_Vourla._--Ces raisins sont de beaucoup les plus beaux comme

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L’ART

DE

FAIRE LE VIN

AVEC LES

RAISINS SECS

L’ART

DE

FAIRE LE VIN

AVEC LES

RAISINS SECS

PAR

J.-F. AUDIBERT

Créateur et Promoteur en France de cette Industrie

=7 fois Médaillé=

Chevalier de l’ordre Royal du Sauveur (Grèce),

de l’Ordre Impérial du Medjidié,

Médaillé par M. le Ministre de l’Agriculture,

Ex-Candidat à la Chaire de Viticulture à l’Institut National

Agronomique,

Fondateur, Directeur et Rédacteur en chef

du Journal de l’Agriculture

l’_Echo Universel_,

Membre de l’Académie Nationale Agricole, etc.

=12me ÉDITION=

Complètement revue, corrigée et considérablement augmentée

renfermant,

avec les innovations faites depuis les premières éditions,

tous les renseignements et documents nécessaires

à cette fabrication,

les Circulaires Ministérielles, de la Régie, les Expériences

célèbres, divers tableaux synoptiques,

des planches et des figures.

=MARSEILLE=

L’_ECHO UNIVERSEL_, journal d’Agriculture, éditeur

53, RUE DES MINIMES, 53

=1886=

* * * * *

ECHO UNIVERSEL

IVme ANNÉE

=SON BUT=

Se rendre intéressant auprès de tous et par tous les moyens possibles,

tel est le mobile qui fait agir constamment l’_Echo Universel_. Ce

journal de 12 pages de texte attrayant d’un bout à l’autre, s’occupe de

Viticulture, de Commerce, d’Industrie, de Finances, mais surtout

d’Agriculture.

=CEUX QUE L’ECHO UNIVERSEL INTÉRESSE=

L’_Echo Universel_ s’adresse à tous: aux Viticulteurs, Agriculteurs,

Commerçants, Industriels et à toutes les personnes qui ont besoin, pour

leurs achats, de conseils et de renseignements. Chaque numéro contient

des petits _cours pratiques_ pour les vins, le pain, les conserves,

etc., etc. En un mot, les mille et une choses nécessaires de la vie sont

consignées dans cette intéressante publication. POUR TOUS CEUX QUI

TOUCHENT A L’AGRICULTURE, CE JOURNAL EST INDISPENSABLE.

L’_Echo Universel_ est le principal organe de la lutte contre le

Phylloxéra, le Mildew et autres maladies de la vigne. Chaque numéro

contient: Les nouvelles de tous les vignobles, les prix de vente des

produits de l’agriculture, les prix-courants commerciaux, les résumés de

toutes les découvertes, recettes et innovations vinicoles et

industrielles parues dans tous les pays du monde.

=RÉDACTION=

La Rédaction de l’_Echo Universel_ se compose d’écrivains les plus

pratiques et les plus populaires. Pour l’étranger, un service spécial de

correspondance a été organisé dans tous les pays de l’Union postale,

afin de justifier le titre de ce journal et de donner la primeur des

nouvelles offrant un véritable intérêt. Le nom seul de son Directeur et

Rédacteur en chef, =M. J.-F. AUDIBERT=, dispense de tout commentaire.

=PRIX DE L’ABONNEMENT, BÉNÉFICES QU’IL PROCURE=

Le prix de l’abonnement est insignifiant: =6= fr. par an pour la France et

=8= fr. pour l’Etranger. Les abonnements partent du 1er janvier et

1er août de chaque année. Tout nouvel abonné reçoit les numéros parus

depuis cette époque jusqu’au jour de l’abonnement. Cette somme minime

est encore remboursée par des cadeaux-primes, graines, etc., utiles aux

agriculteurs et pouvant rendre 100 francs à l’année.

Cette année, l’Administration =s’engage à acheter le produit des graines=.

Sur demande, des numéros spécimens, seront expédiés franco.

BUREAUX: à Marseille, 53, rue des Minimes, Direction principale où

doivent être adressées demandes, correspondances, abonnements, etc.,

pour éviter tout retard.

BUREAUX: à Paris, 25, quai des Grands-Augustins.

[Illustration: J.-F. AUDIBERT]

A LA MÉMOIRE

DE

FRANÇOIS AUDIBERT

MON NOBLE ET VÉNÉRÉ PÈRE

SOURCE DE TOUTES MES CONNAISSANCES

VIENT DE PARAITRE DU MÊME AUTEUR

Pour faire suite au présent ouvrage et sur les demandes pressantes des

lecteurs des éditions antérieures

L’ART DE FAIRE LES VINS

D’IMITATION

=Madère, Malaga, etc., Vermouth, Bitter, Sirops, Infusions, Liqueurs

avec les vins de raisins secs et autres=

Renfermant toutes les recettes complètes, détaillées simplement, et

nécessaire à tout fabricant, négociant, propriétaire distillateur,

vigneron, ainsi que tous les renseignements et documents nécessaires

pour ces fabrications, avec planches et figures.

=PRIX: franco, 5 fr. 25=

LES RAISINS SECS LEUR MONOGRAPHIE ET CELLE DE LEUR INDUSTRIE

=PRIX: franco, 1 fr. 75=

LA VIGNE SAUVÉE

Cause des Maladies de la Vigne, Phylloxéra, Mildew, etc.

Cet ouvrage contient avec, un grand nombre de gravures, reproductions

photographiques prises sur nature, la description complète de cet

insecte, ses ravages, le moyen de le détruire ne coûtant rien ni comme

achat, ni comme application, la description DE TOUTES LES MALADIES DE LA

VIGNE et les moyens de les combattre.

=PRIX: 3 fr. 50; franco, 3 fr. 90=

LE SORGHO SUCRÉ HATIF =DU MINNESOTA= OU 600 FRANCS DE REVENUS CERTAINS A

L’HECTARE

=PRIX: franco, 1 fr. 75=

EN VENTE A Marseille aux Bureaux de l’ECHO UNIVERSEL d’agriculture _53,

Rue des Minimes, 53_ =ET CHEZ TOUS LES LIBRAIRES=

* * * * *

AVANT-PROPOS

De la Première Edition parue en 1880

Afin de rendre le jugement de mes lecteurs moins sévère à mon égard en

parcourant ce traité, il est essentiel que je leur apprenne à la suite

de quelles circonstances il a été fait.

Nul moins que moi ne songeait à devenir auteur.

Au mois de septembre 1879, M. le Ministre de la Justice, ne suivant pas

en cela les traces de ses devanciers qui s’y étaient opposés,

(l’honorable M. Dufaure entr’autres) lançait la circulaire considérant

les vins de raisins secs comme une falsification.

Il m’incombait à moi, le créateur et promoteur en France de cette

industrie, d’y répondre. Je le fis par la voie des journaux. Mes

réponses eurent un immense retentissement; et dans la plupart des

lettres, trop élogieuses, qui m’arrivèrent de toutes parts, aussi bien

de France que de l’étranger, se trouvait émis le même vœu. «Donnez un

ouvrage, écrivez un traité pour justifier la fabrication de ce vin, que

la science, l’hygiène et la nécessité conseillent, en attendant que les

faits, plus puissants que les mesquines coalitions d’intérêt privé,

proclament l’excellence et l’impérieux besoin de cette boisson.»

Près de douze cents lettres de ce genre m’arrivèrent dans les huit jours

qui suivirent ma première réponse à M. le Ministre.

Devant cette demande spontanée, je considérai comme une obligation d’y

accéder, malgré la tâche écrasante dont j’allais assumer la

responsabilité. Les encouragements ne me firent pas défaut, et fort de

la sympathie dont m’entouraient nos plus illustres savants

contemporains, tous prêts à me soutenir si je faiblissais et à appuyer

ma modeste œuvre de solides et indestructibles travaux, j’annonçai

dans la plupart des organes vinicoles l’apparition de mon traité.

Que de fois n’ai-je pas été sur le point de renoncer à ce travail, en

envisageant les difficultés sans nombre que j’avais à franchir! Que de

fois n’ai-je pas rejeté ma plume en songeant à ma témérité!

J’écrivais, moi humble et inconnu fabricant, un traité sur les vins

après Chaptal, Gay-Lussac, le Comte Odart, Pasteur, Dumas, Maumené,

etc., tous immortels par leurs travaux gigantesques, auprès desquels les

miens font songer à l’audace de la grenouille qui veut se faire aussi

grosse que le bœuf, du bon Lafontaine.

Ici, je dois un hommage sincère et éclatant à ces savants aussi modestes

qu’illustres. Tous ont encouragé mes efforts et m’ont permis de puiser

à pleines mains dans leur profonde science dont ils ont accumulé les

fruits, avec tant de labeur et surtout tant de persévérance dans leurs

ouvrages.

Que ne m’est-il permis de graver ici en lettres d’or, dans un même élan

de reconnaissance, les noms de: MM. _Reboul_, _Maumené_, _Dumas_, _de la

Souchêre_, _Pasteur_, _Derbès_, et de tous ceux qui m’ont encouragé et

soutenu dans mes premiers pas.

C’est plein de confiance dans l’amitié et la sympathie de mes lecteurs,

que je n’hésite pas à me présenter devant eux.

Cet ouvrage a pour devise l’épigraphe que M. le Comte Odart avait placée

sur la première page de ses œuvres publiées en 1837: «Point de

préceptes, beaucoup d’exemples; de la simplicité des moyens la

perfection des résultats.»

Dans ce but on trouvera réunies dans le cours de ce livre, toutes les

innovations pratiques que j’ai pu recueillir à l’appui des assertions

que j’avance; de plus, j’ai groupé sous forme d’appendice, à la fin de

ce traité, les circulaires et documents sur lesquels s’appuie la

fabrication des vins de raisins secs.

L’assurance de mes bonnes intentions me fera-t-elle trouver grâce devant

mes chers lecteurs? C’est le vœu que j’ose exprimer, et je serais

heureux, si des idées que j’ai semées dans cet ouvrage d’une forme

parfois heurtée, pouvait résulter l’utilité que j’ai eu en vue en

l’entreprenant.

Ces idées sont de deux sortes: les premières tendent à vulgariser la

fabrication des vins de raisins secs en indiquant les moyens que j’ai

reconnus les plus simples et les plus pratiques pendant ma carrière de

fabricant; les secondes, à populariser les doctrines scientifiques,

autour desquelles on ne saurait faire trop de lumière, surtout pour les

questions d’alimentation qui sont d’un si haut intérêt pour toutes les

classes de la société.

_Marseille, le 31 décembre 1879._

J.-F. AUDIBERT.

A MES LECTEURS

Quelques mois se sont à peine écoulés que mes prédictions se sont

accomplies au-delà de toute espérance. Le vin de raisins secs, ainsi que

toutes les grandes innovations de notre siècle, a eu à subir les

épreuves les plus rudes dont il devait forcément sortir victorieux.

Vainement on a tenté en haut lieu de lui opposer une infranchissable

barrière au moyen d’une circulaire ministérielle. Je me suis constitué

son champion, j’ai protesté énergiquement, soit par des conférences

publiques, soit par des lettres publiées par la voie des journaux et

adressées à MM. les Ministres et à MM. les Députés. Je défendais mon

œuvre, mon enfant, en un mot, et ai dépensé là, toute l’énergie dont

je pouvais être capable. Enfin, nous avons triomphé. Je dis nous avons

triomphé, car le vin de raisins secs et moi avions lié d’une façon

indissoluble notre destinée.

Aujourd’hui, le commerce en est libre. Par une circulaire en date du 26

avril 1880; M. Audibert, directeur général des Contributions indirectes,

sur les instigations de M. le Ministre de la Justice, les rapports de la

société d’Hygiène, de M. Reboul, doyen de la Faculté des Sciences, à

Marseille, etc., a rapporté de la première circulaire parue en

septembre 1879, tout ce qui entravait la libre circulation et le

commerce des vins de raisins secs.

Je rends ici un juste hommage à MM. les Ministres de la Justice et des

Finances, à ces hommes éclairés, qui, mus par le seul désir d’être

utiles à leur pays, n’ont pas hésité de rétracter ce qu’ils avaient cru

devoir faire pour le bien du peuple, et de reconnaître qu’ils s’étaient

trompés. De pareilles rétractations, loin de diminuer le prestige des

gouvernants, aux yeux des administrés, ne font que le relever et les

faire aimer davantage. Les despotes seuls ne rétractent jamais.

Dans cette nouvelle édition, vous trouverez de nombreuses

rectifications. Toutes les innovations que j’ai faites depuis deux ans y

ont été consignées avec soins. De plus et par suite de ma correspondance

avec un grand nombre d’entre vous, j’ai pu supprimer ce qui m’a paru

inutile, et ajouter tout ce que j’ai jugé nécessaire. En un mot, je n’ai

eu qu’un mobile, mes chers lecteurs, celui de vous rendre plus facile la

tâche de la fabrication du vin.

Je voudrais pouvoir vous remercier aussi d’une façon toute particulière

du succès que vous m’avez fait et des éloges beaucoup trop flatteurs que

vous m’avez prodigués de toutes parts, onze éditions de 5000 volumes

chacune, ont été épuisées en six ans. Je ne m’attendais pas à rencontrer

dans le public une telle faveur. Mais ce qui a rendu mon étonnement plus

grand encore, c’est de voir que tous les pays du monde, aujourd’hui,

voulant le livre d’Audibert, fabriquent du vin de raisins secs. J’aurai

peut-être ainsi permis de boire du vin à bon marché à des contrées qui

jamais n’auraient pu jouir de ce bienfait. L’Amérique du Nord et du Sud,

l’Ile de la Réunion, la Chine, les Iles de l’Océanie, l’Afrique

centrale!!![1] etc., fabriquent et boivent du vin de raisins secs.

Le but unique que j’avais poursuivi, était de rendre service à la

France. Il m’a été donné de voir se généraliser mon œuvre. C’est ma

seule satisfaction, ma plus belle récompense; je me trompe, car ce à

quoi surtout j’aspire de toute la force de mon âme, c’est à l’estime de

mes concitoyens.

_Marseille, le 25 février 1886._

J.-F. AUDIBERT.

[Illustration]

L’ART

DE

FAIRE LE VIN

CHAPITRE I

Pourquoi le Vin de Raisins Secs?

C’était après la guerre de 1870-71, à la suite de nos malheurs; une

clameur immense s’éleva du Midi de la France comme un triste écho des

provinces si éprouvées du Nord. Le phylloxéra avait anéanti les

vignobles du riche département de Vaucluse. Après la garance,

invendable, le vin manquait complètement. A ce moment un appel impérieux

fut fait à la science par le gouvernement, que la voix publique fit

sortir de sa torpeur. Le terrible insecte, après avoir ravagé un

département tout entier, s’avançait lentement et menaçait du même sort

les départements limitrophes. On constatait déjà sa présence en de

nombreux endroits des départements des Bouches-du-Rhône, du Gard, des

Hautes et des Basses-Alpes.

Dans l’espoir de vaincre ce nouvel ennemi de la vigne, aussi facilement

que l’oïdium, des promesses extraordinaires d’argent, de titres

honorifiques, etc., furent faites par le Gouvernement et les Sociétés

Savantes, à l’heureux innovateur qui trouverait le moyen de l’arrêter

sinon de l’anéantir.

Le département de l’Hérault, seul, offrait un million de récompense.

L’appât d’une pareille fortune devait forcément tenter bien des

intelligences; de là ces nombreux soi-disant moyens de détruire le

phylloxéra que les journaux enregistrèrent pendant plusieurs années avec

fracas presque tous les jours.

Tous les sulfates, les phosphates et les carbonates y passèrent: hélas!

les résultats nous les connaissons malheureusement tous trop bien. La

plupart de ces remèdes détruisent certainement le phylloxéra; mais que

de vignes sont mortes, de l’essai qu’on a fait sur elles, de tous ces

véritables poisons anti-phylloxériques.

Des premiers, peut-être, je me suis occupé de cette importante question.

Habitant le département des Bouches-du-Rhône et ma famille y ayant des

propriétés, j’ai, pour ainsi dire, suivi la marche du fléau pas à

pas[2].

Moi aussi je crus, après avoir essayé sur nos vignes tous les moyens

connus, moi aussi, dis-je, j’eus un moment l’illusion d’être arrivé à

une solution. C’était par ma méthode de l’inoculation des vignes,

c’est-à-dire la vaccination. Ma découverte fit le tour de la presse,

j’eus de fervents disciples, et l’honneur de voir discuter mon idée

dans les Académies de Sciences.

Voici du reste en quoi consistait mon procédé et sur quel raisonnement

il reposait: les véritables agriculteurs me comprendront tout de suite.

Etant donné que les racines d’une vigne de 3 à 5 ans sont à un mètre de

profondeur au moins, la chevelure et les radicelles sont éloignées

d’autant du tronc; pour atteindre le phylloxéra, il faut arriver jusque

là, car c’est généralement par le bas qu’il tue les ceps.

Or, si le remède est énergique, il en faut peu, afin de ne pas tuer la

vigne; mais alors l’éloignement dans lequel se trouve l’insecte le met à

l’abri; tandis que si l’on en met beaucoup pour l’atteindre on tue la

vigne.

Voilà, en peu de mots, le cercle vicieux dans lequel tourne la science.

Je voulus en sortir et atteindre le but par un moyen diamétralement

opposé: «Pourquoi, me dis-je, au lieu de chercher à tuer directement le

phylloxéra, ne donnerions-nous pas à la vigne elle-même, la force de

l’éloigner ou même de le tuer?»

Je cherchai un agent que le règne végétal acceptât et que le règne

animal rejetât. J’avais trouvé: le sulfate de fer. Pour faire mon

opération je l’employais ainsi:

Après en avoir saturé de l’eau, je faisais, au moment du mouvement de

la sève, un trou dans le tronc de la vigne; j’y versais un peu de cette

eau et je rebouchais avec du mastic de l’Homme le Fort. La blessure

se cicatrisait et la sève entraînait avec elle, jusque dans les plus

petites radicelles, du sulfate de fer dont l’odeur seule devrait suffire

à faire disparaître le phylloxéra, ou à l’empoisonner s’il eût persisté

à se nourrir de cette sève.[3]

Mon moyen fut expérimenté dans de nombreuses propriétés; les rapports

arrivèrent, comme pour les autres procédés employés, tantôt favorables,

tantôt défavorables. Voyant que les savants ne s’y arrêtaient pas et que

peut-être le résultat en serait le même que celui de nombreux moyens

déjà connus et employés, je l’abandonnai; et, pour moi, le problème

devint celui-ci:

Que boira-t-on en France dans 10 ans si le phylloxéra ne trouve point un

adversaire assez puissant pour le détruire?

Je cherchai et trouvai le vin de raisins secs. Depuis quelque temps déjà

la distillerie clandestine s’en servait pour obtenir de l’alcool de vin,

mais la boisson obtenue par ce procédé sommaire ne constituait pas

encore le vin proprement dit. Je dirigeai alors mes recherches de ce

côté et je créai à Marseille la première fabrique de vin avec les

raisins secs. Ce fut un évènement. A cette époque, les tribunaux avaient

déjà été quelquefois appelés à statuer sur les falsifications des vins

par des colorants artificiels. Quelques jugements rendus et bruyamment

publiés dans les journaux avaient tellement mis en émoi l’opinion

publique que le Gouvernement, à l’annonce _d’une fabrique_ de vin,

s’était presque refusé à en accorder l’autorisation.

J’adressai un rapport à MM. les Ministres des finances et de

l’agriculture, dans lequel j’exposais sommairement ma fabrication et mon

but et j’obtins enfin, après trois mois d’attente, cette autorisation si

désirée. Le parquet, le conseil d’hygiène, etc., avaient été mis au

courant de ce qui se passait.

Un an plus tard les fabriques de vin de raisins secs se chiffraient par

centaines en France. Aujourd’hui le vin de raisins secs est populaire.

Mes concitoyens m’ont bien vengé des attaques injustes dont j’ai été

l’objet.

Dans cet ouvrage, je me suis efforcé, suivant les traces de mes

illustres devanciers et maîtres: Chaptal, Thénard, Gay-Lussac, Pasteur,

Dumas, Maumené, etc., de grouper le plus simplement possible, mes

observations et le résultat de mes expériences, persuadé que les choses

dites le plus simplement sont les meilleures. Ce ne sont point des

belles phrases que le lecteur doit espérer y trouver; ma seule ambition

est d’arriver à populariser encore davantage dans notre beau pays, cette

boisson économique et hygiénique qui permettra de boire du véritable vin

à bien des gens que la modicité de leurs ressources en empêchait jusqu’à

présent.

Avec mon ouvrage, je procure aux viticulteurs atteints par le phylloxéra

ou les maladies les moyens de se refaire une nouvelle récolte; enfin,

aux négociants et aux commerçants, je démontre de quelle utilité est

pour eux ce vin avec lequel on peut imiter tous les vins étrangers[4] au

point de ne pouvoir reconnaître le vrai du faux. Atteindrai-je ce but?

C’est mon plus cher désir; puisse cet ouvrage m’aider dans cette

ambition.

CHAPITRE II

Quels sont les meilleurs Raisins et à quoi les reconnaît-on?

En général, pour faire du vin, tous les raisins secs sont bons; mais,

ainsi que pour presque tous les produits obtenus par l’homme, la qualité

dépend d’abord du choix des matières premières les plus favorables et

les plus propices, et de leur plus ou moins intelligente manipulation.

Les raisins secs les plus employés pour la fabrication des boissons à

cause de leur abondance, et partant de leur prix minime, sont:

Les Corinthe;

Les Thyra;

Les Samos;

Les Vourla, etc.

_Corinthe._--Comme leur nom l’indique, les raisins de Corinthe nous

viennent directement de la fameuse presqu’île péloponésienne. La récolte

de ces fruits, généralement abondante, donne lieu dans ce pays à un

commerce considérable. Il est inutile que j’entre dans les détails de la

dessication qui intéresseraient fort peu le lecteur; cependant, d’une

manière sommaire, à titre de renseignement, je dirai plus loin comment

on l’obtient.

Les Raisins de Corinthe sont les plus petits de tous; ils n’ont pas de

pépins et sont débarrassés du bois de la grappe, ce qui rend leur emploi

des plus agréables. Les grains secs sont à peine de la grosseur d’un

gros pois; leur propreté est remarquable et surpasse celle des fruits de

la Turquie d’Asie (j’en donnerai plus loin la raison); ils nous arrivent

dans des caisses et le plus souvent dans des sacs de 80 à 130 kil. Ils y

sont tellement entassés et pressés que, confondus les uns dans les

autres, ils ne forment plus qu’un seul et même bloc; c’est du reste

ainsi que sont expédiés des pays de production tous les raisins secs.

A mon avis, c’est la qualité qui convient le mieux à la fabrication. Le

vin une fois obtenu, leurs grappes ont divers emplois qui feront l’objet

d’un chapitre spécial.

Répondant à la demande d’un grand nombre de mes lecteurs qui ne veulent

avoir aucun des soucis occasionnés par le choix des raisins de Corinthe,

je me suis rendu propriétaire, seul concessionnaire autorisé par le

Gouvernement Grec, de la première des grandes marques: _Le roi de

Grèce_. Les sacs en sont plombés, estampillés et la qualité maintenant

est garantie extra premier, de premier choix, sans jamais plus craindre

d’être trompé[5].

_Thyra._--Les Thyra forment une variété de raisins secs qui est

principalement expédiée de la Turquie d’Asie et surtout de Smyrne où

les négociants les achètent et les entreposent pour les expédier ensuite

dans tous les pays de consommation. Ces raisins sont de la grosseur des

nôtres ordinaires, et loin d’avoir subi l’égrappage comme les Corinthe,

ils possèdent toutes leurs grappes, c’est-à-dire le bois où les grains

sont suspendus. Cette qualité produit aussi du bon vin ordinaire, mais

sa finesse n’égale pas celle du vin de raisins de Corinthe; cela tient

au bois de la grappe dont j’ai parlé plus haut. Il lui communique une

certaine rudesse, qui, pour certains coupages et suivant les goûts, est

peut-être préférable à l’état presque neutre du vin de Corinthe. On

trouve souvent mêlés à ces raisins divers corps étrangers, tels que:

dattes, figues, et surtout des pierres, qui constituent par leur poids

un véritable bénéfice pour les expéditeurs.

Je conseillerai donc aux fabricants de vin, de bien veiller à ces divers

cas que je signale, suivant les produits qu’ils voudront avoir.

_Samos._--Les Samos, comme l’indique leur nom, sont originaires de cette

île, qui est presque toute complantée de vignes. La bonté de ces raisins

et l’excellente qualité des vins qu’ils produisent à l’état frais leur a

fait une juste réputation. Qui ne connaît en effet, du moins de nom, les

fameux vins de Samos, si estimés, si recherchés?

Les raisins Samos, vulgairement appelés _gros grains_, sont employés de

préférence dans les fabrications où l’alcool est surtout recherché. Ces

raisins de la grosseur de nos gros raisins morvêdes, grenaches,

contiennent assez de sucre. Par une bonne fermentation, on peut

recueillir de l’alcool de bonne qualité. La pellicule est moins rude que

celle de la plupart des raisins secs. Les envois sont soignés et on y

trouve moins d’impureté que dans les raisins Thyra.

Il est aussi des raisins Samos, dit Muscats, dont on tire un grand parti

pour faire les vins d’imitation.

_Vourla._--Ces raisins sont de beaucoup les plus beaux comme type

courant. D’une grosseur égale à nos grosses panses, dites de Malaga, un

consommateur ordinaire peut facilement s’y tromper; leur partie sucrée

abondante les fait presque ranger dans la catégorie des raisins secs de

_bouche_; leur couleur seule, d’un beau jaune d’or foncé, décèle leur

origine, car le raisin sec de bouche est généralement noir. Cette

catégorie de raisins Vourla, servira plutôt au fabricant pour les vins

fins. On peut en tirer un grand parti et dans un autre ouvrage

j’expliquerai comment on peut obtenir, avec ces raisins, des Madères,

des Xérès[6] etc.

Cette qualité de raisins, par une anomalie étrange, est pourtant moins

chère que les Samos.

Cette différence, dans les prix, provient de la répugnance involontaire

qu’éprouve le fabricant à user de ces raisins qui sont d’une apparence

trop belle pour servir à la fabrication et de l’irrégularité des

arrivages de ces fruits.

Cette situation me rappelle ce qui se passa lors de l’arrivée à

Marseille, des premiers Corinthe. Les raisins généralement employés

étaient les Thyra et en quelque sorte c’étaient les seuls connus. Une

maison de Patras, en Grèce, voulut expédier un chargement de raisins de

Corinthe et les fit offrir aux négociants de Marseille qui

s’empressèrent presque tous de refuser ces raisins, même au prix les

plus bas. La vue de ces raisins minuscules, semblable à de rognures de

pellicules desséchées de raisins secs, les leur faisait rejeter. Ils ne

contiennent pas de sucre, disaient les uns; ils ne produiront presque

pas d’alcool, disaient les autres. Je mis fin à tous ces bruits en

affirmant leur richesse alcoolique, que des expériences rigoureuses et

répétées m’avaient démontrée. Alors, au récit que je faisais de

l’excellence des vins obtenus avec ces raisins, à la vue de mes

échantillons, un revirement subit se fit dans l’opinion et les Corinthe

furent demandés de préférence aux autres qualités.

Maintenant voici les traits distinctifs auxquels on reconnaît les bons

raisins secs de n’importe quelle qualité.

On doit, si les raisins sont en sacs ou en caisses, ne point juger de

leur valeur par les grains _qui coiffent_ les sacs, c’est-à-dire qui se

trouvent immédiatement au-dessus. Enfonçant la main le plus possible

dans l’intérieur, on en retire une motte que l’on brise sur une feuille

de papier. Seulement alors, vous pouvez les juger réellement.

Assurez-vous d’abord si les raisins de l’intérieur de cette motte sont

en bon état et s’ils n’ont pas subi une première fermentation soit à

cause de leur mauvaise préparation, soit par suite d’un accident qui les

aurait mouillés. Dans ce cas, les raisins sont ce qu’on appelle

_sucrés_, c’est-à-dire que recouverts d’une couche cristalline, on les

croirait trempés dans du sucre. Ils subissent, dans cet état, une

dépréciation notoire pour le vendeur car le raisin n’a plus cette belle

apparence de propreté qui est déjà un gage de sa bonté.

Quelquefois les importateurs, afin d’éviter les frais que nécessite la

mise en sacs, mettent les raisins dans la calle des navires tels quels,

c’est-à-dire en grenier; les raisins peuvent subir des avaries avec ce

mode de transport et bien souvent le fond de la calle, humide, humecte

les raisins qui fermentent plus tard une fois mis en sacs.

Le fabricant ne doit pas repousser _à priori_ les raisins pour ce seul

fait. Les grains ont bien perdu, il est vrai, mais ils font encore du

bon vin. C’est au fabricant à les acheter au plus bas prix possible pour

en tirer le meilleur parti.

Cette première inspection passée, on doit s’assurer si les grains sont

bien _charnus_, c’est-à-dire s’ils sont nourris et si, en les coupant

avec la dent, on sent ce gras du sucre qui constitue sa principale

qualité.

Les variétés de raisins secs sont très nombreuses; j’ai signalé les plus

employées. Cependant, depuis l’extension colossale que l’industrie des

vins de raisins secs a prise en France à la suite de mes efforts, le

commerce s’est approvisionné pour avoir des fruits, dans tous les pays

qui en produisent. Je n’ai pu parler de ces diverses qualités dans mes

premières éditions, parce qu’elles n’étaient presque pas connues. C’est

ainsi, qu’on vend aujourd’hui pour fabriquer du vin, des _Chesmes_, des

_Chypre_, des _Denia_, etc., tous raisins portant le nom de leurs

diverses provenances; j’engage mes lecteurs à se méfier de toutes ces

qualités de raisins secs, et à n’employer qu’une marque, en première

ligne, que des Corinthe, dont la supériorité est incontestablement

démontrée.

Bien des personnes m’ont écrit pour me demander s’il n’existait pas une

qualité qui donnât du vin rouge. Assurément, la plupart de ces raisins

sont susceptibles de fournir à l’état frais des vins même très colorés;

mais le soleil, cet ennemi mortel de la couleur, la fait disparaître des

pellicules où elle est lors de la dessiccation. Les vins de raisins

secs sont donc plus ou moins jaunes. Bientôt, je l’espère, je vous

donnerai un moyen de les obtenir rouges naturellement.

Dans un chapitre spécial, après avoir indiqué les divers modes de

fermentation et les soins à donner aux vins pour la fabrication, je

parlerai des coupages et des moyens de colorer le vin blanc: mais, dans

ce chapitre exclusivement réservé à la description des raisins, je vais

terminer par quelques conseils à l’égard des agriculteurs, des

fabricants et des personnes qui voudraient se livrer à cette

fabrication.

Tenez vos sacs de raisins dans un endroit frais, mais non humide; la

chaleur et l’humidité leur sont également préjudiciables.

Ne montez pas trop vos piles de sacs afin d’éviter l’échauffement

provenant du poids des sacs sur la masse des raisins; Evitez le

suintement, ce qui est à craindre quand les raisins sont bien nourris et

charnus.

Ce suintement n’est autre chose que le sucre rendu liquide par la

chaleur qu’engendre la pression, et constitue un déchet dans la

production alcoolique, déchet qui atteint quelquefois de 5 à 6 0/0.

Voilà, en peu de mots, la description et l’histoire des divers raisins

secs employés dans l’industrie.

La pratique, mieux que toute théorie, guidera à la longue le fabricant

dans le choix qu’il devra faire.

Je termine par un avis amical:

Les qualités et les sortes de raisins étant diverses, l’industriel devra

surtout s’attacher à s’adresser de préférence à une maison de confiance

pour les achats, car la vue des échantillons ne suffit pas toujours.[7]

De la falsification des Raisins secs, des MOWRA-FLOWER, de leur abus.

Les demandes considérables et générales de raisins secs qui arrivèrent

sur les marchés importateurs, durant l’année 1879 et 1880, de tous les

départements et de certains pays étrangers, devaient fatalement donner

naissance à des fraudes commerciales. Le prix élevé qu’atteignirent les

raisins secs et le peu de connaissance qu’on a encore de ces produits,

facilitèrent ces manœuvres. C’est ainsi que quelques négociants peu

scrupuleux, afin de rendre aux raisins mouillés lors de la récolte ou

détériorés, leur apparence ordinaire, les arrosent de mélasse. Les vins

que l’on fait avec les raisins ainsi dénaturés sont généralement

mauvais; les fermentations rarement menées à bonne fin. Que les

fabricants veillent donc attentivement en achetant les raisins, et

évitent d’être dupes de la manœuvre déloyale que je leur signale.

Des MOWRA-FLOWER.--Dans le courant de l’année 1879, je fus appelé à

faire, dans le laboratoire de la Faculté des Sciences de Marseille, des

expériences pratiques sur un produit nouvellement importé de l’Inde,

appelé _Mowra flower_.

C’était une fleur dont l’apparence était celle des raisins de Thyra. A

première vue un œil exercé pouvait seul reconnaître la différence

existante. En regardant avec attention, il était cependant facile de ne

pas s’y tromper. La forme du _Mowra flower_ est celle-ci: un bouton de

rose, dont le follicule est d’un seul morceau. En l’ouvrant on trouve

dans l’intérieur les pétales.

La richesse saccharine de cette fleur est égale à celle des raisins,

soit de 60 à 65 0/0; mais la fermentation s’établit très-difficilement,

et le produit qu’on en obtient est affecté d’un goût amer _sui generis_

très prononcé.

ABUS.--La grande ressemblance des _Mowra_ avec les raisins secs et leur

bas prix, ont permis quelquefois aux négociants de fruits secs de

glisser de ces fleurs dans les sacs de raisins secs. Leur mélange, dans

les proportions de 20 à 30 0/0, constitue un réel bénéfice pour les

vendeurs. Je me fais un devoir, dans cette nouvelle édition, de porter à

la connaissance des viticulteurs et fabricants, tous ces abus, heureux

de pouvoir ainsi, dans une certaine mesure, empêcher des fraudes dont la

réputation du vin de raisins secs souffrirait seule.[8]

CHAPITRE III

Du local et des ustensiles propres à la fabrication

Dans ce chapitre, un grand nombre de mes lecteurs, déjà viticulteurs,

pourront recueillir quelques conseils que l’expérience et l’étude seuls

procurent. Beaucoup d’agriculteurs ignorent même le nom de nos savants

qui ont entassé dans leurs ouvrages ces précieuses observations; la

raison en est plus simple qu’on ne le croit.

La plupart de nos illustres auteurs, tels que Chaptal, Lavoisier,

Pasteur, Maumené, etc., ont fait des livres qui sont de véritables

monuments scientifiques. Sont-ils à la portée de nos modestes

agriculteurs? Evidemment non: leur prix élevé d’abord, à peine

rémunérateur, en songeant aux longues heures et années de travail

qu’ils ont exigées, éloigne les bourses modestes. D’un autre côté, il

répugne visiblement à l’humble laboureur de parcourir ces magnifiques

pages où la science s’entasse à chaque ligne dans sa langue naturelle,

mais, hélas, comprise seulement par un bien petit nombre d’élus. C’est

surtout ce point là que j’ai visé dans mon ouvrage: Mettre les sages

conseils et avis de nos savants célèbres à la portée de tous dans le

langage ordinaire.

Le cellier que le fabricant devra employer de préférence sera celui qui

sert aux vendanges ordinaires; cependant, cette récolte de toute l’année

exige des soins et des précautions que celles du mois de septembre et du

mois d’octobre ne demandent pas.

Dans les pays vinicoles, le climat est véritablement tempéré. La

température de 15 à 20° dans les celliers étant naturelle les

fermentations s’établissent et s’activent naturellement sans aucun autre

soin que ceux que la vieille routine a implantés chez les viticulteurs.

En parlant des dispositions à prendre pour la fabrication des vins de

raisins secs, je signalerai les observations que m’ont suggérées mes

visites dans un grand nombre de celliers, dont les mauvaises

dispositions étaient les véritables ennemies d’une bonne fabrication de

vins, et les innovations que j’ai faites, depuis mes premières éditions,

pour la fabrication, même à l’air libre, des vins de raisins secs.

En premier lieu, la cave doit être établie dans des conditions

convenables d’aérage, car, la fermentation exige cinq choses

essentielles: 1º du sucre; 2º du ferment; 3º de l’eau; 4º de l’air; 5º

une certaine température.

Nous parlerons, ultérieurement, des trois premiers points dans le

chapitre des fermentations proprement dites et nous allons nous occuper

ici des deux derniers.

L’aérage des celliers est d’une importance capitale. L’exemple que je

vais citer, entre beaucoup d’autres, le prouvera surabondamment. M.

S..., opticien à Marseille, possède dans les Bouches-du-Rhône une

propriété au crû dit de St-Henry, qui, chaque année, lui rapporte une

certaine quantité de vin.

Depuis dix ans environ, son vin ne pouvait plus se conserver malgré tous

les soins qu’il y apportait, soit à la vendange, soit à la fabrication.

Le même phénomène se représentant, et appelé à en rechercher la cause,

je remarquai immédiatement le défaut presque absolu du renouvellement de

l’air dans son cellier. Un tuyau que je fis poser, partant de

l’extérieur, mit fin à cet état de choses. Depuis lors son vin est

devenu un des meilleurs de ce crû.

Les cuves en bois, devant servir à la fabrication des vins de raisins

secs, peuvent être soit petites soit grandes.

Je conseillerai des récipients de 50 à 100 hectolitres. Il est bien

certain que les cuves plus grosses ou plus petites peuvent servir

également. Mais, plus le récipient est grand, plus le liquide qu’il

contient et le remplit, fermentent régulièrement.

Les cuves, _tronc conique_, sont préférables pour le gouvernement de la

fermentation; leur forme, évasée par le bas, sert à maintenir le

_chapeau_ dans leur partie supérieure.

Les cuves en maçonnerie peuvent aussi servir à la fermentation et leur

entretien exige peut-être moins de soins avant la vendange; mais, à mon

avis, la fabrication des vins de raisins secs est préférable dans les

cuves en bois.

Avant de déposer le moût dans une cuve, il est nécessaire de la nettoyer

avec le plus grand soin, afin d’en extraire les végétaux étrangers qui

ont pu prendre naissance sur les parois, et détruire les imperceptibles

champignons qui forment la moisissure qui en tapisse les parois et qui

peut être, plus tard, le sujet de bien des accidents dans la

fermentation.

Voici le meilleur mode:

Un homme pénètre dans l’intérieur et, armé d’une brosse, il frotte

fortement avec de l’eau tiède; après cette première opération qui

radoucit les pores du bois, le lavage à l’eau fraîche fait disparaître

les dernières impuretés; on enduit alors les parois d’une légère couche

de chaud, couche qui doit être plus épaisse pour les cuves en pierre.

En Bourgogne, après avoir nettoyé avec l’eau, on passe un peu

d’eau-de-vie dans les cuves, qui sont toutes en bois. Chaptal nous

apprend que les anciens donnaient une grande importance aux moyens de

préparer la cuve. Non seulement ils la frottaient avec divers liquides

tels que des décoctions de plantes aromatiques, de l’eau salée, du moût

bouillant, etc., mais ils y brûlaient ensuite des aromates.

Comme tout le travail de la vinification se fait exclusivement par une

bonne fermentation, nous croyons devoir nous appesantir davantage sur

ces détails. Eviter les causes d’une mauvaise fermentation, tel est le

but dont doit se pénétrer le fabricant.

La question de la température est aussi des plus importantes; on

regarde généralement, dit Chaptal, le 25e degré au-dessus de zéro au

thermomètre centigrade, comme celui qui indique la température la plus

favorable à la fermentation alcoolique: elle languit au-dessous de ce

degré et devient tumultueuse au-dessus. A une température très basse, ou

très chaude elle n’a même plus lieu.

Il suit de ce principe que, lorsque la température du lieu où la

fermentation s’accomplit n’est pas au moins à 15 degrés centigrades, il

faut l’y élever par des moyens artificiels, soit en mêlant du moût

bouillant dans la masse pour la porter à la température convenable, soit

en chauffant le cellier par des poëles pour y maintenir cette

température.

Dans le chapitre ayant rapport à la mise en cuve du moût, j’indiquerai

les moyens les plus propres à élever le degré de chaleur, naturellement

ou artificiellement.

Il me reste à parler, ici, des ustensiles devant servir à la

fabrication.

Ceux qui possèdent déjà le matériel nécessaire pour faire le vin de

vendange, n’ont besoin de rien de plus: ceux qui veulent fabriquer, pour

la première fois, le vin de raisins secs, doivent avoir au moins deux

cuves.

Quant aux fabricants, proprement dits, mon appareil pour la fabrication

mathématique de vin en général et de ceux de raisins secs en

particulier, est pour ainsi dire obligatoire. Ils peuvent me demander

sans crainte tous les renseignements dont ils pourront avoir besoin.

Je leur procurerai, s’ils le désirent, suivant leur mode de

manipulation, les autres ustensiles à mesure que leurs besoins leur en

feront sentir l’acquisition nécessaire. Ce sont les pots, les

décalitres, les pompes, les tonneaux, etc.[9]

CHAPITRE IV

Soins à donner aux raisins avant la mise en cuves

Une fois certain de la propreté des cuves, qui vont recevoir le moût, il

est bon de s’assurer aussi de celles des raisins qu’on va employer; pour

cela, le moyen le plus simple est celui qui consiste à vider les sacs et

à en écarter les matières ou corps étrangers qui peuvent s’y trouver

mélangés.

Dans le chapitre ayant trait aux avantages qu’on peut tirer des marcs,

j’indiquerai les diverses combinaisons que le viticulteur peut employer.

Or, il est nécessaire que le marc de raisins soit le plus propre

possible. Je recommande aussi, tout particulièrement, de briser les

boules que forment les raisins entassés dans les sacs, avant de les

jeter dans la cuve. Ce point est capital, voici pourquoi:

1º Ainsi que je l’ai dit au chapitre II, les raisins fortement pressés

dans les caisses ou sacs et bien séchés à point, mélangent leur partie

liquoreuse et forment de grosses boules de raisins amalgamés et comme

soudés entre eux. Il arrive, parfois, qu’un commencement de fermentation

s’est produit dans l’intérieur de ces mottes, et, suivant le vin qu’on

se propose de faire, il est bon de sortir les grappes que l’on voit dans

cet état; elles pourraient donner au produit un goût désagréable que

l’on ne fait disparaître que très difficilement.

2º Les sacs de raisins, vidés sans ces soins dans la cuve, occasionnent

des accidents de fermentation auxquels il est bien difficile ensuite de

remédier. Ainsi, on remarque parfois, que la fermentation tumultueuse au

début, reste quelque temps à reprendre et qu’elle s’établit

irrégulièrement; d’autres fois, au moment d’atteindre son apogée,

qu’elle s’arrête subitement. (Cet accident peut provenir aussi d’autres

causes dont je parlerai plus loin).

Voici quel est le motif de ces irrégularités: Les raisins étant

amalgamés et réunis en mottes dans la cuve, il en résulte que l’eau, ne

pouvant pénétrer dans leur intérieur n’en mouille que la surface et

laisse une grande quantité de raisins presque intacts. Ce point est trop

important pour que tous les viticulteurs ne s’en pénètrent pas

profondément, et ne se résignent pas au surcroît de main d’œuvre,

presque insignifiant, d’ailleurs, que pourra causer le brisage des

mottes de raisins.[10]

CHAPITRE V

Du Mouillage des Raisins secs

Cette opération a pour but de remettre les raisins dans l’état se

rapprochant le plus de celui dans lequel ils se trouvaient à l’état

frais. Le fabricant, visant à produire du véritable vin, emploie ce

moyen artificiel pour rendre aux raisins la partie aqueuse naturelle que

le soleil a fait disparaître au moment de leur dessiccation. Cette

opération n’est donc, à proprement parler, qu’une préparation;

cependant, c’est par ce dernier point que la fabrication des vins de

raisins secs se rattache complètement à celle des vins de raisins frais,

car, immédiatement après ce chapitre, les deux opérations étant

complètement égales, la conduite de la fermentation des vins de raisins

secs est identique à l’autre.

Les raisins de Corinthe font seuls exception à la règle générale. On

peut supprimer le mouillage pour cette qualité de fruit. Le foulage est

aussi inutile. On doit verser les Corinthe directement dans la cuve à

fermenter, en les dispersant bien[11]. Cette restriction faite, je

maintiens que le mouillage et le foulage sont nécessaires pour les

autres qualités de raisins secs, et que le fabricant subit un préjudice

notable en ne mouillant et ne foulant pas les Thyra, Samos, Vourla, etc.

J’ai dit, dans le chapitre précédent, qu’il était nécessaire d’avoir

deux cuves: voilà l’emploi de la première que nous dénommerons _cuve à

tremper_.

Sa situation doit être, dans le cellier, supérieure à celle destinée à

la fermentation, afin d’éviter des mains d’œuvre qui occasionnent

toujours des pertes de temps et d’argent.

On commence par verser dans la cuve la quantité d’eau nécessaire pour

celle du vin que l’on veut obtenir avec les raisins secs; on les y verse

ensuite, en bien les remuant, afin de les disperser, et de permettre à

chacun d’eux de prendre de nouveau cette partie aqueuse qui leur a été

enlevée, et de redevenir gros et gonflés comme à l’état frais.

Je conseillerai, à ceux qui pourront le faire, d’employer, pour le

mouillage de raisins, les eaux les plus pures. En première ligne l’eau

distillée. Les produits obtenus par ce moyen sont excellents et évitent

souvent les désagréments qu’occasionnent les eaux de puits, de sources

ou de rivières; la plupart contiennent des sels et des carbonates de

chaux qui donnent naissance, soit à de mauvaises fermentations soit,

quand le vin est fait, à des goûts désagréables et à des précipités

permanents. Toutefois, toutes les eaux peuvent servir à faire du vin; et

l’eau de rivière reposée est encore, après l’eau distillée, celle qui

est préférable.

Afin de guider le fabricant à ses débuts, je vais indiquer, au moyen de

tables, la quantité d’eau que l’on doit verser dans la cuve à tremper

avant d’y mettre les raisins.

Cette table est presque une règle générale, mais, il peut y avoir lieu à

des variations, suivant les plus ou moins bonnes qualités des fruits; ce

dont le fabricant devra juger, avec l’expérience, par lui-même. C’est

pourquoi les chiffres que je donne, quoique ordinairement exacts, ne

pourraient servir de base immuable.

Tableaux des quantités d’eau nécessaires pour fabriquer du vin

1er TABLEAU

100 kilog. raisins secs Corinthe avec:

150 lit. d’eau don. environ 150 lit. de vin de 19 à 22°

175 » » » » 175 » » 16 à 18°

200 » » » » 200 » » 14 à 15°

225 » » » » 225 » » 13 à 14°

250 » » » » 250 » » 12 à 13°

275 » » » » 275 » » 11 à 12°

300 » » » » 300 » » 10 à 11°

325 » » » » 325 » » 8 à 10°

2me TABLEAU

100 kilog. raisins secs Thyra avec:

150 lit. d’eau don. environ 150 lit. de vin de 19 à 22°

175 » » » » 175 » » » 16 à 18°

200 » » » » 200 » » » 14 à 15°

225 » » » » 225 » » » 13 à 14°

250 » » » » 250 » » » 12 à 13°

275 » » » » 275 » » » 11 à 12°

300 » » » » 300 » » » 10 à 11°

325 » » » » 325 » » » 8 à 10°

3me TABLEAU

100 kilog. raisins secs Samos avec:

150 lit. d’eau don. environ 150 lit. de vin de 18 à 20°

175 » » » » 175 » » » 15 à 17°

200 » » » » 200 » » » 13°5 à 14°5

225 » » » » 225 » » » 12 à 13°

250 » » » » 250 » » » 11 à 12°

275 » » » » 275 » » » 10 à 11°

300 » » » » 300 » » » 8°5 à 10°

325 » » » » 325 » » » 6°5 à 8°

4me TABLEAU

100 kilog. raisins secs de Vourla avec:

150 lit. d’eau don. environ 150 lit. de vin de 18 à 20°

175 » » » » 175 » » » 15 à 17°

200 » » » » 200 » » » 13°5 à 14°5

225 » » » » 225 » » » 12 à 13°

250 » » » » 250 » » » 11 à 12°

275 » » » » 275 » » » 10 à 11°

300 » » » » 300 » » » 8°5 à 10°

325 » » » » 325 » » » 6°5 à 8°

Une fois que, dans la cuve à tremper, l’eau et les raisins se trouvent

réunis, le fabricant n’a plus à se préoccuper que du moment favorable à

la mise en cuve de fermentation.

Le mouillage dure l’hiver de 48 à 50 heures, et l’été 40 heures environ.

Il convient de ne pas laisser prolonger plus longtemps cette immersion

durant les chaleurs, afin d’éviter les accidents que pourrait

occasionner le dégagement de l’acide carbonique dans la cuve, à la suite

d’un commencement de fermentation.

On ne peut jamais, surtout pour cette fabrication, prendre trop de

précautions pour empêcher les accidents.

Que les fabricants soient bien persuadés que les dangers de l’asphyxie

par les dégagements de l’acide carbonique, dans la fermentation des vins

de raisins secs, sont autant, sinon plus à craindre que dans la

fermentation des vins de raisins frais.

CHAPITRE VI

Du Foulage

On comprend sans peine la nécessité d’écraser les raisins afin d’obtenir

le moût et de le préparer à la fermentation. Cette opération, dont tous

les viticulteurs ont toujours reconnu l’efficacité, s’imposait donc

naturellement à notre fabrication. Cependant, on s’étonne de voir avec

quelle persistance la critique l’a toujours poursuivie. Il est

assurément peu de pays au monde où le foulage soit fait autrement que

par des hommes nus, foulant les raisins avec leurs pieds.

Certainement, les hommes accomplissant cette fonction y apportent

certains avantages, tels qu’un foulage intelligent, la rupture des

grains sans écrasement des pépins, que la peau des pieds laisse

intacts.

Mais, que des pays aussi où l’on refuse aveuglément le concours

d’instruments animés pour le foulage des raisins, sous prétexte de

l’écrasement des pépins et d’un foulage irrégulier, où les hommes

écrasent les raisins et les pépins avec des souliers et des sabots!

Dans mes voyages dans les départements de l’Hérault, de l’Aude, des

Pyrénées-Orientales, je remarquai presque partout le foulage ainsi

pratiqué.

L'art de faire le vin avec les raisins secs · 第 1 / 12 段