FRAGMENT D'UN DISCOURS DE M. KELLER.

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... Un pamphlétaire qui a le malheur d'employer son esprit à dénigrer

tous les lieux qui lui ont donné l'hospitalité, et qui ne mérite pas

d'être nommé dans cette enceinte, avait fait sur Rome un livre

calomnieux. A la rigueur, on comprend que, comme certaine publication

récente, celle-ci ait pu tromper pendant quelques heures la vigilance du

ministère de l'intérieur. Mais non; ce sont des jours, ce sont des

semaines qu'on lui donne; on la saisit quand l'édition tout entière est

vendue; et, quant au procès, on n'en a plus entendu parler.

Stimulé par ce premier succès, notre pamphlétaire, dans trois

feuilletons de _l'Opinion nationale_, s'en prend à l'innocente ville de

province qui l'abrite pendant la belle saison et qui n'a d'autre tort

que de ne lui avoir pas encore élevé de statue, de ne lui avoir pas même

donné un siége dans son conseil municipal. Indignement calomnié dans sa

vie publique et privée, le maire n'écoute que la voix de sa conscience

et dépose une plainte en diffamation. Peu importe que, plus tard, M. le

ministre de l'intérieur le supplie ou le somme de la retirer. Le maire

n'est pas seul offensé; l'honneur de vingt familles a été cruellement

blessé; et d'ailleurs l'Alsace entière se sent insultée dans la personne

de cet infortuné maire _Sauerkraut_, dont le nom seul est une insulte à

notre agriculture; dans la personne de cet infortuné sous-préfet

_Ignacius_, en qui l'on veut sans doute atteindre un des courageux

sénateurs qui défendent le saint-siége. (_Nouvelles rumeurs._)

D'ailleurs, le délit est constant; la justice est saisie; les

assignations sont données, l'audience est fixée. L'affaire en étant là,

il n'est pas de force humaine qui puisse l'empêcher d'avoir son cours;

il n'est pas de force humaine qui puisse empêcher un tribunal saisi de

se prononcer.

Au moment où l'opinion publique attendait ainsi une légitime

satisfaction, la veille même de l'audience, un bruit se répand avec la

rapidité de la foudre.

_Plusieurs membres._ Oh! oh!

M. KELLER. De Paris est tombé tout à coup un personnage mystérieux, muni

de pouvoirs supérieurs; ce personnage demande communication du dossier,

le met dans son sac, et, à la stupeur du tribunal, l'emporte pour

l'examiner à loisir. (_Réclamations sur plusieurs bancs. Interruptions

diverses._)

_Quelques membres._ Parlez! parlez!

M. KELLER. Sans doute, on craignait la passion des juges; on craignait

peut-être l'influence occulte de la société de Saint-Vincent de Paul.

Le fait est qu'à l'heure qu'il est, le personnage dont je parle, qui

n'est autre, dit-on, qu'un certain procureur général, conserve le

dossier et l'examine encore; et l'Alsace, attristée, blessée dans son

honneur... (_Vives réclamations sur plusieurs bancs._)

M. LE BARON DE REINACH. Parlez en votre nom! ne parlez pas au nom de

l'Alsace!

M. KELLER. L'Alsace se demande si un pareil mépris de la légalité est

possible en France, et se dit que, certainement, l'empereur ne sait pas

comment on rend la justice en son nom. (_Vives et nombreuses

réclamations._)

M. RIGAUD. Vous attaquez la magistrature, et jamais personne ne l'a fait

en France! Elle est au-dessus de toutes les attaques, de tous les

soupçons! (_Très-bien! très-bien!_)

M. KELLER. Messieurs, ces faits sont notoires. Ils m'ont été confirmés

de Strasbourg par les lettres les plus détaillées que je pourrais lire à

la Chambre, si je ne craignais de fatiguer son attention; et, tant que

le gouvernement ne les aura pas démentis, je les avance comme tout à

fait certains... (_Rumeurs et dénégations sur plusieurs bancs._)

Dernières lettres d'un bon jeune homme à sa cousine Madeleine · 第 22 / 75 题