»Aujourd'hui Pindemonte, le célèbre poète de Vérone, est venu chez moi;

c'est un petit homme maigre, qui a la physionomie pénétrante et

agréable, les manières douces et polies; au total son aspect est

très-philosophique: il peut avoir soixante ans, peut-être plus. C'est un

de leurs meilleurs poètes actuels. Je lui ai donné _Forsyth_, car il

parle, ou, pour mieux dire, il lit un peu l'anglais, et il y trouvera un

compte favorable rendu de lui-même. Il s'est informé de ses anciens

amis de la Crusca, Parsons, Greathead, Mrs. Piozzi et Merry, qu'il avait

tous connus dans sa jeunesse.--Je lui en ai dit tout ce que j'en

savais, lui répondant comme le faux Salomon Lob à Totterton dans la

comédie: qu'ils étaient tous morts, et condamnés à l'oubli par une

satire publiée il y a plus de vingt ans; que le nom de leur

exterminateur est Gifford; enfin, qu'ils n'étaient, à tout prendre,

qu'une triste bande d'écrivassiers, et ne valaient pas grand'chose, sous

d'autres rapports. Il a paru, comme de juste, très-satisfait de ces

détails sur ses anciennes connaissances, et s'en est allé enchanté de ce

qu'il venait d'apprendre, et du sentencieux éloge que M. Forsyth a fait

de lui. Après avoir été un peu libertin dans sa jeunesse, il est devenu

dévot, et marmotte des prières pour empêcher le diable d'approcher; mais

cela n'empêche pas qu'il ne soit un joli petit vieillard.

»J'ai oublié de vous dire qu'à Bologne (qui est célèbre par ses papes,

ses peintres et ses saucissons), j'ai vu une galerie d'anatomie où il y

a beaucoup d'ouvrages en cire, parmi lesquels....................

»Donnez-moi des nouvelles de _Lalla Rookh_ qui doit avoir paru.

»Je vous renvoie les épreuves, mais la ponctuation a besoin d'être

corrigée;--je me sens trop paresseux pour le faire moi-même, priez donc

en grâce M. Gifford de s'en charger pour moi. Adressez toujours vos

lettres à Venise. Dans quelques jours j'irai dans ma

_villeggiatura_[73]; c'est un _casino_ auprès de la Brenta, à quelques

milles de la terre ferme. J'ai résolu de passer ici une autre année et

plusieurs années même si je puis en disposer. Marianna est auprès de

moi, à peine rétablie de la fièvre qui a ravagé toute l'Italie l'hiver

dernier, je crains qu'elle n'ait quelque tendance à la phthisie,

cependant j'espère pour le mieux.

»Toujours, etc.

»_P. S._ Torwaltzen a fait un buste de moi à Rome pour M. Hobhouse,

qu'on trouve généralement très-beau. C'est le premier sculpteur après

Canova, auquel il est des gens qui le préfèrent.

[Note 73: Maison de campagne.]

»J'ai reçu une lettre de M. Hodgson qui est très-heureux; il a obtenu un

bénéfice, mais n'a pas d'enfans. S'il était resté dans sa cure, les

marmots n'auraient pas manqué d'arriver comme de raison, parce qu'il

n'aurait pas eu de quoi les nourrir.

»Rappelez-moi à tous nos amis, etc., etc.

»Un officier autrichien, amoureux d'une Vénitienne, reçut l'ordre,

l'autre jour, de partir avec son régiment pour la Hongrie. Égaré par les

combats de l'amour et du devoir, il acheta du poison qu'il partagea avec

sa maîtresse et qu'ils avalèrent tous deux. Les douleurs qui s'en

suivirent furent horribles; mais les pilules n'étaient que purgatives et

non empoisonnées, par suite de la prévoyance de ?l'apothicaire peu

sentimental, de sorte que ce fut un suicide de perdu. Vous concevrez

facilement le désordre qui régna d'abord, et puis qu'on finit par en

rire. Néanmoins l'intention y était des deux côtés.»

LETTRE CCLXXXII.

A M. MURRAY.

Venise, 8 juin 1817.

«La présente vous sera remise par deux moines arméniens qui vont en

Angleterre s'embarquer pour Madras. Ils vous porteront aussi quelques

exemplaires de la grammaire que vous êtes, à ce qu'il me semble, convenu

de prendre. Si vous pouvez leur être de quelque utilité parmi vos

connaissances attachées à la Marine ou à la Compagnie des Indes,

j'espère que vous ne vous refuserez pas à m'obliger sur ce point, car

ils ont eu pour moi, ainsi que tout leur ordre, beaucoup d'attention et

de bienveillance depuis mon arrivée à Venise. Voici leurs noms: le père

Sukias Somalien, et le père Sarkis Théodorosien. Ils parlent italien, et

probablement français ou un peu anglais. Je vous réitère vivement ma

prière à leur égard, et vous prie de me croire votre très-sincèrement

dévoué,

BYRON.

»Peut-être pourrez-vous faciliter leur passage, et leur donner ou leur

procurer des lettres pour l'Inde.»

LETTRE CCLXXXIII.

A. M. MURRAY.

La Mira, près Venise, 4 juin 1817.

«Je vous écris des bords de la Brenta, à quelques milles de Venise, où

je me suis établi pour six mois. Adressez vos lettres, comme à

l'ordinaire, à Venise.

»Je vous renvoie l'épreuve du _Tasse_. A propos, n'avez-vous jamais reçu

une traduction de St.-Paul, que je vous ai fait passer (non pour être

publiée pourtant) avant mon voyage à Rome?

»Je suis maintenant sur la Brenta.--En face de moi, demeure un marquis

espagnol, âgé de quatre-vingt-dix ans; le casino voisin du sien est

habité par un Français; puis viennent les natifs; de sorte que, comme le

disait quelqu'un l'autre jour, nous sommes absolument comme cette

comédie de Goldoni (_la Vedova Scaltra_), où un Espagnol, un Anglais et

un Français sont représentés ensemble.--Au surplus, nous vivons tous en

bons voisins, Vénitiens et le reste.

»Je vais monter à cheval pour faire ma promenade du soir, et rendre

visite à un médecin qui a une aimable famille, composée de sa femme et

de quatre filles non mariées, au-dessous de dix-huit ans. Ils sont amis

de la signora S***, et ennemis de personne. Il y a et doit y avoir,

d'ailleurs, des _conversazioni_, etc., etc., chez une comtesse Labbia,

et je ne sais chez qui encore. Le tems est doux; le thermomètre a été

aujourd'hui à cent-dix degrés au soleil, et à quatre-vingts et tant à

l'ombre.

»Votre, etc.»

N.

LETTRE CCLXXXIV.

A M. MURRAY.

La Mira, près Venise, 17 juin 1817.

«J'ai appris avec grand plaisir le succès de Moore, et d'autant que je

n'ai jamais douté un moment qu'il ne fût complet. Rien ne saurait m'être

plus agréable que le bien que vous pouvez avoir à me dire de lui ou de

son poème;--je suis très-impatient de le recevoir. J'espère que sa

gloire et les avantages qu'il en retire le rendent aussi heureux que je

désire qu'il le soit. Je ne connais personne qui le mérite davantage, ou

même autant.

»Vous vous occupez du troisième chant. Je n'ai encore fait ni projeté

aucun plan pour la continuation de ce poème. Je suis resté trop peu de

tems à Rome pour cela, et je n'ai aucune idée d'y retourner....

........................................................

»Je ne puis pas bien vous expliquer par lettre l'origine de l'idée que

Mrs. Leigh avait conçue sur les _Contes de mon Hôte_; mais c'est à

propos de quelques traits de caractère de sir É. Mauley et de Burley, et

peut-être aussi à cause d'un ou deux morceaux burlesques qui s'y

trouvent.

»Si vous avez reçu le docteur Polidori aussi bien qu'une liasse de

livres, et que vous puissiez lui être utile, n'y manquez pas, je vous

prie. Rien ne m'a jamais autant dégoûté dans la nature humaine, que les

éternelles sottises, les tracasseries sans fin, la frivolité, le mauvais

caractère et la vanité de ce jeune homme; mais il a quelque talent, et

c'est un homme d'honneur. D'ailleurs, il a des dispositions à se

corriger, ce à quoi il a été déjà aidé par quelque peu d'expérience, et

il peut bien tourner. Ainsi donc employez votre crédit pour lui auprès

du ministère; car il s'est déjà amendé, et il est susceptible de le

faire encore.

»Votre, etc., etc.»

LETTRE CCLXXXV.

A. M. MURRAY.

La Mira, près Venise, 18 juin 1817.

«Ci-incluse est une lettre de Pindemonte, pour le docteur Holland. Ne

sachant pas son adresse, je suis chargé de m'en informer; et comme c'est

un littérateur, vous découvrirez peut-être sa retraite dans le voisinage

de quelque cimetière populeux. Je vous ai écrit une lettre de gronde, et

à propos d'un passage de votre lettre que j'ai mal compris, je crois;

mais c'est égal, cela servira pour la première fois, car je suis bien

sûr que vous le mériterez. En parlant de docteur, cela me fait souvenir

de vous en recommander un qui ne se recommandera pas par lui-même,

c'est le docteur Polidori.--Si vous pouvez lui faire trouver un éditeur,

faites-le;--si vous avez quelque parent malade, je vous conseille de le

lui faire soigner. Tous les malades qu'il a eus en Italie sont morts;

savoir: le fils de M. ***, M. Horner et lord G***, qu'il a embaumé avec

beaucoup de succès à Pise.

»Rappelez-moi à Moore, que je félicite. Comment se porte Rogers? et

qu'est devenu Campbell et tous les autres de l'ordre des Druides? J'ai

reçu _la Folie de Maturin_, mais pas d'autre paquet, et j'ai des

attaques de nerfs d'impatience, à force d'attendre la poudre à dent et

la magnésie. J'ai besoin aussi des poudres de Soda de Burkitt.

Voulez-vous dire à M. Kinnaird, que je lui ai écrit deux fois

relativement à des affaires pressantes (il s'agit de Newsteadt, etc.,

etc.), dont je le prie humblement de s'occuper.--Je viens en ce moment

de galopper sur les bords de la Brenta;--le moment choisi est le coucher

du soleil.

»Votre, etc., etc.»

LETTRE CCLXXXVI.

A. M. MURRAY.

La Mira, près Venise, 1er juillet 1817.

«Depuis ma dernière, j'ai donné à mes impressions la forme d'un

quatrième chant de _Childe Harold_; dont j'ai ébauché à peu près une

trentaine de stances; j'ai l'intention de continuer, et de faire

probablement de cette boutade, la conclusion du poème, de sorte que

vous pourrez annoncer vers l'automne le tirage de la conscription pour

1818. Il faudra que vous songiez à vous pourvoir d'argent, cette

nouvelle reprise vous présageant certains déboursemens. Vers la fin de

septembre ou d'octobre, je présume que je serai sous presse; mais je

n'ai encore aucune idée de la longueur, ou du calibre de ce chant, ni de

ce qu'il pourra valoir. Quoi qu'il en soit, je me propose d'être aussi

mercenaire que possible: exemple que j'aurais dû suivre dans ma jeunesse

(je ne veux pas désigner par là aucun individu particulier, et moins

encore aucune personne de notre connaissance); mais si j'en eusse ainsi

agi, j'aurais pu être un homme fort heureux.

»Pas de poudre à dents, pas de lettres, aucunes nouvelles récentes de

vous.

»M. Lewis est à Venise, et je vais y aller passer une semaine avec

lui.--Un de ses enthousiasmes aussi est d'aimer cette ville.--

J'étais à Venise sur le Pont des Soupirs, etc.

Le pont des soupirs (_il Ponte dei Sospiri_) est celui qui sépare, ou

plutôt qui joint le palais du doge à la prison d'état. Il a deux

passages;--le criminel alla au tribunal par l'un, et revint par l'autre

à la mort, ayant été étranglé dans une chambre adjacente, où il y avait

un procédé mécanique pour cela.

»Je vous ai commencé la première stance de notre nouveau chant;

maintenant voyons un vers de la seconde:

Venise ne répète plus les échos du Tasse, et le muet gondolier fend la

vague en silence; ses palais, etc.

»Vous savez qu'autrefois les gondoliers chantaient toujours, et que la

_Jérusalem_ du Tasse était le sujet de leurs chants. Venise est bâtie

sur soixante et douze îles.

»Voyez! voici une des briques de votre nouvelle _Babel_, et maintenant,

mon homme, que dites-vous de l'échantillon?

»Votre, etc., etc.

»_P. S._ Je vous récrirai bientôt.»

LETTRE CCLXXXVII.

A. M. MURRAY.

La Mira, près Venise, 8 juillet 1817.

«Si vous pouvez remettre l'incluse à son adresse, ou découvrir la

personne à qui elle est adressée, vous obligerez le créancier Vénitien

d'un Anglais décédé. Cette lettre est pour son héritier, en réclamation

du loyer d'une maison. Le nom du défunt insolvable est ou était Porter

Valter, suivant le dire du plaignant; ce que je soupçonne plutôt être

Walter Porter, d'après notre manière d'arranger les choses. Si vous

connaissez quelque mort du même nom, bien endetté, déterrez-le nous, je

vous prie, et dites-lui qu'il faut «une livre de sa bonne chair,» ou

les ducats, et fi de votre loi, si vous nous les refusez[74]!»

[Note 74: Citation du _Marchand de Venise_ de Shakespeare.]

»Je n'entends plus parler du poème de Moore, ni de Rogers, ni de nos

autres phénomènes littéraires; mais demain étant jour de courrier, je

recevrai peut-être quelques nouvelles. Je vous écris au milieu de gens

qui parlent vénitien tout autour de moi; aussi ne faut-il pas vous

attendre à ce que ma lettre soit tout anglaise.

»L'autre jour j'ai eu une querelle sur le grand chemin, comme vous allez

voir. Je m'en revenais chez moi, à cheval et assez vite de Dolo, vers

les huit heures du soir, lorsque je passai à côté d'un carrosse de

louage, contenant une société de gens dont l'un, passant sa tête à

travers la portière, commença à crier après moi d'une manière

inarticulée, mais des plus insolentes. Je fis faire un tour à mon

cheval, et rejoignant la voiture, je l'arrêtai en demandant: «Signor,

désirez-vous quelque chose de moi?--Non,» me répondit-il d'un ton

tout-à-fait impudent.--Je lui demandai ensuite ce que signifiait ce

tapage indécent dont il incommodait les passans. Il me répliqua quelque

impertinence à laquelle je ripostai par un violent soufflet. Je mis

alors pied à terre, car ceci se passait à la portière du carrosse, moi

étant à cheval, et ouvrant la voiture, je le priai de sortir s'il ne

voulait en avoir un autre. Mais il était satisfait du premier, et

voulut s'en tenir à des paroles et des blasphêmes dont il me lâcha une

bordée, jurant qu'il irait à la police, et déclarerait avoir été

assailli sans provocation.--Je lui dis qu'il en avait menti, et qu'il

était un..., et que, s'il ne se taisait, je le ferais sortir de la

voiture, et le battrais de nouveau. Ceci lui fit garder le silence. Je

lui appris alors mon nom et ma demeure, et le défiai à mort, qu'il fût

gentilhomme ou non, pourvu qu'il eût assez de coeur pour accepter le

combat. Il préféra aller à la police. Mais comme nous avions eu des

témoins sur la route, entr'autres un soldat qui avait vu toute

l'affaire, ainsi que mon domestique, considérant qu'il avait été

l'agresseur, sa plainte fut renvoyée, malgré les sermens du cocher et

des cinq individus que renfermait la voiture, et après beaucoup de frais

des deux côtés: je fus ensuite informé que, si je ne lui avais pas donné

de coups, j'aurais pu le faire mettre en prison.

»Ainsi, mettez sur vos tablettes, que _jadis dans Alep_, je _battis un

Vénitien_; mais je vous assure qu'il le méritait bien, car je suis un

homme paisible comme Candide, quoique mon étoile, comme la sienne, me

force de tems à autre à renoncer à ma douceur naturelle.

»Votre, etc., etc.»

B.

LETTRE CCLXXXVIII.

A. M. MURRAY.

Venise, 9 juillet 1817.

«J'ai l'analyse et les extraits de _Lalla Rookh_, qui, dans mon humble

opinion, écrasera ***, et montrera à nos jeunes messieurs, qu'il faut

quelque chose de plus que d'être monté sur la bosse d'un chameau, pour

écrire un bon poème oriental. Je suis très-satisfait de ce que j'ai vu

du plan, ainsi que des extraits, et je meurs d'impatience d'avoir le

tout.

»Quant à la critique de _Manfred_, dans votre maudite précipitation,

vous ne m'en avez envoyé que la moitié:--cela s'arrête à la page

294.--Faites-moi passer le reste, ainsi que la page 270, où l'on

rapporte la prétendue origine de cette terrible histoire; quoique, par

parenthèse, quels que soient ces conjectures et celui qui les a faites,

il m'est prouvé qu'il n'y est pas et n'entend rien à la chose. J'en ai

été chercher l'origine plus haut qu'il ne pourra jamais le concevoir ou

le deviner.

»Vous ne me dites rien de la manière dont _Manfred_ est reçu dans le

monde, et je ne m'en soucie guère:--c'est, quoi qu'on en puisse dire, un

des meilleurs de mes enfans bâtards.

»J'ai enfin reçu un extrait, mais pas de paquets; ils arriveront, je

présume, un jour ou l'autre. Je suis venu passer un jour ou deux à

Venise pour me baigner, et je vais, de ce pas, me jeter dans

l'Adriatique; ainsi donc, bonsoir,--la poste presse.

»Votre, etc., etc.

»_P. S._ Dites-moi, je vous prie, le discours de Manfred _au soleil_

a-t-il été conservé dans le troisième acte? Je l'espère, car c'est une

des meilleures choses de l'ouvrage, et supérieure au _Colosseum_. J'ai

fait, cinquante-six stances du quatrième chant de _Childe Harold_; ainsi

préparez vos ducats.»

LETTRE CCLXXXIX.

A M. MOORE.

La Mira, près Venise, 10 juillet 1817.

«Murray, le Mokanna des libraires, a trouvé moyen de m'envoyer par la

poste quelques extraits de _Lalla Rookh_. Ils sont tirés d'une _Revue_,

et contiennent une courte analyse, et des citations des deux premiers

poèmes. Je suis enchanté de ce que j'ai devant moi, et très-avide du

reste. Vous ayez saisi les couleurs comme si vous eussiez été sous

l'arc-en-ciel, et la teinte orientale y est parfaitement observée.

»Je vous soupçonne donc de nous avoir donné là une composition

diablement belle, et je m'en réjouis du fond du coeur; _car les Douglas

et les Percy peuvent affronter tous deux le monde entier sous les

armes_. J'espère que vous ne serez pas offensé, si je regarde vous et

moi comme oiseaux du même plumage, quoique, sur quelque sujet que vous

eussiez pu écrire, j'eusse éprouvé une véritable satisfaction de vos

succès.

»Il y a une comparaison entre les fleurs et les fruits d'un oranger, qui

m'aurait plu davantage si je n'avais pas cru y voir une allusion

à............................................................

»Vous rappelez-vous le poème de Thurlow à Sam, «Quand Rogers;» et ce

maudit souper de Rancliffe, qui devait être un dîner.--«Ah! maître.

Shallow, nous avons entendu le carillon de la cloche à minuit.»--Mais

ma barque attend sur le rivage, elle va bientôt mettre à la mer; mais

avant de partir, Tom Moore, que je te porte une double santé!

Ce soupir est pour ceux qui m'aiment, ce sourire pour ceux qui me

haïssent, et maintenant, quel que soit le ciel qui doive couvrir ma

tête, je porte un coeur préparé à tous les coups du sort.

L'Océan, mugissant autour de moi, ne m'emportera pas moins sur son sein,

et le désert qui m'environnera de sa vaste solitude, a des sources

auxquelles il est possible d'arriver.

Dussé-je ne plus trouver que la dernière goutte de cette fontaine en

approchant, haletant, de ses bords avant que mon courage défaillant

succombât, c'est encore à toi que je boirais.

Avec cette eau, comme avec le vin qui remplit mon verre, la libation que

je t'offrirais serait: Paix à toi et aux tiens, et à ta santé, Tom

Moore.

»Ceci aurait dû être écrit il y a quinze mois, comme l'a été la première

stance. Je viens de nager une heure dans l'Adriatique, et je vous écris

ayant devant moi une jeune Vénitienne aux yeux noirs, lisant _Boccace_.

»Le moine Lewis[75] est ici. _Comme c'est agréable_[76]! C'est un bien

bon enfant, et qui vous est tout dévoué. Ainsi l'est Sam, ainsi l'est

tout le monde, et parmi le nombre,

»Votre, etc., etc.»

»_P. S._ Que-pensez-vous de _Manfred_?

[Note 75: Lewis, l'auteur du fameux roman du _Moine_.

(_Note du Trad._)]

[Note 76: Allusion, comme il s'en trouve beaucoup dans ces lettres,

à quelque anecdote qui l'avait amusé.

(_Note de Moore_.)]

LETTRE CCXC.

À M. MURRAY.

La Mira, près Venise, 15 juillet 1817.

«J'ai fini (c'est-à-dire j'ai grifonné, car la lime ne vient qu'après)

quatre-vingt-dix-huit stances du quatrième chant, dont je me propose de

faire le dernier. Il sera probablement environ de la même longueur que

le troisième, qui a lui-même à peu près la même étendue que le premier

et le second. Il y a quelques passages que je juge très-bons,

c'est-à-dire si les autres chants le sont: c'est ce que nous verrons.

Quoi qu'il en soit, bon ou mauvais, il est d'un genre différent du

dernier et moins métaphysique, ce qui, dans tous les cas, sera une

variété. Je vous ai envoyé l'autre jour le fût d'une colonne comme

échantillon de l'édifice (voyez le commencement de la première stance),

ainsi vous pouvez compter sur son arrivée vers l'automne, dont les

vents ne seront pas les seuls à se déchaîner, si tant est que ledit

chant soit prêt à cette époque.

»J'ai prêté à Lewis, qui est à Venise (dans ou sur le Canallaccio, le

Grand Canal), vos extraits de _Lalla Rookh_ et _Manuel_[77]; et, par

esprit de contradiction, il se peut que ce dernier ouvrage lui plaise,

et qu'il ne soit pas très-ravi de l'autre. Pour moi, je pense que

_Manuel_, à l'exception de quelques passades, est aussi pesant que le

plus terrible cauchemar qui ait jamais pesé sur mon estomac après une

mauvaise digestion.

[Note 77: Tragédie de M. Maturin.]

»Pour les extraits, je ne puis les juger que comme extraits, et je

préfère la _Péri_ au _Voile d'argent_. Sa versification ne me paraît pas

si facile dans le _Voile d'argent_, et on dirait qu'il est un peu

embarrassé de sortir de toutes ces horreurs; mais la conception du

caractère de l'imposteur est très-belle, et le plan est vaste pour son

génie. Au total, je ne doute pas que l'ensemble n'ait la couleur

vraiment arabe et ne soit très-beau.

»Votre dernière lettre n'est pas très-abondante en nouvelles; et aucune

autre encore ne l'ayant suivie, il en résulte que je ne sais rien de vos

affaires ni des affaires de personne; et comme vous êtes le seul qui

m'écriviez sans me dire les choses les plus désagréables du monde, je

serai toujours bien aise de recevoir vos lettres. Comme aussi il n'est

pas très-possible que je retourne de sitôt en Angleterre, et que j'y

réside jamais, si je puis faire en sorte, par quelque combinaison

relative à mes affaires personnelles, tout ce que vous me direz au sujet

de notre bien-aimé royaume de Grub-Street, et des noirs confrères et des

consoeurs les _bas-bleus_ de ce vaste faubourg de Babylone, sera tout ce

que j'en saurai et en demanderai jamais. N'avez-vous pas quelque nouveau

nourrisson des Muses pour remplacer les morts, les absens, ceux qui sont

las de littérature, et ceux qui se sont retirés?--Pas de prose, pas de

vers, pas de _rien_?»

LETTRE CCXCI.

A M. MURRAY.

Venise, 20 juillet 1817.

«Je vous écris pour vous informer que j'ai terminé le quatrième et

dernier chant de _Childe Harold_. Il se compose de cent vingt-six

stances; il est par conséquent le plus long de tous. Reste encore à le

copier et à le polir; puis viennent les notes, dont il lui faudra un

bien plus grand nombre qu'au troisième chant, comme il traite

nécessairement plus des ouvrages de l'art que de ceux de la nature. Il

sera envoyé vers l'automne; et maintenant, venons à notre marché. Qu'en

donnez-vous, hein? Vous en aurez des échantillons, si vous voulez; mais

je désire savoir ce que je dois en attendre, dans ces tems difficiles

(comme cela se dit) où la poésie ne rapporte pas la moitié de sa

valeur.--Si vous êtes disposé «à bien faire les choses,» comme le

dirait Mrs. Winifred Jenkins, je jetterai peut-être de votre côté

quelque chose de plus,--quelques traductions ou quelques légères

esquisses originales:--il ne faut pas répondre de ce qu'il peut y avoir

de neuf sous l'enclume d'ici à la saison des livres.--Rappelez-vous que

c'est le dernier chant, et qu'il complète l'ouvrage. Quant à vous dire

s'il est égal au reste, c'est de quoi je ne puis encore juger. Il a

moins de suite encore que tous les autres, mais il n'y aura pas de ma

faute s'il leur est de beaucoup inférieur. Il est possible que je

disserte un peu dans mes notes sur l'état actuel de la littérature et

des littérateurs italiens, connaissant quelques-uns de leurs _capi_[78],

tant en hommes qu'en livres;--mais cela dépendra de l'humeur du

moment.--Ainsi, voyons, prononcez maintenant: je ne dis plus rien.

[Note 78: _Capi_, _chefs_, et par extension, _chefs-d'oeuvre_.

(_Note du Trad._)]

»Quand vous aurez les quatre chants complets, je pense que vous pourrez

risquer une nouvelle édition du poème in-quarto, avec des exemplaires de

surplus des deux derniers chants, pour ceux qui auraient acheté

l'ancienne édition des deux premiers. Voici un avis que je vous donne,

qui est digne de la confrérie, et maintenant, examinez et prononcez.

»Je n'ai pas reçu un seul mot de vous sur le sort de «_Manfred_» ou «du

_Tasse_;» ce qui me paraît singulier, qu'ils aient réussi ou non.

»Comme ceci n'est qu'un griffonnage d'affaires, et que je vous ai écrit

dernièrement assez souvent, et d'une manière assez étendue sur d'autres

sujets, je me bornerai à ajouter que je suis votre, etc., etc.»

LETTRE CCXCII.

A. M. MURRAY.

La Mira, près Venise, 7 août 1817.

«Votre lettre du 18 et, ce qui vous fera autant de plaisir qu'à moi, le

paquet envoyé par l'entremise et les bons soins de M. Croker, sont

arrivés. MM. Lewis et Hobhouse sont ici:--le premier dans la même maison

que moi, le second à quelques centaines de toises.

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 11 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 17 / 28 段