IX

D’une dame qui jouait au tressette et d’un quaker qui perdit à un autre

jeu.

Dès que je fus plus heureux que les rois couronnés, c’est-à-dire dès que

j’eus dormi dans les bras de ma Lorenza bien-aimée...

* * * * *

Mais, en vérité, mon cher Pancrazio, pour patient que tu sois, tu te

lasserais bientôt de me suivre, si je te conduisais à travers toute mon

adolescence, sans te faire grâce d’un seul ducat emprunté ni d’un seul

baiser reçu. Ce qui augmenterait ton ennui, c’est que, parmi mes

aventures, il en est plusieurs qui se ressemblent fort; le moyen qu’il

en soit autrement, puisqu’on a vu se manifester dans toutes la niaiserie

des hommes, la galanterie obligeante des femmes, et ma propre

imaginative? Je pense que je ferai bien d’omettre quelques menus

incidents de ma jeunesse, pour en arriver plus tôt aux magnifiques

triomphes, aux illustres malheurs qui m’ont désigné à l’envie et à

l’admiration de mes contemporains.

Divers démêlés avec ma belle-mère et avec la police,--celle-ci n’était

pas la plus hargneuse des deux,--m’obligèrent à m’éloigner de Rome.

Comme j’avais en toute langue un accent sicilien très prononcé et que je

ne savais pas un seul mot d’allemand, je jugeai qu’il serait d’une

imprudence aimable de me faire passer pour un officier prussien, et je

me donnai hardiment à Florence, à Vérone, à Messine, pour le colonel

Immermann. Ma Lorenza, un peu étonnée d’abord, s’accoutuma bientôt à

notre vie errante; ce fut une adorable colonelle.

Tu remarqueras, mon cher geôlier, que je ne souffle pas mot de mes

voyages à Alexandrie, au Caire et en Égypte, à propos desquels il s’est

fait tant de bruit. C’est qu’à la vérité je ne me souviens pas du tout

d’avoir visité ces pays lointains. Eh qu’y serais-je allé faire?

Apprendre la chimie et l’art de guérir? J’en savais tout ce qu’on en

peut savoir, c’est-à-dire presque rien, et je possédais en outre ce que

personne n’aurait pu m’enseigner, la puissance de dominer les volontés

par le regard, et le génie de l’observation, auquel j’ai dû de passer

pour sorcier.

Quant à ce qui est de Malte, il est certain que j’y séjournai pendant

plusieurs mois, et que j’y fus fort bien accueilli par monseigneur

Pinto, le grand-maître de l’ordre. Je vois encore ce ferme et robuste

vieillard qui me regardait avec tendresse et me parlait d’une voix

paternelle. Je lui demandai un jour, l’âme toute troublée, s’il n’était

pas venu à Naples autrefois, et s’il n’y avait pas rencontré une belle

jeune femme appelée Félicia Braconieri. Il répondit: «Mon enfant! mon

enfant!» en détournant la tête, ce qui ne m’empêcha pas de voir deux

grosses larmes lui descendre lentement des yeux. Je quittai Malte.

Laissons cela; je ne veux rien dire de plus du grand-maître Pinto, qui

avait la face sévère d’un vieux templier. Je n’ai jamais pensé à lui

sans un attendrissement profond.

A Bergame, comme j’étais peu fourni d’argent, je m’arrangeai un petit

laboratoire, et j’y fabriquai des perles pour acheter des bas de soie à

ma chère Lorenza. Mes perles étaient fausses, mais beaucoup plus jolies

que les véritables; je crus ne nuire à personne en les vendant un bon

prix.

Un de mes amis, le marquis de Vivona, essaya de faire des topazes; il y

réussit mal, de sorte que les bijoutiers s’aperçurent de sa supercherie,

et que le barigel se mêla de l’affaire; il en résulta que je dus quitter

Bergame un peu précipitamment, parce que les topazes du marquis avaient

donné à penser sur mes perles.

Venise s’émut beaucoup à l’arrivée d’un prince sicilien, qui voyageait

avec la princesse de Trébizonde, et qui consentait à vendre aux

personnes de distinction de l’Élixir de longue vie. Vingt ducats le

flacon! Excellent marché, j’entends pour les acheteurs, car, moyennant

une chétive somme, on acquérait une espèce d’immortalité, qui, en

moyenne, et lorsque l’acheteur était dans la force de l’âge, durait bien

huit ou dix ans. Quant à moi, j’y perdais presque, parce que le vin de

Malvoisie que je mettais dans les flacons se trouvait être fort cher

cette année-là, les vignes ayant gelé. Je débitais aussi du vin

d’Égypte, propre à assurer une postérité nombreuse aux plus vieux

Abraham et aux plus stériles Sarah. J’aime à croire que cette

préparation ne manqua jamais son effet. Je n’oserais pourtant pas

l’affirmer, le sort ayant voulu que je restasse toujours moins de neuf

mois dans les villes où je vendais ce vin fameux, dont j’ai

malheureusement perdu la recette. Mais je la retrouverais, j’imagine, si

quelque belle jeune femme se trouvait dans la nécessité de l’employer.

C’est à Venise que je faillis mourir de peur, à cause d’un miracle que

je fis; j’étais jeune encore et peu accoutumé à mes prodiges.

Nous étions, Lorenza et moi, je veux dire la princesse de Trébizonde et

le prince sicilien, dans une société où l’on s’inquiétait d’une dame qui

était attendue et qui n’arrivait pas. Un cavalier s’offrit à l’aller

chercher, et pendant l’absence de celui-ci, une autre personne ayant

dit: «Mais que peut-elle donc faire?» Je répondis étourdiment: «C’est

peut-être qu’elle s’est oubliée à jouer au tressette.» Le tressette, en

ce temps-là, était un jeu fort à la mode chez les dames italiennes. On

me dit que j’étais fou, et que, sans doute, une indisposition était la

cause du retard.

Cela me piqua. «Je vous dis qu’elle joue au tressette!» m’écriai-je.

Puis, sans trop savoir ce que je faisais, je traçai un carré sur le

parquet avec la pointe de mon épée, je passai les mains dessus, et

alors, dans une espèce de brouillard, on vit se former la figure de la

dame jouant, en effet, avec trois de ses amis, tous les trois bien

connus de la société où j’étais. Vous pensez s’il y eut des cris et des

bras levés! Mais nul ne fut plus stupéfait que moi; car la personne

elle-même entra sur ces entrefaites, et déclara qu’elle avait perdu son

temps à faire une partie de tressette avec des seigneurs qu’elle nomma

et qui étaient précisément ceux que j’avais fait paraître.

Cette aventure,--jointe à quelques autres dont j’ai déjà parlé,--me

troubla singulièrement. Je ne fus pas éloigné de croire que je possédais

des facultés refusées à la plupart des hommes; je m’en autorisai pour

prononcer à tout propos des paroles mystérieuses, et pour porter la tête

haute, avec un air qui sentait son magicien d’une lieue.

Je me mêlai dès lors de dire la bonne aventure et de guérir les malades

par l’imposition des mains. Mes prophéties en valaient bien d’autres, et

se vérifiaient souvent. Quant à ma médecine, je dois convenir qu’elle

réussissait surtout auprès des malades pauvres; ceux-là guérissaient

très vite; je les payais pour cela.

Mais je me lassai de l’Italie, où ma chère Lorenza était trop courtisée.

Je n’ignore pas qu’on m’a accusé d’avoir toléré ses coquetteries et même

de l’avoir engagée à faire bon visage à certains personnages riches et

de haut rang. C’est ainsi que la calomnie dénature les plus pures

intentions. Il est certain que, peu jaloux de mon naturel, je voyais

d’un fort bon œil ma Lorenza coqueter, caqueter, chanter, danser, en un

mot se divertir de toutes façons avec des hommes de son âge ou même un

peu plus âgés qu’elle; je lui désignais, parmi les seigneurs de notre

société, comme le doit faire un mari prudent, ceux qui, par leur

naissance, leur vertu et leur état dans le monde, méritaient le plus de

considération. Devais-je, maussade et renfrogné, exiger que ma femme

rudoyât les gens animés des meilleurs desseins à notre égard? Elle

aimait les belles étoffes, les diamants, les perles, surtout celles que

je ne fabriquais pas; quoi de plus naturel à son sexe! et moi, je lui

aurais interdit de recevoir, dans les villes où nous passions, des

présents qui ne tiraient pas à conséquence! C’eût été une impertinente

tyrannie. Au surplus, comte Cagliostro, comte Phénix ou chevalier

Pellegrini, j’étais de trop bonne noblesse pour qu’on s’avisât de me

calomnier à voix haute. Quelques chuchotements malveillants finirent

pourtant par me blesser, et j’entrepris de passer en Angleterre où les

cœurs sont moins chauds et les langues plus réservées.

A Londres,--qui est le plus grand faubourg du monde,--j’eus l’occasion

d’exercer fréquemment un des talents qui me rendirent fameux, celui de

deviner l’état des personnes, leurs penchants, leurs répulsions, leurs

aventures passées et parfois leurs noms même, par la seule inspection

rapide des traits de leurs visages. En même temps, ma prescience

devenait de plus en plus lucide; et je ne puis passer sous silence une

nouvelle preuve que j’en donnai.

Chez un banquier où je m’étais ouvert un crédit, on me présenta un jour

un quaker qui avait la double réputation, méritée à ce qu’on assurait,

d’être parfaitement chaste et parfaitement avare. Comme il faisait

montre dans la conversation de sa continence et de son économie, je

m’oubliai jusqu’à lui dire que je serais étonné si, avant peu de temps,

il ne déboursait pas mille livres sterling pour une femme qu’il aimait.

Cette prédiction fut jugée si absurde et prêta si fort à rire, que je me

retirai presque offensé, en compagnie du marquis Agliata, gentilhomme

italien qui voyageait avec moi. Nous n’avions pas d’occupations

pressantes cette après-midi; nous profitâmes de l’occasion pour visiter

les monuments de la ville, dont plusieurs sont étrangement grandioses;

si bien qu’il était assez tard quand nous rentrâmes à l’hôtel; nous

avions aussi couru les tavernes. Comme je souhaitais la bonne nuit à mon

compagnon, nous entendîmes des cris dans la chambre de Lorenza. Je m’y

précipitai, suivi d’Agliata. Ma chère femme était aux prises avec un

traître qui s’était introduit dans notre appartement, et qui la serrait

de très près, malgré les cris qu’elle jetait et l’honnête résistance

qu’elle était capable de faire. Nous eûmes bientôt raison du maroufle,

et ma première pensée fut de le livrer à la justice. Mais Agliata me fit

observer que le scandale est toujours fâcheux en ces sortes d’affaires;

qu’il y avait d’autres moyens de punition; et que, sans doute, le

coupable n’hésiterait pas, s’il avait quelque fortune, à nous compter

une somme d’importance, pour éviter d’être bâtonné et dénoncé. Je fis de

vives objections. Il me répugnait de gagner de l’argent dans une

rencontre où l’honneur de ma femme et le mien n’avaient pas été sans

courir quelque danger. Mais lorsque Lorenza m’eut assuré que le dommage

qu’elle avait subi n’avait rien d’irréparable, je me radoucis, et

consentis à recevoir mille livres sterling. Le coupable s’y accorda. Or,

jugez de mon étonnement, lorsqu’en l’aidant--après qu’il nous eut fait

son billet--à remettre une espèce de robe qu’il avait quittée je ne sais

pourquoi, je reconnus le quaker si fameux par son avarice et sa

continence!

Cependant, les divines facultés que je devais à la nature--bien plus

qu’à l’art--n’auraient pas trouvé un emploi digue d’elles, sans un

événement qui changea ma vie et décida de mon sort.

X

D’une salle noire, d’une salle blanche; de diverses choses que je crus

voir, et d’un homme que je vis.

Un soir,--j’étais depuis quatre ans le mari toujours amoureux de ma

belle Lorenza, et je me trouvais à Francfort-sur-le-Mein, qui est une

cité remarquable par son palais de ville où l’on couronne les empereurs,

et par sa rue des Juifs où l’on prête au denier trois,--un soir, dis-je,

je sortais d’un tripot en compagnie de mon ami de cœur le marquis

Agliata. Bien qu’il m’eût joué un assez vilain tour naguère, en nous

abandonnant sans un florin vaillant, ma chère Lorenza et moi, dans une

hôtellerie de Dantzig, je le fréquentais avec plaisir. Je lui pardonnais

volontiers quelques défauts, comme d’être menteur, escroc, ivrogne,--car

il faut tenir compte des imperfections de la nature humaine,--et je ne

lui en voulais sérieusement que de porter un nom de gentilhomme, quand

il était avéré qu’il était le bâtard d’un tripier de la ville de Berne,

en Suisse. Il n’y a rien de plus répréhensible, à mon avis, que

d’usurper des titres de noblesse, et en même temps rien de plus puéril,

car la vraie noblesse est celle de l’âme.

Donc, le chevalier Pellegrini, c’était le nom que je portais

alors, et le marquis Agliata sortaient d’un honnête tripot de

Francfort-sur-le-Mein, et je me disposais à rentrer chez moi, lorsque

mon compagnon me dit:

--Entends-tu sonner l’heure?

Je prêtai l’oreille, et après avoir compté les coups d’une horloge

lointaine:

--C’est minuit, répondis-je.

--Frère, c’est à pareille heure que je te rencontrai, il y a aujourd’hui

trois ans, à Rome, au pied de la potence où était encore suspendu mon

digne ami Ottavio Nicastro.

--Il est vrai, dis-je; Ottavio Nicastro, un jour qu’il jouait avec son

poignard, avait eu l’étourderie de l’enfoncer dans la gorge d’un passant

au lieu de le remettre tout simplement au fourreau.

--Ce passant, qui était-il? le sais-tu?

--Non.

--C’était l’évêque de Messine qui, la veille, avait obtenu du saint-père

une bulle d’excommunication contre les Illuminés d’Allemagne! Je

reprends. Il y a trois années que je te suis, que je t’observe, frère,

je suis heureux de te l’apprendre: ton noviciat est achevé, et tu seras

initié, dès ce soir, aux travaux de l’Aréopage.

Je ne pus m’empêcher de sourire.

--Es-tu donc, lui dis-je, affilié à cette secte? Pour ce qui est de moi,

il y a longtemps que j’ai conquis les plus hauts grades de la maçonnerie

et que je suis le chef de mes égaux.

Il sourit à son tour.

--Oui, dit-il d’un ton railleur, tu as été admis dans la loge de la

Haute Observance à Londres; Lorenza y fut admise aussi; crois-tu que

nous ne sachions pas cela? vous reçûtes, dans la même Tenue, le Tablier,

le Cordon, l’Équerre et le Compas; ta femme obtint, en outre, une

jarretière sur laquelle sont brodés ces mots: «Union, Silence, Vertu» et

il lui fut ordonné de coucher désormais avec cette jarretière à la

cuisse. Des personnes dignes de foi m’ont affirmé qu’elle ne s’est pas

soustraite à cette obligation.

Comme je savais que le marquis aimait à rire, je ne m’arrêtai pas à ce

qu’il y avait dans ces dernières paroles de désobligeant pour ma chère

Lorenza; mais je m’étonnai de le voir si bien informé des détails de

notre initiation.

--Nous savons aussi, continua-t-il, que, dans d’autres loges, à

Nuremberg, à Berlin, à Stuttgard, à Heidelberg, tu as tenu des discours

surprenants et fait apparaître des anges.

--En es-tu certain? lui demandai-je.

--Certain.

--J’ai parlé, oui. Mais es-tu sûr que j’aie fait apparaître des anges?

--Sûr. Les Illuminés ne se trompent jamais.

--Après tout, c’est possible, répondis-je en rêvant un peu.

--N’en doute pas, Joseph Balsamo. Le ciel, qui a de grands desseins sur

toi, t’a infusé une vertu étrange, qui fait obéir les êtres célestes non

moins que les terrestres. Cette force, tu n’y crois pas toi-même, et tu

attribues fréquemment à tes mensonges et à tes artifices des effets qui

sont dus en réalité à une mystérieuse puissance. Tu es une espèce de

prophète malgré soi, qui raille ses prophéties, un faiseur de miracles

qui pense être un escamoteur. C’est pourquoi le dirigeant suprême m’a

délégué près de toi comme Initiateur. Viens à nous! tu seras un chef de

notre Œuvre, et nous te révèlerons ta mission. Viens, mon frère, si tu

ne crains pas de regarder face à face la vérité, et si tu portes un cœur

capable de ne pas pâlir au milieu des épreuves!

J’étais de plus en plus surpris des paroles de mon compagnon et surtout

du ton dont il les prononçait.

--Qui êtes-vous donc? m’écriai-je.

--Tu le sauras, dit-il.

Il achevait à peine, que je me sentis enlevé par de robustes bras; avant

que j’eusse pu tourner la tête et protester, j’avais un bandeau sur les

yeux, un bâillon sur la bouche; je fus emporté. Un bruit de roues sur le

pavé m’apprit qu’on m’avait mis en carrosse. Tout cela ne me déplut pas;

j’ai un esprit qui s’accommode volontiers des aventures inattendues, et

je m’étais désaccoutumé des craintes habituelles aux autres hommes.

D’ailleurs, il me paraissait certain, d’après ce que m’avait dit le

marquis Agliata, qu’on me conduisait dans quelque repaire d’Illuminés,

et j’avais toujours eu le dessein d’entrer dans cette association sur

laquelle il courait mille histoires ténébreuses.

On sait qu’il est assez malaisé de se rendre compte du temps qui

s’écoule, lorsqu’on est plongé dans l’ombre; je pense pourtant que le

voyage ne dura pas plus de deux ou trois heures; ce dut être à peu de

distance de Francfort que s’arrêta la voiture. Une main me saisit par le

bras, solidement, mais sans violence, et une voix, qui n’était pas celle

du marquis, me dit avec politesse:

--Veuillez descendre, seigneur Balsamo.

J’obéis. Mes guides--car au bruit de leurs pas je reconnus qu’ils

étaient trois ou quatre--mes guides et moi nous marchâmes assez

longtemps; je sentis un vent frais me passer dans les cheveux; puis il y

eut une halte de quelques minutes, pendant laquelle un son de ferraille

grinçante m’indiqua qu’on ouvrait une porte. On me dit:

--Passez. Quand vous aurez compté soixante marches descendantes, vous

vous arrêterez et vous attendrez.

Je m’avançai sans hésitation; je me mis à descendre un escalier qui me

parut être de pierre. Chose bien faite pour m’étonner, à mesure que je

m’enfonçais dans les profondeurs du sol, je n’éprouvais pas cette

sensation d’humidité renfermée, de compression, d’air plus rare, que

l’on subit lorsqu’on pénètre dans une cave ou dans un autre lieu

souterrain. Au contraire, il me semblait que l’espace s’élargissait

autour de moi, qu’un souffle pur et sain comme les vents du large

m’enveloppait, me poussait doucement; cette descente me faisait l’effet

d’une ascension; si mon bandeau était tombé en ce moment, je n’eusse pas

été surpris de me trouver sur le sommet d’une montagne, dans la vivante

clarté de l’air libre, au dessus des nuées.

Après la soixantième marche, je me tins immobile, ainsi qu’on m’avait

dit de le faire.

Qu’allait-il se passer? Je ne me sentais pas inquiet, mais ma curiosité

était passablement éveillée.

Mon bandeau s’envola de mes yeux. Je dis qu’il s’envola, car il fut

dénoué comme par magie, et j’eus l’impression d’un battement d’ailes

au-dessus de mon front.

Je regardai. J’étais dans une salle très vaste et très sombre, carrée,

toute de marbre noir. Du plafond à peine visible, tant il était élevé,

pendait, au bout d’une longue chaîne d’or, une lampe ronde, toute rouge,

qui avait l’air d’un énorme rubis.

Pas un siège, sinon un escabeau de marbre devant une table, de marbre

également, où se trouvait un parchemin déroulé à côté d’une espèce de

calame. Cette salle avait la majesté sinistre d’un temple sépulcral dont

le dieu serait mort.

Sur l’une des parois noires, des signes apparurent, formant ces mots:

«Oui, c’est un sépulcre. L’homme qui entre ici n’en remporte pas son

cadavre, mais son âme purifiée et renouvelée.»

Je demeurai confondu de cette muette réponse à ma pensée; peut-être

avais-je pensé tout haut.

Les signes s’effacèrent et firent place à d’autres qui me dirent:

«Assieds-toi, écris, avoue.»

Cet ordre n’avait rien qui pût me surprendre; ces sortes de «confessions

écrites» ou de «testaments» précédent d’ordinaire les initiations

maçonniques. Je m’assis, je pris le calame, mais il n’y avait pas

d’encrier sur la table. Ne sachant comment écrire, je levai la tête,

instinctivement, et je lus sur le mur sombre:

«Que ta vie trace ta vie.»

Il n’était pas difficile de comprendre que je devais écrire avec mon

sang. Je tirai mon épée, et comme j’étais bon chirurgien, je pratiquai

une très légère saignée à la veine de mon bras gauche, le sang en sortit

goutte à goutte, et j’y mouillai la plume de roseau.

Je dois l’avouer: comme je n’avais aucune raison pour être aussi sincère

avec des inconnus qui m’interrogeaient par l’intermédiaire d’une

muraille, qu’avec Fra Pancrazio, mon digne geôlier et ami, je jugeai bon

d’ajouter quelques agréments au récit de mes aventures. Je glissai aussi

rapidement que possible sur les peccadilles qui auraient pu ne pas me

faire honneur, et je mis complaisamment en lumière celles de mes actions

que je crus propres à donner du relief à mes vertus. Je ne cachai pas

que j’avais longtemps porté le nom d’Acharat, que j’étais assurément le

fils d’un des plus puissants souverains du monde, et j’avais à peine

achevé de confectionner ce panégyrique, qu’un éclat de rire retentit

derrière mes épaules. Je me retournai; personne. Quand je levai le

regard vers la paroi de marbre qui s’élevait en face de moi, je lus ces

deux mots flamboyants: «Tu mens!» Un peu humilié, je reconnus que

j’avais eu tort de celer la vérité,--qui, en somme, ne pouvait m’être

qu’assez avantageuse,--et je repris le calame, avec l’intention formelle

de montrer cette fois la plus entière franchise. Je demeurai stupide: la

feuille de parchemin sur laquelle j’avais écrit n’était plus là; une

autre l’avait remplacée, en tête de laquelle je lus: «_Extrait du code

scrutateur_»; et cette feuille relatait les faits les plus intimes de

mon existence, depuis mon entrée au couvent de Castelgirone jusqu’à

l’heure présente, sans omettre un détail, sans me faire grâce même de

quelques mauvaises pensées que j’avais pu avoir çà et là. Telle était la

véracité de cette biographie que mes confessions sont à peine aussi

véridiques. Mais ce qui me surprit plus que tout le reste, c’est que

l’écriture tracée sur le parchemin ressemblait parfaitement à la mienne,

ou plutôt était la mienne véritablement. Étais-je donc dans un lieu où

la nécessité de dire vrai annulait la faculté de mentir? Je me sentis

pénétré de respect, et j’attendis avec une certaine angoisse.

L’attente ne fut pas longue. Je ne tardai pas à remarquer je ne sais

quelle lente agitation de formes nuageuses de l’autre côté des

murailles. Les parois que j’avais crues de marbre devaient être formées

d’immenses lames de verre ou de cristal; je regardai attentivement ce

qui s’ébauchait derrière leur transparence obscure. Des lignes, des

couleurs s’affirmèrent bientôt, composant des visages, des costumes, des

attitudes; et tous ces êtres, qui se mouvaient silencieusement,

paraissaient vivants, mais d’une vie singulière qui éveillait l’idée

d’une résurrection plutôt que de la vie elle-même.

A travers le mur qui me faisait face se dessina un palais de granit

rose, sur la terrasse duquel deux hommes en robes somptueuses étaient

couchés nonchalamment, le coude dans des coussins de soie; autour de ce

groupie, de jeunes esclaves nues formaient des rondes silencieuses, en

agitant leurs bras où étaient attachées des ailes d’ibis et de cigognes

qui rafraîchissaient l’air; l’un des hommes portait la couronne à douze

pointes des premiers Pharaons, et tenait dans sa main pendante un

sceptre de métal incrusté de pierreries, qui semblait près de tomber,

comme la houlette d’un pâtre endormi; l’autre, coiffé de la mitre des

grands-prêtres, avait auprès de lui, sur sa couche, une longue crosse

d’ébène, où s’enroulait une couleuvre d’or, image de son dieu. Le prêtre

et le roi demeuraient immobiles, le front vers le ciel. Au pied du

palais s’étendait une plaine énorme, toute jaune de sable, où une

multitude d’hommes, ceux-ci attelés à des chariots, ceux-là portant sur

leurs épaules des pierres et des sacs de terre, cheminaient péniblement

vers une colossale pyramide, encore inachevée, là-bas, sous l’azur

éclatant du ciel. Ils se courbaient, ils chancelaient; plusieurs se

laissaient choir et ne se relevaient pas. Bien qu’ils fussent assez

éloignés, il m’était possible de distinguer leurs traits; il y avait sur

tous les visages l’expression d’une antique fatigue, d’un incomparable

désespoir. Par instants, la multitude faisait halte; elle regardait avec

des yeux pleins de colère le monument gigantesque, jamais terminé, et

l’on eût dit qu’elle ne voulait plus peiner, suer, souffrir. Mais alors

le pharaon et le pontife se dressaient sur la terrasse du palais de

granit rose, abaissant vers la foule, l’un son sceptre, l’autre sa

crosse, qui s’allongeaient, se multipliaient, devenaient démesurés et

innombrables; et cette nuée de bâtons, où la couleuvre divine ajoutait

des milliers de lanières, fouaillait furieusement la multitude, la

forçant à reprendre, défaillante et pantelante, son éternel labeur.

Je me tournai vers une autre paroi.

Un peuple victorieux revenait vers sa ville, dans une poussière de

soleil. A leur mâle fierté, autant qu’à leurs boucliers de bronze, je

reconnus des Grecs Lacédémoniens. Avec des fleurs et des sourires, de

belles jeunes femmes accouraient au-devant des vainqueurs; celles-là qui

cherchaient en vain leurs époux ou leurs frères, n’avaient pas de larmes

dans les yeux; plus loin, sur les murs de la cité glorieuse, les

vieillards étaient rassemblés, paisibles, augustes, pleins d’une joie

sereine, et levant vers le ciel leurs bras reconnaissants. Mais, autour

de la ville, dans les plaines où le bœuf creuse son sillon, il y avait,

en grand nombre, des créatures lasses, viles, courbées, qui ne se

réjouissaient pas; c’étaient les esclaves des hommes libres; ceux qui

n’avaient d’autre patrie que l’ignominie et le travail sans salaire, et

dont la vie n’était qu’une éternelle défaite.

Devant la troisième muraille, je frissonnai d’horreur.

Les uns suspendus à un plafond de pierre par des cordes noueuses qui

leur déchiraient les aisselles, les autres étendus sur des chevalets,

ceux-ci les pieds dans les ceps, ceux-là le cou dans le carcan, des

hommes, des femmes, des enfants aussi, nus, saignants, tordus,

crispaient affreusement leurs membres, et toutes les faces étaient

convulsées par la grimace des suprêmes douleurs. Au milieu de l’espèce

de caveau où palpitaient ces formes tragiques, une large cuve fumait

au-dessus d’un grand feu, et dans la cuve se tordaient d’effrayants

suppliciés. Cependant, assis sur de grands sièges au fond du souterrain,

et dominant les tourmenteurs et les tourmentés, des prêtres vêtus de

rouge considéraient cette scène; il y avait sur le mur un grand crucifix

de bois noir.

Je fermai les yeux; quand je les rouvris, j’avais été transporté devant

le quatrième mur, et je ne pus m’empêcher de sourire.

Dans un boudoir de dentelle et de soie, des lampes, où tremblaient des

flammes parfumées, faisaient miroiter les étoffes, étinceler les dorures

des boiseries ajourées, et mettaient comme du soleil dans les paysages

des tapisseries et dans les camaïeux des portes, où l’on voyait des

nymphes grasses et roses ne se dérober qu’à demi aux étreintes de

quelque satyre ou bien mouiller, avec une audace provocante, le bout de

leur pied blanc dans l’eau. Accoudés à une table où la mousse du vin de

champagne débordait des verres, il y avait un homme et une femme qui

soupaient. Je les reconnus, ayant souvent vu leurs images. C’était un

roi de France, et la reine de ce roi. Elle était toute jolie avec sa

lèvre impertinente qui riait, avec ses deux ou trois mouches qui

endiablaient son visage d’ange, sous la poudre qui s’envolait un peu à

chaque mouvement de sa tête. Le roi bâillait. Mais elle tendit le bras

comme pour dire: «Regarde!» et de l’autre côté d’une tenture à demi

soulevée, le roi put apercevoir, dans la pénombre d’une petite chambre,

une pâle figure de jeune fille nue, qui reculait tout effarée. Il

regarda longtemps; sa bouche lasse, dont la lèvre pendait, eut un sale

sourire. Alors Louis XV et Mme du Barry se mirent à manger et à boire,

en causant; ce qu’ils se disaient devait être étrange, car leurs yeux

s’allumaient, et quoique seuls, ils n’osaient se parler que tout bas. Ce

spectacle n’était pas pour me déplaire tout à fait; ma vertu s’accommode

volontiers d’un peu de débauche. Mais soudain, je pensai que je devenais

fou. Le champagne dans les cornets apparut épais et rouge, et chaque

fois que le couteau de l’un des convives tranchait l’aile d’une perdrix,

il me semblait que, de la bête morte, il suintait quelque chose de rouge

aussi; en même temps je vis que, sur les peintures et sur les

tapisseries des cloisons, les figures n’étaient plus des nymphes ni des

satyres, mais de misérables hommes, assis sur des pierres de cachots, la

tête appesantie, ou des bûcherons dans des forêts, le visage tout baigné

d’une sueur mêlée de larmes, ou des laboureurs, le pied sur leur pioche,

déguenillés, livides, ou des femmes furtives, en haillons, tenant entre

leurs bras quelque chose d’enveloppé, qui était un enfant, et le

déposant, sans oser le regarder une dernière fois, dans le trou noir

d’une muraille. Ni le roi ni la favorite ne paraissaient remarquer ces

changements. Non, ils ne s’apercevaient pas que les parois de la chambre

étaient maintenant décorées de leurs victimes vivantes! Louis XV buvait

le vin rouge et d’un air satisfait faisait claquer sa langue. Il eut

même un geste d’insouciance dédaigneuse, et je crus comprendre, au

mouvement de ses lèvres, qu’il prononça cette parole qui lui a été,

depuis, si souvent reprochée: «Après moi la fin du monde!» Tout à coup

le flacon de champagne, sans que personne l’eût poussé, se renversa sur

la table, et avec d’horribles glous-glous il en sortit un flot écumeux,

qui couvrit toute la nappe, souilla les vêtements des convives, se

répandit sur les fleurs du tapis, s’enfla, bouillonna, devint très large

et gagna les murs, comme si tout le sang de la France martyrisée eût

jailli de la bouteille. Sous cette marée montante disparurent, toujours

souriants, Louis XV et Mme du Barry, et les meubles, et les sinistres

tentures, et toute la chambre. Je ne vis plus rien qu’un vaste

ruissellement pourpre qui fumait et moussait, et c’était comme un

sanglant déluge dont l’opacité ne laissait même pas transparaître les

ruines qu’il roulait, et où je distinguai seulement, après quelques

minutes qui me parurent démesurément longues, deux épaves flottantes,

bientôt submergées: Un sceptre et une croix.

Les visions s’effacèrent. Je n’avais plus autour de moi que le silence,

la solitude, l’ombre; je méditais, sentant des pensées nouvelles sourdre

en mon cerveau.

Bientôt il me sembla que la dalle sur laquelle je me tenais debout

remuait, s’élevait; si, par pusillanimité, j’avais fait un pas en avant

ou en arrière, je serais tombé et me serais rompu le crâne contre le

marbre; je ne bougeai pas, prêt à tous les périls, résolu à braver

toutes les épouvantes. La dalle ne cessait pas de monter, me portant.

Une splendeur de torches enflammées éblouit mes yeux; mon corps émergea

dans une autre salle, de marbre blanc, où, sur des gradins circulaires,

étaient assis des hommes en nombre imposant, vêtus de longs frocs

rouges, le visage à demi-caché sous des cagoules, sans insignes,

immobiles.

L’un d’entre eux,--j’ai su plus tard que c’était le chef des

époptes,--me dit sans se lever:

--Tu as vu?

--J’ai vu, répondis-je.

--As-tu compris?

--J’ai compris.

Il ajouta:

--Regarde encore.

A quelques pas devant moi resplendissait une table surchargée de

pierreries et de monnaies d’or; sur cet amas de richesses étincelaient

un sceptre, une couronne, une épée; et j’admirai, au pied de la table,

sur un coussin de pourpre, une crosse d’évêque avec des ornements

épiscopaux.

Le chef des Époptes reprit:

--Si cette couronne, ce sceptre, et ces autres monuments de la

dégradation et de l’imbécillité humaines tentent ton orgueil, si c’est

là qu’est ton rêve, si tu veux aider les rois à opprimer les hommes,

nous pouvons te placer sur un trône, car notre volonté a ce nom: la

toute-puissance! Mais notre sanctuaire te sera fermé, et nous

t’abandonnerons aux suites de ta folie. Veux-tu, au contraire, te

dévouer à rendre les hommes heureux et libres? sois alors le bienvenu.

Homme, interroge ton cœur et choisis.

Je ne pus m’empêcher de songer, à part moi, qu’il y avait quelque chose

de plaisant dans cette offre de la royauté, faite au fils d’un

passementier de Palerme, qui, naguère, eût volontiers cédé pour un plat

de macaroni tous les droits qu’il aurait pu avoir aux trônes de la

terre. Mais je me gardai bien de paraître surpris; je promenai un regard

de dédain sur ces insignes de la grandeur terrestre, et faisant un pas

en avant, je renversai de la main la couronne, les florins d’or et les

pierreries. J’avoue que les spectacles que l’on m’avait offerts avaient

fait une profonde impression sur mon esprit; d’ailleurs, j’avais une

manière de soupçon que, si j’avais accepté la couronne, on se fût bien

gardé de me la donner.

Je m’écriai, avec une emphase convenable:

--Que tous les rois périssent écrasés sous leurs trônes!

Alors le grand Épopte se leva:

--Joseph Balsamo, je vais recevoir ton serment.

Derrière le chef des prêtres, le mur de marbre blanc se disjoignit, et

dans l’écartement apparut un autel, où un grand crucifié,--qui n’était

pas une vaine image, mais un homme véritable avec une plaie saignante au

côté,--soupirait dans les affres de l’agonie.

Je m’agenouillai.

--Au nom de Jésus de Nazareth, qui est le Dieu des pauvres et des

opprimés, dit le prêtre, jure de briser les liens charnels qui

t’attachent encore à père, mère, frère, sœur, épouse, parents, amis,

maîtresses, rois, chefs, bienfaiteurs, et tout être quelconque à qui tu

aurais promis foi, obéissance, gratitude ou service.

L’obligation de renoncer aux liens charnels qui m’attachaient à ma femme

me troubla quelque peu. Je pensai que ma chère Lorenza ne manquerait pas

de désapprouver cet engagement-là; mais, remarquant que ces mots «liens

charnels» pouvaient être entendus de diverses façons, je répondis:

--Je le jure.

--Jures-tu de renier le lieu qui te vit naître, pour monter dans une

autre sphère, où tu n’arriveras qu’après avoir abandonné ce globe

empesté, vil rebut des cieux?

Comme Palerme est, à tout prendre, une ville assez maussade, où j’avais

beaucoup de créanciers, je ne vis aucun inconvénient à la renier et je

dis:

--Je le jure.

--Jures-tu de révéler au chef, qui te sera connu dès aujourd’hui, ce que

tu auras vu ou fait, lu ou entendu, appris ou deviné, et même de

rechercher et d’épier ce qui ne s’offrirait pas à tes yeux ou à tes

oreilles, pour le lui confier?

Cela ne me déplut pas, car je suis curieux et bavard.

--Je le jure.

--Jures-tu d’honorer et de respecter le poignard, l’épée et les autres

lames, l’aqua-tofana, la cantarelle et les autres poisons, comme des

moyens sûrs, prompts et prudents, de délivrer le monde, par la mort ou

par la folie, de ceux qui cherchent à avilir la vérité ou à l’arracher

de nos mains?

--Je le jure.

--Jure encore que tu éviteras l’Espagne, Naples, et toute terre maudite.

--Je le jure.

--Jure enfin, ô mon frère! que tu fuiras la tentation de dévoiler les

mystères auxquels tu vas être initié et le secret qui te sera connu.

Songe que le tonnerre n’est pas plus rapide que la mort qui te

frapperait à l’heure même de ta trahison, en quelque lieu du monde que

tu fusses!

--Je le jure.

Un grand silence se fit. J’attendais, toujours à genoux, un peu inquiet.

La curiosité d’être initié aux derniers mystères, de connaître le secret

suprême, ne m’empêchait pas de penser avec une espèce de frisson aux

cérémonies cruelles par lesquelles se complétait, à ce qu’on m’avait

assuré, l’affiliation à la secte des Illuminés.

Véritables mémoires de Cagliostro · 第 13 / 34 题