L’addition de cette substance est considérée, par tous les œnologues,

comme un préservatif des plus efficaces contre les altérations du vin.

Maumené indique le moyen de préparer du tannin avec les pépins, par un

procédé chimique.[37]

Ainsi qu’on l’a vu, les marcs de raisins secs offrent une grande variété

d’applications.

Les fabricants pourront, suivant leurs besoins et leurs goûts, en tirer

les conséquences qu’ils jugeront les plus favorables à leur industrie.

CHAPITRE XVIII

De la mise en futaille et des soins à donner aux Vins

Les vins de raisins secs, une fois terminés, demandent, comme les vins

de vendanges, de grandes précautions pour leur logement dans les

tonneaux.

Il convient que le fabricant prépare, au moment du décuvage, des

tonneaux d’une grande propreté.

Je ne ferai point ici la description des bois qui sont, plus ou moins

préférables, pour loger le vin.

Les bois de chêne et de châtaignier, dont la plupart de nos foudres sont

construits, offrent toutes les qualités requises pour cela.

Les soins à donner aux tonneaux vieux sont très importants; les vins

s’emparant avec la plus grande facilité des moindres goûts, bons ou

mauvais. Les tonneaux qui seraient restés longtemps sans contenir du

vin, ont besoin d’un énergique lavage.

Il en est de même pour l’emploi des tonneaux ou futailles neuves.

Voici les diverses méthodes généralement employées pour préparer les

tonneaux.

Quand le tonneau, quoique vieux, a déjà contenu du vin, on le lave avec

de l’eau froide en le remuant fortement (si les dimensions du tonneau ou

de la futaille le permettent), après y avoir introduit une chaîne de

fer, qui détache toutes les impuretés qui ont pu se loger sur les

douves.

Quand les tonneaux, en bois de chêne ou autres, sont neufs, de crainte

qu’ils ne communiquent aux vins des mauvais goûts, on les rince d’abord

avec de l’eau bouillante dans laquelle on a jeté du sel; après cette

opération, quand les tonneaux sont bien égouttés, on pratique avec de

l’eau froide comme je le disais plus haut.

Voici une autre manière d’employer le moyen que je viens de donner pour

les bois neufs:

On passe de l’eau chaude salée à plusieurs reprises dans les futailles,

on agite ce liquide avec soin, et on l’y laisse séjourner assez

longtemps pour qu’il en pénètre le tissu et extraie le principe

nuisible.

Si les tonneaux, dont on veut se servir pour la fabrication du vin de

raisins secs, sont trop vieux, et si l’on craint qu’ils aient contracté

quelques mauvaises qualités, telles que: moisissure, goût amer, de sec,

etc., il faut les défoncer et les brûler. Il est possible, quoique

difficilement, de faire disparaître ces graves défauts, mais il est à

craindre qu’ils ne reparaissent.

Quand les foudres et les tonneaux ont de trop grandes proportions, le

meilleur moyen pour arriver à un bon résultat, sans beaucoup de frais,

est celui-ci: On fait entrer dans le foudre, une personne qui nettoie

les parois et enlève les moisissures, en changeant l’eau, jusqu’à

l’obtention d’une parfaite limpidité. On laisse sécher à l’air.

On met ensuite dans l’intérieur du foudre des morceaux de pierre à

chaux, en plus ou moins grande quantité, suivant sa capacité.

On verse sur ces pierres à chaux de l’eau froide, en fermant,

immédiatement après, toutes les issues: trou de bonde et porte; peu à

peu, au contact de l’eau, la chaux développe en bouillant une vapeur

considérable qui force les bois des douves intérieures à _pleurer_,

suivant l’expression des tonneliers.

De temps en temps on laisse dégager la vapeur par le trou de la bonde.

Sans cette précaution, la dilatation de la vapeur ferait éclater le

vaisseau; on peut laisser la chaux dans l’intérieur durant plusieurs

heures. On lave ensuite le tonneau à grande eau froide.

Quand les tonneaux ont seulement besoin d’être mis en état, on emploie,

avec succès, le vin chaud dans lequel on a fait dissoudre du sel

ordinaire, pour les laver et les rendre aptes à recevoir le vin.

L’odorat ne suffit pas toujours pour reconnaître si les foudres ou les

futailles sont propres à contenir le vin. Pour être certain de leur

bonne disposition, il suffit de plonger dans la barrique ou le tonneau,

par le trou de la bonde, un morceau de mèche soufrée[38], allumée et

fixée au bout d’un fil de fer. Si la mèche soufrée s’éteint c’est que

l’intérieur du fût a besoin d’un nouveau nettoyage.

Dans les tonneaux, dont les douves intérieures ont gardé de la lie qui

s’est acétifiée ou qu’il s’est produit quelques fermentations putrides,

la mèche soufrée s’éteint immédiatement; il faut alors chasser, au moyen

d’un soufflet, l’air corrompu que peut contenir la futaille.

Pour cela, on fait arriver au fond de la barrique, au moyen d’un tuyau,

l’air nouveau qu’envoie le soufflet; au bout de quelques instants,

l’atmosphère de l’intérieur du fût est complètement purifiée; on en

acquiert la preuve en y présentant la mèche soufrée.

La préparation, la plus nécessaire, à faire subir aux foudres qui

doivent recevoir le vin de raisins secs, est d’abord le _soufrage_.

Le vin de raisins secs, quoique ayant fermenté régulièrement, est sujet,

beaucoup plus que le vin de raisins frais, à subir l’influence des

fermentations secondaires.

Il est donc important de paralyser au plus tôt les ferments qui y

demeurent.

Presque tous les vins, difficiles à clarifier, ont entre autres causes,

celle que je viens de citer. Il faut donc prévenir ce danger. Lorsque le

tonneau, qui doit recouvrir le vin, est dans l’état de propreté voulu,

on doit brûler à l’intérieur plusieurs mèches soufrées.

Les tonneaux gagnent beaucoup à cette opération; l’acide sulfureux, qui

se dégage, en brûlant, pénètre dans les pores du bois et y tue les

animalcules qui pourraient y demeurer; d’un autre côté, le vin de

raisins secs, comme je l’indiquerai plus loin, subit l’influence de ce

premier _mutage_ qui est très important.

J’ai parlé précédemment de la fermentation _lente_ ou _insensible_,

ainsi nommée à cause du caractère particulier qu’elle présente. Elle est

sans chaleur, lente, et presque sans dégagement d’acide carbonique.

Ce qui donne naissance à cette nouvelle fermentation, est la petite

partie de sucre, non transformée au moment du décuvage; il se développe

un peu d’alcool, mais la quantité en est d’une très petite importance.

Les vins de raisins secs éprouvent plus qu’aucun autre vin cette seconde

fermentation. Le fabricant doit donc attacher un grand intérêt à

connaître les moyens de la conduire et surtout de l’arrêter.

Quand on décuve le vin de raisins secs il est généralement trouble; une

grande partie de matières, soit terreuses, soit gommeuses, inhérentes à

cette qualité de boisson, s’échappent avec elles dans les tonneaux. On

laisse reposer le vin dont la grosse lie se précipite; au bout de

quelques jours on transvase le vin, auquel on applique les moyens de

bonification et de conservation, dont je vais parler aux chapitres

suivants, et qui se résolvent dans: le _soufrage_, le _collage_ et le

_soutirage_.

Les grosses lies de vins de raisins secs, se recueillent facilement,

avec des copeaux de bois de hêtre. J’ai fait plusieurs expérience dans

ce sens, qui m’ont prouvé combien il était facile de séparer, très vite,

la lie de la masse du vin.

J’ai employé, de préférence, les copeaux de hêtre, à l’état naturel,

pour le tannin que ce bois contient en assez grande quantité. On ne peut

faire ici qu’un usage restreint des copeaux, à cause du goût qu’ils

peuvent communiquer au vin, à moins qu’ils ne soient bouillis.

L’explication de l’emploi de ces copeaux, est facile à donner: Plus le

vin, dans les tonneaux, trouve de surface, plus la lie se sépare

promptement.

Les copeaux de bois de hêtre sont surtout nécessaires pour aider la

précipitation des lies de vins de raisins secs à degré élevé. Il est

beaucoup plus facile d’obtenir des produits brillants, et en peu de

jours, quand le titre alcoolique est de 7 ou 8 degrés. Dans les vins de

12 degrés et au-dessus, malgré tous les soins qu’on peut prendre, pour

faciliter la transformation du sucre en alcool au moment de la

fermentation tumultueuse, il en reste une petite partie qui ne se

transforme qu’après. Cela tient, dans le premier cas, à la différence

d’eau de fabrication qui, à cause de sa quantité, dissout complètement

la partie sucrée, tandis que dans le second cas, l’eau mise avec

parcimonie, est presque saturée de sucre.

Quand le vin de raisins secs vient d’être décuvé et qu’il repose dans

les tonneaux, il faut bien se garder de les remplir et de fermer

complètement la bonde. On laisse durant deux ou trois jours, suivant la

bonne qualité des vins qu’on a fabriqués, le bouchon posé simplement

sur le trou de la bonde. Cette précaution a pour but, dans le cas d’une

reprise de fermentation, de donner passage à l’acide carbonique qui peut

se développer et éviter ainsi un accident.

La température du vin, sortant de la cuve à fermenter, est toujours

beaucoup plus élevée que celle du tonneau dans laquelle il arrive. Le

vin de raisins secs subit l’influence de ce changement plus que ne le

subissent bien des vins; le froid paralyse très facilement, chez lui, la

fermentation; la transition qu’il éprouve en passant de la cuve dans les

foudres, peut être utilisée d’une manière très favorable pour le

fabricant.

Si l’on veut conserver les vins, pour leur permettre de se terminer

complètement et développer leurs qualités, au bout de quelques jours, on

ferme complètement les tonneaux, afin d’éviter le contact de l’air. Le

fabricant doit savoir que l’acide acétique ou vinaigre, qui se forme

avec la plus grande facilité dans les tonneaux où l’air a pénétré, est

une combinaison d’oxygène et d’alcool. Il est essentiel, alors, de ne

point laisser se former le vide dans les futailles. Ce dernier fait

tient à l’évaporation qui se produit par le dégagement de l’acide

carbonique, dont le vin était saturé au sortir de la cuve, et dont il a

pu se former une petite quantité depuis le décuvage.

Il faut remplir sans cesse, pour remplacer le liquide manquant. Pour que

le tonneau soit en bon état de conserve, il est nécessaire que le

bouchon de la bonde soit toujours humecté par le vin. Quand on peut le

faire, il convient même que la bonde soit un peu tournée de côté, de

façon que le bouchon soit en contact continuel avec le liquide, ce qui

empêche l’air de pénétrer, et évite l’opération presque quotidienne du

remplissage des tonneaux. Cette opération, qu’on nomme _ouillage_,

consiste comme on vient de le voir, à combler tous les 2, 4 ou 15 jours,

le vide que l’évaporation a fait.

Quand le vin de raisins secs est de degré alcoolique bas, qu’on n’a pas

ajouté de l’Extrait Vinicole[39] et que l’ouillage n’a pas été

régulièrement pratiqué, il se couvre souvent de _fleurs_. Dès qu’on s’en

aperçoit, on doit s’empresser d’ouiller, pour faire disparaître

l’altération que le vin subit.

Il ne faut pourtant pas ouiller en versant le vin directement; celui-ci,

en tombant, refoulerait le vin gâté qui est au-dessus, et le mélangerait

avec l’autre. Pour éviter cet inconvénient, on fait arriver le vin, qui

sert à faire le plein, par le bas du fût: on plonge dans la barrique un

tube en verre léger; en l’introduisant, on ferme hermétiquement

l’extrémité que l’on tient dans la main; quand le tuyau arrive au fond,

on le soutient pour qu’il n’agite pas la lie qui pourrait troubler le

liquide et on vide le vin au moyen d’un entonnoir. Le liquide, qui

arrive lentement dans la futaille par les couches inférieures, force,

quand le tonneau est plein, les couches supérieures à se déverser, et

avec elles, les _fleurs_. Il se perd bien un peu de liquide, mais la

quantité est insignifiante et ne vaut pas la peine qu’on s’y arrête.

Je vais indiquer, maintenant, les soins qu’on donne au vin pour obtenir

des produits irréprochables et de conserve. Ils sont bien simples, et

déjà probablement connus de la plupart de mes lecteurs. Je ne m’étendrai

donc que sur les innovations que je croirai pouvoir se rattacher, d’une

manière particulière, aux vins de raisins secs; mais qu’on pourra

appliquer avec succès aux autres vins.

CHAPITRE XIX

Du Soufrage

On appelle _soufrer_, _mécher_ ou _muter_ un vin, l’action de

l’imprégner de vapeur sulfureuse par la combustion de mèches soufrées.

La manière de composer les mèches soufrées, varie dans beaucoup de

régions vinicoles. La plupart des fabricants, viticulteurs ou

négociants, emploient la mèche soufrée ordinaire qui se compose de

morceaux de toile, de un à deux centimètres de largeur, trempé dans le

soufre fondu. Quelques-uns se servent de petites mèches appelées

_soufrettes_; ce sont des morceaux d’attaches, minces, préparés de la

même manière. Je signalerai aux personnes qui emploient ces sortes de

mèches, les inconvénients qui peuvent naître, pour les tonneaux et

surtout pour le vin, des émanations méphitiques, provenant de la

combustion de la toile qui sert à la confection des mèches.

Un grand nombre d’altérations des vins, dont on recherche avec

difficulté la cause, proviennent de là.

J’évite ce danger en faisant préparer les mèches à soufrer de la manière

suivante:

Au lieu d’employer les chiffons comme base, je me sers du papier, trempé

préalablement dans l’esprit de vin. On devine tout de suite l’avantage

immense que l’on recueille avec ce moyen de préparer les soufrettes. La

combustion du papier se fait en entier, sans dégagement de mauvaise

odeur.

Je recommande tout particulièrement l’emploi de ce genre de mèches, dont

toutes les personnes qui s’occupent de vin en général, reconnaîtront

bien vite l’incontestable supériorité.[40]

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire plus haut, le moyen le plus

énergique, pour arrêter la fermentation dans les vins de raisins secs,

est le mutage au soufre. Les ferments, qui peuvent se trouver encore

dans le vin, n’y demeurent qu’à cause de la présence de l’oxygène que le

moût avait absorbé au moment de la fermentation et dont il reste encore

une petite partie. L’acide sulfureux, qui se dégage par la combustion du

soufre, très avide d’oxygène, s’empare et enlève celui qui peut se

trouver en dissolution dans le vin et dans les lies. Les principes

fermentescibles cessent d’exister sitôt la disparition de ce gaz. D’un

autre côté, l’acide sulfureux, se combinant avec l’oxygène, forme de

l’acide sulfurique dont tout le monde connaît les propriétés pour la

destruction des corps organiques.

Par ces deux actions, concourant au même but, le soufre peut être

regardé comme un des agents les plus actifs pour détruire les

fermentations et en préserver les vins.

Les vins de raisins secs, à cause de leur nature et surtout des époques

dans lesquelles on les fabrique, sont plus portés à voir naître chez eux

des fermentations acétiques que les vins récoltés seulement en automne.

Pour prévenir cet accident, on doit toujours, au moins légèrement,

_muter_ le vin de raisins secs au soufre.

Il est des cas où le mutage est indispensable. Dans mon ouvrage sur la

fabrication des vins d’imitation[41], j’ai démontré combien, pour

conserver la partie liquoreuse nécessaire aux imitations que l’on

projette, il faut arrêter la fermentation par un fort mutage au soufre

d’abord et à l’alcool ensuite.

Le soufrage a pour but donc de faire dissoudre, dans le vin, le gaz

sulfureux.

Il existe plusieurs manières de muter les vins au soufre. La plus

ancienne consiste, pour un demi-muid de 500 litres, par exemple, à y

verser 50 litres de vin et à faire brûler une mèche soufrée de 4

centimètres en carré. On ferme, avec la bonde, et on agite dans tous les

sens pour faire dissoudre le gaz sulfureux dans le vin. Cette solution

est facile, mais elle n’est pas pratique.

M. Maumené[42] a dit que 30 litres, versés dans un 1/2 muid, peuvent

facilement absorber l’acide sulfureux produit par la mèche qu’on y a

brûlée. On recommence la même opération à mesure qu’on a versé 30 litres

de nouveau vin, et ainsi de suite, jusqu’au remplissage complet. Dès la

seconde mèche la combustion du soufre n’est plus possible, à cause du

manque d’oxygène absorbé par l’acide sulfureux; on débonde la futaille,

et on souffle fortement, dans l’intérieur, au moyen d’un soufflet. Après

chaque mèche on recommence l’opération afin de renouveler l’air.

En faisant le mutage dans ces conditions, on sature le vin d’acide

sulfureux. Il est ce qu’on appelle _muet_. On opère ainsi, en vue de

certaines destinations que l’on doit donner au vin.

Généralement, le mutage ne se fait pas à un tel degré, et il suffit

d’arrêter les tendances du vin à fermenter; pour cela les proportions

minimes suffisent. On peut fortement soufrer le tonneau qui doit

recevoir le vin au sortir de la cuve. On peut aussi ne le remplir qu’à

moitié, et y faire brûler chaque jour quelques mèches, en fouettant

pendant quelques instants le vin.

Le moyen que j’ai donné pour le mutage du vin de raisins secs, est le

premier, il est vrai, qu’on ait employé, et le plus répandu, mais c’est

aussi un moyen bien primitif.

Conçoit-on les difficultés qui se dresseraient devant le fabricant, s’il

était dans l’obligation de muter fortement ses vins, et qu’il en eut 200

ou 300 hectolitres à préparer ainsi par jour. Je dirai même que cela me

paraît impraticable.

Mutoir Audibert

J’ai inventé un appareil, que j’ai appelé le _Mutoir Audibert_, que tout

le monde peut reproduire. Le travail énorme qu’exigeait la méthode

ancienne, n’existe presque plus de fait, et la quantité d’acide

sulfureux qu’on peut introduire dans le vin est illimitée. On peut

arriver à la complète saturation du liquide. Dans le procédé précédent,

l’acide sulfureux ne se mélangeait qu’avec beaucoup de peine au vin.

Pour éviter cet inconvénient, je pratique ainsi:[43] je fais brûler du

soufre sous une cloche ou entonnoir, auquel est adapté un tuyau qui

conduit la vapeur sulfureuse dans un tonneau vide.--Plus le foudre est

grand, meilleure est l’opération.--Je fais couler par la bonde de ce

tonneau, le vin que je veux muter, en ayant soin de le diviser le plus

possible, soit avec une sorte de peigne d’arrosoir, soit de toute autre

manière; l’essentiel est que le vin tombe dans le tonneau par une

infinité de petits trous, et presque goutte à goutte.

On le recueille à mesure, dans d’autres fûts, complètement muté, par le

robinet du bas. Si un premier passage ne suffit pas, on le fait repasser

de nouveau jusqu’à l’obtention du degré de saturation auquel on vise.

Le lecteur devine le résultat que l’on obtient: le vin, en se

précipitant du haut du tonneau presque en poussière, absorbe avec la

plus grande facilité le gaz acide sulfureux qui le pénètre sans peine.

Le peu de résistance que lui opposent les minces filets de vin qui

s’échappent de la bonde, fait que celui-ci s’en imprègne complètement

dans sa traversée du sommet à la base.

Ce moyen est réellement pratique et peut rendre de véritables services.

On peut, suivant les proportions que l’on donne à ce genre d’appareil,

muter de 500 à 1,000 hectolitres de vins de raisins secs ou frais, par

jour.

De la nécessité du Soufrage

Comme on le voit, le soufrage est une des opérations les plus

importantes. Son emploi s’impose partout où se trouve entreposé du vin.

Le viticulteur ou fabricant ne doit jamais tirer du vin d’un tonneau

sans y brûler ensuite un morceau de mèche soufrée; l’été, c’est

_indispensable_.

Voici l’explication de cette mesure: Le vin, qu’on retire d’un tonneau,

laisse un vide qu’occupe l’air instantanément. Ce grand véhicule des

ferments acétiques, une fois introduit dans la barrique, occasionne au

vin, si on ne prend soin de l’en chasser immédiatement, une foule

d’altérations telles que: les _fleurs_, un commencement de piqûre,

etc.[44]

Le remède le plus simple, est de brûler dans le tonneau un morceau de

soufrette. La vapeur sulfureuse emplit le vide qui peut exister et

maintient le tonneau à l’état plein.

Cette opération a besoin d’être renouvelée de temps en temps pour les

tonneaux en vidange, car l’acide sulfureux, sous l’influence de

l’oxygène qui se combine avec lui pour former de l’acide sulfurique,

disparaît au bout d’un certain temps.

Il arrive, parfois, que dans un foudre en vidange, la mèche soufrée ne

peut pas brûler. On doit s’empresser, dans ce cas, si on le peut, de

transvaser le vin, sinon, et en attendant de pouvoir le faire, d’en

chasser l’air corrompu qui se trouve dans le tonneau au moyen du

soufflet, jusqu’à ce que la combustion de la soufrette puisse s’opérer.

Je vais maintenant traiter le sujet du _collage_, sans lequel aucun

produit vinicole ne pourrait obtenir les qualités telles que: la

franchise de goût, la certitude d’une longue conservation et surtout la

limpidité, qui sont l’apanage du bon vin.

CHAPITRE XX

Du Collage

Outre l’opération du soufrage, il en est une autre essentielle pour le

fabricant: Le _collage_. Le collage lui permettra de livrer au commerce

son produit d’une façon irréprochable, dans un laps de temps assez

court.

Le vin contient, naturellement en suspension, une grande quantité de

matières qui se précipitent difficilement; il est même de ces impuretés,

qui pourraient devenir de sérieuses causes d’altérations, si on ne les

écartait pas: de là, la nécessité de la clarification.

Louis Figuier a, dans ses _Merveilles de l’industrie_ (série 32), traité

cette question d’une façon scientifique et très pratique.

Les moyens employés pour le collage des vins de raisins secs et les

plus usités sont:

Les gélatines;

L’albumine ou le blanc d’œuf;

Le sang frais ou _cristallisé_;

Le lait ou sa crême;

Des préparations, à base d’une ou d’autre de ces matières, livrées à

l’industrie sous le nom de _poudres clarifiantes_ et autres.

Enfin, la _Colle Diamant_.

La colle, qui occupe le premier rang parmi celles dont on se sert pour

le collage de certains vins et surtout des liqueurs, est la colle de

poisson.

C’est une substance très pure, qui offre les meilleures garanties sous

ce rapport.

Cependant, je ne conseillerai pas son emploi aux fabricants de raisins

secs, à cause des graves conséquences qu’elle pourrait avoir pour ce

vin, dont la quantité de tannin est parfois minime (surtout dans les

vins à degrés faibles).

Le fabricant doit comprendre le danger qui existe pour les vins de cette

addition d’une manière azotée, soluble, éminemment putrescible.

De là peuvent naître une foule d’altérations, dont la première et la

plus grave serait la fermentation putride.

Il est des provinces, en France, où l’on se sert, pour le collage, des

gélatines ordinaires, des colles d’os, des colles de tendons, des colles

de peaux[45].

Les colles d’os sont loin d’être toujours préparées avec des matières

bien fraîches; de plus, et généralement, elles conservent du phosphate

de chaux.

Les colles de tendons, de peaux, offrent aussi de très graves

inconvénients; la plupart sont préparées avec des membranes ayant déjà

subi un commencement de putréfaction. Il faut donc mettre complètement

de côté ce genre de collage pour notre industrie.

Les blancs d’œufs, dont l’emploi est universel, tiennent leur pouvoir

d’agir, sur les vins, par l’_albumine_ qu’ils renferment.

Cette matière diffère peu de la gélatine; elle est presque inaltérable.

Pour les vins en tonneaux, on les emploie de la manière suivante: on

sépare, dans un plat, les blancs, des jaunes d’œufs, à raison de un

blanc par hectolitre[46]; on les bat fortement, jusqu’au moment où ils

sont en _neige_.

Après cette préparation, on verse un peu de vin sur les blancs, afin de

les mélanger intimement avec celui qu’on veut coller.

Pour aider et faciliter le collage, on peut ajouter une poignée de sel

blanc aux œufs; on prépare, ainsi, la colle plus facilement;

l’albumine, sous l’influence du sel, se dissout dans l’eau promptement.

Il se forme, alors, par la combinaison de ces deux matières, un réseau

dont l’insolubilité apporte le meilleur concours à la parfaite réussite

du collage.

Dans les villes où l’on peut trouver facilement du sang de bœuf, et

qu’on est _certain_ de sa fraîcheur, les fabricants de vins de raisins

secs pourront aussi l’employer.

A défaut, on peut se servir du _sang cristallisé_.

L'art de faire le vin avec les raisins secs · 第 6 / 12 段