Voilà plus d'un an que la mère de Ninette était malade. Tous les jours
elle était couchée. Quelquefois elle se levait pendant une heure,
mais jamais elle ne sortait de la maison. Elle ne pouvait presque pas
travailler. Elle cousait un peu dans son lit, mais c'était tout. Voilà
pourquoi les enfants devaient faire le ménage. Ninette aidait aussi
beaucoup et pourtant elle n'avait que huit ans.
La mère de notre petite Marie avait souvent été voir la pauvre malade,
pour lui apporter des fortifiants ou des fruits. Elle connaissait donc
Ninette et voilà pourquoi elle avait permis à Marie d'appeler la petite
fille.
«Veux-tu jouer avec moi? demanda Marie.
--Je ne puis pas rester, répondit Ninette. Je dois aller à l'école.
--Mais les classes commencent à neuf heures, Jean est déjà parti.
--Oui, mais ma robe était mouillée et j'ai dû retourner chez nous pour
en mettre une autre.»
C'était dommage! Marie était si contente d'avoir une camarade pour
jouer avec elle, maintenant que Jean n'était pas là et voilà que
Ninette devait aussi aller à l'école. Mais Ninette ne pouvait pas aller
dans la rue sans manteau. Il faisait si froid. Et Marie lui demanda:
«Pourquoi n'as-tu pas mis ton manteau?»
Ninette ne répondit pas, elle rougit seulement.
«Et pourquoi la bonne ne t'a-t-elle pas conduite à l'école sous un
parapluie? Alors tu ne serais pas mouillée. Rose a conduit Jean,
n'est-ce pas maman?
--Oui, répondit maman, mais la mère de Ninette n'a pas de bonne.
Allons, dis au revoir à ta nouvelle petite amie.»
Et Ninette, qui avait bu la tasse de chocolat que Rose lui avait
donnée, partit à l'école.
«Au revoir, Ninette, tu reviendras, n'est-ce pas?
--Oui, s'il vous plaît, au revoir Madame, au revoir Marie.»