Cependant les machines en général, rendent de 4 à 5 0/0 de vin de plus

que par le foulage avec les pieds. Ce n’est peut-être pas toujours un

avantage réel, mais ce qu’on est sûr de gagner, c’est énormément de

temps est beaucoup de propreté.

On comprend facilement l’importance d’un bon foulage. Il est essentiel

que cette opération soit faite entièrement, car si on laisse dans la

cuve en fermentation, des grains entiers, le jus qu’ils contiennent ne

fermente pas, et c’est ce qui bien souvent, surtout dans la fabrication

des vins de raisins secs, occasionne, après le soutirage et le

pressage, des fermentations secondaires et parfois presque tumultueuses.

Aussi, j’appelle toute l’attention du fabricant sur cette opération,

dont on n’apprécie généralement pas assez l’importance. Loin d’être une

opération purement mécanique, comme on le croit vulgairement, c’est une

véritable opération chimique.

Le but est de réunir et de mettre en contact toutes les parties séparées

du raisin, de l’aérer et de lui fournir tout l’oxygène dont le moût a si

grand besoin de s’imprégner pour commencer la fermentation.

Il ne faut pas craindre de remuer et d’agiter les raisins, soit en les

foulant avec des hommes et en les jetant par pelletées dans la

machine[12]. On doit aussi faire couler le moût d’un peu haut, en

divisant, le plus possible, le liquide dans la cuve à fermenter.

L’air, loin de produire l’effet désastreux que l’on constate dans les

vins faits, est l’agent le plus actif de la fermentation; aussi

s’établit-elle promptement et activement quand on a pris les mesures

nécessaires et donné les soins que je viens d’énoncer.

Il est convenable que l’appartement dans lequel est la cuve à tremper,

soit plutôt humide et chaud que sec et froid.

Comme je l’ai dit, une seule qualité de raisins secs fait exception à la

règle générale; ce sont les Corinthe. Leurs grains très petits et

surtout leur fine pellicule évitent aux fabricants cette opération[13].

Dès leur contact avec l’eau, les Corinthe se gonflent et commencent à

fermenter, à condition qu’on les brasse bien à mesure qu’ils tombent

dans la cuve, et qu’on répète l’opération pendant les deux premiers

jours.

Avec l’appareil pour la fabrication mathématique des vins de raisins

secs, on évite le foulage, et chose importante, le pressurage.

L’appareil fournit l’eau chaude dont on charge la cuve. Les raisins secs

se gonflent immédiatement, et laissent échapper leur sucre, qui se

liquéfie. On évite une main d’œuvre considérable en pratiquant ainsi.

Nous reviendrons sur ce point en parlant des divers modes de

fermentation.

CHAPITRE VII

De la Fermentation

Pour obtenir une fermentation prompte et régulière, il faut, comme je

l’ai dit dans le Chapitre III, que la température du cellier au moment

de la mise en cuve, ait au moins 20 degrés de chaleur. Dans la

fermentation du moût de raisins frais, cette condition est à rechercher,

mais elle n’est pas, comme ici, indispensable.

Cette eau, nouvellement ajoutée au fruit, n’est point encore intimement

unie avec lui, et des soins vigilants au début de ces fermentations sont

impérieux. Si vous avez plusieurs cuves, évitez qu’elles se trouvent au

courant d’air, devant une porte ou une fenêtre; leur place est toute

indiquée dans les côtés du cellier.

Dans le cas où les cuves seraient déjà placées, voici un moyen pratique

et bien simple pour conserver leur chaleur et les préserver de

l’influence de l’air ambiant. Sitôt qu’elles sont chargées, on essuie

parfaitement leur surface, et on les entoure le mieux possible d’un

paillasson de 10 à 12 centimètres d’épaisseur dont la paille, de

froment, de seigle, etc., doit-être le moins serrée possible. On

recouvre ensuite le paillasson d’une grande bâche en toile que l’on

attache solidement avec des cordes. Ce moyen très simple et peu coûteux,

donne des résultats merveilleux. Il ne laisse plus la chaleur,

développée naturellement par le liquide en fermentation, se perdre, et

il conserve à cette fermentation son degré de calorique presqu’en

entier. Le moût reste ainsi, après un bon début, dans les bonnes

conditions de température. Le froid même n’atteint pas sa chaleur qui

demeure jusqu’au bout.

Par ce procédé, une fois la fermentation commencée, on évite bien des

ennuis, car il est inutile de chauffer le cellier et de maintenir la

température à grand renfort de chauffage, ce qui est très coûteux. Une

température de 10 degrés suffit, car la fermentation développe assez de

chaleur par elle-même pour se suffire et arriver jusqu’au bout avec de

bons résultats.

Il est, cependant des cas où les fabricants devront employer des moyens

énergiques pour faire atteindre au moût les 20 degrés de chaleur,

nécessaires pour sa mise en fermentation. Il est certain que, durant

l’hiver de 1879, où le thermomètre dans presque toutes les parties de la

France a accusé de 5 à 25 degrés au-dessous de zéro, le chauffage des

celliers ont été trop dispendieux et pour quelques-uns impossible. On

emploie alors la méthode qui consiste à réchauffer le moût.

Cette idée très ancienne nous vient des Grecs, qui avaient compris tout

l’avantage qu’on peut tirer de cette méthode qui se trouve consignée

dans le recueil des Géoponiques, livre VII chap. IV.

Cette opération au premier abord frappe par sa simplicité: «Verser dans

la cuve à fermenter, une partie du moût à la température de 60 à 80

degrés environ, afin de mettre la masse en fermentation au degré

nécessaire, soit 15 à 20 degrés»[14]. L’idée est ingénieuse et assez

pratique. Cependant je ne saurais trop appeler l’attention sur les

altérations que cette application peut amener dans le vin.

Je signalerai, à ceux qui l’emploient ou qui désirent l’employer, ces

deux grands inconvénients: 1º Par le chauffage du moût dans un vase en

métal, on ne peut éviter la dissolution d’une partie bien faible, je le

reconnais, de ce métal. Or, cette partie, si faible qu’elle soit, n’en

constitue pas moins dans le vin un principe non seulement défavorable à

la fermentation, mais encore quelquefois un véritable danger pour les

consommateurs.

Le deuxième inconvénient résulte du goût de _cuit_, de _brûlé_, que le

moût réchauffé donne au vin. Il est impossible d’empêcher l’altération

du sucre, du tartre, de l’acide tartrique, etc., de se produire au

contact du feu, malgré toutes les précautions qu’on a pu prendre.

On voit donc, d’après ce qui précède, que le chauffage du moût, dans ces

conditions, est mauvais.

Maumené[15] conseille de se servir d’un vase de grès et de chauffer au

bain-marie.

On peut calculer, aisément, la quantité de moût, dont le chauffage sera

nécessaire, pour amener la cuve toute entière au degré convenable.

Ainsi, le nombre d’hectolitres à chauffer au bain-marie, s’obtient en

multipliant le nombre total des hectolitres de la cuve, par le nombre

des degrés auxquels on veut faire monter la température, et en divisant

le produit par le nombre des degrés auxquels le moût, chauffé au

bain-marie, peut être élevé au-dessus de la température primitive.

Je viens d’indiquer divers moyens de chauffer le moût afin de mettre la

fermentation en branle. Pour le chauffage du moût directement dans la

cuve, j’en ferai l’objet d’un chapitre spécial.

C’est au reste l’unique chauffage pratique, sans main d’œuvre et à

bon marché, le mode le meilleur et le plus sûr pour fabriquer

mathématiquement les vins en général et le vin de raisins secs en

particulier[16].

On peut aussi chauffer les cuveries.

Chacun est à même de remplir les conditions nécessaires pour un bon

chauffage. Il est certain que le calorifère est un moyen, mais

inabordable pour la plupart des bourses de nos agriculteurs. Les poëles

donc, rempliront bien l’office de chauffeurs. On aura soin d’éviter que

la fumée se répande dans le cellier, surtout avec des cuves ouvertes. La

liqueur vineuse est susceptible de s’emparer de l’odeur du charbon, ou

du bois, si la fumée séjournait trop longtemps dans la cuverie.

On peut aussi chauffer l’eau au moyen des cylindres semblables à ceux

qu’on emploie pour chauffer les bains. On arrive ainsi facilement à

élever, jusqu’au 25me degré, la température et à l’y maintenir.

Je conseille d’employer ce procédé sur de petites quantités d’abord, et

de s’assurer ainsi à l’avance des résultats qu’il procure.

Le Contrôle des Fermentations

Je vais indiquer, ici, le meilleur mode de contrôle, pour pouvoir se

rendre compte immédiatement de la marche de la fermentation.

Il convient de placer d’abord, si on chauffe la cuverie, à l’endroit le

plus éloigné du foyer de chaleur, un thermomètre qui indiquera le degré

de température du cellier.

A chaque cuve, on place un ou plusieurs petits thermomètres spéciaux

coudés de J.-F. Audibert, à 50 centimètres environ de sa base.

Ce thermomètre, que j’emploie parce qu’il est le plus commode et le

meilleur marché, doit pénétrer dans la cuve, de façon à présenter et à

baigner son réservoir d’esprit ou de mercure dans le moût. On place

facilement ce thermomètre dans un bouchon de bouteille qui le maintient

à la cuve. On est fixé, avec un coup d’œil, sans rien déranger, du

degré de chaleur que possède le jus de raisins. Si le thermomètre

n’indique, pendant les deux premiers jours, que 12 ou 15 degrés de

chaleur, ou s’il baisse, chauffez le moût fortement, et, à défaut, le

cellier, jusqu’à ce que vous remarquiez son ascension. Arrivé à 18 ou 20

degrés environ, la chaleur naturelle que développe la fermentation,

suffira pour la mener à bonne fin. Si ayant suivi les conseils que j’ai

donnés plus haut, votre cuve est bien enveloppée avec des paillassons,

le thermomètre indiquera de 25 à 41 degrés; c’est le degré maximum que

j’ai remarqué dans nos fabrications avec les raisins secs. Il est

évident qu’il ne faut pas pour cela laisser refroidir l’appartement

l’hiver, et qu’une température de 15 degrés au moins est nécessaire pour

faciliter la fermentation alcoolique.[17]

CHAPITRE VIII

Fabrication mathématique des Vins de Raisins secs et autres Vins

Depuis mes premières éditions, et à la suite de la quantité considérable

de lettres que j’ai reçues, j’ai recherché un moyen de fabriquer

mathématiquement les vins en général et ceux de raisins secs en

particulier.

J’ai comblé cette lacune en créant un appareil aujourd’hui breveté, qui

résout cette importante question[18].

Voici le principe sur lequel mes recherches étaient dirigées: Faire

accomplir, sous tous les climats et dans toutes les saisons, le

changement complet de la partie sucrée en alcool et en acide

carbonique, et cela avec juste le temps nécessaire à cette

transformation, et le plus économiquement possible.

C’est l’eau chaude, que l’appareil fournit à un prix presque nul, au

degré que l’on désire, qui est la base de mon innovation. Il est

complètement inutile, avec ce mode de fabrication, de chauffer les

celliers. Au contraire, le moût ayant fortement besoin d’oxygène pur, se

fortifie au contact de l’air naturel du cellier non infesté de la fumée

à laquelle donnent naissance les poëles ou réchauds. La métamorphose du

sucre en alcool est complète dans cinq ou six jours. Les accidents de

fermentation, tels que: refroidissements, arrêts, etc., ne peuvent plus

se produire; la température étant constamment dans les cuves de

fermentation à vingt-cinq degrés au-dessus de zéro.

En employant ce mode de fabrication, les vins de raisins secs n’ont,

pour ainsi dire, plus le goût _sui generis_ décelant leur origine,

puisque le séjour sur les grappes, de l’eau servant à la fabrication,

est insignifiant.

[Illustration: =Appareil (B. s. g. d. g.) J.-F. Audibert, pour la

Fabrication mathématique et complète des Vins de Raisins Secs garantie

en dix jours et pour toutes les fermentations.= (_fig. 1_)]

L’appareil est le seul pour la fabrication des vins de raisins secs,

imitant à s’y méprendre les vins blancs de l’_Entre-deux-Mers_

(Gironde), et pour toutes les fermentations en général. Il offre au

fabricant les avantages suivants et garantis.

1º Fabrication complète du vin, macération, fermentation et collage, en

10 jours;

2º Plus de pressurage des marcs;

3º Plus d’égards à la température extérieure: qu’il fasse chaud ou

froid, la fermentation est la même;

4º Rendement de 10 0/0 en plus sur les raisins;

5º Plus de fermentations secondaires qui rendent les vins troubles,

plombés et impossibles à clarifier;

6º Enfin l’installation ne nécessite aucun travail de maçonnerie, tout

se raccordant par des brides et raccords en cuivre. Quant à sa

direction, un homme peut _sans peine produire_ jusqu’à 100 hectolitres

par jour.

L’appareil se compose:

1º De l’appareil proprement dit (en cuivre);

2º D’une cuve en bois de la contenance de 50 hectolitres disposée pour

produire instantanément le moût du raisin sec;

3º D’un chauffeur, dénommé _fromage_ à cause de sa forme, pour opérer

la fermentation du moût dans la cuve qui le reçoit;

4º Des tuyautages et robinets de l’appareil proprement dit, de ceux de

la cuve qui produit le moût et de ceux de la cuve de fermentation où se

place le chauffeur, dit _fromage_.

Le tout en cuivre étamé.

Ces appareils sont simples et relativement peu coûteux. Je me mets

entièrement à la disposition de mes lecteurs pour tous les

renseignements, quels qu’ils soient, se rattachant à la fabrication

mathématique des vins de raisins secs, dont ils pourront avoir besoin,

et au sujet des détails complémentaires concernant l’appareil.

CHAPITRE IX

Des dangers de l’Acide carbonique

Avant de traiter à fond la question des divers modes de fermentation, je

considère comme un devoir d’appeler l’attention des personnes qui se

livreront à la fabrication des raisins secs, sur les dangers et les

inconvénients qu’occasionne le dégagement de l’acide carbonique dans la

fermentation.

Ces dangers, une fois connus, s’évitent facilement; c’est pourquoi je

tiens surtout à mettre en garde les fabricants.

La fermentation alcoolique du moût dégage énormément d’acide carbonique.

La chimie nous apprend que les proportions en sont mêmes énormes: 100

parties de sucre, en se décomposant par la fermentation, donnent environ

moitié d’alcool et d’acide carbonique. Ce gaz est irrespirable et peut

occasionner la mort. Il est donc important de connaître les moyens de

combattre et surtout d’éviter ses funestes effets.

Il est, disent les savants, par lui-même inodore et sans saveur; il n’a

pas non plus de couleur. Il est entièrement semblable à l’air pur. Aucun

de nos sens n’est apte à nous le faire connaître directement. On ne peut

juger de sa présence que par certains phénomènes chimiques. Dans de

telles conditions, il est facile de comprendre que nous pouvons être

exposés à le respirer même pur, sans être à l’avance avertis du danger.

Les accidents qu’il produit chaque année, aux vendanges, doivent

suffisamment rappeler à notre esprit la gravité de cette importante

question et nous empêcher de commettre des imprudences.

Pour les personnes qui ne connaissent pas la chimie, leur esprit sera

suffisamment fixé, quand elles sauront que ce gaz est le même que celui

que dégage le charbon au moment de sa première combustion.

Ce gaz est plus lourd que l’air, et tombe, formant sur la surface du sol

une couche qui s’élève jusqu’à ce qu’elle trouve une issue.

Aussi doit-on se méfier des celliers qui sont dans les caves et où l’on

descend par plusieurs marches.

Pénétrez toujours dans vos cuveries, une lampe à la main, et à la

hauteur de votre ceinture. Si vous apercevez un tremblotement ou un

trouble dans la clarté, il faut se méfier; si la lampe s’éteint ne vous

aventurez pas, car on peut y laisser la vie. Ce gaz fait périr en un

instant les animaux qui le respirent; des expériences nombreuses ont été

faites sur des oiseaux et elles sont convaincantes.

Qui n’a entendu parler ou ne connaît la grotte célèbre située près de

Naples dite: Du Chien. Dans cette grotte, l’homme pénètre impunément

sans ressentir aucun symptôme de malaise, alors que le chien qui

l’accompagne, meurt bientôt étouffé si on ne le rend promptement à la

liberté.

Voici l’explication de ce fait:

Les terrains volcaniques, de ce pays, exhalent de l’acide carbonique qui

se forme par sa pesanteur à une couche d’environ 50 centimètres

au-dessus du sol. L’homme, en pénétrant dans la grotte, a la partie

supérieure du corps complètement au-dessus, et peut y vivre impunément

en restant debout, tandis que le chien, dont le corps en entier baigne

dans cette atmosphère irrespirable, ne peut y demeurer sans périr.

On cite aussi un exemple de ce phénomène dans la Forêt-Noire: Un

ruisseau qui se dessèche en été, et dont l’eau se trouve remplacée par

une couche d’acide carbonique qui se dégage du sol, sert de prétexte à

une chasse assurément bien bizarre et imprévue par la législation, en

temps prohibé.

La couche du gaz s’élève à peu près à 90 centimètres, où elle se

maintient, en raison de la tranquillité de l’air, à l’abri des

plantations qui l’entourent. Les oiseaux, qu’attire la fraîcheur,

viennent sans cesse voltiger autour du ruisseau jusqu’à extrême

sécheresse. Tant qu’ils demeurent assez éloignés ou à une certaine

hauteur, rien ne les trouble; mais, sitôt qu’ils s’approchent du lit du

ruisseau, le vertige les saisit et ils tombent frappés de mort au bout

de quelques secondes. Les bûcherons n’ont qu’à venir tous les jours

ramasser le gibier, bénissant l’acide carbonique de l’aide merveilleuse

et désintéressée qu’il leur apporte.

Règles générales et utilisation de l’Acide carbonique

Dès qu’une cuve est en fermentation, ce qu’on voit immédiatement en y

présentant une bougie allumée qui s’éteint, ne pénétrez plus dans votre

cave ou cellier sans prendre les précautions nécessaires.

Dans les fermentations à cuve ouverte, l’acide carbonique après avoir

rempli le vide qui reste dans l’intérieur de la cuve, arrive au sommet

et se déverse par les parois extérieures exactement comme un vase plein

d’eau. Si vous voulez vous assurer de la marche de votre fermentation,

en regardant dans l’intérieur de la cuve, veillez en montant sur

l’échelle opposée contre elle, à ce que le gaz ne vous atteigne pas au

visage, pour éviter la sensation désagréable qu’il procure en le

respirant et les dangers qu’il fait courir.

Il est extrêmement important aussi, avant de pénétrer dans une cuve,

soit pour la remplir, soit surtout pour la vider, de bien s’assurer

qu’on peut le faire sans danger. Pour cela servez-vous toujours de la

bougie allumée, qui est le plus sûr et le plus fidèle des

avertissements.

Je vais donner le moyen qu’on peut employer pour éviter les accidents

dont je viens de parler. Ceci s’adresse surtout aux fabricants qui vont

établir leur cuve à fermenter dans les caves ou sous-sols, où l’on ne

peut parvenir qu’en descendant de nombreuses marches d’escalier, et où

les fenêtres, pour donner le jour et l’air, sont presque situées

au-dessous du plancher supérieur, il faut saturer le gaz à mesure qu’il

se précipite sur le sol du cellier, en disposant, sur plusieurs points,

du lait de chaux ou de la chaux vive. On peut parvenir à désinfecter un

lieu vicié par cette mortelle mofette, en projetant sur le sol et contre

les murs de la chaux vive délayée et fusée dans l’eau. Une lessive

alcaline caustique, telle que la lessive des savonniers ou l’ammoniaque,

produira de semblables effets. Dans tous ces cas, l’acide gazeux se

combine instantanément avec ces matières, et l’air extérieur se

précipite pour en occuper la place.

Dans les cuves fermées, dont je vais parler au chapitre suivant, ces

dangers disparaissent presque complètement, car elles permettent de se

débarrasser assez facilement de cet ennemi redoutable. Au contraire,

l’acide carbonique n’ayant qu’une petite issue, peut être facilement

neutralisé à sa sortie et même employé fructueusement par les

producteurs: La grosseur de l’issue, que l’on ménage au gaz, doit être

proportionnelle à la grosseur des cuves. Une ouverture de 3 centimètres

de diamètre suffit pour une cuve de 100 à 200 hectolitres. Cette issue

ne doit point demeurer simplement ainsi, car le but qu’on se propose en

fabricant avec les cuves fermées serait complètement manqué. L’air, en

s’y introduisant quand la fermentation touche à sa fin, et que le

dégagement de l’acide carbonique est faible, produirait, sur la cuvée,

les accidents qu’on a voulu éviter avec ce genre de fabrication. Voici

la fermeture qu’on doit employer pour éviter ces effets: On fixe, au

trou servant à l’échappement de l’acide, un tuyau de verre ou de

caoutchouc que l’on fait plonger dans un vase plein d’eau. L’acide

carbonique traverse l’élément liquide, mais il en demeure une grande

partie dans la cuve, à cause de la légère pression et résistance que

l’eau exerce sur lui à sa sortie. L’air, au contraire, ne peut plus y

pénétrer, car l’eau lui oppose une infranchissable barrière.

Il est un moyen bien simple de se servir de l’acide carbonique et d’en

faire un véritable agent producteur et lucratif, en fabriquant du

bi-carbonate de soude.--On se procure du carbonate de soude, bien pur,

en cristaux, que l’on place dans une barrique, au fond de laquelle on a

ménagé un faux fond percé de trous, à 20 centimètres de la basse.

On ferme hermétiquement ce récipient, et on y amène l’acide carbonique

par un tuyau de verre ou de caoutchouc, après l’avoir préalablement

débarrassé de sa vapeur alcoolique, en le faisant passer dans le vase ou

baril, aussi hermétiquement fermé, à moitié plein d’eau, dont j’ai parlé

ci-dessus.--L’effet produit par l’acide carbonique, est celui-ci: Le

carbonate de soude, qui se trouve en cristaux, laisse échapper sa partie

aqueuse au contact de l’acide carbonique jusqu’à sa complète saturation

et jusqu’à son complet changement. On doit, de temps en temps,

recueillir, au moyen d’un trou de cheville ménagé au bas de la barrique

contenant le carbonate de soude, l’eau dont celui-ci se sépare.

Cette eau contient encore beaucoup de bi-carbonate que l’on recueillera

facilement en laissant reposer, évaporer et cristalliser.

L’effet de ce simple appareil est suffisant. On utilise ainsi la grande

quantité d’acide carbonique que produit la fermentation, production qui

est une véritable richesse que presque tous les agriculteurs ont laissé

perdre jusqu’à ce jour. Nul n’ignore, malgré les récentes découvertes de

la chimie, combien la production de cet acide est encore coûteuse.

Peu de gens se font une idée de la quantité extraordinaire d’acide

carbonique développée par la fermentation alcoolique. Voici ce que nous

apprend la chimie à ce sujet: 100 hectolitres de vin produisent assez

d’acide carbonique pour faire 2,000 kilogrammes de bi-carbonate.

J’ai tenu à faire part, ici, à mes lecteurs, de cette idée, trop heureux

si un jour j’apprends qu’elle a profité à quelques-uns.

CHAPITRE X

Les divers modes de fermentation

La fermentation des vins de raisins secs s’obtient de plusieurs

manières. Je vais les passer ici en revue, donnant mon appréciation sur

chacune d’elles, et indiquant celles qui me paraissent les plus

favorables à la production. Je les ai divisées en trois classes:

1º La fermentation à cuve ouverte;

2º La fermentation à cuve fermée;

3º La fermentation mathémathique.

La fermentation à cuve ouverte

En général, cette méthode, la première qui s’offrait pour la

transformation du moût en vin, a été adopté. Au premier abord, il a

semblé superflu de recouvrir la cuve, quoique connaissant l’effet

pernicieux[19] de l’air sur le _chapeau_, c’est-à-dire la couche épaisse

de grappes qui remonte par l’effet de la fermentation au-dessus du moût.

L'art de faire le vin avec les raisins secs · 第 2 / 12 段