»Vous n'avez pas besoin de vous alarmer:--la jalousie n'est pas à

l'ordre du jour à Venise, et les poignards y sont passés de mode, tandis

que les duels pour affaires d'amour y sont inconnus. Mais malgré tout

cela, ma situation était gauche; et quoiqu'il eût dû savoir que je

faisais la cour à Marianna, je crois que, jusqu'à ce soir là, il ne

s'imaginait pas que les choses eussent été jusque-là. On sait très-bien

que toutes les femmes mariées ont des amans, mais la coutume est de

conserver les apparences, comme chez les autres nations. Je ne savais

donc que diable dire:--je ne pouvais laisser percer la vérité par égard

pour elle, et je ne me souciais pas de mentir par rapport à moi:

d'ailleurs la chose parlait d'elle-même. Je pensai que le meilleur parti

serait de la laisser s'expliquer comme elle le voudrait (une femme

n'est jamais embarrassée, elle a toujours le diable à son service),

seulement je résolus de la protéger et de l'emmener en cas de quelque

violence du signor; mais je vis qu'il était fort calme. Elle alla se

coucher; et le lendemain--comment cela s'arrangea-t-il entre eux? je ne

sais, mais cela s'arrangea. C'est bien, mais il me restait encore une

explication à donner à Marianna au sujet de cette belle-soeur que je ne

pourrai jamais assez maudire, et j'en vins à bout par des sermens

répétés de mon innocence et d'une constance éternelle, etc., etc., etc.

Cependant la belle-soeur, fort irritée d'avoir été traitée de la sorte

(sans s'inquiéter de sa propre honte), a raconté l'affaire à la moitié

de Venise, et les domestiques, attirés par le combat et les attaques de

nerfs, l'ont apprise à l'autre moitié; mais ici, personne ne s'occupe de

ces bagatelles que pour s'en amuser. Je ne sais pas si cela produira sur

vous le même effet, mais voilà que j'ai rempli une longue lettre de

toutes ces folies.

»Croyez-moi toujours, etc.»

LETTRE CCLX.

A M. MURRAY.

Venise, 24 janvier 1817.

...................................................

«La comtesse Albrizzi m'a prié de lui donner un exemplaire de mes

oeuvres; je vous prie donc de m'en envoyer un, afin que je puisse la

satisfaire. Vous pouvez y comprendre les dernières publications, dont

je n'ai rien vu et ne connais rien, excepté d'après votre lettre du 13

décembre.

»Mrs. Leigh me dit que la plupart de ses amis préfèrent les deux

premiers chants. Je ne sais pas si c'est là l'opinion générale (ce n'est

pas la _sienne_ au moins), mais cela me paraîtrait assez naturel. Quant

à moi, je pense différemment, ce qui est naturel aussi; mais qui a tort

ou raison, est ce qui importe fort peu.

»J'ai appris par une lettre de Pise, du docteur Polidori, qu'il était

sur le point de retourner en Angleterre pour aller au Brésil faire une

spéculation médicale avec le consul danois. Comme vous êtes en faveur

auprès des puissances du jour, ne pourriez-vous pas lui procurer

quelques lettres de recommandation de vos amis ministériels pour

quelques-uns des colons portugais? Il connaît bien sa profession, et ne

manque pas de mérite en général:--ses défauts sont ceux de la jeunesse

et d'une vanité bien pardonnable. Il était impossible qu'il restât

davantage avec moi: j'avais assez à faire de me tirer de mes propres

embarras; et comme des préceptes sans exemple ne peuvent produire un

très-bon effet, j'ai cru qu'il valait mieux lui donner son congé, mais

je lui connais peu de défauts et quelques qualités. Il a des talens et

de l'esprit, entend très-bien sa profession, est honorable dans sa

conduite, et n'est pas du tout méchant. Je crois qu'avec quelque bonne

chance, il deviendra un membre utile de la société (dont il retranchera

tous les membres malades) et de la Faculté de Médecine. Si vous pouvez

lui être utile, ou que vous connaissiez quelqu'un qui soit dans ce cas,

employez-vous pour lui, je vous prie, car il a sa fortune à faire. Il a

fait à Pise un journal de médecine, sous les yeux de Vacca (le premier

chirurgien du continent); Vacca l'a corrigé, et il doit renfermer

quelques renseignemens précieux sur la pratique du pays. Si vous pouvez

l'aider aussi à publier ce journal, par votre influence sur vos

confrères, ne manquez pas de le faire;--je ne vous demande pas de le

publier vous-même, cette prière faite d'une manière aussi directe étant

trop embarrassante. Il a aussi une tragédie que je n'ai pas vue, et dont

par conséquent je ne dirai rien; mais la circonstance même d'avoir été

capable d'une telle entreprise à vingt-et-un ans (en supposant qu'il

n'ait pas d'autre mérite) prouve en sa faveur, et annonce en lui des

dispositions à se cultiver. Ainsi, si par le moyen de vos

recommandations vous pouvez le servir auprès de vos amis ministériels,

dans le but qu'il se propose, je désire que vous le fassiez; il me

semble que quelques-uns de vos gens de l'amirauté doivent se trouver

dans le cas de le pouvoir.»

LETTRE CCLXI.

A M. MURRAY.

Venise, 15 février 1817.

«J'ai reçu vos deux lettres, mais non pas le paquet que vous m'annoncez.

Puisque les dépouilles de Waterloo sont arrivées, je vous en fais

présent, si vous voulez bien les accepter: faites-moi, je vous prie, ce

plaisir.

»Je n'ai pas exactement compris, d'après votre lettre, ce qui a été omis

ou non dans la publication, mais je la verrai probablement quelque jour.

Je ne puis attribuer à M. Gifford ou à vous qu'un bon motif pour cette

omission; cependant, comme notre manière de voir en politique est

directement opposée, nous ne serions probablement pas du même avis sur

ces passages: toutefois, s'il ne s'agit que d'une note ou de plusieurs

notes, ou seulement d'un vers ou deux, cela ne peut avoir d'importance.

Vous parlez d'un poème; quel poème? dites-le-moi dans votre première.

»Je ne connais, de la querelle de M. Hobhouse avec la _Quarterly

Review_, que l'article lui-même, qui certainement est assez dur; mais je

suis aussi d'avis qu'il eût mieux valu ne pas répondre, surtout après

que M. W*** W***, qui ne vous tourmentera plus, vous avait déjà

tracassé[58]. J'ai été fort contrarié de ce que Hobhouse m'a dit que sa

lettre ou sa préface devait m'être adressée. Lui et moi sommes amis

d'ancienne date; je lui ai beaucoup d'obligations, et il ne m'en a

aucune qui n'ait été effacée et plus qu'acquittée. Mais M. Gifford et

moi sommes amis aussi, et il s'est montré le mien en littérature, en

dépit de mille inconvéniens et malgré la différence de nos âges, de nos

moeurs, de nos habitudes, et même de nos opinions politiques: c'est

pourquoi je me trouve dans une situation très-gauche entre M. Gifford et

mon ami Hobhouse, et ne puis que souhaiter qu'ils n'eussent pas ensemble

de différend, ou que celui qu'ils ont pût s'arranger. Quant à la

réponse, je ne l'ai pas vue. Une chose assez singulière, c'est que, liés

aussi intimement que nous le sommes, M. Hobhouse et moi, nous soyons si

réservés sur nos affaires littéraires. Par exemple, l'autre jour, il

désirait avoir un manuscrit du troisième chant pour le lire à son frère:

je lé lui ai refusé. Je n'ai jamais vu son journal, ni lui le mien (je

n'ai fait que celui que j'ai envoyé à ma soeur, et qui n'est qu'une

description très-rapide des montagnes); je ne sache pas non plus que

l'un de nous deux ait jamais vu les productions de l'autre avant leur

publication.

[Note 58: Il y a ici beaucoup d'obscurité dans le texte, peut-être

causée par une faute d'impression.

(_Note du Trad._)]

»Je n'ai pas vu l'article de la _Revue d'Édimbourg_ sur Coleridge; mais

que je sois attaqué ou non dans celui-là ou dans quelqu'autre de la même

revue, cela ne m'en donnera pas une plus mauvaise opinion de M.

Jeffrey, et ne me fera jamais oublier que sa conduite envers moi a été

des plus généreuses depuis quatre ans et plus.

»J'ai oublié de vous dire que je viens de terminer une espèce de poème

ou de drame en dialogue[59] et en vers blancs, que j'avais commencé

l'été dernier en Suisse, et dont l'_Incantation_ est un fragment. Il est

en trois actes, mais d'un genre sombre, métaphysique et indéfinissable.

Presque tous les personnages, à l'exception de deux ou trois, sont des

esprits de la terre, de l'air et des eaux. La scène est dans les Alpes:

le héros est une espèce de magicien tourmenté par des remords, dont la

cause n'est qu'à demi expliquée. Il erre en invoquant ces esprits qui

lui apparaissent, et ne lui servent à rien. Enfin, il pénètre jusque

dans la demeure du Mauvais Principe lui-même, pour évoquer une ombre qui

paraît, et lui donne une réponse ambiguë et désagréable; et au troisième

acte, ses domestiques le trouvent expirant dans une tour où il a étudié

son art. Vous devez voir par cette esquisse que je n'ai pas grande

opinion de ce caprice d'imagination; mais du moins j'ai fait en sorte

d'en rendre la représentation impossible, mes relations avec Drury-Lane

m'ayant donné le plus grand dégoût pour le théâtre.

[Note 59: _Manfred_.]

»Je ne l'ai pas même mis au net, et me sens en ce moment trop enclin à

la paresse pour en commencer la copie.--Quand je l'aurai, je vous

l'enverrai, et vous pourrez le jeter au feu, ou non.»

LETTRE CCLXII.

A M. MURRAY.

Venise, 25 février 1817.

«Je vous ai écrit l'autre jour en réponse à votre lettre; maintenant je

viens vous importuner pour que vous me fassiez une commission, si vous

voulez être assez bon pour vous en charger.

»Vous connaissez peut-être M. Love, le bijoutier d'Old-Bond-street. En

1813, ayant l'intention de retourner en Turquie, j'achetai chez lui, et

lui payai argent comptant, une douzaine de tabatières environ, de plus

ou moins de valeur, pour faire des présens à quelques Musulmans de ma

connaissance. Je les ai maintenant avec moi. L'autre jour, ayant eu

besoin de faire faire un changement au couvercle de l'une de ces boîtes

(pour y placer un portrait), il s'est trouvé que c'était de l'argent

doré au lieu d'or, quoiqu'elle ait été vendue et payée pour telle. J'ai,

bien entendu, repris la boîte pour la conserver _in statu quo_. Ce que

je désire de vous, est que vous voyiez le susdit M. Love, pour

l'informer de cette circonstance, en ajoutant, de ma part, que j'aurai

soin que sa fraude ne reste pas impunie.

»S'il n'y a pas de remède devant les tribunaux, il y a du moins celui

très-équitable de faire connaître son crime[60], c'est-à-dire son

argent doré, et que le diable l'emporte ensuite!

[Note 60: Il y a ici un jeu de mot intraduisible: le mot _guilt_,

qui veut dire crime, se prononce comme _gilt_ (argent doré), et cette

double acception forme dans le texte un calembourg, mais pour l'oreille

seulement.

(_Note du Trad._)]

»Je conserverai soigneusement, jusqu'à mon retour, tout ce que j'ai

acheté chez lui dans cette occasion, puisque la peste, qui règne en

Turquie, est une barrière au voyage que je voulais y faire, ou plutôt à

cause de la quarantaine sans fin qu'il faudrait subir avant de débarquer

au retour. Exposez-lui, je vous prie, l'affaire avec toute

l'inflexibilité convenable.

»Je vous ai envoyé, l'autre jour, quelques extraits d'une espèce de

drame, que j'ai commencé en Suisse, et fini ici. Vous me direz si vous

les avez reçus.--Ils étaient contenus dans une seule lettre. Je n'ai pas

encore eu le courage de le recopier, autrement je vous l'enverrais sous

enveloppe en plusieurs fois.

»Le carnaval est terminé il y a aujourd'hui huit jours.

»M. Hobhouse est encore à Rome, à ce que je crois. Je suis en ce moment

un peu indisposé: les veilles, la dissipation et quelques autres

accessoires, m'ont un peu troublé le sang; mais j'ai en perspective la

tranquillité et la tempérance du carême.

»Croyez-moi, etc.

»_P. S._ Rappelez-moi au souvenir de M. Gifford. Je n'ai pas reçu votre

_paquet de paquets_. Cherchez pour moi, dans _un Coup-d'oeil sur

l'Italie_, par Moore (le docteur Moore); vous y trouverez une notice

sur le doge Valière (ce devrait être _Faliéri_), et sa conspiration, ou

les motifs qui l'y portèrent. Faites-moi copier cela et envoyez-le moi

dans une lettre le plus tôt possible. J'en ai besoin, et ne puis trouver

ici de narration aussi bonne de cette affaire; quoique le patriote voilé

et le lieu où il fut couronné et décapité ensuite, existe encore, et

qu'on vous les montre. J'ai fouillé dans toutes leurs histoires; mais la

politique de l'ancienne aristocratie est la cause du silence que gardent

les historiens sur les motifs qui déterminèrent ce doge, et qui

n'étaient autre qu'une injure particulière que lui avait faite un des

patriciens.

»J'ai envie d'écrire une tragédie sur ce sujet, qui me paraît

très-dramatique:--un vieillard, jaloux et conspirant contre un état dont

il est le chef régnant. Cette dernière circonstance rend ce fait le plus

remarquable de l'histoire de toutes les nations, et le seul de ce genre

qu'on puisse y trouver.»

LETTRE CCLXIII.

A M. MOORE.

Venise, 28 février 1817.

«Vous vous plaignez peut-être autant maintenant de la fréquence de mes

lettres, que vous vous plaigniez autrefois de leur rareté. Je crois que

celle-ci est la quatrième depuis autant de mois. Je suis impatient de

recevoir de vos nouvelles, et même plus que de coutume, parce que votre

dernière m'annonçait que vous ne vous portiez pas bien. A présent je

suis moi-même à un régime de malade; je suis un peu sur les dents par

suite du carnaval, c'est-à-dire des derniers jours, et d'avoir passé une

partie des nuits;--mais c'est fini,--et maintenant nous avons le carême

avec son abstinence et sa musique sacrée.

»Le carnaval s'est terminé par un bal masqué à la _Fenice_, où je suis

allé, ainsi qu'à la plupart des redoutes, etc., etc.;--et quoiqu'au

total je n'aie pas été très-dissipé, je m'aperçois pourtant que la lame

use le fourreau, je ne fais cependant que d'entrer dans ma

vingt-neuvième.

Ainsi donc, nous n'irons plus courir si tard la nuit, quoique le coeur

soit toujours aussi tendre, et le clair de lune aussi beau; car, de même

que la lame use le fourreau, l'ame use le sein qui la renferme, il faut

au coeur une petite pause pour respirer, et l'amour lui-même a besoin de

repos. Ainsi donc, quoique la nuit soit faite pour aimer, et que le jour

revienne trop tôt, nous n'irons plus courir si tard à la clarté de la

lune.

»J'ai eu dernièrement des nouvelles en fait de _littératoure_, ainsi que

j'ai entendu prononcer ce mot une fois par l'éditeur du _Monthly_. J'ai

appris que W. W. a publié et répondu aux attaques du _Quarterly_, dans

la _Chronique_ du savant Perry. J'ai lu ses poésies l'automne dernier,

et entr'autres j'y ai trouvé une épitaphe sur son boule-dogue, et une

autre sur moi-même; mais je prends la liberté de l'assurer (comme

l'astrologue Partridge), que non-seulement je suis encore vivant, mais

même que je l'étais au moment où il la composa......................

... Hobhouse, aussi, à ce que j'apprends, a décoché une lettre contre le

_Quarterly_ qui m'est adressée. Je me trouve dans une position

embarrassante entre lui et Gifford, qui sont tous deux mes amis.

»Et voici le mois où vous allez paraître.--Par le corps de Diane (c'est

un juron vénitien), j'éprouve autant d'impatience (quoique sans aucune

crainte pour vous), que si j'avais moi-même un ouvrage dans le genre

plaisant prêt à être publié, ce qui serait, comme vous savez, les

antipodes de mes compositions précédentes. Je ne crois pas que vous ayez

autre chose à craindre que votre propre réputation. Il faut la soutenir.

Comme vous ne m'avez jamais montré un vers de votre ouvrage, je ne sais

pas même le rhythme que vous avez adopté; mais il faut que vous m'en

envoyiez un exemplaire par Murray, et alors vous saurez ce que j'en

pense. Je gage que vous vous faites petit:--réellement vous êtes, de

tous les auteurs, le seul vraiment modeste que j'aie rencontré, ce qui

paraîtrait assez étrange à ceux qui se rappellent vos moeurs quand vous

étiez jeune,--c'est-à-dire quand vous étiez extrêmement jeune;--je ne

veux vous reprocher ni votre âge, ni votre moralité.

»Je crois vous avoir dit que la E. R. m'avait attaqué dans un article

sur Coleridge (que je n'ai pas lu).--«_Et tu_, Jeffrey? Il n'y a que

perfidie dans la vile espèce humaine.» Cependant je l'absous de toute

attaque présente et future; car je trouve qu'il a déjà poussé jusqu'au

dernier point la clémence à mon égard, et j'aurai toujours bonne opinion

de lui. Je m'étonne seulement qu'il n'ait pas commencé plus tôt, la

ruine de mon bonheur domestique offrant à tout le monde une belle

occasion, et dont tous ceux qui l'ont pu, ont bien fait de profiter.

»Si je vis encore dix ans, vous verrez pourtant que tout n'est pas fini

pour moi.--Je ne dis pas en fait de littérature, car cela compte pour

rien, et quelqu'étrange que cela puisse vous paraître, je ne crois pas

que ce soit là ma vocation;--mais vous verrez que je ferai quelque chose

(les tems et la fortune le permettant) qui, comme la cosmogonie ou

création du monde, embarrassera les philosophes de tous les siècles.

Cependant je doute que ma constitution tienne jusque-là, je l'ai parfois

diablement exercée[61].

[Note 61: Il y a dans le texte _exorcised_, qui veut dire exorcisée,

à la place d'_exercised_ (exercée), l'_o_ qui est italique étant placé

là par plaisanterie.

(_Note du Trad._)]

»Je n'ai pas encore fixé l'époque de mon retour, mais je crois que ce

sera au printems. Il y aura un an au mois d'avril que je suis absent.

Vous ne me parlez jamais de Rogers, ni de Hodgson, ni de votre voisin

l'ecclésiastique qui a obtenu dernièrement une cure auprès de vous.

A-t-il aussi un enfant? C'était tout ce qui lui manquait la dernière

fois que je l'ai vu.................................................

........................................................

»Donnez-moi de vos nouvelles, je vous prie, à vos momens de loisir, et

croyez-moi toujours sincèrement et affectueusement votre, etc.»

LETTRE CCLXIV.

A M. MURRAY.

Venise, 3 mars 1817.

«En vous accusant la réception de l'article du _Quarterly_[62], qui est

arrivé il y a trois jours, je ne puis employer de meilleurs termes que

ceux de ma soeur Augusta, qui dit qu'il est dicté par les sentimens les

plus bienveillans. Il est, à mon avis, quelque chose de plus, et autant

que le sujet me permet d'en juger, il me semble très-bien écrit comme

composition, et ne déparera pas la revue, car ceux même qui blâmeront

son indulgence seront forcés de louer sa générosité. Tant de gens ont

été disposés à traiter la question sous un point de vue différent, et

moins favorable, qu'en considérant d'ailleurs l'opinion publique et la

politique, il n'y a qu'un homme plein de courage et de bonté qui ait pu

écrire un pareil article dans un tel ouvrage, et à une telle époque,

même en gardant l'anonyme. De telles actions, cependant, portent avec

elles leur récompense, et j'ose me flatter que cet écrivain, quel qu'il

soit (et je n'en ai pas le moindre soupçon) ne regrettera pas de m'avoir

fait éprouver, par la lecture de cet article, autant de satisfaction que

pouvait m'en causer un morceau de ce genre, et beaucoup plus qu'aucun

autre m'en ait jamais donné, quoique dans mon tems j'en aie beaucoup vu,

tant pour, que contre. Ce n'est pas la louange seulement, mais il y

règne un tact et une délicatesse, non pas tant par rapport à moi, que

par rapport aux autres, que n'ayant jamais trouvés ailleurs, j'avais

jusqu'à présent douté de rencontrer nulle part.

[Note 62: Article qui porte le numéro 31 dans cette _Revue_, qui fut

écrit, comme lord Byron le découvrit bientôt, par sir Walter-Scott, et

mérite bien, par l'esprit de générosité et de bienveillance qui y règne,

la reconnaissance ardente et durable qu'il fit naître dans le noble

poète.

(_Note de Moore_.)]

»Peut-être, un jour ou l'autre, saurez-vous le nom de l'écrivain, et me

le direz-vous. Soyez persuadé que si l'article eût été sévère, je ne

vous l'aurais pas demandé.

»Je vous ai écrit très-souvent depuis peu, en vous envoyant des extraits

que vous avez reçus, j'espère, ou recevrez avec ou avant cette lettre.

Depuis la fin du carnaval, je n'ai cessé d'être indisposé. (Gardez-vous,

sous aucun prétexte, d'en informer Mrs. Leigh, car si mon mal empire,

elle ne le saura que trop tôt, et si je me rétablis, elle n'a pas besoin

de le savoir du tout.) Mais je n'ai presque pas quitté la maison;

heureusement je n'ai pas besoin de médecin: si j'étais dans ce cas, ceux

d'Italie sont fort heureusement les plus mauvais du monde, de sorte que

j'aurais encore une bonne chance. Ils ont, je crois, un fameux

chirurgien: c'est Vacca qui habite Pise, et pourrait se rendre utile en

cas de dissection;--mais il est à quelques centaines de milles. Ma

maladie est une espèce de fièvre lente, dont l'origine, comme le dirait

mon pasteur et maître Jackson, est d'avoir trop abusé de soi-même;

cependant je me trouve mieux depuis un ou deux jours.

»J'ai manqué l'autre jour le spectacle de la procession du nouveau

patriarche à Saint-Marc (à cause de mon indisposition); il marchait à la

tête de six-cent cinquante prêtres.--Belle et sainte armée! L'admirable

gouvernement de Vienne, dans un de ses édits autorisant son

installation, prescrivait comme partie du cortège une voiture à quatre

chevaux. Pour vous faire une idée à quel point ceci est _allemand_, vous

n'avez qu'à vous figurer notre parlement ordonnant à l'archevêque de

Cantorbéry de se rendre du coin d'Hyde-Park à la cathédrale de

Saint-Paul, dans la barque du lord-maire, ou dans la galiote de Margate.

Il n'y a que la place Saint-Marc, à Venise, qui soit assez grande pour

qu'un carrosse puisse y mouvoir, et elle est pavée de larges dalles

polies, de sorte que le char et les chevaux du prophète Élizée lui-même

seraient bien embarrassés d'y manoeuvrer. Ceux de Pharaon pourraient

faire mieux, car les canaux, et surtout le grand canal, sont assez

vastes et assez étendus pour toute son armée. La voiture était donc hors

de toute possibilité; mais les Vénitiens, qui sont aussi malins que

naïfs, se sont beaucoup amusés de cette ordonnance.

»La grammaire arménienne est publiée; mais mes études de l'arménien sont

suspendues dans ce moment, jusqu'à ce que la tête me fasse un peu moins

de mal. Je vous ai envoyé l'autre jour, sous deux enveloppes, le premier

acte de _Manfred_, drame aussi extravagant que la tragédie de _Bedlam_

de Nat. Lee, qui était en vingt-cinq actes, avec quelques scènes de

plus. La mienne n'en a que trois.

»Je m'aperçois que j'ai commencé cette lettre du mauvais côté; n'importe

donc, je la finirai du bon.

»Votre très-sincèrement et à jamais obligé, etc.»

LETTRE CCLXV.

A M. MURRAY.

Venise, 9 mars 1817.

«En vous envoyant le troisième acte de l'espèce de poème dramatique dont

vous avez dû, au moins je l'espère, recevoir les deux premiers, j'ai peu

de chose à vous observer, sinon qu'il ne faudra pas le publier (si vous

le publiez jamais) sans m'en avertir auparavant. Je ne saurais

réellement dire s'il est bon ou mauvais, et comme il n'en était pas de

même à l'égard de mes autres publications, je suis disposé à lui

assigner un rang très-humble. Vous le soumettrez au jugement de M.

Gifford, et à qui il vous plaira en outre. Quant à ce qui est du prix du

manuscrit (s'il vient jamais à être publié), je ne sais pas si trois

cents guinées vous paraîtront une estimation exagérée; dans ce cas, vous

pouvez en diminuer ce qu'il vous plaira: je ne pense pas, moi, qu'il

vaille plus; ainsi vous voyez que je fais quelque différence entre cet

ouvrage et les autres.

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 11 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 13 / 28 段