La neige à Alger! Cela a presque l'air d'un paradoxe, mais tout est
possible en ce singulier hiver. Elle a commencé à tomber sérieusement le
19 janvier à une du matin et atteignait vingt-cinq centimètres au lever
du jour; les rues, les toits, tout en était couvert, dans la ville haute
notamment, et sur la place du Gouvernement, à tel point que sur cette
dernière les amateurs ont pu élever un bonhomme de neige qui ne mesurait
pas moins de quatre mètres, presque la hauteur du socle de la statue du
duc d'Orléans.
L'impression produite sur la population musulmane a été indescriptible.
Les vieux bédouins se rappellent qu'en 1829, la veille de la prise
d'Alger, un tremblement de terre eut lieu, suivi d'une abondante chute
de neige. Mais elle n'eut pas la persistance de celle de cette année.
Personne d'ailleurs n'y pensait plus.
La population, un moment interdite, en a vite pris son parti, on en a
fait un amusement, et pendant vingt-quatre heures Alger n'a eu rien à
envier à Nijni-Nowgorod ou à Pékin: on s'y est battu à coups de boules
de neige!