raisins ont été mis à tremper, se trouve à la partie la plus élevée de
la fabrique, dans l’appartement situé au-dessus des cuves à fermenter.
Elle est relevée de telle sorte, que sa base se trouve de niveau avec le
sommet de l’entonnoir en bois de la machine qui doit fouler les
raisins. Cette précaution est prise dans le but d’éviter une
main-d’œuvre de plus, et de permettre aux grains et aux grappes de
glisser sans efforts, de la cuve à tremper dans la machine. Elle se
trouve placée elle-même immédiatement au-dessus de la cuve à fermenter,
qui est dans le cellier.
Les grappes et les raisins se précipitent ainsi, sans aucun travail, de
la machine dans la cuve qui doit les recevoir pour fermenter.
Pour établir une plus grande affinité entre la partie liquide et les
grappes, pendant qu’un ouvrier les rejette par-dessus le bord, dans la
machine à fouler, je fais arriver le moût, dans cette même machine, au
moyen d’un robinet placé au bas de la cuve. La partie liquide, dans de
pareilles conditions, peut porter sans contestations le nom de _jus de
raisins_.
L’opération du foulage et de la mise en cuve à fermenter, est terminée à
trois heures du soir.
Je place immédiatement le couvercle sur la cuve et enduis toutes les
jointures de farine de lin bouillie afin d’intercepter complétement le
passage de l’air.
Me proposant de fabriquer du bi-carbonate de soude, j’établis au sommet
de la cuve à fermenter, un tuyau de verre qui permettra au gaz acide
carbonique, d’abord, de s’échapper de la cuve, qu’il ferait éclater sans
cette précaution, ensuite, de transformer mon carbonate de soude en
bi-carbonate.
Le 4 avril.--Ainsi que j’en avais donné l’ordre, la température est
régulière. Le thermomètre du cellier indique 22 degrés de chaleur à 8
heures du matin. Je pèse le moût à l’aréomètre Beaumé en ayant soin d’en
prendre du haut, du milieu et du bas de la cuve au moyen de petits
robinets, afin d’éviter des erreurs provenant de la différence de degrés
qui peut exister dans le moût avant le départ de la fermentation. Le
pèse-sirop indique 22 degrés de liqueur.
Le thermomètre coudé, adapté à la cuve, dont le réservoir baigne dans
le moût, n’accuse que 15 degrés seulement; la fermentation ne s’est
point encore établie. Le soir à 8 heures, le thermomètre donne 16 degrés
5, soit une production naturelle d’un degré et demi de chaleur, de plus,
depuis 12 heures.
Le 5 avril.--Je pèse le moût, je constate un sensible mouvement de
fermentation; à 8 heures du matin, l’aréomètre indique une tendance à la
baisse.
Le thermomètre de la cuve indique un peu plus de 17 degrés de chaleur;
le soir, il atteint 18 degrés. Je remarque un petit dégagement d’acide
carbonique.
Le 6 avril.--La fermentation existe en plein à 8 heures du matin; le
thermomètre de la cuve marque 19 degrés; le moût a perdu un degré de
liqueur; le dégagement de l’acide carbonique est vif.
A 3 heures du soir, le thermomètre est à 20 degrés; la fermentation
s’accentue davantage; à 5 heures la fermentation développe une chaleur
qui atteint près de 21 degrés et devient tumultueuse.
Le 7 avril.--Je pèse le moût à l’aréomètre Beaumé; à 8 heures du matin
le degré indiqué est 10 degrés, soit: 2 degrés d’alcool formés. Le
thermomètre indique 21 degrés 5; le soir il en marquait 23.
Le 8 avril.--Le thermomètre accuse à 8 heures du matin 23 degrés 5; je
pèse le moût à l’aréomètre, son poids est de 9 degrés 5, soit: une perte
de sucre de près de 3 degrés ayant servi à produire 3 degrés d’alcool; à
3 heures du soir, le thermomètre atteint 25 degrés.
La fermentation est excessivement vive et sa marche est excellente.
Devant la chaleur naturelle que développe la fermentation, je juge
inutile de conserver dans le cellier, une température de 22 degrés et je
la maintiens de 15 à 18 degrés environ, seulement.
Le 9 avril.--Le thermomètre, à 8 heures du matin, indique 25 degrés 5;
l’opération suit un cours régulier; le pèse-sirop m’annonce, en flottant
dans le moût, un poids spécifique de 8 degrés de liqueur, soit: une
nouvelle perte d’un degré.
Le 10 avril.--Le thermomètre, à 8 heures du matin, atteint 26 degrés;
je pèse le moût qui n’indique plus que 7 degrés.
La fermentation continue à être très-tumultueuse; le dégagement de
l’acide carbonique se fait avec une telle force, qu’il éteint une bougie
à 15 centimètres du tuyau d’où il s’échappe.
Le 11 avril.--La fermentation est à son apogée; à 8 heures du matin, le
thermomètre se maintient à 26 degrés, l’aréomètre indique une perte de 1
degré 5 de sucre et par contre un bénéfice d’autant en alcool; le poids
liquoreux est de 5 degrés 5.
Le 12 avril.--Je consulte le thermomètre de la cuve, à 8 heures du
matin, et je remarque qu’il a des tendances à redescendre. La
fermentation perd un peu de son impétuosité; la transformation
alcoolique continue cependant toujours très régulièrement; la densité du
moût est de 4 degrés.
Le dégagement de l’acide carbonique, quoique très-abondant, n’est point
aussi vif que celui de la veille.
Le 13 avril.--Je remarque que la température intérieure de la cuve a
décliné de un degré. Le thermomètre, à 8 heures du matin, est redescendu
à 25 degrés; je me prépare à suivre l’opération bien exactement.
C’est la période de décroissance et le moment où le développement de
chaleur naturelle qu’engendre la fermentation, à son début, s’arrête.
Afin d’éviter que les ferments ne s’engourdissent, je maintiens la
température du cellier à 25 degrés, d’une manière bien régulière; je
pèse le moût, et l’aréomètre donne 3 degrés de liqueur; le dégagement du
gaz acide carbonique est bien moins fort que précédemment.
Le 14 avril.--Dès mon arrivée, dans le cellier, je remarque la chute du
thermomètre à 24 degrés; le refroidissement des grappes continue, la
fermentation s’affaiblit, l’aréomètre n’indique plus que 2 degrés de
sucre.
L’acide carbonique ne se fait plus que légèrement sentir. Une bougie,
que je présente à l’orifice de l’ouverture ménagée au sommet de la cuve
pour le dégagement du gaz, ne s’éteint que quand elle est complètement
rapprochée.
La production d’acide est presque arrêtée; la fermentation, du reste,
touche à sa fin; elle est lente. Je fais une épreuve, avec l’alambic de
Salleron, pour connaître la richesse alcoolique véritable du vin; le
résultat de l’opération est: 9 degrés 5.
Le 15 avril.--Le thermomètre est descendu à 21 degrés, et la
fermentation est insensible; l’aréomètre n’a qu’un demi-degré de
différence avec celui qu’il donnait hier; le moût n’a donc plus que un
degré de sucre.
Le 16 avril.--Le thermomètre descend toujours et indique 22 degrés à
peine. L’aréomètre accuse la perte d’encore un demi-degré, soit la
presque complète disparition du sucre.
Je fais une nouvelle épreuve à l’appareil Salleron et j’obtiens 11
degrés 5 d’alcool.
L’opération est de fait terminée.
Je soutirai mon vin, qui fut excellent, et qu’un grand nombre de
négociants en vins prirent pour du picpoul, quand je l’eus collé et
clarifié avec les précautions que j’indiquerai plus loin.
CHAPITRE XVI
Du Décuvage et du Pressurage
Quand le liquide n’accuse plus que 0 degré à l’aréomètre Beaumé, il faut
décuver le vin de raisins secs. Voilà le principe fondamental. Cependant
il convient d’attendre encore 24 heures pour obtenir le refroidissement
du vin.
Après le soutirage, le liquide subit, durant quelques jours encore dans
les tonneaux, une seconde fermentation qu’on a appelé la _fermentation
lente_; la partie liquoreuse achève, par une fermentation insensible, de
se transformer. Le vin, retiré de dessus les grappes, ne risque plus
ainsi de s’acétifier.
Le moment favorable, à choisir, pour un bon soutirage, a donné lieu à
bien des discussions. Malheureusement, ainsi qu’il arrive toujours pour
les contestations, dont le point de départ est obscur, les opinions
n’ont jamais pu tomber d’accord.
Pour être fixé exactement, sur le véritable moment du soutirage, il est
incontestable qu’il est nécessaire de connaître si la transformation du
sucre en alcool est terminée.
Pour le décuvage du vin de raisins frais il existe bien d’autres
considérations.
Quant aux vins de raisins secs, en attendant que la science fasse
revivre un jour, et la couleur et le bouquet, ce qui, je l’espère,
arrivera bientôt, le fabricant reconnaît que le moment du soutirage est
arrivé aux différents caractères suivants:
L’aréomètre Beaumé, dont les indications sont presque toujours
certaines, lui offre déjà un moyen simple de reconnaissance. En suivant
exactement les diverses variations du thermomètre adapté à la cuve, on
peut en tirer aussi des déductions.
Mes lecteurs ont remarqué dans l’expérience que je viens de relater au
chapitre précédent, combien le thermomètre m’avait été d’un grand
secours pour suivre la marche de l’opération.
En général, on dit, pour soutirer, de ne pas dépasser le moment où la
chaleur s’est dissipée tout entière. Ce qui est très vague.
En un mot, le moment le plus propice au décuvage est le terme du
développement de l’alcool. J’appellerai donc l’attention des fabricants
sur ce point.
Pour être certain du moment opportun, on peut faire chaque jour les
expériences suivantes: D’un côté, peser le moût à l’aréomètre Beaumé et
d’un autre, le distiller avec l’appareil de Salleron. Personne ne peut
hésiter sur le moment où l’on doit regarder la fermentation comme
terminée.
Afin de constater d’une manière aisée et simple la disparition totale du
sucre dans le moût, il est encore un moyen indiqué par Maumené et à la
portée de tout le monde.[33]
«On se procure du mérinos blanc, on le trempe pendant quelques minutes,
dans une solution de une partie de bi-chlorure d’étain et deux parties
d’eau. On le fait sécher au bain-marie, sur une bande de même étoffe, et
on le découpe en bandelettes (de huit à dix centimètres de long sur
trois de large.) Tous les pharmaciens prépareront ces bandes sans peine.
Pour juger de l’absence du sucre dans le moût, on met une goutte de ce
liquide, sur une bandelette et on la chauffe doucement, au-dessus d’un
ou deux charbons. La goutte sèche promptement, et, tout à coup, elle
devient noire, s’il reste du sucre; cette couleur noire se forme avant
que le mérinos commence à jaunir par l’action du feu. Le sucre se change
en _caramélin_.»
Il est nécessaire de prendre quelques précautions, pour éviter au vin
fini, le contact de l’air. La meilleure précaution est de conduire le
vin dans les tonneaux au moyen de tuyaux en cuir ou en caoutchouc.
Voici les conséquences qu’on peut tirer des principes que j’ai établis
ci-dessus:
1º Le décuvage doit se faire dès que la partie sucrée s’est transformée
en alcool;
2º Quand le vin, que l’on fait est destiné à la distillation et que le
but qu’on se propose est la formation d’une grande quantité d’alcool, on
peut laisser cuver, plus longtemps, pour permettre cette formation.
Les vins, dans ce cas, sont susceptibles de prendre de faux goûts. Le
fabricant doit éviter cela quand le vin est destiné directement à la
consommation.
Lorsqu’on a soutiré tout le vin, il faut s’occuper au plus vite, surtout
l’été, de faire sortir, au moyen de la pression, celui qui reste
absorbé, en assez grande quantité, par les parties solides, telles que
les rafles, les pellicules, etc. On transporte donc les grappes _au
pressoir_. Je crois qu’il n’est pas nécessaire de décrire ici la forme
de cet instrument et les moyens de s’en servir. Tout le monde le
connaît. La majeure partie de mes lecteurs déjà viticulteurs, ont
probablement dans leur cellier cet appareil. Depuis quelques années
surtout, il est permis aux agriculteurs, de passer une véritable revue
de toutes les innovations que cet appareil a reçues, en visitant les
concours régionaux. Il en est de plusieurs sortes: à levier, à vis ou à
coins. Ces derniers, sont presque partout abandonnés et remplacés par
les premiers, à cause de la différence de rendement que l’on
obtient.[34]
La quantité, de liquide, contenue dans les marcs de raisins secs est
relativement énorme. Avec un bon pressoir, on retire encore tout près
d’un quart de la cuvée. Cette opération est, comme on le voit,
essentielle.
Le parti qu’on peut tirer du marc de raisins secs, comme je l’indiquerai
au chapitre suivant, étant assez avantageux, il convient de presser, le
plus possible, les grappes et de les sécher. Sinon, leur tassement
donne naissance par l’échauffement, aux fermentations acides,
extérieurement, et putrides, intérieurement; dans cet état elles ne
peuvent servir exclusivement que comme engrais pour la culture.
Quant le fabricant se propose d’obtenir des vins de première qualité, il
ne doit pas mélanger _le vin de presse_ avec le _surmoût_ ou premier
vin.
On doit se tenir en mesure l’été, pour que l’opération du pressurage
soit rapidement faite. On évitera ainsi l’acétification des marcs.
Dès que l’on est certain que la fermentation va être terminée, on
prépare un récipient large et bas pour recevoir les grappes. On presse
de suite, soit directement, soit au moyen de scourtins en sparterie. Les
grappes, qui ne sont pas altérées, donnent un vin susceptible, une fois
bien clarifié et collé, d’être mélangé sans difficulté avec celui du
premier jet.
CHAPITRE XVII
Emploi des Marcs et Résidus
L’emploi des marcs a déjà été démontré dans les chapitres précédents,
relatifs au sucrage; je ne reviendrai donc pas sur ce sujet, et je vais
m’occuper des autres moyens de tirer parti des grappes et du marc de
raisins secs.
Ainsi qu’on va le voir, les applications sont nombreuses. Les grappes
peuvent servir pour:
La distillation,
La fabrication du vinaigre,
La nourriture des animaux,
L’engrais végétal,
La fabrication du _Verdet_,[35]
La fabrication du carbonate de potasse.
Les pépins eux-mêmes ont des destinations spéciales.
La distillation des Grappes
Les marcs de raisins secs, suivant le mode de fabrication du vin,
fournissent encore jusqu’à 5 0/0 d’alcool.
On les distille, généralement, pour en faire de l’eau-de-vie. Mais, le
fabricant intelligent, doit s’attacher à retirer tout son vin des marcs,
ce qui est plus productif et bien plus économique.
Pour ceux, pourtant, qui tiendraient à obtenir de l’alcool, j’ai placé,
dans ce livre, quelques figures d’appareils les plus propres à les
guider dans le choix qu’ils voudront faire.[36]
Je ne décrirai pas ici l’alambic proprement dit, je dirai seulement
qu’il en existe appropriés à tous les besoins.
Les uns produisent exclusivement de l’eau-de-vie ou servent à obtenir
l’extrait des parfums, les autres, d’un usage aussi général, sont
surtout employés dans la grande industrie pour l’obtention des alcools,
à degrés très élevés et presque purs. Les premiers sont d’un usage
fréquent dans une foule d’industries et d’une très grande simplicité.
Les moins savants en matière de distillation peuvent les conduire et
obtenir des résultats.
Ils se composent de la chaudière ou cucurbite, du chapiteau et _col de
cygne_, et enfin du serpentin ou réfrigérant.
Au contraire, les appareils pour la production de l’alcool à titre
élevé, sont d’une complication plus grande.
On les appelle alambics à colonne, à cause de celle-ci qui se trouve
située sur la chaudière. La description de cet appareil nous conduirait
trop loin et intéresserait trop peu les personnes pour que je m’y
appesantisse davantage.
Nous donnerons du reste, par retour du courrier, à nos lecteurs
intéressés, tous les renseignements, prix, croquis, etc.
Voilà, je crois, un aperçu suffisant de l’emploi des grappes de raisins
secs, quant à la distillation.
Occupons-nous de leur utilité comme ferments acétiques.
La Fabrication du Vinaigre
Quand on veut obtenir de l’excellent vinaigre, on expose le marc de
raisins secs, à l’air, en l’humectant légèrement avec du vin de presse,
ou un peu d’eau; les grappes doivent former des tas, afin qu’elles
puissent s’échauffer et fermenter; tous les deux jours environ on les
agite pour activer l’acétification.
Il faut pourtant que la température ne soit pas trop froide, sinon la
fermentation, ne pouvant être acétique, serait putride et butyrique. A
15 degrés environ, le vinaigre se forme assez facilement.
L’été, cette fabrication peut se faire en plein air, seulement les tas
doivent être arrosés et remués souvent, car l’acidification du marc est
rapide.
Sans cette précaution, le-marc se dessèche et empêche, par son état de
dessication, toute fermentation.
Le moyen ordinaire de reconnaître que le vinaigre est fait, consiste, en
général, dans la dégustation du liquide; quand on sent qu’il est d’un
degré convenable d’acidité, on pressure de nouveau les marcs, pour
extraire le produit de cette nouvelle fabrication.
Ce vinaigre doit être tenu dans des futailles au deux tiers pleines et à
moitié bouchées; l’hiver, dans une température tiède, et l’été, en plein
air.
Il ne tarde pas à devenir assez fort pour constituer lui-même une
_mère_, de vinaigre, excellente.
La Nourriture des Animaux
Tous les marcs de raisins secs ne sont pas aussi propices, les uns que
les autres, à la nourriture des animaux. Les qualités qui contiennent
beaucoup de bois de grappes sont moins favorables et moins bonnes.
Les grappes de Corinthe, sont celles dont on peut faire la meilleure
application à la nourriture du bétail.
Les grappes de Thyra, au contraire, très-aptes soit à la fabrication du
vinaigre, soit au fumage de certaines qualités de terrain, ne peuvent
presque pas s’employer pour donner en pâture.
A l’état frais et sortant du pressoir, le cheval mange volontiers le
marc de raisins secs; pour le lui faire aimer, il convient de ne pas
trop lui en donner à la fois.
Il faut aussi être certain que les grappes ne soient pas acides, car la
bête les rejette et ne veut plus en manger.
J’ai nourri ainsi, pendant longtemps, variant sa nourriture avec du son
et de la paille, un cheval poussif au suprême degré.
L’animal, que j’avais choisi à dessein dans cet état, au bout de deux
mois de ce régime, se portait très-bien, avait engraissé et ne soufflait
presque plus.
Les cochons s’engraissent aussi, très-bien, avec le marc de raisins secs
en le pétrissant avec le son liquide et les pommes de terre qui font la
base de leur nourriture.--J’ai fourni, à plusieurs éleveurs, des
quantités considérables de grappes pour cet usage.
Quand on veut conserver longtemps, et en bon état, les grappes que l’on
destine à la nourriture des vaches, brebis, etc., on suit la méthode
suivante, qui m’est communiquée par un agriculteur, propriétaire
d’immenses pâturages situés aux Milles, à Roquefavour et à Peyrolles,
près d’Aix-en-Provence.
Voici comment s’exprime M. Fernand Montel dont nul ne peut contester
l’expérience et les connaissances pratiques en la matière:
«Quand on se dispose à employer le marc de raisins secs, pour la
nourriture des bestiaux, on doit s’attacher, au pressurage, à le sécher
presque complètement par une grande pression; on évite ainsi les causes
de fermentations secondaires qui nuisent à leur bonne conservation. On
remplit ensuite des tonneaux, dans lesquels on le tasse le plus
possible.
«Pour éviter le contact de l’air, on refonce, très soigneusement, les
tonneaux, ou bien on les recouvre, d’une manière parfaite, avec de la
terre argileuse préparée très purement; cet enduit s’obtient en faisant
dissoudre de la terre d’argile, ordinaire, dans de l’eau qu’on laisse
ensuite reposer pour en retirer l’argile à l’état de pâte très fine.»
C’est avec un véritable plaisir que je fais part à mes lecteurs de ce
procédé, qui peut être utile à plusieurs d’entre-eux, propriétaires de
bestiaux. Les vaches et les brebis aiment beaucoup cette nourriture,
mais il faut agir modérément à leur égard de crainte que leur lait ne se
tourne.
L’Engrais Végétal
Les viticulteurs et agriculteurs, en général, ne se sont pas assez
rendus compte des services que les marcs de raisins secs et frais
pourraient rendre, relativement à leur emploi, pour le fumage des
terres.
Le marc de raisins secs, non seulement constitue un engrais remarquable
pour certains terrains, mais, est unique pour les qualités qu’il apporte
avec lui.
M. Derbès, professeur d’histoire naturelle à la Faculté des sciences de
Marseille, dont les savantes recherches, bien connues du monde
scientifique, on fait tant apprécier les capacités, dit que les marcs de
raisins secs pourraient trouver un emploi remarquable dans le fumage des
vignobles.
«L’engrais le plus favorable pour la culture des prairies, des terrains
gras ou argileux est assurément le marc de raisins mélangés de fumier de
cheval.
«Par le mélange de ce dernier avec le marc de raisins secs, le terrain
est soulevé, le tassement n’est plus possible, et l’action du fumier de
cheval, dans cette terre, est complète. Ce qui n’a pas lieu en employant
ce dernier engrais tout seul.»
Le fait qu’avance M. Derbès, est incontestable. Le marc de raisins
divise la terre et permet aux racines des plantes de prendre toute la
nourriture et l’espace dont elles ont besoin.
Les conclusions de ce savant méritent d’être citées. Ceci s’adresse aux
agriculteurs possédant encore quelques vignes que la phylloxéra n’a pas
atteint ou semble avoir oublié.
M. Derbès, ainsi que beaucoup de nos célèbres académiciens, s’occupe de
la vigne, de sa maladie et des moyens de la combattre.
Après avoir assisté à bien des expériences qui, malheureusement,
n’avaient abouti à aucun des résultats pratiques qu’on attendait
d’elles, il conseilla le fumage des vignes avec du marc mélangé
d’engrais.
Il appuyait son assertion sur un fait qui est indubitable.
Le marc de raisins, possédant au suprême degré les sels dont la vigne a
besoin pour croître d’une façon robuste, remplissait, en l’employant
ainsi, deux conditions importantes: la première, de créer autour du
tronc des vignes, l’espace nécessaire au passage de l’eau, soit
d’arrosage, soit de pluie.
La deuxième, d’éviter de fumer les vignes avec des engrais, dont
quelquefois la force des matières qui les constituent, brûle les
radicelles et entraîne à la mort beaucoup plus souvent et plus sûrement
que le phylloxéra.
On peut essayer la méthode dont je viens de parler; là, peut-être, se
trouve un moyen de délivrance.
La Fabrication du sous-acétate de cuivre, dit Verdet
Depuis longtemps déjà, les propriétaires des provinces du Midi se
livrent à la fabrication du sous-acétate de cuivre, généralement appelé
_vert-de-gris_, (et _verdet_) au moyen du marc de raisins frais.
A Narbonne, dans le département de l’Aude, cette fabrication qui est
assez étendue, m’a donné l’idée d’en faire l’application, au marc de
raisins secs.
On peut essayer de la manière que M. H. Pinel, propriétaire et
fabricant de produits chimiques, à Labruguière (Tarn), l’indique pour le
marc de raisins frais.
«On étend les marcs, légèrement humides dans des caves d’une température
tiède. On fait des couches d’une épaisseur de 20 à 50 centimètres
suivant la quantité qu’on veut produire. On place sur le marc ainsi
étendu, des feuilles de cuivre minces que l’on recouvre de nouveau avec
du marc. Il se produit de l’acétification au contact des feuilles qui
s’oxydent et produisent le sous-acétate de cuivre.
«Pour recueillir ce sel, des femmes frappent sur les feuilles ou les
grattent avec des instruments pour faire tomber le vert-de-gris.
«Les plaques de cuivre, que l’on choisit de préférence, sont des plaques
en mauvais état ayant servi au doublage des navires.»
La Fabrication du Carbonate de potasse
Le marc de raisins secs donne aussi d’assez brillants résultats, quand
on retire du carbonate de potasse.
Dans ce cas on le brûle: 1,000 kilog. de marcs donnent environ 120 à 125
kilog. de cendres, pouvant fournir 26 à 25 kilog. de carbonate de
potasse.
Emploi des Pépins
Les marcs des raisins secs peuvent servir de nourriture à la volaille.
Les pépins sont un engrais recherché pour les gallinacés.
J’ai nourri chez moi, durant trois mois, environ, toute une couvée de
poules, errant en liberté, picotant à droite et à gauche les pépins et
les grappes qui, à la suite des diverses manipulations, gisaient sur le
sol.
On peut extraire des pépins une huile essentielle très recherchée par
certaines industries. Je porte ce fait à la connaissance des fabricants,
qui jugeront le parti qu’ils pourront en tirer.
Les pépins peuvent aussi servir à la préparation du tannin de raisins.
Cette question, excessivement sérieuse, doit attirer l’attention des
viticulteurs et producteurs. Les vins de raisins secs sont généralement
pauvres en tannin.