LE DÉVOUEMENT DE YAMADOU HAVÉ
(Khassonké).
Il y a 400 ans environ, des Peuhl descendant de Diâdié, fondèrent un
village du nom de Bambéro, qui tire ce nom d'une montagne voisine. Le
village peu à peu prit de l'importance et ne tarda pas à compter 333
flèches ou guerriers. Les Tomaranké (Khassonkè[177] et Malinké du Tomara
dans la région de Médine) virent d'un mauvais oeil la prospérité rapide
de ces nouveaux venus et, poussés par la jalousie et la cupidité, leur
déclarèrent la guerre.
[Note 177: Gens du Khasso, région de Médine.]
Les Peuhl étaient bien peu nombreux encore pour résister à tant
d'ennemis mais, malgré cela, ils se résolurent à la résistance la plus
acharnée. Un marabout de Souyama-Toran, qui devait plus tard fonder le
royaume du Boundou et qui, à ce moment, voyageait dans le Haut-Sénégal
pour s'instruire, vint alors à Bambéro. Il se nommait Malick Sy[178]. Il
proposa aux Peuhl de leur préparer un grigri qui leur assurerait la
victoire malgré leur grande infériorité numérique: «Mais, ajouta-t-il,
il vous faudra souscrire à la condition que je vais vous poser...»
[Note 178: Voir légendes de Lanrezac et de Bérenger-Féraud sur ce
marabout.]
«--Parle! dirent les Peuhl».
«--Voici ma condition: vous fixerez ce grigri à la pointe d'une flèche.
Au début du combat, l'un de vous que je sais, un membre de la famille de
Diâdié, un de ceux que vous aimez le plus de vos concitoyens, décochera
la flèche au milieu des ennemis. Il sera tué dans le combat mais, à ce
prix, je vous garantis la victoire.»
Chacun alors de s'offrir pour ce mortel honneur mais Malick Sy resta
inébranlable jusqu'à ce qu'un jeune homme du nom de Mamadou ou (Yamadou)
Hâve se fût proposé.