Alors le marabout déclara: «Celui-ci est l'homme que j'attendais!»

«--Voilà qui est bien, dit Yamadou aux Peuhl, mais, puisque je m'offre

pour votre salut, je vous demande de consentir à votre tour à mes

demandes!

Il y avait là quatre tribus Peuhl: les Diallo, les Diakhité, les Sidibé,

les Sankaré. Toutes donnèrent leur consentement.

--«Le marabout, reprit Yamadou, a dit que, par la vertu du talisman, je

mourrai demain pour le salut de ma race. Je suis prêt; mais j'ai trois

enfants: deux garçons et une fille; le premier est Ségo Dohi, le second:

Mamadou Dohi et la troisième: Sané Dohi. Chers Peuhl, je vous les

confie, eux et leurs enfants! Je demande que leurs descendants

commandent aux Peuhl du Khasso. Je désire qu'ils puissent épouser les

femmes de votre race. Bien entendu, je ne parle que de celles qui

seraient libres et à qui ils pourraient se marier sans enfreindre les

prescriptions d'Allah.»

Les Peuhl ont, à l'unanimité, déclaré qu'il en serait selon son désir.

C'est à la mare de Tombi-Fara que s'est produit le choc entre les

Malinké et les Peuhl.

Dès le début de l'action, Yamadou Hâvé s'est précipité, sa flèche en

main, jusqu'au milieu des ennemis et les en a frappés. Il s'est battu

vaillamment et n'est tombé qu'au moment où les Malinké prenaient la

fuite. Et la prédiction du marabout s'est entièrement réalisée. La

victoire resta aux Peuhl. Leurs adversaires avaient perdu leur roi et

leur armée fut anéantie.

La paix était assurée pour de longues années et les Peuhl s'acquittèrent

de leur dette envers les enfants du héros. Ils les élevèrent avec

considération. S'ils empoisonnèrent Mamadou Dohi à cause de son

intolérable arrogance, ils firent de Ségo Dohi leur roi, dès sa majorité

et maintinrent le pouvoir suprême à ses descendants.

C'est de Ségo Dohi que descendent: Mojacé Sambala, chef de Médine;

Diourha Sambala un des défenseurs de cette ville avec Paul Holl; Kinty

Sambala, allié de la France et l'interprète Alfa Séga.

Hava Demba aussi en descend, lui qui fut l'allié de l'émir Abdoul Rhady

dans la guerre du Diolof du temps de Napoléon Ier.

Kaolakh, 1905.

Conté par CLEVELAND, écrivain indigène.

ÉCLAIRCISSEMENTS:

Cf. le dévouement de Décius, de Codrus, d'Arnold de Winkelried et de la

reine Pokou (La conquête du Baoulé. Delafosse).

[Illustration: (une frise)]

Essai sur la littérature merveilleuse des noirs, suivi de Contes indigènes de l'Ouest africain français - Tome premier · 第 67 / 69 题