réussi;--mais il me semble étrange que vous ne me l'appreniez pas du
premier coup. Je ne sais rien de rien de ce qui se passe en Angleterre,
et ne reçois absolument de nouvelles de personne; de sorte que tout ce
que vous pourrez me dire sur les choses et sur les individus sera
entièrement neuf pour moi. Je suis en ce moment très-impatient d'en
finir avec Newsteadt, et je regrette que Kinnaird quitte précisément
l'Angleterre dans ce moment, quoique je ne lui en dise rien, et ne
demande pas mieux que de le voir aller à ses plaisirs, bien que, dans
ce cas, mes intérêts puissent en souffrir.
»Si j'ai bien compris, vous avez payé à Morland 1,500 livres sterling:
comme la convention du papier passé entre nous porte 2,000 guinées, il
reste donc 600 et non 500 livres sterling, les 100 dernières livres
formant le surplus de l'espèce; 630 livres sterling résulteront
pareillement du manuscrit de _Manfred_ et de _Tasso_, ce qui fait un
total de 1,230 livres sterling, si je ne me trompe; car je ne suis pas
très-bon calculateur. Je ne veux pas vous presser, mais je vous dirai
franchement qu'il m'arrangera beaucoup que cette somme soit payée
aussitôt que vous le pourrez sans vous gêner.
»Le nouveau et dernier chant a cent trente stances, et peut être
raccourci ou ralongé à volonté. Je n'en ai pas encore fixé le prix, même
en idée, et je ne m'en fais aucune de ce qu'il peut valoir. Il ne s'y
trouve rien de métaphysique, au moins je ne le crois pas. M. Hobhouse
m'a promis une copie du testament du Tasse pour mettre dans mes notes,
et j'ai différentes choses curieuses à dire sur Ferrare et sur
l'histoire de Parisina; j'ai peut-être aussi quelque[79] peu de lumière
à répandre sur l'état actuel de la littérature italienne. C'est tout au
plus si je pourrai être prêt en octobre, car j'ai tout à copier et les
notes à faire;--mais cela est fort égal.
[Note 79: Il y a dans le texte: pour un liard de lumière.
(_Note du Trad._)]
»Je ne sais pas s'il plaira à Scott que je l'aie appelé dans mon
texte l'Arioste du Nord.--Dans le cas contraire, faites-le-moi savoir à
tems.
«On a voulu faire imprimer dernièrement à Venise une traduction
italienne de _Glenarvon_. Le censeur, signor Petrotini, a refusé de
consentir à la publication avant de m'avoir vu à ce sujet. Je lui ai dit
que je ne reconnaissais pas le moindre rapport entre moi et ce livre;
mais que, quelles que pussent être les opinions à cet égard, je ne
m'opposerais jamais à la publication d'aucun livre, dans aucune langue,
pour mon compte personnel: je le priai donc, contre son inclination, de
permettre au pauvre traducteur de publier le fruit de ses travaux. En
conséquence, l'affaire va son train; vous pouvez le dire à l'auteur, en
lui faisant mes complimens.
»Votre, etc.»
LETTRE CCXCIII.
A M. MURRAY.
Venise, 12 août 1817.
«J'ai été très-affligé d'apprendre la mort de Mme de Staël,
non-seulement parce qu'elle a eu beaucoup de bontés pour moi à Coppet,
mais parce qu'il ne m'est plus permis de m'acquitter avec elle. Sous un
point de vue général, elle laissera un grand vide dans la littérature et
dans la société.
»Quant à elle personnellement, je ne crois pas que nous devions
plaindre les morts pour leur propre compte.
»Les exemplaires de _Manfred_ et de _Tasso_ me sont parvenus, grâce au
couvert de M. Croker.--Vous avez détruit tout l'effet et toute la morale
du poème en supprimant le dernier vers prononcé par Manfred; et dans
quel but cela a-t-il été fait? je ne le devine pas. Pourquoi
persistez-vous à ne me pas parler de l'ouvrage lui-même? Si c'est par la
répugnance que vous éprouvez à me dire une chose désagréable, vous vous
trompez.--Ne dois-je pas le savoir tôt ou tard? et je ne suis ni assez
neuf, ni assez novice, ni assez peu endurci par l'expérience pour ne pas
être capable de supporter, non-seulement les misérables petits mécomptes
du métier d'auteur, mais encore des choses plus graves,--du moins je
l'espère; et ce que vous regardez, vous, comme de l'irritabilité, est un
effet purement mécanique, et qui agit comme le galvanisme sur un corps
mort, ou comme le mouvement musculaire qui survit à la sensation.
»Si par hasard vous êtes de mauvaise humeur parce que je vous ai écrit
une lettre un peu vive, rappelez-vous que cela vient en partie de ce que
j'avais mal compris la vôtre, et en partie de ce que vous avez fait une
chose que vous ne deviez pas faire sans me consulter.
»J'ai cependant entendu dire du bien de _Manfred_ de deux autres côtés,
et par des gens qui ne se font pas scrupule de dire ce qu'ils pensent
et ce qu'ils entendent: «ainsi je vous souhaite le bon jour, mon bon
monsieur le lieutenant.»
»Je vous ai écrit deux fois au sujet du quatrième chant, vous me
répondrez quand il vous plaira. M. Hobhouse et moi sommes venus un jour
en ville.--M. Lewis est parti pour l'Angleterre, et je suis
»Votre etc.»
LETTRE CCXCIV.
A M. MURRAY.
La Mira, près Venise, 21 août 1817.
«Je vous prends au mot relativement à M. Hanson, et vous serai bien
obligé si vous voulez aller chez lui, et prier M. Davies de le voir
aussi de ma part pour lui répéter que j'espère que ni l'absence de M.
Kinnaird, ni la mienne, ne l'empêcheront de prendre toutes les mesures
nécessaires pour accélérer la vente de Newsteadt et de Rochdale, dont
toute mon aisance personnelle doit dépendre à l'avenir. Il est
impossible d'exprimer à quel point tout retard dans cette affaire
m'occasionnerait de gêne, et je ne sache pas qu'on puisse me rendre un
plus grand service que de presser Hanson à ce sujet, et de le faire agir
suivant mes désirs. Je voudrais que vous parlassiez franchement, du
moins avec moi, et que vous me donnassiez l'explication de la froideur
avec laquelle vous vous exprimez sur son compte. Toute espèce de mystère
à une telle distance, sont non-seulement tourmentans, mais encore
nuisibles et peuvent porter préjudice à mes intérêts; ainsi donc
expliquez vous, que je puisse me consulter avec M. Kinnaird quand il
arrivera,--et rappelez-vous que je préfère les certitudes les plus
désagréables aux allusions et aux insinuations indirectes. Que le diable
emporte tout le monde: je ne puis jamais rencontrer une personne qui
parle clairement sur les choses ou les individus, et toute ma vie s'est
passée en conjectures sur ce que les gens voulaient dire;--on croirait
que vous avez tous adopté le style des romans de C*** L***.
»Ce n'est pas de M. Saint-John qu'il est question, mais de M.
Saint-Aubyn fils, de sir John Saint-Aubyn, Polidori le connaît, c'est
lui-même qui me l'a présenté; il est d'Oxford et il a entre ses mains
mon paquet. Le docteur le déterrera, et il le doit: ce paquet contient
plusieurs lettres de Mme de Staël et d'autres personnes, outre des
manuscrits, etc.--De par ***, si je trouve le gentilhomme, et que le
gentilhomme n'ait pas retrouvé le paquet, il entendra de moi des choses
qui ne lui plairont nullement.
»_P. S._ J'ai fini le quatrième et dernier chant qui a cent trente-trois
stances. Je désire que vous m'en donniez un prix: si vous ne le faites
pas, ce sera moi, je vous en préviens d'avance.
»Votre, etc.
»Il y aura bon nombre de notes.»
LETTRE CCXCV.
A. M. MURRAY.
4 septembre 1817.
«Votre lettre du 15 m'a apporté, outre son contenu, l'empreinte d'un
cachet auprès duquel la «tête du Sarrasin» est celle d'un archange, et
celle de la «mâchoire du taureau» une image délicate. Je savais que la
calomnie m'avait passablement noirci dans les derniers tems, mais
j'ignorais qu'elle m'eût donné les traits et le teint d'un nègre. La
pauvre Augusta en est non moins révoltée que moi, peut-être même
l'est-elle plus, et dit qu'il faut que ceux qui ont gravé cette tête
noire, aient étrangement perdu la mémoire. Je vous prie, ne cachetez pas
vos lettres, du moins celles qui me sont adressées, avec cette
caricature du crâne humain, et si vous ne cassez pas la tête au graveur,
du moins brisez cette empreinte ou ce portrait injurieux, si tant est
que ceci puisse passer pour un portrait de moi.
»M. Kinnaird n'est pas encore arrivé, mais il est attendu. Il a perdu en
chemin toute la poudre à dents, comme me l'apprend une lettre de Spa.
»J'ai reçu par M. Rose, en bon état (quoiqu'un peu tardivement), la
magnésie et la poudre à dents, et ***. Pourquoi m'envoyez-vous un tel
fatras, le pire de tous les galimatias, le sublime de la médiocrité?
Merci pour _Lalla_ cependant, voilà qui est bon; merci encore pour le
_Quarterly_ et l'_Édimbourg_, deux revues amusantes et bien écrites.
_Paris en_ 1815, etc., est assez bon.--_La Grèce moderne_, cela ne vaut
rien du tout;--c'est écrit par quelqu'un qui n'y a jamais été, et qui,
ne sachant pas employer la stance de Spencer, a inventé quelque chose de
son cru, composé de deux stances élégiaques d'un vers héroïque et d'un
alexandrin entrelacés autour d'une corde. Et puis pourquoi _moderne_?
vous pouvez dire les Grecs modernes, mais quant à la Grèce elle-même,
elle est un peu plus ancienne qu'elle n'a jamais été.--Maintenant
passons aux affaires.
»Vous m'offrez 1,500 guinées du nouveau chant,--je n'en veux pas;--j'en
demande 2,500, que vous me donnerez ou non suivant votre bon plaisir.
C'est la conclusion du poème, et il est composé de cent quarante-quatre
stances; les notes y sont nombreuses et écrites en partie par M.
Hobhouse, dont les recherches ont été infatigables, et qui, j'ose le
dire, connaît mieux Rome et ses environs qu'aucun Anglais qui y ait été
depuis Gibbon. A propos, pour prévenir toute méprise, je crois
nécessaire de déclarer ici comme un fait, que M. Hobhouse n'a aucun
intérêt quelconque direct ou indirect dans le prix qui doit être donné
du manuscrit et des notes, et cela afin que vous ne supposiez pas que
c'est par lui et à cause de lui que je demande plus de ce chant que des
autres.--Non.--Mais si M. Eustace doit avoir 2,000 livres ster. pour un
poème sur l'_Éducation_, M. Moore 3,000 pour _Lalla_, etc.; si M.
Campbell reçoit 3,000 livres ster. pour sa prose sur la poésie, sans
rabaisser les travaux de ces messieurs, je demande le prix susdit des
miens. Vous me direz que leurs ouvrages sont beaucoup plus longs, c'est
vrai; et quand ils les raccourciront, j'allongerai les miens et je
demanderai moins. Vous soumettrez le manuscrit au jugement de M. Gifford
et de deux autres personnes que vous nommerez vous-même (M. Frère ou M.
Croker, ou qui vous voudrez, excepté cependant à des gens tels que votre
**s et votre **s), et s'ils décident que ce chant dans son ensemble soit
inférieur aux précédens, je n'appellerai point de leur jugement, mais je
brûlerai le manuscrit et laisserai les choses comme elles sont.
»Votre très-sincèrement, etc.
»_P. S._ En réponse à une lettre précédente, je vous ai envoyé un résumé
concis de l'état de notre compte courant,--savoir: 600 livres ster.
encore dues (ou qui l'étaient au moins dernièrement) sur _Childe
Harold_, et 600 guinées pour _Manfred_ et _Tasso_, formant un total de
1,230 livres ster. Si nous nous arrangeons pour le nouveau poème, je
prendrai la liberté de me réserver le choix du format dans lequel il
sera publié, et ce sera très-certainement in-quarto...................»
LETTRE CCXCVIII[80].
A. M. MURRAY.
18 septembre 1817.
«Je joins ici une feuille à corriger; si jamais vous arrivez à une
seconde édition, vous remarquerez que d'après la bévue de l'imprimeur,
on croirait que le château est au-dessus de Saint-Gingo au lieu d'être
sur la rive opposée du lac, au-dessus de Clarens. Ainsi séparez cela par
un alinéa, ou ma topographie paraîtra aussi inexacte que votre
typographie l'a été dans cette occasion.
[Note 80: On a supprimé ici une lettre à M. Hoppner, consul-général
d'Angleterre, comme ne renfermant absolument rien qui puisse intéresser
le lecteur.]
»Je vous ai écrit l'autre jour pour vous transmettre mes propositions
relativement au quatrième et dernier chant. J'ai été plus loin, et je
l'ai étendu jusqu'à cent-cinquante stances, ce qui le rend presqu'aussi
long que les deux premiers réunis l'étaient dans le principe, et plus
long qu'aucun de mes autres petits poèmes, à l'exception du _Corsaire_.
M. Hobhouse a fait des notes très-exactes et très-précieuses, et d'une
étendue considérable; et vous pouvez être sûr que je ferai pour le texte
tout ce qu'il est possible que je fasse pour en finir décemment. Je
regarde _Childe Harold_ comme ce que j'ai fait de mieux; ce fut par là
que je commençai, et je crois que c'est aussi par là que je terminerai
ma carrière; mais je ne veux pas former de résolution sur ce point,
n'ayant pas tenu la promesse que je m'étais faite relativement au
_Corsaire_. Cependant je crains de ne pouvoir jamais faire mieux, et
pourtant quand on n'a pas encore trente ans (et il s'en faut encore de
quelques lunes que je les aie atteints), on devrait aller en augmentant,
du moins du côté des facultés intellectuelles, pendant quelques bonnes
années encore. Mais j'ai eu beaucoup à combattre et à souffrir dans ma
vie, et les chagrins m'ont usé l'ame et le corps. D'ailleurs j'ai déjà
trop et trop souvent publié,--que Dieu me donne le jugement de faire ce
qui sera le plus à propos en cela comme dans le reste, car je doute
furieusement du mien.
»J'ai lu _Lalla Rookh_, mais pas encore avec assez d'attention, car je
monte à cheval, je flâne, je rêve, et fais encore plusieurs autres
choses; de sorte que ma lecture est très-peu suivie et n'a plus la
solidité d'autrefois. Je suis enchanté d'apprendre la vogue dont cet
ouvrage jouit, car Moore est un garçon rempli des plus nobles qualités,
et qui jouira de sa réputation sans aucun des mauvais sentimens que le
succès, n'importe de quelle espèce, engendre souvent chez les rimeurs.
Quant au poème, je vous en dirai mon opinion quand je m'en serai bien
pénétré: je dis _poème_, car la prose ne me plaît pas du tout, du
tout;--jusqu'à présent les «Adorateurs du feu» me semblent ce qu'il y a
de mieux, et le «Prophète voilé» ce qu'il y a de pis dans le volume.
»?Pour ce qui est de la poésie en général[81], plus j'y pense et _plus_
je suis persuadé que lui et nous tous, tant que nous sommes, Scott,
Southey, Wordsworth, Moore, Campbell et moi, sommes tous également dans
une fausse route: que nous suivons tous un système erroné de révolution
poétique qui ne vaut rien du tout, et dont Rogers et Crabbe sont les
seuls exempts, et je ne doute pas que la génération actuelle et celle
qui vient ne finissent par être de cette opinion. Ce qui l'a confirmée
en moi, c'est que j'ai voulu dernièrement parcourir quelques-uns de nos
classiques, Pope surtout, et voici l'épreuve que j'ai faite: j'ai pris
les poèmes de Moore, les miens et quelques autres encore, et je les ai
relus à côté de ceux de Pope; j'ai été réellement étonné (et plus que je
n'aurais dû l'être), et surtout mortifié de la distance immense en fait
de sens, de savoir, d'effet, et même d'imagination, de passion et
d'invention, qu'il y a entre le petit homme de la reine Anne et nous
autres du Bas-Empire.--Croyez-le bien, tout était Horace alors, et tout
est Claudien aujourd'hui parmi nous, et si je devais recommencer ma
carrière, je me façonnerais sur un autre moule. Crabbe est l'homme qu'il
faudrait; mais le sujet qu'il a choisi est grossier et d'une exécution
impraticable, et *** est retiré avec la demi-paie, d'ailleurs il en a
fait assez, à moins qu'il ne recommençât à écrire comme il écrivait
autrefois.»
[Note 81: Je trouve sur ce passage, dans la copie manuscrite de
cette lettre, la note suivante, de l'écriture de M. Gifford. «Il y a
plus de bon sens, de sentiment et de jugement dans ce passage, que dans
toute que j'ai jamais lu de lord Byron, et que dans tout ce qu'il a
jamais écrit.»]
LETTRE CCXCVIII.
A. M. MURRAY.
17 septembre 1817.
..................................................
«M. Hobhouse se propose de retourner en Angleterre en novembre. Il
emportera avec lui le quatrième chant, notes et tout. Le texte contient
cent cinquante stances, ce qui est assez long pour cette mesure.
»Quant à «l'Arioste du Nord» il est certain que tous deux avaient
également pour sujet la chevalerie, la guerre et l'amour, et si vous
saviez ce que les Italiens pensent de l'Arioste, vous ne douteriez pas
un moment de tout ce qu'il y a de flatteur dans ce compliment. Mais à
l'égard de leurs mesures, vous oubliez que celle de l'Arioste est la
stance octave, et que celle de Scott n'est rien moins qu'une stance. Si
vous croyez que cela déplaise à Scott, dites-le, et je l'effacerai.--Je
ne l'appelle pas «l'Arioste écossais» ce qui serait un petit éloge bien
provincial, mais «l'Arioste du Nord» c'est-à-dire de tous les pays qui
ne sont pas au Midi...............................
»Comme je vous ai assez importuné de mes lettres depuis quelque tems, je
terminerai en me disant votre, etc.»
LETTRE CCXCIX.
À M. Murray.
12 octobre 1817.
«M. Kinnaird et son frère lord Kinnaird sont venus ici et en sont
répartis. Tout ce que vous m'avez adressé m'est arrivé, à l'exception de
la poudre à dents, dont je vous demanderai une nouvelle provision à la
première occasion favorable: il me faudra aussi de la magnésie et des
poudres de Soda, ce qui est un grand luxe ici, car on n'en peut avoir de
bonne ni de l'une ni de l'autre, et même il est difficile de s'en
procurer dans le pays............................
»Ma réponse à votre proposition au sujet de mon quatrième chant, vous
sera sans doute parvenue, et moi j'attends la vôtre;--peut-être ne nous
accorderons-nous pas.--Depuis j'ai écrit un poème en quatre-vingt-quatre
stances octaves, dans le genre bouffon; et d'après l'excellente manière
de M. Whistlecraft (qui, à mon avis, n'est autre que Frere). Il a pour
sujet une anecdote vénitienne qui m'a amusé; mais jusqu'à ce que j'aie
votre réponse, je ne vous en dirai pas d'avantage. M. Hobhouse ne
retournera pas au mois de novembre en Angleterre comme il se le
proposait; il passera l'hiver ici, et comme c'est lui qui doit porter le
poème ou les poèmes, car il est possible même qu'il y en ait plus que
les deux dont j'ai parlé (et qui, par parenthèse, ne sont peut-être pas
compris dans la même publication et dans les mêmes arrangemens), ils ne
pourront être publiés aussitôt que je l'avais cru; mais je suppose qu'il
n'y a pas grand mal à ce délai.
»J'ai signé et je vous renvoie vos anciens actes par M. Kinnaird, mais
sans le reçu, l'argent n'ayant pas encore été payé. M. Kinnaird a une
procuration qui l'autorise à signer pour moi, et il le fera quand cela
sera nécessaire.
»Mille remerciemens de la _Revue d'Édimbourg_, qui est très-généreuse
envers _Manfred_, et défend son originalité que je ne sache pas avoir
été attaquée par personne. Je n'ai jamais lu, et ne crois pas avoir
jamais vu le _Faust_ de Marlow,--et je n'avais et n'ai encore aucun
ouvrage dramatique anglais à l'exception des publications nouvelles que
vous m'avez envoyées; mais l'été dernier j'ai entendu traduire
verbalement à M. Lewis quelques scènes du _Faust_ de Goethe, dont
quelques-unes étaient bonnes, les autres mauvaises, et voilà tout ce que
je sais de l'histoire de ce personnage magique. Quant aux premiers
germes de _Manfred_ on les trouvera dans le journal que j'ai envoyé à
Mrs. Leigh, (et dont je crois que vous avez vu une partie) lorsque je
traversai d'abord la Dent de Jaman, puis le Wengen ou Wengeberg et le
Sheideck, et que je fis le tour de la Jungfrau et du Shreckhorn, peu de
tems avant mon départ de Suisse. J'ai devant les yeux les lieux où se
passe l'action de _Manfred_ comme si je les avais vus hier, et je
pourrais les décrire place par place, ainsi que les torrens et tout ce
qui s'y trouve de remarquable.
»J'étais admirateur passionné du _Prométhée_ d'Eschyle dans ma première
jeunesse (c'était une des pièces du théâtre grec que nous lisions trois
fois par an à Harrow), et pour dire la vérité, celle-ci et la _Médée_
furent les seules, à l'exception pourtant des _Sept Chefs devant
Thèbes_, qui m'aient jamais beaucoup plu. Quant au _Faust_ de Marlow, je
ne l'ai jamais lu, jamais vu, et n'en ai jamais entendu parler, du moins
je n'y ai jamais pensé, excepté à propos d'une note de M. Gifford, que
vous m'avez envoyée, et dans laquelle il dit quelque chose de sa
catastrophe; mais non comme ayant aucun rapport avec la mienne, qui peut
lui ressembler ou ne pas lui ressembler, sans que je le sache ou m'en
soucie.
»Le _Prométhée_, quoique n'entrant pas exactement dans mon plan, m'est
toujours tellement resté dans la tête que je puis concevoir facilement
l'influence qu'il a sur tous mes écrits, ou du moins, sur quelqu'un
d'eux;--mais je nie Marlow et sa progéniture, et je vous prie de faire
de même.
»Si vous pouvez m'envoyez le papier en question[82] cité par la _Revue
d'Édimbourg_, n'y manquez pas;--l'article du _Magazine_ a été écrit par
Wilson, dites-vous? En effet, il avait tout l'air d'être écrit par un
poète, et c'est un fort bon article. Quant à celui de la _Revue
d'Édimbourg_, je l'attribue à Jeffrey lui-même à cause de la
bienveillance qui y règne. Je suis étonné qu'on ait jugé à propos de
l'insérer sitôt après le premier; mais c'est évidemment par un bon
motif.
[Note 82: Une feuille du _Edimburgh Magazine_, dans laquelle on
faisait entendre que la conception générale de _Manfred_, et une grande
partie de ce qu'il y a de plus beau dans la manière dont le sujet est
traité, a été emprunté à l'_Histoire tragique de Faust_, par Marlow.
(_Note de Moore_.)]
«J'ai vu Hoppner l'autre jour, et j'ai loué pour deux ans sa campagne à
Este. Si vous venez par ici l'été prochain, faites-le moi savoir à tems.
Mes amitiés à Gifford.
»Votre très-sincèrement, etc.»
LETTRE CCC.
À M. MURRAY.
Venise, 23 octobre 1817.
«Vos deux lettres sont là devant mes yeux, et jusque-là notre marché est
conclu. Combien je suis fâché d'apprendre que Gifford soit malade:
écrivez-moi, je vous prie, qu'il est mieux;--j'espère que ce ne sera
rien qu'un rhume, et dès que vous me dites que sa maladie provient d'un
refroidissement, j'aime à croire que cela n'ira pas plus loin.
»M. Whistlecraft n'a pas de plus grand admirateur que moi. J'ai écrit, à
l'imitation de sa manière, une histoire en quatre-vingt-neuf stances
intitulée _Beppo_ (c'est l'abréviation du nom de Giuseppe, et répond à
notre Joe en italien) et je jetterai ce petit poème dans la balance
avec le quatrième chant pour vous aider à vous refaire de votre argent.
Peut-être pourtant vaudrait-il mieux le publier en gardant l'anonyme;
mais c'est ce que nous verrons plus tard.
»Dans les notes du quatrième chant, M. Hobhouse a indiqué quelques
erreurs commises par Gibbon. Vous pouvez comptez sur l'exactitude des
recherches de Hobhouse. Vous imprimerez dans le format qu'il vous
plaira.
»Quant à la grande édition que vous projetez, vous pouvez imprimer tout,
ou seulement ce que vous voudrez, à l'exception des _Poètes anglais_ que
je ne consentirai dans aucun tems à laisser publier de nouveau. Il n'y a
pas de considération qui pût me décider à les faire réimprimer; je ne
crois pas qu'ils vaillent grand'chose, même comme poésie, et pour ce qui
regarde le reste, vous devez vous rappeler que j'ai renoncé à cette
publication à cause des Holland, et que je ne pense pas qu'aucune
circonstance puisse dans aucun tems me permettre de revenir sur cette
résolution;--ajoutez à cela, que dans les termes où j'en suis avec
presque tous les poètes et critiques du jour, ce serait une indignité
dans tous les tems, mais surtout en ce moment, de faire reparaître cette
folle satire........................................
»La revue de _Manfred_ est arrivée sans entrave, et j'en suis
très-content. Il est assez singulier qu'on prétende (c'est-à-dire que
quelqu'un prétende, dans un _Magazine_ que la _Revue d'Édimbourg_
combat) que le sujet a été pris dans le _Faust_ de Marlow, que je n'ai
jamais lu ni vu. Un Américain qui est arrivé l'autre jour de
l'Allemagne, a dit à M. Hobhouse que _Manfred_ était puisé dans les
_Faust_ de Goethe.--Que le diable soit des deux _Faust_ allemand, et
anglais: je n'ai-rien pris dans l'un ni dans l'autre.
»Voulez-vous envoyer de ma part chez Hanson, pour lui dire qu'il ne m'a
pas écrit depuis le 9 septembre? du moins je n'ai pas reçu de lettre de
lui, à ma grande surprise.
»Faites-moi aussi le plaisir de prier MM. Morland d'envoyer
immédiatement les sommes qu'ils peuvent avoir de surplus en lettres de
crédit, et toujours à leurs correspondans de Venise. Il y a deux mois
qu'ils m'envoyèrent un crédit additionnel de 1,000 livres sterling: j'en
ai été charmé, mais je ne sais pas comment diable cela est venu, car je
ne vois que les 500 livres sterling payés par Hanson, et j'avais cru que
les 500 autres venaient de vous, mais il paraît que non, d'après votre
lettre du 7, dans laquelle vous m'apprenez que vous n'avez payé que la
balance des 1,230 livres sterling.