_Massieu, premier répétiteur de l'École royale des sourds-muets de
Paris, à M. le préfet du département du Nord._
Monsieur le préfet,
(Cette lettre doit être de 1820 ou de 1824.)
«J'ai l'honneur de vous demander pardon si je prends la liberté de vous
écrire. La bonté que vous avez eue de me promettre de placer sous vos
auspices mes frères et soeurs d'infortune, me donne la hardiesse de
vous prier en grâce de vouloir bien faire admettre à l'Institution des
sourds-muets d'Arras la jeune soeur d'un sourd-muet, nommé Quique de
Leers, ainsi que le jeune enfant que j'ai eu l'honneur de vous
présenter. J'ose aussi les recommander à votre bienveillance, à votre
inépuisable bonté, et je vous aurai, Monsieur le préfet, la plus
véritable obligation de la faveur que vous leur accorderez.
«Je profite de cette occasion pour vous témoigner combien je suis
sensible à toutes les marques de sympathie dont vous m'avez comblé. Je
voudrais vous exprimer toute ma gratitude, mais la pauvreté de la langue
française me met en défaut.
«J'ai montré la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire à mon
respectable et illustre maître, l'abbé Sicard, qui m'en a témoigné la
plus vive satisfaction. En même temps, il m'a dit qu'il irait l'an
prochain à Arras et à Lille, accompagné de deux autres élèves et de moi.
Je crois devoir vous mander que la santé de ce vénérable bienfaiteur de
l'humanité s'améliore chaque jour, Dieu merci! Mais je crains que son
âge ne l'empêche de voyager les vacances prochaines dans votre
département. S'il en est ainsi, je ne laisserai pas d'y mener le jeune
Berthier.
«Croyez, Monsieur le préfet, que, si j'accompagne dans ces voyages le
célèbre successeur de l'immortel abbé de l'Épée, j'éprouverai la joie la
plus grande à publier la gratitude que j'ai et aurai toujours de ses
bontés paternelles et des soins pénibles et constants qu'il n'a cessé de
prodiguer à mon éducation.
«Veuillez bien, Monsieur le préfet, agréer l'hommage de mes sentiments
respectueux et reconnaissants et présenter mes respects à madame la
baronne.
«J'ai l'honneur d'être, Monsieur le baron,
«Votre très-obéissant et très-humble serviteur,
«MASSIEU.»