J'ai déjà dit quelque chose de la fausseté des liaisons de coulisse qui

lui furent attribuées, surtout avec une de nos belles actrices à qui il

avait à peine parlé une fois. Mais l'extrême confiance avec laquelle ce

conte fut mis en circulation et généralement cru donne un assez bon

échantillon de l'espèce de témoignage dont le public se contente dans

ses accès de vertueuse indignation. Il est cependant très-loin de mes

intentions d'alléguer que, dans le cours de ses relations avec le

théâtre, le noble poète ne fut pas quelquefois entraîné dans un genre de

société inconvenant, sinon dangereux à la régularité de la vie

conjugale. Mais les accusations portées contre lui sur ce point; en ce

qu'elles attaquent son caractère d'époux, n'en sont pas mieux fondées,

la seule circonstance qui eût pu réellement donner matière à cette

imputation n'ayant eu lieu qu'après sa séparation.

Ne se contentant pas de ces charges ordinaires et palpables, la voix

publique s'enhardit à aller encore plus loin, et se prévalant du

mystérieux silence que gardait l'une des parties, elle osa se répandre

en sombres suggestions, en insinuations vagues, que l'imagination de

chaque auditeur fut libre d'interpréter comme il lui plut. La

conséquence de toutes ces calomnies fut que le cri public s'éleva contre

Lord Byron, comme on n'en avait peut-être jamais vu d'exemple dans la

vie privée: et toute la gloire qu'il s'était acquise pendant le cours

des quatre années qui venaient de s'écouler n'avait pas surpassé de

beaucoup les reproches et les accusations calomnieuses qui, dans

l'espace de quelques semaines, avaient fondu sur lui. Outre ceux qui

croyaient de bonne foi à des excès que les apparences ne rendaient que

trop probables, et qui les réprouvaient également, soit qu'ils le

considérassent comme poète, ou comme homme du monde, il y avait aussi

sans cesse sur le _qui vive_, cette classe nombreuse et active de gens

qui regardent la haine des vices des autres comme équivalant à la vertu,

ainsi que ces ennemis naturels de tous les succès qui, ayant long-tems

souffert de la gloire du poète, purent alors, sous le masque de

champions de l'innocence, accabler l'homme de toute leur malignité.

Journaux, libelles, caricatures, tout fut employé pour livrer son

caractère à la haine publique[19]. À peine une voix s'éleva-t-elle en sa

faveur, ou fut-elle écoutée; et, quoiqu'un petit nombre d'amis fût

resté inébranlable à ses côtés, ils désespérèrent totalement, ainsi que

lui-même, de parvenir à arrêter ce torrent, et, après s'être efforcés

deux ou trois fois en vain de se faire entendre, ils se résignèrent au

silence. Au nombre des tentatives qu'il fit pour confondre ses

calomniateurs, est un appel (tel que celui qui est contenu dans le

billet suivant) à quelques-uns de ceux avec lesquels il avait continué

de vivre familièrement.

[Note 19: L'extrait suivant d'un poème qui fut publié à cette époque

donnera quelque idée de la manière dont on l'injuriait.

«Loin de l'Angleterre, sa terre natale, qui toléra trop long-tems le

continuel refrain de ses chants profanes, il va, déjà blanchi dans le

vice à son début dans la vie, poursuivie une carrière toute pleine de

crimes et de folies, et chercher sous un ciel étranger une existence

plus en rapport avec la perversité de son ame, dans d'autres climats où

son goût blasé et ses regards impies s'attendent à de nouveaux plaisirs.

Il fait sagement de chercher une plage ignorée, où on l'estimera

d'autant plus qu'on le connaîtra moins.»

Dans un libelle rimé, intitule _Épître poétique de Délia à lord Byron_,

l'auteur s'exprime de cette charitable manière:

«Sans espoir de repos ici-bas, et, pensée accablante! éloigné de ce ciel

qui repousse ceux qui ne le cherchent pas, ton éclat n'est que celui

d'un phare, ton nom un opprobre; ta mémoire est condamnée à une honteuse

et éternelle célébrité. Évité du sage, admiré du sot seulement, les bons

pleureront sur ton sort, et les Muses te désavoueront.»

(_Note de Moore_.)]

LETTRE CCXXXV.

À M. ROGERS

25 mars 1816.

«Vous êtes du petit nombre de ceux avec lesquels j'ai vécu dans

l'intimité, et vous m'avez entendu converser quelquefois sur le pénible

sujet de mes derniers chagrins domestiques. Je vous prie de me dire

franchement si vous m'avez jamais entendu parler d'elle d'une manière

irrespectueuse ou défavorable, ou si je me suis jamais défendu à ses

dépens, en reportant sur elle aucune imputation sérieuse? Ne m'avez-vous

pas ouï dire que, lorsqu'il y avait entre nous tort ou raison, la raison

était toujours de son côté? Je ne vous fais ces questions à vous et à

mes autres amis, que parce que je suis accusé, dit-on, par elle et les

siens, d'avoir eu recours à ces moyens-là pour me disculper.

»Toujours tout à vous,»

B.

Dans les Mémoires, ou, pour mieux dire, le _Memoranda_ du noble poète

qu'on crut devoir sacrifier pour divers motifs, il faisait le récit

détaillé de toutes les circonstances qui se rattachaient à son mariage,

depuis ses premières propositions à miss Milbanke, jusqu'à son départ

d'Angleterre, après leur rupture. Quoique effectivement, le titre de

_Mémoires_ qu'il donnait quelquefois lui-même à ce manuscrit, nous

transmette l'idée d'une biographie complète et régulière, c'était à

cette époque particulière de sa vie que cet ouvrage était surtout

consacré, tandis que les anecdotes qui se rapportaient aux autres

parties de sa carrière y tenaient non-seulement très-peu de place, mais

étaient la plupart de celles qu'on trouve répétées dans les divers

fragmens de journal, et les autres manuscrits qu'il laissa après sa

mort. Le principal charme, en effet, de cette narration, est le ton

d'enjouement mélancolique (je dis mélancolique, car on voit que toutes

ces plaisanteries partaient d'un coeur blessé) avec lequel des événemens

sans importance, et des personnages sans intérêt autre que leur rapport

avec la destinée d'un tel homme, y sont représentés et décrits. Aussi

franc que de coutume dans l'aveu de ses torts, et plein de générosité

dans la justice qu'il rendait à celle qui avait partagé avec lui la

douleur de cette désunion, l'impression que laissa son récit dans

l'esprit de tous ceux qui l'entendirent, lui fut toute favorable,

quoique le résultat qu'on en pût tirer, d'accord avec l'opinion que j'ai

déjà exprimée, fût que les causes de cette séparation ne différaient pas

beaucoup, par leur nature et leur importance, de celles qui portent la

discorde dans la plupart des mariages de ce genre.

Quant aux détails eux-mêmes, quoique pleins d'importance pour lui à

cette époque, comme se rattachant au sujet qui, plus que tout autre,

occupait ses pensées, l'intérêt qu'ils pourraient offrir aux autres,

maintenant que le premier attrait de la curiosité est passé, et que la

plupart des individus auxquels ils se rapportent sont oubliés, serait

trop faible pour me justifier de m'y arrêter, et de courir le risque

d'offenser quelqu'un en les dévoilant. Dans tout ce qui concerne le

caractère du poète illustre qui fait le sujet de cet ouvrage, je suis

convaincu que le tems et la justice feront bien plus en sa faveur que

tout ce commérage de détails. Pendant la vie d'un homme de génie, le

monde n'est que trop porté à le juger d'après ce qui lui manque, plutôt

que d'après ce qu'il possède, et même avec la conviction, comme dans le

cas actuel, que ses défauts sont en partie les causes de sa grandeur, il

s'obstine déraisonnablement à vouloir trouver en lui l'une exempte des

autres. Si Pope n'avait pas été irritable et atrabilaire, nous n'aurions

pas eu ses satires, et il fallait un tempérament impétueux et des

passions indomptées, pour former un poète tel que Lord Byron.

C'est la postérité seule qui peut rendre pleine justice à ceux qui ont

payé si cher la gloire d'y arriver. L'alliage qui se mêlait jadis à leur

or disparaît, et les faiblesses et même les infortunes du génie sont

effacées par sa grandeur. Qui s'inquiète maintenant de savoir si Dante

avait tort ou raison dans ses démêlés domestiques? Et combien en est-il,

parmi ceux dont l'imagination s'arrête avec complaisance sur sa

_Beatrix_, qui se rappellent seulement le nom de sa _Gemma Donati_?

Tel court qu'ait été l'intervalle depuis la mort de Lord Byron,

l'influence charitable du tems qui adoucit et souvent annule les

jugemens rigoureux du monde contre le génie, se fait déjà sentir. On

commence à comprendre et à reconnaître enfin, maintenant que son esprit

a passé de ce monde, la totale déraison de vouloir juger un tel

caractère d'après les règles ordinaires, et de s'attendre à trouver les

élémens de l'ordre et du bonheur dans une ame des profondeurs de

laquelle s'échappaient continuellement «des flots de lave.» En revenant

sur les circonstances de son mariage, la balance est tenue d'une main

plus juste, et tout en accordant un légitime tribut d'intérêt et de

compassion à celle qui, pour la fatalité de son repos, fut enveloppée

dans la même destinée, qui, avec les vertus et les talens qui auraient

fait le bonheur d'un homme ordinaire, entreprit dans un funeste moment

de maîtriser «le fougueux Pégase,» et échoua dans une tâche où il n'est

pas sûr que la plus capable de l'accomplir eût réussi,--on juge enfin,

avec plus d'indulgence, ce grand génie martyr de lui-même, chez qui tant

d'autres causes, outre la flamme inquiète qui brûlait dans son sein, se

réunissaient pour jeter le désordre dans son esprit, et comme il le dit

lui-même si expressivement, «le rendre impropre au bonheur,» son sort

fut d'être tel qu'il a été ou moins grand.--En domptant cette ame

impétueuse, on eût peut-être éteint le feu sacré qui la dévorait, car il

n'exista jamais un individu auquel, comme auteur ou comme homme, le vers

suivant paraisse plus applicable:

_Si non errasset, fecerat ille minus_[20].

[Note 20: S'il n'avait pas erré, il eût fait bien moins de grandes

choses.]

Pendant le cours de ces événemens, dont sa mémoire et son coeur

conservèrent des traces si douloureuses pendant le reste de sa courte

vie, il se présenta quelques circonstances relatives à sa vie

littéraire, sur lesquelles nous appellerons maintenant l'attention du

lecteur, éprouvant une espèce de soulagement à la détourner du pénible

sujet sur lequel nous nous sommes arrêtés si long-tems.

La lettre qui suit est une réponse à une autre qu'il avait reçue de M.

Murray, et dans laquelle ce dernier lui envoyait un bon de 1,000 guinées

pour les manuscrits de ses deux poèmes, _le Siége de Corinthe_ et

_Parisina_.

LETTRE CCXXXVI.

A M. MURRAY.

2 janvier 1816.

«Votre offre est _libérale_ à l'excès (vous voyez que je me sers de ce

mot en parlant de vous, et à vous, quoique je n'aie pas voulu consentir

à ce que vous vous l'appliquassiez avec M. ***). C'est beaucoup plus que

les deux poèmes ne peuvent réellement valoir; mais je ne puis et ne veux

l'accepter. Je vous laisse parfaitement libre de les joindre à la

collection, sans aucune demande ou attente quelconque de ma part; mais

je ne puis consentir à ce qu'ils soient publiés séparément. Je ne veux

pas risquer le peu de réputation (méritée ou non) que j'ai pu acquérir

sur des compositions qui, dans mon opinion, sont très-inférieures à ce

qu'elles devraient être (et, comme je m'en flatte même, à quelques-unes

des autres), quoiqu'elles puissent fort bien passer comme des choses

sans prétentions, et pour grossir la publication avec d'autres pièces

fugitives.

»Je suis bien aise que l'écriture vous ait fait présager favorablement

de la morale de l'ouvrage,--mais il ne faut pas vous fier à cela, car

mon copiste écrit tout ce que je lui dicte, avec toute l'ignorance de

l'innocence. J'espère cependant dans ce cas qu'il n'y a pas grand danger

ni pour l'une ni pour l'autre.

»_P. S._ Je vous ai renvoyé votre bon déchiré, de crainte qu'il

n'arrivât quelqu'accident en route. Je vous prie de ne pas faire naître

les tentations sur la mienne. Ce n'est pas par mépris de cette idole

universelle, ni qu'il y ait chez moi maintenant de superflu en fait de

trésors; mais ce qui est juste est juste, et ne doit pas céder aux

circonstances.»

Malgré la ruine de sa fortune, le poète continua de regarder comme

sacrée la résolution qu'il avait prise de ne pas se servir du produit de

ses ouvrages, et il refusa, comme nous venons de le voir, la somme qui

lui fut offerte des manuscrits du _Siége de Corinthe_ et de _Parisina_,

somme qui demeura intacte entre les mains de l'éditeur. Il arriva vers

le même tems, à un écrivain célèbre sur la politique, de se trouver

réduit, par quelque malheur, à de grands embarras pécuniaires, et cette

circonstance étant venue à la connaissance de M. Rogers et de sir James

Mackintosh, ils pensèrent qu'une partie de la somme que Lord Byron

laissait ainsi sans emploi, ne pouvait être mieux placée qu'à venir au

secours de cet auteur. Cette idée ne fut pas plus tôt suggérée au noble

poète, qu'il agit immédiatement en conséquence, et la lettre suivante,

adressée à M. Rogers, est relative à ses intentions à cet égard.

LETTRE CCXXXVII.

À M. ROGERS.

20 février 1816.

«Je vous ai écrit ce matin à la hâte, par le canal de Murray, pour vous

dire que je ferai avec plaisir ce que vous et Mackintosh m'avez suggéré

au sujet de M. ***. Mais comme je n'ai jamais vu M. *** qu'une seule

fois, et n'ai aucun titre à sa connaissance, je pense qu'il vaudra mieux

que sir J. et vous arrangiez cette affaire de la manière la moins

offensante pour sa délicatesse, et sans qu'il y ait de ma part apparence

d'intrusion ou de vouloir me montrer officieux. J'espère que vous y

pourrez réussir, car il me serait très-pénible de rien faire à son égard

qui pût paraître indélicat. La somme offerte par Murray est de 1,500

livres sterling;--je l'ai refusée, d'abord parce que je l'ai regardée

comme au-delà de la valeur que ces deux ouvrages pouvaient avoir pour

Murray, et d'après quelques autres motifs de peu d'importance. J'ai

cependant, d'après votre suggestion et celle de sir J., terminé avec

Murray, et je propose de faire passer à M. *** la somme de 600 livres

sterling, de la manière qui paraîtra la plus convenable à votre ami: je

destine le reste pour d'autres objets.

»Comme Murray a offert librement cet argent en paiement des manuscrits,

l'affaire peut être terminée de suite. Je suis prêt à signer et à

apposer mon sceau immédiatement, et peut-être sera-ce aussi bien de n'y

pas mettre de retard. Je serai charmé d'être de quelque utilité à M.

***; seulement épargnez-lui les tourmens de ces sortes d'affaires, et la

pensée d'avoir contracté une obligation, enfin tout ce qui amène les

gens à se haïr.

»Votre très-sincèrement dévoué,»

B.

Les autres objets dont il parle ici ont rapport à l'intention où il

était de partager le reste de cette somme entre deux auteurs célèbres

dans la littérature, et qui avaient également besoin d'un tel secours,

M. *** et M. Mathurin. Ce projet cependant, quoique conçu avec la plus

grande sincérité par le poète, ne s'exécuta pas. M. Murray, qui

connaissait bien les fâcheuses extrémités où Lord Byron lui-même se

trouvait réduit, et qui prévoyait qu'il pourrait venir un tems où il

serait bien aise de trouver cet argent, malgré la manière dont il était

gagné, refusa d'en faire l'avance, lorsqu'il apprit l'usage auquel il

était destiné, alléguant que, quoique engagé, non-seulement par sa

parole, mais encore par sa volonté, à en payer le montant à Lord Byron,

il ne se croyait pas obligé à s'en dessaisir en faveur des autres. On

verra dans la lettre suivante combien le noble poète, menacé lui-même de

saisies de tous côtés, mit de vivacité à le presser sur ce point.

LETTRE CCXXXVIII.

À M. MURRAY.

22 février 1816.

«Quand je refusai la somme que vous m'offriez, et même me pressiez

d'accepter, c'était en raison d'une publication séparée, comme nous le

savons, vous et moi; je suis convenu, et je conviens encore que cette

somme était considérable, et ce fut un de mes motifs pour la refuser,

jusqu'à ce que je fusse mieux instruit du parti que vous en pouviez

tirer. Quant à ce qui s'est passé ou va se passer à l'égard de M. ***,

c'est un cas qui ne diffère en aucune façon de la cession que j'ai faite

précédemment à M. Dallas de mes premiers manuscrits.--Si je vous avais

pris au mot, c'est-à-dire que j'eusse pris votre argent, j'aurais pu

m'en servir comme bon m'aurait semblé, et il devait vous être également

indifférent que j'en fisse cadeau à une fille ou à un hôpital, ou que

j'en secourusse un homme de talent dans le malheur. Le fond de

l'affaire est donc, à ce qu'il me semble, que vous avez offert plus que

les poèmes ne valaient. Je l'ai dit et je l'ai pensé, mais vous savez,

ou du moins devriez savoir votre métier mieux que moi; et si vous vous

rappelez ce qui s'est passé entre nous avant ceci, en fait de

transactions pécuniaires, vous m'acquitterez certainement d'avoir jamais

cherché à profiter de votre imprudence.

»Les ouvrages en question ne seront pas publiés du tout; ainsi ne

parlons plus de cette affaire.

»Votre, etc.»

La lettre qui vient après celle-ci donnera quelque idée des embarras

dont il était lui-même accablé au moment où il s'occupait ainsi des

besoins des autres.

LETTRE CCXXXIX.

À M. MURRAY.

6 mars 1816.

«J'ai envoyé chez vous aujourd'hui, par la raison que les livres que

vous avez achetés sont encore saisis, et que, dans l'état des affaires,

il vaut beaucoup mieux faire vendre tout d'un coup à l'encan[21]. Je

désire vous voir pour vous rendre le billet que vous m'aviez fait, et

qui, Dieu merci, n'est ni payé ni même échu: ce point une fois arrangé,

en ce qui vous concerne (ce qui peut être et sera demain quand nous nous

verrons), je ne m'embarrasse plus de cette affaire. Voilà à peu près la

dixième saisie en autant de mois, de sorte que je commence à m'y

habituer. Mais il est juste que je porte la peine des folies de mes

ancêtres et des miennes propres; et, quelles que soient mes fautes, je

suppose qu'elles seront passablement expiées avec le tems--ou dans

l'éternité.

»Toujours tout à vous.»

[Note 21: La vente de ces livres eut lieu le mois suivant, et on la

représenta dans le catalogue comme «appartenant à un seigneur qui allait

quitter l'Angleterre pour voyager.»

Il paraît, d'après un billet à M. Murray, qu'on avait d'abord annoncé

qu'il allait en Morée.

«J'espère que le catalogue des livres, etc., etc., ne sera pas publié

sans que je l'aie vu. Je veux m'en réserver quelques-uns, et il y en a

plusieurs dont il ne doit pas être question. L'annonce ne sait ce

qu'elle dit: je ne vais pas en Morée, et quand même j'irais, autant

vaudrait annoncer en Russie qu'un homme va partir pour le Yorkshire.

»Votre, etc.»

On vendit avec ses livres un meuble qui est à présent entre les mains de

M. Murray. C'est un grand paravent couvert de portraits d'acteurs, de

pugilistes, et représentant des combats de boxeurs, etc.

(_Note de Moore_.)]

»_P. S._ Je n'ai pas besoin de dire que je n'ai rien su de cette

nouvelle saisie qu'au dernier moment:--je les avais sauvés des saisies

précédentes, et croyais bien, quand vous les avez achetés, qu'ils

étaient à vous.

»Vous aurez votre billet demain.»

Durant le mois de janvier et une partie de février, ses poèmes du _Siége

de Corinthe_ et de _Parisina_ furent livrés à l'impression, et ce fut

vers la fin de ce dernier mois qu'ils parurent. Les lettres suivantes

sont les seules qui aient rapport à leur publication.

LETTRE CCXL.

À M. MURRAY.

3 février 1816.

«Je vous avais envoyé chercher _Marmion_, parce qu'il m'était venu dans

la tête qu'il y avait quelque ressemblance entre une partie de

_Parisina_ et une scène semblable du second chant de _Marmion_. Je

crains qu'elle n'existe, quoique je n'y eusse jamais pensé auparavant,

et ne pusse guère former le voeu d'imiter ce qui est inimitable.--Je

voudrais que vous demandassiez à M. Gifford s'il me conviendrait de dire

quelque chose là-dessus: j'avais achevé l'histoire sur un passage de

Gibbon qui conduit tout naturellement à une scène de ce genre, sans que

j'y eusse songé, mais maintenant cette pensée qui m'est venue me rend

fort mal à mon aise.

»Il y a dans le manuscrit quelques mots et quelques phrases que je

voudrais changer avant l'impression: je le renverrai dans une heure.

»Tout à vous.»

LETTRE CCXLI.

À M. MURRAY.

20 février 1816.

...................................................

«Pour en revenir à notre affaire, vos lettres sont en vérité

très-agréables. Relativement au reproche de manque de soin, je pense,

avec toute l'humilité possible, que le lecteur bénévole aura pris pour

de la précipitation et de la négligence l'irrégularité qui appartient à

ce genre de versification assez peu ordinaire. La mesure est différente

de celle de tous mes autres poèmes que l'on a trouvés, je crois,

passablement corrects, en s'en rapportant à Byshe et à ses doigts ou à

son oreille, car c'est de cette manière que les poètes écrivent et que

les lecteurs jugent. Une grande partie du _Siége de Corinthe_ est écrite

en _anapestes_, je crois, comme les appellent les savans (je n'en suis

pas bien sûr pourtant, étant terriblement oublieux du mètre et des

règles); plusieurs des vers aussi sont à dessein plus courts ou plus

longs que ceux qui leur servent de rime, et la rime elle-même revient à

des intervalles plus ou moins grands, suivant le caprice ou la

convenance.

»Je ne veux pas dire par là que j'aie raison, et que cela soit bon, mais

seulement que j'aurais pu être plus régulier si j'avais cru y gagner, et

que c'est avec intention que j'ai dévié aux usages, quoique j'en sois

fâché maintenant, car mon but est, sans aucun doute, de plaire. J'avais

désiré faire quelque chose qui ne ressemblât pas à mes premiers essais,

de même que j'ai cherché à rendre ceux-ci différens les uns des autres.

La versification du _Corsaire_ n'est pas celle de _Lara_, ni celle du

_Giaour_ la même que celle de _la Fiancée_; _Childe Harold_ diffère

encore de ceux-ci, et j'avais essayé de mettre quelque variation dans

le dernier, afin qu'il ne ressemblât pas complètement à aucun des

autres.

»Excusez toutes ces impertinences et ce maudit égoïsme: le fait est que

je cherche plus à penser à ce que j'écris que je n'y pense

réellement.--Je ne savais pas que vous fussiez venu chez moi;--vous y

êtes toujours admis et bien venu quand cela vous fait plaisir.

»Tout à vous.

»_P. S._ Il ne faut pas vous inquiéter ni vous chagriner à cause de moi.

Si j'avais dû me laisser accabler par le monde, il est des choses

auxquelles j'aurais succombé il y a des années. Parce que je ne fais pas

de bravades, il ne faut pas me croire dans l'abattement, ni vous

imaginer, parce que je sens profondément, que la force doive

m'abandonner: mais en voilà assez pour le moment.

»Je suis fâché de cette querelle de Sotheby.--Quel, diable, peut en être

le sujet? Je croyais tout cela arrangé:--si je puis faire quelque chose

pour lui ou pour _Ivan_, je suis tout prêt et tout disposé. Je ne crois

pas très-convenable pour moi de fréquenter beaucoup les coulisses dans

ce moment-ci; mais je verrai le comité, et je le pousserai, si Sotheby

le désire.

»Si vous voyez M. Sotheby, dites-lui, je vous prie, qu'en recevant son

billet je me suis empressé d'écrire à M. Coleridge, et que j'espère

avoir fait à ce sujet ce que désirait M. Sotheby.»

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 11 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 4 / 28 段