis les premières

éditions, j’ai pu enfin résoudre cette importante question du collage

pour les vins en général et surtout ceux de raisins secs. Il suffit de

faire un seul essai, pour employer la _Colle diamant_ de préférence à

tous les autres moyens de collage. L’albumine des œufs ou du sang

agit comme clarifiant, chacun le sait, par son action sur le tannin. Il

s’en suit une perte regrettable pour les vins dont cet énergique agent

de conservation est le principal soutien.

Avec la _Colle diamant_ le danger est écarté, ce qui nécessite son

emploi et le rend indispensable pour les vins.

La _Colle diamant_, donc, rend le grand service de clarifier un vin, non

malade, sans le dépouiller de son tannin et sans qu’il soit nécessaire

d’ajouter cette substance, toujours chère et rarement pure.

La _Colle diamant_ est le plus efficace collage pour les vins en général

et ceux de raisins secs en particulier; elle est bien supérieure aux

œufs. D’un autre côté, non seulement ceux-ci sont généralement trop

chers, mais le sang de bœuf, à l’état frais, est lui-même presque

introuvable dans certaines villes et notamment dans nos campagnes. Ce

moyen de collage est donc un véritable service rendu au commerce des

vins.

L’action de la _Colle diamant_ ressemble à celle des blancs d’œufs;

cela s’explique aisément: la première est à base de sélicate d’alumine

dont les effets sont bien connus.

Voici le résultat convaincant obtenu par un des plus éminents chimistes,

M. Macagne, sur le même vin, clarifié dans les mêmes proportions avec de

l’albumine d’œufs ou de sang, d’une part, et de la _Colle diamant_,

d’autre part. Le vin non clarifié contenait 0,91 de tannin. Après le

collage, avec de l’albumine il n’en avait plus que 0,91, tandis qu’avec

la _Colle diamant_ il en avait conservé 0,89!! De plus, le vin avait pu

être soutiré quatre jours plus tôt, ce qui est un avantage considérable.

Pour l’employer, on pratique comme pour les blancs d’œufs.

La _Colle diamant_ a de plus, sur la colle de blancs d’œufs, comme je

l’ai dit, l’avantage de tomber plus vite que celle-ci; la lie est lourde

et tend moins à remonter dans le vin.

Dans l’industrie des vins de raisins secs, cette qualité est bien à

remarquer. On vise généralement à obtenir de bons produits dans le plus

court espace de temps; on ne doit donc pas dédaigner une circonstance

aussi importante.

La quantité de _Colle diamant_ à employer, varie comme pour les blancs

d’œufs, suivant la capacité des futailles et l’état du vin à

clarifier.

Pour un hectolitre de vin, voici comment on l’emploie: Il suffit de

mettre 50 grammes de _Colle Diamant_ dans 4 ou 5 litres de vin. On s’en

sert ensuite exactement comme des œufs ou du sang à l’état frais. On

bat la _Colle Diamant_ pendant un moment, avec un kilo de gros sel

environ par 15 hectolitres de vin. Quand elle est bien battue et

écumante on y verse un peu de vin avec lequel on la délaie, et on vide

le tout dans le foudre ou barrique qui contient le vin à clarifier[47].

Le lait est aussi considéré par les œnologues, comme une substance

pouvant servir de colle pour les vins. Ce qui l’a désigné à l’attention

des industriels, est la présence, dans ce liquide, d’une matière très

analogue à la gélatine et à l’albumine. La chimie lui a donné le nom de

_caseïne_.

Les manières d’employer le lait sont variées. Quelques-uns le versent

ainsi à froid, sans aucune préparation; d’autres recueillent la crême,

dont ils se servent uniquement; enfin, il en est qui le font bouillir.

La manière d’employer cette colle ne diffère pas des précédentes, car on

ajoute aussi du sel, et on la prépare comme les blancs d’œufs et le

sang.

Les fabricants de vins de raisins secs ne doivent pas s’en servir. Avec

le lait, on introduit dans le vin le sucre de lait dont cette substance

est assez largement pourvue; or, ce sucre est susceptible, par sa

composition, autant que le sucre de raisins, d’éprouver les diverses

fermentations alcooliques et surtout lactiques et butyriques.

On a bien proposé de coller le vin avec des matières toutes différentes

de celles qui précèdent, mais je n’en parlerai pas, vu le peu

d’importance que ces détails pourraient avoir pour mes lecteurs. Chacun

du reste peut, dans les traités de chimie, voir les applications

nombreuses que les savants ont réservées à cette partie de la science

des vins.

Du Fouettage

La colle, versée dans le tonneau, ne remplirait point le but qu’on se

propose si elle y demeurait sans être intimement mélangée au vin. C’est

le _fouettage_ dont je veux parler.

J’appelle d’une façon toute particulière l’attention des producteurs sur

ce sujet.

_Le collage ne peut avoir un effet solide que par l’opération d’un

énergique fouettage._

Le vin de raisins secs contient, en suspension, une grande quantité de

matières gommeuses dont les fibres reliées entr’elles forment un immense

réseau, offrant une résistance véritable à l’action précipitante de la

colle. Il faut rompre et diviser le plus possible cette sorte de filet,

et mélanger la colle au vin le plus intimement.

Pour cela, après avoir vidé dans le tonneau la colle que l’on veut

employer, on se sert habituellement, d’un instrument appelé _fouet_, et

auquel chaque pays vinicole donne une tournure différente.

Ceux dont je me sers, et que je conseillerai à mes lecteurs, se compose

d’un manche en bois ou en fer de 1 m. 25 environ,[48] au bout duquel est

fixée une lame de fer percée de trous et recourbée comme une pioche, de

0 m. 30 centim. de long sur 0 m. 03 centim. de large et 0 m. 01 cent.

d’épaisseur. Au bout de la lame de fer, est attaché quelquefois un

morceau de chaîne de 0 m. 30 cent. environ de longueur.[49]

Pour fouetter, un ouvrier monte sur le tonneau, introduit la tige

recourbée dans la bonde, et enfonce avec un coup sec et nerveux le fouet

dans la direction de l’angle d’un fond.

Le vin bouillonne dans l’intérieur du foudre, avec une telle force qu’il

en soulève presque le tonneau; l’opération se répète ainsi pendant 25,

30, 40 ou 50 minutes, suivant le degré d’impureté dans lequel se trouve

le vin que l’on colle.

L’ouvrier, qui ne s’est jamais servi de cet instrument, peut être

embarrassé au début, mais il en acquiert vite l’habitude, en se

rappelant les principes suivants: plus on multiplie le nombre des coups

de fouet, moins on agit sur le vin; plus le coup est sec, plus le vin

bouillonne. En un mot, l’ouvrier, chargé de ce travail, doit lancer le

fouet comme s’il avait le fond du foudre à démolir; en frappant dans

l’angle, sans l’atteindre.

La longueur du manche du fouet, pour le tonneau, doit être calculée de

telle sorte, qu’il manque 20 centimètres environ pour toucher le point

que je signale.

Plus le vin est fouetté fortement, plus l’action de la colle se fait

sentir promptement.

Il y va donc de l’intérêt du viticulteur ou du fabricant, de veiller à

ce que cette opération soit faite suivant toutes les conditions

voulues.

CHAPITRE XXI

Du Soutirage

Après les diverses opérations que je viens d’énumérer, les vins de

raisins secs sont, de fait, terminés.

Le fabricant devra cependant veiller attentivement sur eux pour

pratiquer le soutirage des vins.

Dès que le collage a produit l’effet que l’on attend de lui, on doit

s’empresser de retirer le vin limpide du tonneau.

On ne peut être réellement certain de la qualité de son vin et de sa

durée, qu’une fois mis en futaille, complètement dépouillé et débarrassé

des matières qui peuvent y faire naître des complications.

Le soutirage est donc une chose importante: c’est le couronnement de

l’œuvre.

On s’assure de la limpidité du vin, ce qui est facile, et on soutire

dans des barriques bien soufrées.

La manière de soutirer les vins, demande encore des précautions

infinies, qui ne pourront paraître indifférentes qu’à ceux qui ne savent

pas quel est l’effet de l’air atmosphérique sur ce liquide.

Le temps le plus favorable, pour le soutirage des vins de raisins est le

temps sec et froid. On choisit toujours une journée, si c’est possible,

où le vent du nord souffle. Il est de fait que ce n’est qu’alors que le

vin est bien déposé. Les temps humides, les vents du sud les rendent

troubles, et il faut se garder de soutirer quand ils règnent.

Il est des régions où les soins qu’on donne au soutirage sont extrêmes;

la différence des vins d’abord et leur prix ensuite, justifient jusqu’à

une certaine mesure ces précautions. Mes lecteurs me sauront gré de leur

apprendre les méthodes suivies par certains agriculteurs; la plupart

soutirent, généralement le vin, d’un robinet placé à une hauteur

convenable du fond de la barrique, pour éviter que le vin, en

s’écoulant, ne détermine des mouvements dans la lie. C’est le plus

simple et le plus répandu des procédés du soutirage.

Il y a bien à craindre, il est vrai, l’action de l’air sur le vin, mais

on l’évite, assez facilement en plaçant au robinet d’où s’échappe le

vin, un tuyau en caoutchouc qui le conduit jusque dans la barrique, déjà

préparée. Le danger n’est donc point aussi manifeste que certains

œnologues ont voulu le dire.

On peut soutirer le vin au moyen d’un syphon qu’on fait plonger d’une

part dans le tonneau que l’on veut transvaser, en s’assurant

préalablement de la profondeur pour ne pas troubler la lie, et d’autre

part dans le fût qui doit recevoir le vin.

Il est certain que le soutirage par la pression est encore préférable,

mais impraticable pour un grand nombre de fabricants et de viticulteurs.

Ce moyen est surtout usité dans le Bordelais. Les caves bordelaises ne

contiennent généralement que des barriques de ce nom; or, leur petite

contenance, 228 litres, force les viticulteurs à entasser ces futailles

les unes sur les autres, pour gagner en hauteur la place qu’ils

perdraient dans les caves si les barriques étaient placées à côté les

unes des autres.

Afin de pouvoir soutirer le vin logé dans ces conditions, et cela sans

courir les risques de remuer la lie, on emploie la pression;

c’est-à-dire qu’on chasse par le soutirage avec une pompe ou un soufflet

_ad hoc_, le vin des barriques qui s’échappe ainsi automatiquement, par

la pression atmosphérique. On le dirige par des tuyautages dans les fûts

superposés qui doivent le contenir. De la sorte le vin, dont le prix est

élevé, ne risque jamais de s’éventer, ni de tourner.

C’est à l’aide des diverses opérations que je viens de décrire, qu’on

purge, qu’on purifie, qu’on enlève au vin de raisins secs toutes les

matières qui pourraient déterminer des fermentations mauvaises ou nuire

à sa conservation.

La cave qui renferme le vin prêt à être livré au commerce, doit

préoccuper le fabricant. Il importe, pour éviter des désagréments,

qu’elle soit située dans un endroit frais et humide: l’excès de cette

dernière recommandation, nuirait cependant au vin et déterminerait la

moisissure des bouchons, tonneaux, etc. Je signalerai aussi

l’inconvénient qui existe, l’été surtout, à loger les futailles,

contenant le vin complètement terminé, dans le cellier où l’on presse

les grappes. L’acide acétique, qui se forme sur elles et sur les

instruments qui servent à fabriquer le vin, se répand avec la plus

grande facilité dans l’atmosphère: les vins, en bon état, ne peuvent que

perdre à ce voisinage. Quel est celui de nous dont l’odorat n’a pas

surpris cette odeur pénétrante en arrivant dans un cellier où l’on a

pressé des grappes de raisins?

Je ferai la même observation pour le voisinage des cuves servant à la

fermentation.

Généralement, je le sais, les viticulteurs et fabricants n’ignorent pas

ces recommandations, mais il en est qui, à la connaissance de ces

détails, sépareront les vins collés de la salle de cuvage, ne sachant

pas les conséquences graves que cette circonstance pourrait susciter à

leur vin.

CHAPITRE XXII

Des altérations du Vin de Raisins secs, leurs causes et leurs remèdes

Les vins sont terminés, c’est-à-dire limpides et francs de goût. Le but

que nous avons poursuivi est atteint.

Mais, il me reste encore à décrire les altérations et maladies

auxquelles les vins de raisins secs peuvent être sujets, les remèdes à

employer pour les sauvegarder.

De la dessication et des altérations qu’elle peut faire naître

Je suppose une fabrication parfaite, c’est-à-dire dont les raisins, les

instruments et appareils, la température, contribuent à produire un bon

vin. Chacune des choses que je viens d’énoncer, peuvent donner lieu,

d’après leur état propre, à des détériorations ou maladies que je vais

passer en revue.

Les raisins secs, base de notre fabrication, peuvent occasionner, les

premiers, des altérations. Quelques-unes naissent de l’opération du

séchage qu’on leur a fait subir, pour les transporter de l’Orient dans

nos contrées.

La dessication des raisins s’obtient de plusieurs manières. En Turquie,

les indigènes l’obtiennent en étendant simplement les raisins sur le sol

à l’action du soleil. Les grappes sont entières, car les grains de

raisins égrappés peuvent subir partiellement des fermentations qui

amènent de fâcheux résultats.

Mélangés avec la masse, ces grains motivent des altérations que j’ai

signalées, au début de mon ouvrage, dans le chapitre II: _Quels sont les

meilleurs raisins et à quoi les reconnaît-on?_

Un commencement de fermentation de ces grains peut communiquer au vin

des goûts désagréables. De forts collages sont nécessaires pour les

faire disparaître. En Grèce, certains récoltants emploient, pour opérer

la dessication des raisins, une méthode qu’il est bon de signaler, afin

de permettre aux fabricants de se prémunir contre les conséquences que

cette méthode pourrait entraîner.

Après avoir récolté les raisins, on les étend, en plein air, au soleil,

sur une couche épaisse de fumier ou litière, d’animaux domestiques.

Les raisins, dans cette situation, subissent par la chaleur solaire

d’une part et celle qui se dégage du fumier d’autre part, un effet de

contraction de la pellicule. La vapeur alcaline, qui se dégage de la

fiente, collaborant avec la chaleur solaire, durcit et épaissit

l’enveloppe du raisin, par un effet à peu près semblable à celui du tan

sur les peaux d’animaux. Par cette façon d’opérer, on active la

dessication des raisins, mais ceux-ci emportent, le plus souvent avec

eux, des principes alcalins qui sont la source de nombreux mécomptes

pour les fabricants. De là naissent quelquefois ces goûts désagréables

que possèdent certains vins de raisins secs.

On évite cela en se servant de l’eau chaude, pour le mouillage dans la

cuve à tremper. L’eau chaude dissout, facilement, les sels qui ont pu se

former sur la pellicule, et laisse à la fermentation, le soin de les

décomposer ou de les précipiter sous forme de dépôts ou de lies.

On dessèche aussi les raisins, en les exposant au soleil sur une couche

de paille ou dans les fours; ce dernier moyen exige de grandes

précautions. On doit éviter une chaleur trop ardente qui pourrait les

brûler. On les étend sur des claies et on les introduit dans le four un

moment où en sort le pain, après sa cuisson.

La température doit être douce, car la dessication des raisins, reposant

sur le principe de l’évaporation de l’eau contenue dans la pulpe,

s’opérerait dans de très mauvaises conditions si l’on voulait accélérer

l’opération.

En Espagne et dans certains pays, la dessication s’opère en trempant les

grappes de raisins dans des bains de potasse qui, comme chacun le sait,

est un sel alcalin.[50]

Les vins de raisins secs aigre-doux.

Le vin de raisins secs, quand on le soutire de la cuve à fermenter, doit

être généralement un peu _vert_, _sec_, et non liquoreux. Les fabricants

doivent bien se garder de confondre la verdeur avec l’aigreur du vin;

tandis que la première; loin de lui nuire, est une garantie de bonne

conservation, la seconde est sa plus directe ennemie. Pour mieux

comprendre l’idée que j’expose, je vais établir les résultats que

peuvent offrir ces fermentations bonnes ou mauvaises:

1º Après une marche régulière et sans arrêt de la fermentation, toute la

partie sucrée du moût s’étant transformée en alcool, et le décuvage

ayant été fait au moment convenable, le vin doit posséder un principe

de verdeur. Une fois en tonneaux et bien clarifié ce principe devient

une qualité et ce vin se conserve, en se bonifiant, sans aucune crainte

d’altération.

2º Par suite d’un arrêt dans une fermentation à peu près achevée, si le

vin possède encore deux degrés de liqueur, il faut se garder de le

laisser dans la cuve et sur les grappes; on l’entonne dès le troisième

jour dans des foudres non soufrés, en ne les remplissant qu’à moitié;

sinon, dans cet état, les vins de raisins secs deviennent ce qu’on

appelle _aigre-doux_. C’est-à-dire que, vers la fin de la fermentation,

le chapeau, en s’affaissant dans le liquide, y développe un principe

acétique, si la fermentation alcoolique ne suit pas entièrement son

cours.

Au contraire, une fois décuvé et éloigné du marc, véritable foyer

acétique, le vin qui garde quelques degrés de douceur, les perd dans le

tonneau par l’effet de la fermentation lente. Le temps fixé, pour cette

transformation, peut être illimité, car l’époque dans laquelle on se

trouve, influe beaucoup sur sa durée. En été le vin, au bout de

quelques jours, ne se ressent presque plus de cet état anormal. On

achève de le remettre en état par des collages à la _Colle Diamant_ avec

50 grammes d’_Extrait Vinicole_[51] par hectolitre, ce qui est un moyen

radical. On doit aussi garnir le fond des tonneaux de copeaux de bois de

hêtre et pratiquer de bons soutirages.

Dans tous les cas, le vin de raisins secs, séparé des grappes, avec

quelques degrés de sucre, peut demeurer, sans crainte de l’aigreur, dans

les tonneaux. La partie sucrée disparaît soit en se combinant avec

d’autres principes du vin, soit en se convertissant en alcool par la

fermentation insensible. Mais ce moyen est toujours très long.

Il vaut mieux repasser ce vin sur les nouvelles fabrications par petites

quantités.

Cet accident arrive aux fabricants qui, par excès de confiance, ou le

plus souvent par négligence, laissent trop longtemps le vin, dont la

fermentation alcoolique est arrêtée, dans les cuves. Quand ils opèrent

enfin le décuvage, le vin a le caractère que j’ai cité plus haut, il est

_aigre-doux_.

Généralement, l’acétification n’est pas très avancée, mais la douceur,

demeurant encore dans le vin, offre un contraste frappant à la

dégustation.

Dans le cas qui nous occupe, on doit s’empresser d’enlever le vin de la

position fâcheuse dans laquelle il se trouve.

Le tonneau dans lequel on l’entrepose doit être légèrement méché.

On mélange, ensuite, dans le vin, de la poudre de marbre blanc, à la

dose de 100 grammes par hectolitre, en le remuant de temps en temps avec

un bâton; on laisse reposer durant quelques jours, puis on soutire dans

un nouveau fût, en ajoutant de 30 à 50 grammes d’_Extrait Vinicole_ et

plus si c’est nécessaire, suivant l’état du vin.

Le vin, après ces diverses additions, perd généralement son goût acide;

la transformation de la partie sucrée s’opère, par la fermentation

insensible, comme pour les vins non acétifiés.

Quelques fabricants ont essayé, pour traiter les vins dans cet état,

d’employer les collages énergiques.

Le résultat est forcément négatif.

Cette opération n’atteint son but que pratiquée sur des vins qui lui

permettent de produire son effet. Or, les vins contenant encore du

sucre, sont sujets à la fermentation et, par conséquent, empêchent

l’action précipitante de la colle. Celle-ci, entraînée par le

dégagement, quoique léger, de l’acide carbonique, s’élève avec lui

continuellement pour retomber, et loin d’agir sur les vins avec succès,

peut y développer des altérations nouvelles.

La règle générale est donc celle-ci: Le collage ne peut opérer sur les

vins, d’une façon heureuse, que tout autant que la fermentation est

complètement achevée.

L’_Extrait Vinicole_ est le seul remède qui ait donné des résultats pour

cette altération.

Des Vins de Raisins secs nuageux

Un des accidents les plus fréquents dans les vins de raisins secs quand

ils ont été atteints de l’altération _aigre-doux_, est celui qui

constitue les _vins troubles_. Toutes les fois qu’une matière

floconneuse devient brusquement insoluble, elle donne au vin dont elle

se sépare, une apparence laiteuse. Cet effet peut se produire dans des

circonstances diverses. Le vin, mis en mouvement par une fermentation,

ou par une cause extérieure, laisse déposer un peu de ferment, et

devient trouble. La cause la plus fréquente est le manque de tannin. Des

soutirages nombreux produisent aussi le _plombage_ dans un vin où les

matières azotées sont abondantes; l’action de l’air, en se répétant

durant les soutirages, amène une fermentation putride: le tartre se

change en métacétates; le ferment développe de l’ammoniaque à l’état de

carbonate, ou même de sulfhydrate, le vin perd son acidité et du ferment

se dépose. Cette altération est commune chez les vins dont nous nous

occupons. Ainsi qu’on le voit, les causes qui la font naître sont

nombreuses.

On peut combattre le _plombage_ quand le vin est bien sec. Mais

généralement, sa cause réside dans ce principe de liqueur provenant d’un

arrêt dans la fermentation touchant à sa fin. Dans ce cas, l’unique

remède, est celui indiqué pour les vins _aigre-doux_.

Je ne conseillerai pas à mes lecteurs d’employer les divers remèdes que

certains présentent comme panacée universelle, ce serait de l’argent

perdu. Dans tous les cas demandez-moi un conseil, je suis tout prêt à

vous répondre. Je m’étendrai plus loin sur la méthode qui consiste à

_chauffer_ les vins. Cette découverte importante permet de remédier,

dans beaucoup de cas, à des altérations spontanées, et à quelques autres

que je vais décrire au chapitre suivant.

CHAPITRE XXIII

Des maladies du vin de raisins secs

Ainsi que celui des raisins frais, le vin de raisins secs est sujet à

des altérations spontanées. Telles sont les _fleurs_, l’_acescence_,

etc.

C’est à l’augmentation des matières gommeuses et sucrées ou au manque de

tannin et de tartre, qu’il faut attribuer ces altérations, ou _maladies_

des vins en général et de ceux des raisins secs en particulier.

Chez ces derniers, la cause la plus commune et la moins connue, la plus

bizarre assurément, est la _couleur_ jaunâtre que tous les vins de

raisins secs ont.

Je l’expliquerai plus loin.

Cependant, comme je l’ai démontré précédemment et par une anomalie

étrange, le sucre a la propriété de conserver les vins et de les

empêcher de s’altérer. Ce moyen employé depuis les temps les plus

reculés, était connu des anciens qui additionnaient leur vin de moût de

raisins cuits, ce qui revenait à les sucrer.

De nos jours les vins dits de liqueurs, tels que Malaga, Porto, Muscats

de Frontignan, de Rivesaltes, n’offrent réellement des garanties de

conservation que si, fortement alcoolisés, ils n’ont au moins 10 degrés

de sucre.

La partie gommeuse, au contraire, est une véritable ennemie de la bonté

des vins de raisins secs. C’est à elle que l’on doit en partie

l’altération des vins troubles.

Le tannin aide beaucoup à précipiter la gomme du vin et à le clarifier;

malheureusement cette substance n’est pas très abondante dans les vins

de raisins secs. De là, la difficulté, quelquefois, de résoudre

certaines questions embarrassantes, et l’impuissance dans laquelle se

trouve le fabricant ignorant cette particularité. On trouve dans le

commerce des tannins provenant des différents végétaux. Les plus connus

sont ceux extraits de la noix de galle, du chêne-rouvre, etc. Mais leur

emploi dans les vins de raisins secs est dangereux.

Le mieux est d’employer purement et simplement l’_Extrait Vinicole_ qui

contient avec le tannin toutes les matières qui sont nécessaires aux

vins.

On peut employer le _Tannin à l’Alcool_ qui possède les qualités

requises pour remédier aux maladies du vin de raisins secs.[52]

Je me tiens, du reste à la disposition de mes lecteurs, pour tous les

renseignements dont ils pourront avoir besoin sur cette importante

question.

L'art de faire le vin avec les raisins secs · 第 7 / 12 段