AHMADOU DIOP--Ouolof.--Brigadier-chef de gardes régionaux à
Yang-Yang (Sénégal).
BOUBAKAR MAMADOU--Torodo.--Garde-régional de 1re classe à Yang-Yang.
(Sénégal).
SALIFOU GORNGO--Môssi.--Garde-cercle à Pama (Cercle de Fada).
DEMBA KAMARA--Malinké.--Garde-cercle à Pama (Cercle de Fada).
BADIAN KOULIBALY--Bambara.--Garde-cercle à Fada NGourma (Cercle de
Fada).
KAMORY KEÏTA (dit Samba Diallo)--Malinké.--Garde-cercle à Fada NGourma
(Cercle de Fada).
FILI KONÉ (dit Dielifili)--Malinké.--Garde-cercle à Fada NGourma
(Cercle de Fada).
MOUSSA DIAKITÉ--Bambara.--Garde cercle à Fada NGourma (Cercle de Fada).
GAYE BA--Torodo.--Brigadier-laptot à Dubréka.
EDOUARD NGOM--Ouolof.--Brigadier des Douanes à Sambadougou (Cercle de
Faranah, Guinée Fr.).
SAMAKO NIEMBÉLÉ (dit Samba Taraoré)--Bambara.--Interprète à Fada
puis à Bandiagara.
AMADOU SY--Torodo.--Interprète à Koyah (Guinée Fr., Cercle de Dubréka).
KALOUDO--Peuhl.--Elève-médecin à Fada, Ngourma.
OUSMANN GUISSÉ--Torodo.--Griot. Lampiste à Dubréka.
MBABA GALLO--Ouolof.--Griot de MBallarhé (Cercle de Louga, Sénégal).
BALLO YATARA--Peuhl.--Griot de Fada.
AMADOU YÉRO (dit Sidi Mâbo)--Torodo.--Griot et dioula à Fada.
OUMAROU SAMBA--Peuhl.--Griot de Bandiagara.
MAKI KARAMBÉ--Kâdo.--Griot de Bandiagara.
AMADOU MBAYE--Ouolof.--Cadi de Yang-Yang (Sénégal).
SAMBA ATTA DABO (dit Sadiandiam Dâbo)--Ouolof.--Exorciste à Yang-Yang.
CLEVELAND. Ecrivain indigène à Kaolakh (Sénégal).
Mame NDiahouar--Ouolof.--Menuisier à Kaolakh.
ALDIOUMA TARAORÉ--Sénofo de Sikasso.--Menuisier à Fada.
FAMORO SARDOUKA.--Dioula kissien.
KEURFA KÉRA.--Malinké de Leyadoula (Cercle de Faranah).--Cultivateur.
KANDA KAMARA.--Malinké de Faranah.
SANICI TARAORÉ. Chef de village malinké (Demba Siria; Cercle de Faranah).
FADÊBI TARAORÉ--Bambara de Kôkou (Cercle de Bougouni, Côte d'Ivoire).
BENDIOUA--Gourmantié.--Palefrenier à Bogandé (Cercle de Fada).
YAMBA--Môssi.--Palefrenier à Bogandé (Cercle de Fada).
PATÉ DIALLO--Peuhl.--Palefrenier à Bogandé (Cercle de Fada).
DYIGUIBA TAPILI--Kâdo.--Palefrenier à Bandiagara.
NOUNDIA TENDABA--Gourmantié.--Boy à Fada et Bandiagara.
ISSA KOROMBÉ--Dyerma.--Cuisinier à Fada et Bandiagara.
AMADOU KOULOUBALY--Bambara.--Cuisinier à Yang-Yang.
DEMBA SAMAKÉ--Bambara.--Cuisinier à Dubréka.
YARÉDIA,--jeune Gourmantié--de Fada.
YÉRIFIMA, fils d'Onouânou,--Gourmantié de Fada.
YAMBA, fils d'Oyempâgo.--Elève gourmantié de l'école de Fada.
TALATA.--Elève gourmantié de l'école de Fada.
SANKAGO, fils d'Abdou.--Elève gourmantié de l'école de Fada.
IBRAHIMA GUIRÉ.--Elève gourmantié de l'école de Fada.
MOPO.--Elève gourmantié de l'école de Fada.
TANKOUA, fils de Papandia.--Elève gourmantié de l'école de Fada.
HAMANN TOURÉ.--Elève rimâdio de l'école de Bandiagara.
MAKI TAL.--Elève rimâdio de l'école de Bandiagara.
AMADOU BA.--Elève rimâdio de l'école de Bandiagara.
BILALI TAMBOURA.--Elève rimâdio de l'école de Bandiagara.
SAGOU KÉLÉPILI.--Elève kâdo de l'école de Bandiagara.
MAKI KARAMBÉ.--Elève kâdo de l'école de Bandiagara.
BAKRARI KAMARA.--Elève malinké de l'école de Bandiagara.
NGADA KAREMBÉ.--Rimâdio de Bandiagara.
Fe SOGOUÉ TARAORÉ.--Malinké--de Keurfamoréa (Cercle de Kankan, Guinée
fr.).
Fe AMINATA TARAORÉ.--Malinké--de Soumankoye (Cercle de Kankan).
Fe SAMBA OUOLOGUÉ (dite Samba Kâdo).--Mendiante de Bandiagara.
Fe ADAMA YOUMANDI--Peuhl--de Bauddêni (Cercle de Fada).
Jeunes gourmantié de Bogandi (Cercle de Fada):
Fe YELBI
Fe OURDlO
Fe NASSA
Fe KAMISSA SOUKO--Malinké,--femme d'Amadou Ly, interprète à Fada.
Fe FATIMATA OAZI--Dyerma,--(ayant vécu longtemps chez les Haoussa)
femme de l'interprète Samako Niembelé.
Fe ELISABETH NDIAYE, Ouolove de St-Louis.
Le Dr CREMER, médecin de l'Assistance médicale indigène à Koury (Cercle
de Dêdougou) a bien voulu me communiquer quelques contes recueillis par
lui. Trois de ces contes figurent dans le recueil.
I
TAKISÉ
LE TAUREAU DE LA VIEILLE
(Haoussa).
Une des vaches du troupeau d'un Peuhl s'échappa au moment de vêler et
alla mettre bas dans un «vieux» lougan (champ). Elle regagna ensuite le
parc à bestiaux de son maître. Les taureaux, la voyant débarrassée, se
mirent à la recherche de son petit, mais ils eurent beau fouiller les
broussailles, ils ne trouvèrent rien et rentrèrent tristement au parc en
se disant que le veau avait sans doute été dévoré par quelque fauve.
Une vieille, qui cherchait des feuilles d'oseille pour la sauce de son
touho (couscouss), dans ce lougan abandonné, aperçut le veau couché sous
un arbuste. Elle l'emporta chez elle et le nourrit de son, de mil salé
et d'herbe.
Le veau grandit et devint un taureau gros et gras.
Un jour un boucher vint demander à la vieille de lui vendre son taureau
mais elle s'y refusa formellement «Takisé, dit-elle (elle avait donné
ce nom à son nourrisson), «Takisé n'est pas à vendre.» Le boucher,
mécontent du refus, alla trouver le sartyi[137] et lui dit: «Il y a chez
la vieille Zeynêbou un «gros taureau qui ne doit être mangé que «par toi
tant il est beau.»
Le sartyi envoya le boucher et 6 autres avec lui sous le commandement
d'un de ses dansama[138], chercher le taureau de la vieille. Quand la
petite troupe arriva chez Zeynêbou le messager du chef dit à celle-ci:
«Le sartyi nous envoie prendre ton taureau «pour l'abattre dès
demain».--«Je ne puis «m'opposer aux volontés du roi, répondit-elle.
«Tout ce que je vous demande c'est de «ne m'enlever Takisé que demain
matin.»
[Note 137: Roi (terme haoussa).]
[Note 138: Messager, page, homme de confiance.]
Le lendemain, au point du jour, le dansama et les sept bouchers se
présentèrent chez la vieille et se dirigèrent vers le piquet auquel
était attaché Takisé. Celui-ci marcha à leur rencontre en soufflant
bruyamment et cornes basses. Les huit hommes, peu rassurés, reculèrent
et le dansama, appelant la vieille, lui dit: «La vieille! dis donc à ton
taureau «de se laisser passer la corde au cou.»
La vieille s'approcha du taureau: «Takisé! mon Takisé, lui
demanda-t-elle, laisse-les te passer la corde au cou.» Le taureau alors
se laissa faire. On lui mit le licol et on lui attacha une patte de
derrière avec une corde pour l'emmener chez le sartyi. Arrivés devant le
roi, les bouchers couchèrent le taureau sur le flanc et lui lièrent
les quatre membres puis un d'eux s'approcha avec son coutelas pour
l'égorger; mais le coutelas ne coupa même pas un poil de l'animal, car
Takisé avait le pouvoir d'empêcher le fer d'entamer sa chair.
Le chef des bouchers pria le sartyi de faire venir la vieille. Il
déclara que, sans elle, il serait impossible d'égorger Takisé qui devait
avoir un grigri contre le fer. Le sartyi manda la vieille et lui dit:
«Si on n'arrive pas à égorger ton taureau sans plus tarder, je vais te
faire couper le cou.»
La vieille s'approcha de Takisé qui était toujours lié et couché sur le
côté et lui dit: Takisé mon Takisé laisse-toi égorger. Tout est pour le
sartyi maintenant.»
Alors le doyen des bouchers égorgea Takisé sans nulle peine. Les
bouchers dépouillèrent le cadavre, le dépecèrent et en portèrent toute
la viande devant le sartyi. Celui-ci leur commanda de remettre à la
vieille pour sa part la graisse et les boyaux.
La vieille mit le tout dans un vieux panier et l'emporta chez elle.
Arrivée là, elle déposa graisse et boyaux dans un grand canari, car elle
ne se sentait pas le courage de manger de l'animal qu'elle avait élevé
et à qui elle avait tant tenu.
La vieille n'avait ni enfant ni captive et devait faire son ménage
elle-même; mais il advint que, depuis qu'elle avait déposé dans le
canari des restes de Takisé, elle trouvait chaque jour sa case balayée
et ses canaris remplis d'eau jusqu'au bord. Et il en était ainsi chaque
fois qu'elle s'absentait un moment. C'est que la graisse et les boyaux
se changeaient tous les matins en deux jeunes filles qui lui faisaient
son ménage.
Un matin, la bonne femme se dit: «Il «faut que je sache aujourd'hui
même qui me «balaye ainsi mon aire et me remplit mes «canaris...». Elle
sortit de sa case et en ferma l'entrée avec un séko[139] puis, se tenant
derrière le séko, elle s'assit et guetta à travers les interstices du
nattage, ce qui allait se passer à l'intérieur.
[Note 139: Séko: panneau de paille grossièrement tressée, utilisé
comme porte mobile.]
A peine était-elle assise qu'elle entendit du bruit dans la case. Elle
attendit sans bouger. C'étaient des frottements de balais sur le sol
qui produisaient ce bruit. Alors elle renversa brusquement le séko et
aperçut les deux jeunes filles qui couraient vers son grand canari pour
y rentrer au plus vite: «Ne rentrez pas! leur cria-t-elle. Je n'ai «pas
d'enfant, vous le savez: nous vivrons «ici toutes trois en famille.»
Les jeunes filles s'arrêtèrent dans leur fuite et vinrent auprès de
la vieille. Celle-ci donna à la plus jolie le nom de Takisé et appela
l'autre Aïssa.
Elles restèrent longtemps avec la vieille sans que personne s'aperçut
de leur présence car jamais elles ne sortaient. Un jour un gambari
(marchand) se présenta chez elle et demanda à boire. Ce fut Takisé qui
apporta l'eau, mais l'étranger était tellement ravi de sa beauté qu'il
ne put boire.
Quand il rendit visite au roi, le gambari lui raconta qu'il avait vu
chez une vieille femme du village une jeune fille d'une beauté sans
pareille: «Cette fille, conclut-il ne peut avoir qu'un sartyi pour
époux.»
Le sartyi ordonna incontinent à son griot d'aller, en compagnie du
dioula, chercher la jeune fille. Elle se présenta, suivie de la vieille.
«Ta fille est merveilleusement jolie dit le sartyi à cette dernière, je
vais la prendre pour femme.--Sartyi, répondit la vieille, je veux bien
te la donner comme épouse mais que jamais elle ne sorte au «soleil ou ne
s'approche du feu, car elle fondrait «aussitôt comme de la graisse.»
Le sartyi promit à la vieille que jamais Takisé ne sortirait aux heures
de soleil et que jamais non plus elle ne s'occuperait de cuisine. Il
n'y avait donc pas à craindre de cette façon qu'elle fût exposée à la
chaleur qui lui était funeste.
Takisé épousa le roi qui lui donna la place de sa femme préférée.
Celle-ci, déchue de son rang, n'eut plus que la situation des femmes
ordinaires, de celles qui ne doivent jamais se tenir, sans ordre exprès,
au côté de leur mari.
Au bout de sept mois, le sartyi s'en fut en voyage. Le lendemain de son
départ, ses femmes se réunirent et dirent à Takisé: «Tu es la favorite
du chef et tu ne travailles «jamais. Si tu ne nous fais de suite griller
«ces graines de sésame, nous allons te tuer «et nous jetterons ton corps
dans la fosse «des cabinets.»
Takisé, effrayée par cette menace, s'approche du feu pour faire
griller les graines de sésame dans un canari, et, à mesure qu'elle en
surveillait la torréfaction, son corps fondait comme beurre au soleil
et se transformait en une graisse fluide qui donna naissance à un grand
fleuve.
Les autres femmes du roi assistaient, sans en être émues, à cette
métamorphose. Quand tout fut terminé, l'ancienne favorite leur dit ceci:
«Maintenant, soyez-en certaines, «nous voilà perdues sans retour car «le
sartyi, une fois revenu de voyage, nous «fera couper la tête. Sûrement
il ne «pourra nous pardonner d'avoir contraint «sa préférée à travailler
près du «feu jusqu'à ce qu'elle soit entièrement «fondue. Et la première
décapitée, ce sera «moi.»
Les femmes du roi vécurent donc, jusqu'au retour de leur mari, dans
l'appréhension d'une mort inévitable.
Le sartyi revint de voyage quelques jours après. Avant même de boire
l'eau qu'on lui offrait, il appela sa préférée «Takisé! Takisé!»
L'ancienne favorite alors s'approcha de lui et lui dit: «Sartyi et mari,
je ne peux rien te cacher. En ton absence, les petites (c'était les
co-épouses qu'elle désignait ainsi) ont fait travailler ta favorite,
Takisé, près du feu. Elle a fondu comme beurre et, ce fleuve nouveau que
tu aperçois dans le lointain, c'est elle qui lui a donné naissance en
fondant de la sorte.»
«--Il me faut ma Takisé!» Telle était l'idée fixe du sartyi qui courut
aussitôt vers le cours d'eau, suivi de son ancienne favorite.
Quand ils furent au bord du fleuve, le roi se changea en hippopotame et
plongea à la recherche de Takisé. La favorite d'autrefois, qui avait un
sincère amour pour son mari, prit la forme d'un caïman et entra dans
l'eau, elle aussi, pour ne pas quitter le sartyi.
Depuis lors hippopotame et caïman n'ont pas cessé de vivre dans les
marigots.
Bogandé, 1911.
Fatimata Oazi (Interprété par SAMAKO
NIEMBÉLÉ dit SAMBA TARAORÉ).
ÉCLAIRCISSEMENTS:
Cf. Die Wichtelmoenner (Grimm) et Sneegoroutchtka, conte russe.
[Illustration: (Une frise)]