CHAPITRE VI

Paniers apportés de Bretagne.

(JUVENAL.)

La tâche imposée à Alda n'était ni désagréable ni difficile; elle

consistait à tresser ces charmants petits paniers pour la

fabrication desquels les anciens Bretons étaient renommés, et qui

étaient alors si appréciés à Rome, qu'un de ses poëtes satiriques

les met au nombre des objets de luxe les plus recherchés.

Il ne fallut rien moins que la persuasive éloquence et les

représentations réitérées de Susanne pour amener la fière Bretonne à

recevoir les matériaux nécessaires à leur confection, et plus encore

pour la faire consentir à les mettre en oeuvre.

On a pourtant dit avec vérité que c'est seulement le premier pas qui

coûte. Quand Alda eut enfin surmonté son orgueilleuse résistance

jusqu'au point de commencer à faire un panier, elle n'éprouva pas

seulement de la satisfaction, mais plutôt, comme on pourrait

l'appeler, l'orgueil de l'art, en voyant toutes les esclaves

abandonner leurs occupations et leurs différents ouvrages pour

s'assembler autour d'elle, et suivre les progrès de son travail en

frappant des mains avec tous les témoignages de la plus vive

admiration; et quand il fut achevé, elles parurent le regarder comme

un prodige de l'intelligence et de l'habileté humaines. Mais un

regard approbateur de Susanne fut au-dessus de tous ces suffrages,

et, prenant son bras, Alda quitta fièrement sa place à l'approche de

Lélia; car la pensée de recevoir ses louanges était plus pénible

pour la jeune princesse que tous les châtiments qu'on aurait pu lui

infliger. Lélia cependant fit de grands éloges de son ouvrage; elle

était enchantée de cet échantillon des talents de l'esclave inutile

jusque-là dans la maison de Marcus Lélius, et qui avait été le

constant objet du mécontentement et de la colère de son impérieuse

maîtresse.

Mais Lélia n'était pas moins disposée à récompenser que prompte à

punir; appelant près d'elle la Bretonne, qui ne s'avançait qu'avec

répugnance, elle lui exprime sa satisfaction de ce qu'elle avait

enfin adopté le parti le plus prudent et le plus sage, en se

soumettant à son devoir; elle lui assura que ses fautes passées et

ses actes de révolte seraient entièrement oubliés, si elle

persévérait dans sa bonne conduite présente.

Tout cela était extrêmement désagréable à Alda, dont l'esprit encore

insoumis avait peine à écouter patiemment le langage de supériorité

dans lequel était exprimée cette humiliante approbation, et qui se

sentait prête à assurer à Lélia que son changement de conduite

n'était produit par aucun désir de lui plaire; mais quand Lélia, en

témoignage de satisfaction et pour l'encourager à continuer de bien

faire, lui offrit, avec un beau vêtement, quelques pièces de monnaie

d'argent, marques de faveur qui excitaient l'envie et la jalousie de

toutes ses compagnes, le dédain péniblement contenu dans la jeune

princesse éclata enfin, et, rejetant les dons qui lui étaient

présentés par une maîtresse abhorrée, elle s'écria d'un ton pleine

de mépris et d'indignation: "Quoique j'aie daigné faire la travail

que vous m'avez imposé, orgueilleuse Romaine, je ne suis pas encore

descendue assez bas pour accepter vos présents."

Et, sans faire attention au coup d'oeil de reproche de Susanne, elle

quitta la salle d'un air aussi majestueux que si elle eût été une

reine en possession de son trône.

Cette explosion d'orgueil eut pour Alda les plus fâcheuses

conséquences. C'était précisément à l'instant où Lélia, qui ne

l'avait pas vue depuis sa longue maladie, sentait quelque regret de

la barbarie avec laquelle elle l'avait traitée. En voyant ses joues

pâles, sa maigreur, et les ravages que le chagrin et les souffrances

avaient faits chez cette jeune fille, auparavant si fraîche et si

florissante, elle avait éprouvé un désir inaccoutumé d'user envers

elle de manières douces et conciliantes; mais la conduite fière et

méprisante de la jeune Bretonne ralluma tous ses sentiments hostiles

contre elle, et bien des scènes irritantes, peu honorables pour

toutes deux, suivirent celle-ci. Alda, comme la plus faible, en fut

la victime, et il se passa du temps, bien du temps, avant que

Susanne pût obtenir de son amie qu'elle reprît les occupations qui

lui étaient prescrites.

Quand enfin elle s'y décida, ce fut par suite de l'influence

toujours croissante de la religion sur son caractère: alors, cessant

de nourrir ses passions violentes par de continuels combats avec une

personne envers qui la résistance ne pouvait jamais être profitable,

et dont il était à la fois dangereux et blâmable de provoquer la

colère, elle commença à ressentir une grande paix intérieure et

beaucoup de calme dans l'esprit.

D'ailleurs Alda comprenait enfin que sur beaucoup de points, dans sa

conduite passée, elle n'avait eu elle-même que trop de ressemblance

avec Lélia. La religion, ce puissant modérateur des âmes, lui avait

appris à écarter les fausses couleurs et le jour décevant sous

lesquels l'amour-propre et les illusions de la vanité lui avaient

déguisé ses premières actions, et elle s'apercevait qu'elle aussi

avait été impérieuse, déraisonnable, dure et sans égard pour les

sentiments de ceux qui, d'une manière ou d'une autre, étaient

contraints à supporter sa tyrannie. Elle aussi, dans les jours peu

nombreux de sa grandeur, avait abusé de la mesure, quoique

restreinte, de son pouvoir.

Alda se rappela avec regret beaucoup d'actes d'injuste exigence et

d'oppression dont elle avait été coupable, et elle sentait que, si

une de ses esclaves se fût trouvée placée sous le joug de Lélia,

peut-être eût-elle à peine imaginé que son sort fût plus malheureux

qu'il ne l'avait été auprès d'elle; enfin la jeune convertie

s'avouait que la coupe amère de l'esclavage avait été portée à ses

lèvres par une effet de la justice divine, et qu'elle devait la

boire avec résignation.

Ces réflexions l'attristèrent beaucoup; mais elles furent plus

puissantes que toute autre chose pour l'aider à vaincre la violence

de son caractère. Susanne l'encourageait au milieu de son

abattement, en l'assurant que les chagrins de la nature de celui

qu'elle éprouvait alors sont profitables à l'âme; qu'ils conduisent

à la paix et à la joie, puisque personne ne peut reconnaître

entièrement l'étendue de ses torts sans éprouver toutes les

souffrances de l'humiliation et des remords; mais que cette

reconnaissance est précieuse, puisqu'elle est le premier pas vers le

sincère amendement du coeur.

Alda obtint enfin la récompense pour laquelle elle avait si

courageusement travaillé; car Lélia lui offrit d'elle-même, quelque

temps après, en récompense d'un ouvrage dont elle était

très-satisfaite, une journée de congé pour elle et pour Susanne,

afin qu'elles pussent voir toutes les deux les courses de chars et

les jeux du cirque, ne supposant pas un instant qu'elles eussent la

pensée d'employer autrement la faculté de jouir d'une liberté

temporaire.

C'était là, en effet, que s'assemblait tout ce qu'il ya avait de

gai, de beau, de noble dans la magnifique Rome, et bien peu

favorisés véritablement devaient être les derniers des plébéiens

s'ils ne trouvaient une occasion d'aller admirer le spectacle

nouveau d'un puissant césar, de l'homme qui régnait despotiquement

sur les maîtres du monde, remplissant les rôles de musicien,

d'acteur et de bouffon.

Quoique ce fût une pompe dépourvue d'attraits pour les jeunes

chrétiennes, elles réussirent, non sans difficulté, à se faire jour

au milieu de la multitude confuse qui affluait vers le cirque de

toutes les rues et de toutes les avenues de la cité impériale, et se

hâtait d'y arriver, à la seule exception de la faible enfance, de la

vieillesse décrépite, des malades alités, et de ce petit nombre

d'hommes heureux sur lesquels avait lui la lumière qui les

dirigeait, hors de la voie large de la perdition, par des chemins

glorieux, quoique semés d'épines, à la béatitude éternelle. Les

membres persécutés de l'Eglise chrétienne de Rome profitaient avec

joie de cette occasion offerte par la réunion des grands et du

peuple dans un lieu de fêtes publiques, pour se joindre aussi dans

un concours d'adoration et de prières, et célébrer les mystères de

leur sainte religion.

Ceux-là, quand la foule étourdie et légère était rapidement passée,

se voyaient, soit isolés, soit par petits groupes de familles,

traversant les rues désertes dans une direction opposée à celle qui

conduisait à ce foyer de crimes et de folies, le cirque.

Susanne et Alda suivirent leurs pas à une modeste distance, à

travers beaucoup de tours et de détours, qui paraissaient à la jeune

Bretonne étonnée un inexorable labyrinthe de maisons, jusqu'à ce

qu'elles arrivassent à un quartier désert de la ville, qui n'était

pas encore débarrassé des ruines de bâtiments à demi brûlés, et

n'était fréquenté par personne, si ce n'est pourtant par les

malheureux dont le feu avait fait des mendiants sans asile, et qui

venaient y chercher un abri.

Les deux amies s'arrêtèrent enfin devant une grande maison isolée,

dont les fenêtres étaient fermées, et qui ne portait aucune trace

d'habitation; mais à un certain signal de Susanne, la porte fut

ouverte avec lenteur et précaution par un vétéran romain, qui, ayant

échangé avec elle un salut silencieux, les admit dans l'intérieur de

la maison, et les conduisit dans une pièce spacieuse et délabrée,

autrefois la salle de festin d'un ministre de l'empereur Auguste.

Ces murs, alors délabrés, avaient été témoins de fêtes brillantes,

des triomphes de la littérature, de l'emphase des discours, des

charmes de la musique et de la puissance du chant, quand l'hôte

impérial avait daigné honorer de sa présence le festin de son

favori, où, assis entre les premiers poëtes de ce siècle célèbre, il

jouissait d'une distinction plus élevée que celle que lui-même

accordait, entouré de tout ce qu'il y avait de plus renommé dans le

génie, les sciences, les lettres et les arts, groupés autour du

gracieux patron qui les encourageait.

Le noble propriétaire de cette maison avait péri dans une des

sanglantes proscriptions du sombre Tibère, dont il avait encouru la

haine en raison de l'amitié que lui témoignait le prédécesseur du

tyran, et du respect qu'il persistait à témoigner pour son auguste

victime, la vertueuse et infortunée Agrippine. Sa demeure, depuis ce

temps, était inhabitée et tombait en ruines. Les ornements et le

riche mobilier avaient été pillés, les peintures arrachées des

murailles, les statues brisées et défigurées, et il n'y restait plus

rien qui pût indiquer que le maître du monde l'avait souvent honorée

de sa présence.

Cependant, dans les jours de sa désolation, elle était affectée à un

plus noble usage, et devenait le temple du Dieu vivant, qui y était

adoré en esprit et en vérité, par la société des saints et la

glorieuse armée des martyrs, qui pour l'amour de lui avaient renoncé

au monde, indigne de les posséder.

Là ils s'assemblaient pour offrir au vrai Dieu ce pur encens des

coeurs, plus précieux à ses yeux que le sang des victimes. Assaillis

par la tentation, ils avaient résisté à toutes ses épreuves;

poursuivis par la persécution, ses terreurs ne les avaient point

ébranlés; et de nouveaux convertis augmentaient chaque jour leur

nombre.

Dans les armées, dans les flottes, dans la maison même du barbare

Néron, auteur des supplices atroces auxquels étaient condamnés les

chrétiens, il y avait de nombreux prosélytes de cette religion

réprouvée.

Un autel de pierre non taillée, sur lequel était inscrit le nom du

Dieu vivant, occupait la place du siége d'honneur qui avait été

destiné à un prince de la terre; et la voûte spacieuse répétait

maintenant de plus doux sons que les nobles chants de Virgile, les

vers brillants d'Horace, ou les élégantes fictions d'Ovide,

puisqu'elle retentissait des psaumes de Sion et de la séraphique

mélodie des hymnes chrétiennes, ainsi que des voix de la prière et

de l'adoration, qui portaient sur les ailes de la foi les coeurs

brûlants d'un saint amour, au delà des étroits confins de la sphère

terrestre, en la présence du Très-Haut.

La fontaine de marbre, placée au milieu de la salle, d'où avaient

coulé les eaux parfumées, et qui avait servi à des usages de luxe et

de plaisir en répandant une délicieuse fraîcheur dans la salle

d'apparat, et en humectant les convives de sa rosée odoriférante

pendant qu'ils s'étendaient, après le banquet, sur leurs lits de

pourpre, maintenant consacrée à un meilleur et plus noble usage,

fournissait le pur élément dans lequel étaient baptisés ceux qui

s'étaient convertis à la foi chrétienne. Là Susanne conduisit sa

jeune prosélyte, et apprit au saint prêtre qui était en ce lieu

qu'elle désirait recevoir ce sacrement et entrer dans le sein de

l'Eglise.

Le vénérable vieillard fixa pendant quelques instants sur la jeune

Bretonne un regard doux et scrutateur; puis il lui dit:

"Connaissez-vous, ma fille, les périls auxquels vous vous exposez en

devenant un membre de cette Eglise persécutée? car, quelque désir

que nous ayons d'en accroître le nombre, nous n'admettons personne

sans l'en avoir averti, dans la crainte que, lorsque viendra pour

les nouveaux chrétiens l'heure de la tentation et d'une persécution

cruelle, ils ne déshonorent le nom du Seigneur en refusant de le

confesser.

--Mon père, répondit Alda, je ne me présente pas ici légèrement, ni

dans l'ignorance de ce qui peut m'attendre. J'ai fait le mal, j'ai

aveuglément servi et adoré les faux dieux; maintenant que la lumière

de la vérité m'a été heureusement révélée, je désire ardemment jeter

au pied de la croix le lourd fardeau de mes péchés, de mes erreurs

et de mes folies, afin de pouvoir embrasser et conserver le

bienheureux espoir de l'éternelle vie. Je suis prête à laver les

sombres taches de mon existence passée, non-seulement dans les eaux

du baptême, mais encore, s'il est nécessaire, dans le plus pur de

mon sang.

--Tu es heureuse, ma fille, et puisses-tu être bénie dans ta foi,

répondit le prêtre; car tu es semblable au marchand de l'Evangile,

qui ayant découvert une perle de grand prix, vendit pour l'acheter

tout ce qu'il possédait."

Alors il donna le sacrement saint du baptême à la jeune Bretonne,

ainsi qu'à deux dames romaines, à un centurion et à une esclave

parthe, tous étant revêtus de la robe blanche des néophytes; et

aussitôt que la cérémonie fut achevée, la pieuse assemblée s'unit

dans des chants sacrés qu'elle éleva vers le ciel.

Ce fut avec des sentiments inexprimables de bonheur, de crainte et

de respect, qu'Alda prit part pour la première fois à cet acte

public de son nouveau culte, et elle écouta dans une extase de

dévotion et de sainte attention les paroles inspirées et les vérités

divines contenues dans cette partie des Ecritures qui fut lue à la

pieuse assemblée, et suivie d'un discours dans lequel ces vérités

étaient expliquées, commentées, et les préceptes sacrés de la foi

chrétienne solennellement enseignés aux nouveaux convertis.

Ensuite le sacrement de la communion fut administré, et le sacrifice

terminé par un chant d'action de grâces; après quoi tous les membres

du petit troupeau se séparèrent, en se faisant, selon l'usage, un

adieu solennel; car ils se quittaient toujours avec la pensée que

quelques-uns d'entre eux pouvaient être appelés à sceller de leur

sang la profession de leur foi avant que la congrégation s'assemblât

de nouveau. Plusieurs étaient tombés victimes de la persécution

depuis qu'ils s'étaient réunis pour la dernière fois dans ce lieu

d'adoration: le prêtre, en terminant son discours, avait fait une

allusion touchante à cette circonstance, et montré les places

vacantes et récemment occupées par leurs frères martyrs. Il avait

fortement recommandé leur exemple aux nouveaux membres de l'Eglise,

et prié pour qu'eux, lui-même et tous ceux qui étaient présents,

pussent recevoir le don d'un ferme courage et d'une foi suffisante,

afin de suivre la céleste et brillante route que ces nobles martyrs

avaient suivie.

Les glorieuses victimes qu'on avait mentionnées étaient, comme

Susanne l'apprit à Alda lorsqu'elles se furent séparées du reste du

troupeau pour retourner à leur demeure, ces chrétiens dont elle lui

avait montré les feux et le sacrifice du balcon de la maison de

Marcus Lélius.

Les deux jeunes chrétiennes étaient de retour une heure avant les

gens de la maison, qui étaient allées au cirque, et près duquel

elles avaient passé en s'entretenant doucement de l'événement

solennel de ce jour. Leur tranquille joie fut promptement troublée

par l'arrivée de la foule étourdie qui revenait enivrée de scènes

tumultueuses auxquelles elle avait assisté depuis le commencement du

jour.

Les manières bruyantes et licencieuses de ces gens choquèrent les

deux jeunes amies; elles formaient un étrange contraste avec la

tenue calme et sainte de l'assemblée chrétienne qu'elles venaient de

quitter. Elles ne pouvaient s'empêcher de se demander si c'étaient

réellement là des êtres de la même espèce que ceux qui emploient au

service de Dieu les jours qu'il leur est donné de passer sur la

terre. Elles frissonnaient en pensant que ces infortunées créatures

possédaient un principe impérissable, et responsable, hélas!

d'immortalité, qu'elles exposaient follement à une perte éternelle.

C'était du balcon élevé du palais de Marcus Lélius que les deux

amies voyaient le retour de la foule bruyante qui venait de quitter

le cirque, et ce fut avec un mélange de regret, d'indignation et de

pitié qu'elles entendirent leurs invocations à leurs dieux et à

leurs déesses païennes, dont les statues étaient portées sur des

lits, devant le chariot de l'empereur. Les Romains ne se faisaient

pas scrupule de lui adresser aussi le langage d'une profane

adoration, qu'il osait accepter avec la même impiété, quoique, dans

le fond de son coeur, il sentît bien qu'il était un misérable,

souillé du meurtre de sa femme, de son frère, de sa mère, et de

mille autres crimes odieux qu'on ne peut citer. Et ce n'était pas la

moins atroce de toutes ses actions que la persécution cruelle élevée

contre les innocents chrétiens, pour les punir comme les auteurs de

l'incendie de Rome, dont lui-même était coupable, afin de détourner

sur eux l'indignation des milliers d'individus que ce feu avait

ruinés et laissés sans asile.

Mais en vain dévouait-il ces innocentes victimes aux tortures que

les lois sanguinaires des Romains infligeaient aux incendiaires;

chacun le connaissait comme le véritable criminel, le monstre

impérial, qui, comme le rapporte Suétone, "vêtu de ses habits de

théâtre, était monté sur la tour du palais de Mécène pour jouir du

spectacle de l'incendie, tandis qu'il chantait l'embrasement de

Troie en s'accompagnant de la lyre;" qui ensuite prêta ses propres

jardins aux citoyens de Rome, afin qu'ils pussent contempler plus

commodément les souffrances dues à ses propres crimes, et que

lui-même imposait sans remords aux malheureux chrétiens. Et les

Romains dégradés pouvaient se plaire au spectacle des tortures de

ces infortunés, tandis qu'ils adressaient le langage de la flatterie

et offraient les honneurs divins à l'homme que tous reconnaissaient

pour l'abominable auteur du crime!

Alda: L'Esclave Bretonne · 第 19 / 33 题