Paniers apportés de Bretagne.
(JUVENAL.)
La tâche imposée à Alda n'était ni désagréable ni difficile; elle
consistait à tresser ces charmants petits paniers pour la
fabrication desquels les anciens Bretons étaient renommés, et qui
étaient alors si appréciés à Rome, qu'un de ses poëtes satiriques
les met au nombre des objets de luxe les plus recherchés.
Il ne fallut rien moins que la persuasive éloquence et les
représentations réitérées de Susanne pour amener la fière Bretonne à
recevoir les matériaux nécessaires à leur confection, et plus encore
pour la faire consentir à les mettre en oeuvre.
On a pourtant dit avec vérité que c'est seulement le premier pas qui
coûte. Quand Alda eut enfin surmonté son orgueilleuse résistance
jusqu'au point de commencer à faire un panier, elle n'éprouva pas
seulement de la satisfaction, mais plutôt, comme on pourrait
l'appeler, l'orgueil de l'art, en voyant toutes les esclaves
abandonner leurs occupations et leurs différents ouvrages pour
s'assembler autour d'elle, et suivre les progrès de son travail en
frappant des mains avec tous les témoignages de la plus vive
admiration; et quand il fut achevé, elles parurent le regarder comme
un prodige de l'intelligence et de l'habileté humaines. Mais un
regard approbateur de Susanne fut au-dessus de tous ces suffrages,
et, prenant son bras, Alda quitta fièrement sa place à l'approche de
Lélia; car la pensée de recevoir ses louanges était plus pénible
pour la jeune princesse que tous les châtiments qu'on aurait pu lui
infliger. Lélia cependant fit de grands éloges de son ouvrage; elle
était enchantée de cet échantillon des talents de l'esclave inutile
jusque-là dans la maison de Marcus Lélius, et qui avait été le
constant objet du mécontentement et de la colère de son impérieuse
maîtresse.
Mais Lélia n'était pas moins disposée à récompenser que prompte à
punir; appelant près d'elle la Bretonne, qui ne s'avançait qu'avec
répugnance, elle lui exprime sa satisfaction de ce qu'elle avait
enfin adopté le parti le plus prudent et le plus sage, en se
soumettant à son devoir; elle lui assura que ses fautes passées et
ses actes de révolte seraient entièrement oubliés, si elle
persévérait dans sa bonne conduite présente.
Tout cela était extrêmement désagréable à Alda, dont l'esprit encore
insoumis avait peine à écouter patiemment le langage de supériorité
dans lequel était exprimée cette humiliante approbation, et qui se
sentait prête à assurer à Lélia que son changement de conduite
n'était produit par aucun désir de lui plaire; mais quand Lélia, en
témoignage de satisfaction et pour l'encourager à continuer de bien
faire, lui offrit, avec un beau vêtement, quelques pièces de monnaie
d'argent, marques de faveur qui excitaient l'envie et la jalousie de
toutes ses compagnes, le dédain péniblement contenu dans la jeune
princesse éclata enfin, et, rejetant les dons qui lui étaient
présentés par une maîtresse abhorrée, elle s'écria d'un ton pleine
de mépris et d'indignation: "Quoique j'aie daigné faire la travail
que vous m'avez imposé, orgueilleuse Romaine, je ne suis pas encore
descendue assez bas pour accepter vos présents."
Et, sans faire attention au coup d'oeil de reproche de Susanne, elle
quitta la salle d'un air aussi majestueux que si elle eût été une
reine en possession de son trône.
Cette explosion d'orgueil eut pour Alda les plus fâcheuses
conséquences. C'était précisément à l'instant où Lélia, qui ne
l'avait pas vue depuis sa longue maladie, sentait quelque regret de
la barbarie avec laquelle elle l'avait traitée. En voyant ses joues
pâles, sa maigreur, et les ravages que le chagrin et les souffrances
avaient faits chez cette jeune fille, auparavant si fraîche et si
florissante, elle avait éprouvé un désir inaccoutumé d'user envers
elle de manières douces et conciliantes; mais la conduite fière et
méprisante de la jeune Bretonne ralluma tous ses sentiments hostiles
contre elle, et bien des scènes irritantes, peu honorables pour
toutes deux, suivirent celle-ci. Alda, comme la plus faible, en fut
la victime, et il se passa du temps, bien du temps, avant que
Susanne pût obtenir de son amie qu'elle reprît les occupations qui
lui étaient prescrites.
Quand enfin elle s'y décida, ce fut par suite de l'influence
toujours croissante de la religion sur son caractère: alors, cessant
de nourrir ses passions violentes par de continuels combats avec une
personne envers qui la résistance ne pouvait jamais être profitable,
et dont il était à la fois dangereux et blâmable de provoquer la
colère, elle commença à ressentir une grande paix intérieure et
beaucoup de calme dans l'esprit.
D'ailleurs Alda comprenait enfin que sur beaucoup de points, dans sa
conduite passée, elle n'avait eu elle-même que trop de ressemblance
avec Lélia. La religion, ce puissant modérateur des âmes, lui avait
appris à écarter les fausses couleurs et le jour décevant sous
lesquels l'amour-propre et les illusions de la vanité lui avaient
déguisé ses premières actions, et elle s'apercevait qu'elle aussi
avait été impérieuse, déraisonnable, dure et sans égard pour les
sentiments de ceux qui, d'une manière ou d'une autre, étaient
contraints à supporter sa tyrannie. Elle aussi, dans les jours peu
nombreux de sa grandeur, avait abusé de la mesure, quoique
restreinte, de son pouvoir.
Alda se rappela avec regret beaucoup d'actes d'injuste exigence et
d'oppression dont elle avait été coupable, et elle sentait que, si
une de ses esclaves se fût trouvée placée sous le joug de Lélia,
peut-être eût-elle à peine imaginé que son sort fût plus malheureux
qu'il ne l'avait été auprès d'elle; enfin la jeune convertie
s'avouait que la coupe amère de l'esclavage avait été portée à ses
lèvres par une effet de la justice divine, et qu'elle devait la
boire avec résignation.
Ces réflexions l'attristèrent beaucoup; mais elles furent plus
puissantes que toute autre chose pour l'aider à vaincre la violence
de son caractère. Susanne l'encourageait au milieu de son
abattement, en l'assurant que les chagrins de la nature de celui
qu'elle éprouvait alors sont profitables à l'âme; qu'ils conduisent
à la paix et à la joie, puisque personne ne peut reconnaître
entièrement l'étendue de ses torts sans éprouver toutes les
souffrances de l'humiliation et des remords; mais que cette
reconnaissance est précieuse, puisqu'elle est le premier pas vers le
sincère amendement du coeur.
Alda obtint enfin la récompense pour laquelle elle avait si
courageusement travaillé; car Lélia lui offrit d'elle-même, quelque
temps après, en récompense d'un ouvrage dont elle était
très-satisfaite, une journée de congé pour elle et pour Susanne,
afin qu'elles pussent voir toutes les deux les courses de chars et
les jeux du cirque, ne supposant pas un instant qu'elles eussent la
pensée d'employer autrement la faculté de jouir d'une liberté
temporaire.
C'était là, en effet, que s'assemblait tout ce qu'il ya avait de
gai, de beau, de noble dans la magnifique Rome, et bien peu
favorisés véritablement devaient être les derniers des plébéiens
s'ils ne trouvaient une occasion d'aller admirer le spectacle
nouveau d'un puissant césar, de l'homme qui régnait despotiquement
sur les maîtres du monde, remplissant les rôles de musicien,
d'acteur et de bouffon.
Quoique ce fût une pompe dépourvue d'attraits pour les jeunes
chrétiennes, elles réussirent, non sans difficulté, à se faire jour
au milieu de la multitude confuse qui affluait vers le cirque de
toutes les rues et de toutes les avenues de la cité impériale, et se
hâtait d'y arriver, à la seule exception de la faible enfance, de la
vieillesse décrépite, des malades alités, et de ce petit nombre
d'hommes heureux sur lesquels avait lui la lumière qui les
dirigeait, hors de la voie large de la perdition, par des chemins
glorieux, quoique semés d'épines, à la béatitude éternelle. Les
membres persécutés de l'Eglise chrétienne de Rome profitaient avec
joie de cette occasion offerte par la réunion des grands et du
peuple dans un lieu de fêtes publiques, pour se joindre aussi dans
un concours d'adoration et de prières, et célébrer les mystères de
leur sainte religion.
Ceux-là, quand la foule étourdie et légère était rapidement passée,
se voyaient, soit isolés, soit par petits groupes de familles,
traversant les rues désertes dans une direction opposée à celle qui
conduisait à ce foyer de crimes et de folies, le cirque.
Susanne et Alda suivirent leurs pas à une modeste distance, à
travers beaucoup de tours et de détours, qui paraissaient à la jeune
Bretonne étonnée un inexorable labyrinthe de maisons, jusqu'à ce
qu'elles arrivassent à un quartier désert de la ville, qui n'était
pas encore débarrassé des ruines de bâtiments à demi brûlés, et
n'était fréquenté par personne, si ce n'est pourtant par les
malheureux dont le feu avait fait des mendiants sans asile, et qui
venaient y chercher un abri.
Les deux amies s'arrêtèrent enfin devant une grande maison isolée,
dont les fenêtres étaient fermées, et qui ne portait aucune trace
d'habitation; mais à un certain signal de Susanne, la porte fut
ouverte avec lenteur et précaution par un vétéran romain, qui, ayant
échangé avec elle un salut silencieux, les admit dans l'intérieur de
la maison, et les conduisit dans une pièce spacieuse et délabrée,
autrefois la salle de festin d'un ministre de l'empereur Auguste.
Ces murs, alors délabrés, avaient été témoins de fêtes brillantes,
des triomphes de la littérature, de l'emphase des discours, des
charmes de la musique et de la puissance du chant, quand l'hôte
impérial avait daigné honorer de sa présence le festin de son
favori, où, assis entre les premiers poëtes de ce siècle célèbre, il
jouissait d'une distinction plus élevée que celle que lui-même
accordait, entouré de tout ce qu'il y avait de plus renommé dans le
génie, les sciences, les lettres et les arts, groupés autour du
gracieux patron qui les encourageait.
Le noble propriétaire de cette maison avait péri dans une des
sanglantes proscriptions du sombre Tibère, dont il avait encouru la
haine en raison de l'amitié que lui témoignait le prédécesseur du
tyran, et du respect qu'il persistait à témoigner pour son auguste
victime, la vertueuse et infortunée Agrippine. Sa demeure, depuis ce
temps, était inhabitée et tombait en ruines. Les ornements et le
riche mobilier avaient été pillés, les peintures arrachées des
murailles, les statues brisées et défigurées, et il n'y restait plus
rien qui pût indiquer que le maître du monde l'avait souvent honorée
de sa présence.
Cependant, dans les jours de sa désolation, elle était affectée à un
plus noble usage, et devenait le temple du Dieu vivant, qui y était
adoré en esprit et en vérité, par la société des saints et la
glorieuse armée des martyrs, qui pour l'amour de lui avaient renoncé
au monde, indigne de les posséder.
Là ils s'assemblaient pour offrir au vrai Dieu ce pur encens des
coeurs, plus précieux à ses yeux que le sang des victimes. Assaillis
par la tentation, ils avaient résisté à toutes ses épreuves;
poursuivis par la persécution, ses terreurs ne les avaient point
ébranlés; et de nouveaux convertis augmentaient chaque jour leur
nombre.
Dans les armées, dans les flottes, dans la maison même du barbare
Néron, auteur des supplices atroces auxquels étaient condamnés les
chrétiens, il y avait de nombreux prosélytes de cette religion
réprouvée.
Un autel de pierre non taillée, sur lequel était inscrit le nom du
Dieu vivant, occupait la place du siége d'honneur qui avait été
destiné à un prince de la terre; et la voûte spacieuse répétait
maintenant de plus doux sons que les nobles chants de Virgile, les
vers brillants d'Horace, ou les élégantes fictions d'Ovide,
puisqu'elle retentissait des psaumes de Sion et de la séraphique
mélodie des hymnes chrétiennes, ainsi que des voix de la prière et
de l'adoration, qui portaient sur les ailes de la foi les coeurs
brûlants d'un saint amour, au delà des étroits confins de la sphère
terrestre, en la présence du Très-Haut.
La fontaine de marbre, placée au milieu de la salle, d'où avaient
coulé les eaux parfumées, et qui avait servi à des usages de luxe et
de plaisir en répandant une délicieuse fraîcheur dans la salle
d'apparat, et en humectant les convives de sa rosée odoriférante
pendant qu'ils s'étendaient, après le banquet, sur leurs lits de
pourpre, maintenant consacrée à un meilleur et plus noble usage,
fournissait le pur élément dans lequel étaient baptisés ceux qui
s'étaient convertis à la foi chrétienne. Là Susanne conduisit sa
jeune prosélyte, et apprit au saint prêtre qui était en ce lieu
qu'elle désirait recevoir ce sacrement et entrer dans le sein de
l'Eglise.
Le vénérable vieillard fixa pendant quelques instants sur la jeune
Bretonne un regard doux et scrutateur; puis il lui dit:
"Connaissez-vous, ma fille, les périls auxquels vous vous exposez en
devenant un membre de cette Eglise persécutée? car, quelque désir
que nous ayons d'en accroître le nombre, nous n'admettons personne
sans l'en avoir averti, dans la crainte que, lorsque viendra pour
les nouveaux chrétiens l'heure de la tentation et d'une persécution
cruelle, ils ne déshonorent le nom du Seigneur en refusant de le
confesser.
--Mon père, répondit Alda, je ne me présente pas ici légèrement, ni
dans l'ignorance de ce qui peut m'attendre. J'ai fait le mal, j'ai
aveuglément servi et adoré les faux dieux; maintenant que la lumière
de la vérité m'a été heureusement révélée, je désire ardemment jeter
au pied de la croix le lourd fardeau de mes péchés, de mes erreurs
et de mes folies, afin de pouvoir embrasser et conserver le
bienheureux espoir de l'éternelle vie. Je suis prête à laver les
sombres taches de mon existence passée, non-seulement dans les eaux
du baptême, mais encore, s'il est nécessaire, dans le plus pur de
mon sang.
--Tu es heureuse, ma fille, et puisses-tu être bénie dans ta foi,
répondit le prêtre; car tu es semblable au marchand de l'Evangile,
qui ayant découvert une perle de grand prix, vendit pour l'acheter
tout ce qu'il possédait."
Alors il donna le sacrement saint du baptême à la jeune Bretonne,
ainsi qu'à deux dames romaines, à un centurion et à une esclave
parthe, tous étant revêtus de la robe blanche des néophytes; et
aussitôt que la cérémonie fut achevée, la pieuse assemblée s'unit
dans des chants sacrés qu'elle éleva vers le ciel.
Ce fut avec des sentiments inexprimables de bonheur, de crainte et
de respect, qu'Alda prit part pour la première fois à cet acte
public de son nouveau culte, et elle écouta dans une extase de
dévotion et de sainte attention les paroles inspirées et les vérités
divines contenues dans cette partie des Ecritures qui fut lue à la
pieuse assemblée, et suivie d'un discours dans lequel ces vérités
étaient expliquées, commentées, et les préceptes sacrés de la foi
chrétienne solennellement enseignés aux nouveaux convertis.
Ensuite le sacrement de la communion fut administré, et le sacrifice
terminé par un chant d'action de grâces; après quoi tous les membres
du petit troupeau se séparèrent, en se faisant, selon l'usage, un
adieu solennel; car ils se quittaient toujours avec la pensée que
quelques-uns d'entre eux pouvaient être appelés à sceller de leur
sang la profession de leur foi avant que la congrégation s'assemblât
de nouveau. Plusieurs étaient tombés victimes de la persécution
depuis qu'ils s'étaient réunis pour la dernière fois dans ce lieu
d'adoration: le prêtre, en terminant son discours, avait fait une
allusion touchante à cette circonstance, et montré les places
vacantes et récemment occupées par leurs frères martyrs. Il avait
fortement recommandé leur exemple aux nouveaux membres de l'Eglise,
et prié pour qu'eux, lui-même et tous ceux qui étaient présents,
pussent recevoir le don d'un ferme courage et d'une foi suffisante,
afin de suivre la céleste et brillante route que ces nobles martyrs
avaient suivie.
Les glorieuses victimes qu'on avait mentionnées étaient, comme
Susanne l'apprit à Alda lorsqu'elles se furent séparées du reste du
troupeau pour retourner à leur demeure, ces chrétiens dont elle lui
avait montré les feux et le sacrifice du balcon de la maison de
Marcus Lélius.
Les deux jeunes chrétiennes étaient de retour une heure avant les
gens de la maison, qui étaient allées au cirque, et près duquel
elles avaient passé en s'entretenant doucement de l'événement
solennel de ce jour. Leur tranquille joie fut promptement troublée
par l'arrivée de la foule étourdie qui revenait enivrée de scènes
tumultueuses auxquelles elle avait assisté depuis le commencement du
jour.
Les manières bruyantes et licencieuses de ces gens choquèrent les
deux jeunes amies; elles formaient un étrange contraste avec la
tenue calme et sainte de l'assemblée chrétienne qu'elles venaient de
quitter. Elles ne pouvaient s'empêcher de se demander si c'étaient
réellement là des êtres de la même espèce que ceux qui emploient au
service de Dieu les jours qu'il leur est donné de passer sur la
terre. Elles frissonnaient en pensant que ces infortunées créatures
possédaient un principe impérissable, et responsable, hélas!
d'immortalité, qu'elles exposaient follement à une perte éternelle.
C'était du balcon élevé du palais de Marcus Lélius que les deux
amies voyaient le retour de la foule bruyante qui venait de quitter
le cirque, et ce fut avec un mélange de regret, d'indignation et de
pitié qu'elles entendirent leurs invocations à leurs dieux et à
leurs déesses païennes, dont les statues étaient portées sur des
lits, devant le chariot de l'empereur. Les Romains ne se faisaient
pas scrupule de lui adresser aussi le langage d'une profane
adoration, qu'il osait accepter avec la même impiété, quoique, dans
le fond de son coeur, il sentît bien qu'il était un misérable,
souillé du meurtre de sa femme, de son frère, de sa mère, et de
mille autres crimes odieux qu'on ne peut citer. Et ce n'était pas la
moins atroce de toutes ses actions que la persécution cruelle élevée
contre les innocents chrétiens, pour les punir comme les auteurs de
l'incendie de Rome, dont lui-même était coupable, afin de détourner
sur eux l'indignation des milliers d'individus que ce feu avait
ruinés et laissés sans asile.
Mais en vain dévouait-il ces innocentes victimes aux tortures que
les lois sanguinaires des Romains infligeaient aux incendiaires;
chacun le connaissait comme le véritable criminel, le monstre
impérial, qui, comme le rapporte Suétone, "vêtu de ses habits de
théâtre, était monté sur la tour du palais de Mécène pour jouir du
spectacle de l'incendie, tandis qu'il chantait l'embrasement de
Troie en s'accompagnant de la lyre;" qui ensuite prêta ses propres
jardins aux citoyens de Rome, afin qu'ils pussent contempler plus
commodément les souffrances dues à ses propres crimes, et que
lui-même imposait sans remords aux malheureux chrétiens. Et les
Romains dégradés pouvaient se plaire au spectacle des tortures de
ces infortunés, tandis qu'ils adressaient le langage de la flatterie
et offraient les honneurs divins à l'homme que tous reconnaissaient
pour l'abominable auteur du crime!