C'est principalement dans les récits des Torodo que nous relevons les
traces d'une mentalité chevaleresque, analogue à celle de notre moyen
âge. Je regarde ce que j'ai intitulé La geste de Samba Guénâdio Diêgui
comme une chanson de geste véritable. Je renvoie le lecteur à cette
légende, non sans avoir souligné les quelques détails ci-dessous:
1° _Noms donnés aux armes et aux montures des héros._--Le fusil de Samba
s'appelle Boussalarbi, tout comme l'épée de Charlemagne avait nom:
Joyeuse et celle de Siegfried: Balmung. Le cheval de Samba s'appelle
Oumoullatôma et celui de Birama NGourôri: Golo, de même que celui des
4 fils Aymon était appelé: Bayard et ceux de Gradlon, roi de Kérys:
Morvarc'h et Gadifer.
2° _Naïveté ingénue de Samba adolescent._--Il est honnête et ne
soupçonne pas le mal chez autrui. Il prend pour argent comptant les fins
de non-recevoir gouailleuses de son oncle Konkobo Moussa. Cette naïveté
n'est pas sans analogie avec celle que manifestent Pérédur ou Lez-Breiz.
3° _Combat singulier de 2 chefs._--(Duel de Samba et de Birama). Voir de
même dans Amadou Sêfa Niânyi, le duel d'Amadou et de Samba Koumbelé.
4° _L'offre généreuse, faite à l'ennemi désarmé, de moyens de continuer
le combat._--Samba donne à plusieurs reprises, au cours du combat, un
cheval à son oncle Konkobo qui a eu les siens tués sous lui.
5° _L'étrange loyauté des adversaires de Samba_ qui vient dans leur camp
la veille de la bataille et qu'ils traitent avec le plus grand respect
des droits de l'hospitalité, par égard pour la bravoure confiante qu'il
manifeste ainsi envers eux.
6° _La volonté de vaincre ou de mourir_ dont fait preuve Konkobo en
alourdissant sa culotte avec de la terre, pour s'interdire la fuite au
cas où son courage aurait une défaillance.
7° La ressemblance déjà soulignée plus haut entre _l'acte de Sévi_ et le
geste de Brennus.
8° _La générosité de Samba vainqueur de Birama_ rendant spontanément au
vaincu--par solidarité raciale--la moitié des troupeaux qu'il a conquis
sur lui.
Les notes de la légende compléteront ce qu'il y a d'un peu sommaire dans
cette étude hâtive de l'esprit chevaleresque chez les Torodo.