Ce spectacle nous avait rendu notre vigueur à Valbouillant et

à moi; il y avait dans la chambre deux lits jumeaux, séparés

par un espace d'environ trois pieds. Mme Valbouillant, le

ventre et la poitrine couchés sur un des lits, présentait la

croupe à la fustigation de Babet; le mari, prenant la place de

la correctrice sans faire changer de position à la pénitente,

enfonce son aiguillon le plus avant qu'il peut dans le sentier

physique, et j'en fis autant à la jeune enfant, l'ayant placée

sur l'autre lit dans la même position, de sorte que nos

postérieurs, à chaque secousse, se rencontraient, et par ce

choc étant repoussés plus vigoureusement, allaient porter la

volupté plus profondément dans les sanctuaires de nos belles.

Mme Valbouillant, dont la fustigation avait rassemblé tous les

esprits dans la partie sensible, arriva trois fois au but

pendant que son athlète fournissait une seule carrière; pour

moi, je perdis mes forces en même temps que la chère Babet,

dont avec un doigt curieux je sondais cependant la voie

étroite. Elle me parut avoir le degré de sensibilité désirable

pour les plaisirs que j'en attendais dans un autre moment. La

pauvre petite, surprise à cette double intromission,

s'écriait: -- Bon Dieu! qu'est-ce donc que cela? que cela est

drôle! Aye, aye, cela ne me répond pas du tout; je n'y puis

plus tenir, je me meurs... Ce fut son dernier cri en finissant

le sacrifice. Nous nous étions si bien trouvés de cette

réjouissance en quadrille, que nous résolûmes bien d'en faire

usage. Mme Valbouillant ne cessait de faire l'éloge des verges

et jurait n'avoir jamais trouvé son mari si voluptueux. Pour

Babet et pour moi, qui avions de longue main contracté cette

habitude, nous étions charmés de les y voir prendre goût; le

résultat de cette apologie fut de nous armer tous d'une bonne

poignée de bouleau et de nous flageller réciproquement, de

telle force que le post-face de nos belles avait pris la

couleur de la cerise, et les nôtres, profondément sillonnés,

laissaient échapper le sang par quelques endroits; mais nous

étions dans un état de fureur érotique qui nous dédommageait

pleinement de cette petite souffrance. -- Tâchons, leur dis-je,

de profiter de cet état heureux et d'en prolonger la durée;

lorsque nous nous sentirons sur le point de terminer le

sacrifice, suspendons et retirons-nous tout doucement, nous

rentrerons bientôt en lice quand les esprits seront un peu

plus calmes.

Nos belles s'assirent l'une à côté de l'autre sur le bord d'un

des lits, et nous, restant debout, nous nous établîmes entre

elles; leurs jambes se croisèrent sur nos reins; dans cette

heureuse attitude, nous dominions leurs charmes, nos mains

pouvaient, sans se gêner, parcourir le sein de l'une et de

l'autre, et même nos bouches y pouvaient prodiguer des

baisers, en sucer les trésors, sans que les parties

essentielles fussent déplacées. Je m'arrêtais lorsque je

sentais le moment approcher, j'en faisais autant à

Valbouillant, que je tenais immobile, quand la fréquence de

ses soupirs m'annonçait qu'il touchait au terme. Après avoir

ainsi peloté avec le plaisir pendant un gros quart d'heure: --

Troquons, lui dis-je. Et il passa des bras de Babet dans ceux

de sa femme, que je quittai pour le remplacer dans ceux de sa

filleule.

Nos belles, cependant, moins économes ou plus en fonds que

nous, versaient fréquemment des larmes de volupté; enfin,

comme il faut que tout se termine, j'insinuai le gros doigt de

ma main gauche dans le post-face de Valbouillant, qui de sa

droite me rendit le même office; ce surcroît de chatouillement

nous conduisit bientôt au but désiré, mais comme elle avait

été suspendue, jamais éjaculation ne fut plus abondante; à

peine nous restait-il assez de force pour nous traîner chacun

dans notre lit, où nous allâmes chercher le repos dont nous

avions grand besoin.

Le lendemain, les restaurants, les cordiaux ne nous furent pas

épargnés; cependant le soir, au grand regret de nos belles,

accablés de sommeil, nous allâmes chercher le repos que nous

désirions, après n'avoir mis en jeu que de froids baisers et

quelques mouvements de doigts officieux qui leur paraissaient

de bien faibles dédommagements des services plus solides

auxquels nous les avions accoutumées.

Le troisième jour, deux courriers arrivant de Rome à nos

belles semblaient devoir prolonger le temps de notre repos;

mais Mme Valbouillant, que nous avions initiée aux plaisirs

d'arrière-main, nous observa qu'à défaut de la porte cochère

on pouvait entrer par le guichet; nous instruisîmes Babet dans

le même art et nous la formâmes à ce précieux genre de

volupté; mais la tante de Babet la voyant plus alerte, plus

spirituelle, moins embarrassée, n'en recevant plus de

confidences comme celle des démangeaisons, soupçonna en partie

la vérité, et comme elle avait l'entrée libre dans la maison,

elle se cacha près du lieu de nos orgies. Là, ses yeux et ses

oreilles ne lui laissèrent aucun doute. Elle était née

Italienne, partant superstitieuse, poltronne et vindicative.

Elle n'osait éclater contre Valbouillant, dont elle

connaissait les richesses et craignait le crédit; elle crut

qu'elle parviendrait à se venger en s'appuyant du prélat de la

ville, auquel elle demanda une audience particulière et

qu'elle instruisit de la communauté de nos plaisirs, s'offrant

de le rendre témoin oculaire de notre débauche. Son récit mit

en rut le papelard et piqua sa curiosité; elle l'introduisit

dans un cabinet près de la chambre de Valbouillant, dont une

porte vitrée laissait libre passage à ses regards avides.

C'était peu de jours après le rétablissement de la santé de

nos belles. Pour mieux célébrer la fête, nous nous étions

dépouillés de tous ornements superflus; il faisait chaud, nous

étions dans l'état de nos premiers pères dans l'Eden: nos

serpents orgueilleux levaient une tête altière, et l'aspect

des pommes que nous présentaient nos Eves nous faisait frémir

de désir; nous essayâmes mille attitudes diverses, et

suspendant le dernier terme de la jouissance, nous fixions les

désirs: Babet, renversée sur un lit les jambes croisées sur

mes reins, se pâmait voluptueusement en serrant dans son antre

brûlant le joyeux bourdon que je poussais et retirais avec une

agilité qui hâtait pour elle le moment décisif, tandis que

Valbouillant faisait avec sa femme, couchée sur le même lit,

une épreuve antiphysique dont il redoublait les délices par le

chatouillement d'un doigt obligeant à l'orifice du véritable

sanctuaire.

Le prélat crevait dans ses panneaux et la jalouse tante de

Babet, le tirant par la manche, lui dit: -- Monseigneur, que

d'horreurs! -- Que de volupté! répondit-il. Nous entendîmes ces

exclamations, et la circonstance nous inspirant, nous prîmes

de concert, sans nous être consultés, le sage parti de rendre

nos témoins nos complices; nos belles saisirent la vieille

tante, la renversèrent sur le lit de repos; je me jetai sur

elle; aussi brave que Curtius je me précipitai dans ce gouffre

pour le salut de la patrie. Le prélat était italien: mon

attitude, les deux globes que j'offrais à sa vue, ne lui

permirent pas d'hésiter; il se crut Jupiter et je fus

Ganymède; et Valbouillant, pour compléter le tableau, lui

rendit ce qu'il me prêtait; cependant Babet, voyant sa tante

assujettie par le poids de trois corps, de manière à ne

pouvoir se refuser à la bonne fortune imprévue qui lui

arrivait, se saisit d'une des poignées de verges dont nous

étions toujours pourvus, et en chatouilla le post-face de

Valbouillant, pendant que sa femme, renversée sur la partie

vide du lit, nous découvrant les trésors de sa gorge d'albâtre

et l'ivoire de ses cuisses, se prêtait à l'intromission d'un

doigt caressant que je glissai à travers l'ébène de son

taillis, sans cependant que je quittasse la brèche de

l'antique citadelle où j'étais logé. La vieille qui, tout

d'abord, voulait me mordre, me dévisager, prit enfin son mal

en patience. -- Bonté divine! s'écria-t-elle en remuant la

charnière, ah! chien... mon doux Jésus... quel dommage que ce

soit un péché... -- Dis plutôt quel bonheur! criait le prélat,

me rendant les mouvements de Valbouillant; va, rien ne vaut le

fruit défendu... -- Je me damne! reprit la vieille toujours

tordant le croupion.-- Va toujours, j'ai les cas réservés.

Sur la parole du saint prélat, la vieille se résigne, me

serre, s'agite et m'arrache une libation, qu'elle me rend avec

usure. L'évêque et Valbouillant arrivent au même instant au

comble du plaisir. Mme Valbouillant, qui nous avait précédés,

se lève alors, et va avec la jeune Babet féliciter la vieille

tante de la bonne fortune inattendue qu'elle venait d'avoir;

il y avait trop de témoins du plaisir qu'elle venait de

prendre pour qu'elle en pût disconvenir. Elle se prêta donc au

baiser que lui donna sa nièce, et borna ses remontrances à lui

dire: -- Tâche du moins que personne ne s'en doute. -- Ne

craignez rien, répartis-je, vous voyez comme nous traitons les

curieux. -- Je ne crois pas, dit le prélat, la méthode sûre

pour les corriger.

Dès ce moment la confiance s'étant établie entre nous, la

contrainte fut bannie; le prélat fut l'âme de nos orgies: le

long séjour qu'il avait fait en Italie lui avait donné une

profonde théorie de tous les genres de volupté, et joignant la

pratique à ses rares lumières, il nous fit essayer avec succès

trente attitudes dignes d'exciter le pinceau des Clinchet et

modernes. Valbouillant était dans l'ivresse et sa femme

proposa au saint homme de le réconcilier avec les plaisirs

naturels. La politesse l'empêcha de refuser; pour le

récompenser de sa complaisance, je le socratisai pendant sa

besogne, et Babet, couchée sur Valbouillant qui s'était jeté à

la renverse sur le lit à sa portée, offrait à son oeil lubrique

deux jumelles dont Ganymède aurait été jaloux. La tante, pour

ne pas rester oisive, d'une main chatouillait les témoins de

Monseigneur, et de l'autre s'escrimait à coups précipités

d'une poignée de verges, qui sillonnant le bas de mes reins

redoublaient ma vigueur. -- Eh bien, dit Valbouillant, à

l'instant qu'il touchait à la dernière période de la volupté,

que dites-vous de ma femme? -- Que dans le Paradis elle

enlèverait à Madeleine toutes ses pratiques.

La soirée s'avançait, le prélat se rhabilla et nous ayant

comblés de caresses, il retourna à son palais, remerciant la

tante de Babet des plaisirs que lui avaient procurés son

inquiétude et ses scrupules, et avant de nous quitter, il lui

fit présent d'un suppléant qu'une abbesse qu'il protégeait lui

avait envoyé pour modèle, le priant d'en faire faire une

douzaine pour le service de sa communauté. La bonne tante,

après quelques cérémonies, l'accepta et nous lûmes dans ses

yeux qu'elle en ferait plus d'usage que de son chapelet. Nous

fîmes un léger repas et nous allâmes nous coucher après avoir

bien ri de la fortune de la vieille.

Le lendemain, à peine étais-je éveillé, qu'on me remit une

lettre du prélat. La voici:

"Sur le compte avantageux qui nous a été rendu, monsieur, de

l'application que vous avez montrée pendant vos études, des

progrès que vous avez faits dans la philosophie, la physique

et la morale, des dispositions que vous avez à devenir profond

dans la théologie, nous croyons qu'il est de notre devoir

pastoral de retirer de dessous le boisseau une lumière

naissante telle que vous, et de la placer sur le chandelier.

Pour vous mettre à même de développer et d'accroître vos

talents, je vous offre auprès de moi la place de lecteur; je

me charge de votre sort jusqu'à ce que quelque bénéfice

honnête venant à vaquer soit votre récompense. L'éducation du

fils de M. Valbouillant peut être confiée à d'autres mains, et

ce serait un larcin fait à l'Eglise que de lui dérober un

sujet qui doit faire sa gloire, je ne vous renfermerai pas

dans le seul emploi de lecteur; j'ai fort à coeur un ouvrage

auquel je me livre avec un zèle ardent; vous serez mon

collaborateur. Je crois l'offre trop avantageuse pour que vous

la refusiez; vous pourrez toujours continuer vos bons offices

à M. et Mme Valbouillant: ce sont des gens estimables dont je

chéris les moeurs, et je vous seconderai de tous mes efforts."

L'offre, en effet, m'était avantageuse; mais je regrettais de

quitter la bonne Valbouillant, la petite Babet, le père de

famille même; ils m'aimaient tant, ils m'avaient procuré des

plaisirs si vifs, si variés... J'allai donc leur montrer la

lettre, m'en remettant à leur décision pour accepter ou

refuser le parti; ils furent aussi affligés que moi; mais

refuser à l'évêque dans un pays où les prêtres peuvent tout,

était trop dangereux; il fut donc arrêté que je me rendrais

auprès de Sa Grandeur et que je ferais mes efforts pour

m'échapper souvent et jouir avec eux des plaisirs que je leur

avais fait connaître. Je ne répondis donc point à la lettre du

prélat; je m'habillai avec soin, et les yeux baissés, le front

modeste, je me rendis chez le saint homme. Dès qu'il me vit,

d'un air grave il me dit de passer dans son cabinet intérieur;

et se hâtant de se débarrasser du promoteur et de l'official

qui l'entretenaient de quelques affaires de diocèse, il vint

me rejoindre, ayant défendu qu'on l'interrompît avant qu'il

sonnât. Dès que nous fûmes seuls, son visage perdit toute sa

gravité épiscopale, il m'embrassa avec transport: -- Eh bien,

mon ami! mon cher Hic et Hec, me dit-il, nous vivrons donc

ensemble, n'y consentez-vous pas? -- Les désirs de Monseigneur

sont des ordres pour moi. -- Bon, entrez donc en exercice de

vos fonctions de lecteur.

Il me remet la satire de Pétrone, ouverte à l'endroit qui a

fourni la jolie scène des amours d'été, me fait prosterner sur

une pile de carreaux, et pendant que je lis, réalise avec moi

la scène dont il entend le récit; il la pousse jusqu'au

dénouement, et prenant ensuite le livre, il se met à ma place

et je lui dis que je sais aussi bien attaquer que soutenir

l'assaut; nous nous rajustons et nous approchant d'un bureau,

sur lequel étaient amoncelés plusieurs casuistes, il me fait

asseoir, sonne, et dit au valet de chambre qui arrive, qu'il

peut laisser entrer, et pendant que plusieurs personnes,

grands vicaires et autres, sont introduites: -- Je suis

content, me dit-il, comme en continuant une conversation. Vos

principes sont les vrais, vous avez approfondi la matière et

quelques années de travail encore vous vaudrez Sanchez.

Messieurs, poursuivit-il, en s'adressant aux arrivants, voilà

un jeune homme qui me donne de grandes espérances, depuis une

heure que je l'examine pour m'assurer de ses talents, je ne

l'ai pas trouvé un instant en défaut! il pousse un argument

avec force, le soutient avec fermeté, et je crois qu'il fera

un grand honneur à l'Eglise. Je l'ai pris pour mon lecteur,

et, après notre dîner, je lui donnerai les quatre mineurs;

quand on trouve des sujets il ne faut pas les faire languir.

Tout le monde me combla d'éloges pour plaire à mon patron; je

me couvris du manteau de cette modestie hypocrite qu'on aime à

trouver dans un jeune homme, mais dont les gens instruits sont

rarement les dupes. En sortant de table, l'évêque me tint

parole, je me trouvai sous-diacre, sans avoir fait d'autre

séminaire que sur les coussins de Monseigneur et dans le

boudoir de Mme Valbouillant.

Le prélat me permit d'aller lui faire part de mon avancement,

et me rappelant, il me dit tout bas: -- J'irai chez eux quand

je serai débarrassé de nos importuns, prévenez-les pour que

nous puissions n'être qu'entre nous. Je m'inclinai avec

respect et je sortis.

Je fus reçu avec transport par mes amis; Valbouillant et sa

femme m'accablaient de questions; j'y répondis de mon mieux et

je leur dis par quelle voie j'étais entré dans les ordres,

ajoutant que l'évêque viendrait leur dire, dès qu'il serait

libre, ce qu'il avait fait pour leur protégé. Babet qui

survint me couvrit de baisers et si je m'en étais cru, je

n'aurais pas différé à leur marquer ma reconnaissance de la

part qu'ils prenaient à mon avancement; mais l'incertitude du

moment de l'arrivée du prélat, le désir de lui faire faire une

orgie complète, nous firent suspendre nos plaisirs. Il ne se

fit pas attendre; alors la porte fut fermée pour tout le

monde; on lui fit des remerciements et des reproches (ce qu'il

faisait pour moi ne dédommageait pas de ce qu'on perdait à mon

absence). Le saint homme promit que je pourrais les voir

souvent et qu'il joindrait ses efforts aux miens pour égayer

leurs moments.

Après ces premiers propos, on fit venir Babet, qui d'abord

s'était retirée par respect, et, profitant de la chaleur du

climat, sur l'avis du prélat, nous quittâmes les pompes du

luxe, et nous nous mîmes dans l'état où étaient nos premiers

parents dans l'Eden avant que la pomme fatale leur eût appris

qu'ils étaient sans vêtements. On eût dit, en regardant Mme

Valbouillant, que c'était la Volupté sous la livrée de la

Fraîcheur; ce qui manquait à la légèreté de sa taille était

bien compensé par la finesse de sa peau, la fermeté des

chairs, l'appétissant des formes arrondies et le tempérament

que ses yeux pétillants et l'humidité de ses lèvres vermeilles

annonçaient; pour Babet, l'Albane ou le Boucher l'auraient

prise pour la plus jeune des Grâces, sa taille svelte et

déliée n'avait pas encore la perfection des formes, mais on

voyait que deux ans encore leur donneraient cette rondeur

qu'on ne trouve point dans l'extrême jeunesse; des cheveux

d'un noir de jais, et tombant par grosses boucles au-dessus de

ses mollets, formaient autour d'elle un voile transparent qui

rendait encore plus touchants les charmes dont ils couvraient

une partie. Le prélat ne put tenir contre ce charmant objet;

elle fut la première à recevoir son hommage. -- Tâchons, dit

alors l'évêque, de remplir par quelque récit amusant

l'intervalle que la nature exige entre le plaisir et la

renaissance des désirs; je vais vous raconter une aventure qui

m'est arrivée quand j'étais au séminaire. -- Ecoutons. Et l'on

s'assit autour du prélat.

J'avais, dit-il, seize ans; j'étais assez joli, et ma tante,

chez qui je passais communément les vacances à sa terre,

s'amusait souvent à m'habiller en fille, et faisait prendre

mes habits à Faustine, sa fille; elle était de mon âge, avait

la taille élancée, et, pour la tournure et les grâces,

ressemblait beaucoup à la gentille Babet. Ces travestissements

avaient établi entre nous une liberté dont nous ne manquâmes

pas de profiter. Faustine avait du tempérament comme Babet;

j'étais ardent comme Hic et Hec. Ma tante n'était pas

ombrageuse; son directeur la consolait de l'ennui de son

veuvage, et quand il venait passer quelques jours au château,

nous étions encore plus libres, ma tante désirant jouir dans

la retraite des pieuses exhortations du saint homme. Nous

allions souvent nous promener en cabriolet, ma cousine et moi,

dans les maisons du voisinage: il nous était même permis de

découcher quelquefois, le voisinage étant habité par des amis

de ma tante. Un jour que le père en Dieu était à la maison, il

nous prit fantaisie d'aller nous promener, ma soeur et moi

(c'est ainsi que je nommais Faustine); la fontaine de Vaucluse

était l'objet de notre curiosité, et nous dîmes à ma tante que

nous reviendrions coucher à moitié chemin, chez une vieille

parente qu'elle aimait beaucoup. Nous nous arrêtâmes dans un

cabaret, à deux lieues de la route, pour déjeuner. Pendant

qu'on le préparait, l'idée me prit de troquer d'habits avec

Faustine, qui m'avait paru la veille charmante en abbé. --

Volontiers, si cela t'amuse, mon frère, me dit-elle; mais je

n'ai point ici ma femme de chambre, comment ferons-nous? -- Bel

embarras, je t'en servirai. -- Oui, mais la décence! -- Qui

est-ce qui le saura? tu ne te méfies pas de moi? -- Non, sans

doute; mais cependant je ne voudrais pas que tu visses tout à

fait... -- Comme tu es faite, n'est-ce pas? va, je m'en doute.

-- Je le crois bien; mais... -- Tu te doutes bien comme je suis.

-- J'en ai quelques idées, mais point de certitude. -- Et qui

nous empêche de satisfaire notre curiosité? -- Mais maman... --

Crois-tu qu'elle se gêne avec le révérend père Cazzoni! -- Oh!

je ne veux pas pénétrer ses secrets. -- Nous ne l'instruirons

pas non plus des nôtres; allons, quitte tes jupes et ton

corset. -- Au moins tu seras sage. -- Oui, mais je veux tout

voir. -- Soit, mais tu satisferas aussi ma curiosité? -- De

toute mon âme; mais tu n'en diras rien? -- Non, jamais, ni toi

non plus. -- Je te le jure!

Et nous voilà à nous déshabiller avec empressement; mon habit

était à bas, son fichu et son corset étaient enlevés, nous

commençâmes par comparer nos seins. -- Ah! Faustine, les deux

charmants hémisphères, que ces boutons qui représentent les

pôles sont frais et vermeils, que ces veines bleues relèvent

l'éclat de cet albâtre sur lequel elles sont tracées, et je

serrais ces charmantes fraises entre mes lèvres caressantes. --

Finis donc, mon frère; tu me jettes dans un trouble... je ne

pourrais pas finir de me déshabiller. J'obéis en la dévorant

des yeux. -- Mais travaille donc aussi, dit-elle, d'un ton

impatient: tu ne fais que me regarder, et je serai déjà toute

nue que tu auras encore ta culotte.

Je fis ce qu'elle ordonnait, et j'avais ôté mon caleçon qu'à

l'instant ayant enlevé ses jupes, elle se dépouillait de sa

chemise; nos yeux se portèrent simultanément vers le point

central. -- Ah! que c'est joli, m'écriai-je en portant une main

avide sur la mousse naissante qui commençait à couvrir le

portique du plus joli temple de l'amour! -- Ah! que c'est beau,

dit-elle en serrant dans sa main l'image brillante du serpent

qui tenta notre première mère; comme cela est dur! cela se

découvre, et ce qui est au-dessous, à quoi cela sert-il?

Ses attouchements me mettaient dans un état qui ne me

permettait pas de lui répondre. Et de mon côté j'examinai

l'objet intéressant qu'elle offrait à ma vue; j'avais commencé

par fermer la porte au verrou et je la décidai sans peine à se

placer sur le lit pour que nous puissions réciproquement

continuer notre examen. -- Cela, lui dis-je, est destiné par la

nature à s'ajuster dans la partie où je tiens mon doigt. -- Ah!

comme ce doigt me chatouille! regarde. -- En effet, veux-tu que

j'essaie?... -- Dam... je le voudrais bien, mais si maman le

savait!

-- Et qui le lui dira? ce ne sera pas moi, sûrement. -- Eh bien!

eh bien! essayons. -- Soit, essayons!

Alors, avec toute la gaucherie de l'ignorance et toute

l'ardeur de l'amour, nous cherchons à nous mettre en besogne;

la crainte de blesser Faustine arrêtait mes efforts dès

qu'elle témoignait de la douleur; elle me rappelait, mais

toujours la même difficulté se présentait. Enfin, je me

souvins qu'au collège mon régent de seconde, voulant badiner

avec moi, s'était mis en frais de satire et m'avait appris ce

proverbe: _Col patenzia et la supa si chiavarebbe una mosca_. Je

pris un morceau de beurre frais qu'on nous avait apporté avec

des radis, et grâce à ce secours, je renouvelai mes efforts.

Faustine s'arme de courage, résiste sans fuir; la tête de ma

colonne force la barrière; je redouble, le bélier pénètre, la

muraille s'entr'ouvre, les désirs escaladent la brèche et s'y

logent en arborant le drapeau des plaisirs. Nous trouvions ce

jeu si doux que nous avions de la peine à le quitter; mais la

crainte que la fille de l'auberge ne nous surprît en apportant

ce qu'on nous préparait pour déjeuner, nous força de nous

rhabiller.

Je pris la chemise de Faustine, qui s'affubla de la mienne;

elle se chargea de ma coiffure, moi de la sienne, et quand on

vint nous servir, elle offrait aux yeux un petit abbé, et je

paraissais une assez jolie fille. Faustine, pour se conformer

à son nouveau costume, prit l'air d'un jeune étourdi, et y

réussit mieux que moi quand je voulus prendre l'air de réserve

convenable à mon habit. La servante qui porta notre déjeuner

avait la gorge ferme, la jambe fine, le bas bien tiré et la

jupe courte, comme l'ont d'ordinaire nos jolies Venaissines.

Faustine la lutina; Javotte paya d'une tape l'agilité de ses

mains. Le nouvel abbé ne se rebuta pas, et levant sa jupe

par-derrière, toucha l'endroit sensible. -- Qu'est-ce donc? petit

fripon, sans le respect que j'ai pour mademoiselle votre soeur,

je vous corrigerais de la bonne façon; voyez un peu le beau

morveux! -- Ah! ne vous gênez pas, repris-je en riant, c'est un

petit libertin, je ne prendrai pas sa défense. Alors Javotte

vous l'empoigne d'un bras vigoureux, et en un clin d'oeil

déboutonne sa culotte, l'abat et lui donne deux bonnes

claques, et cherchant ce qui le rendait si insolent, elle

jette un cri de surprise en ne trouvant qu'une jolie grotte où

elle croyait trouver un rocher sourcilleux. -- Ah! pardon,

mademoiselle, si j'avais su ce que vous étiez, je n'aurais pas

fait la bégueule, et si cela vous amuse, vous êtes la

maîtresse. Faustine, pour ne pas la désobliger, consentit à

recevoir de bon gré ce qu'elle avait d'abord voulu ravir, et

d'un doigt obligeant lui rendit le même bon office qu'elle en

recevait.

Pendant qu'elles s'occupaient, je pris la parole et je dis à

Javotte que nous étions soeurs et que nous allions voir une de

nos parentes dans l'intention de la divertir par ce

travestissement, et je lui donnai un écu pour nous garder le

secret. -- Ah! de bon coeur, dit-elle; mais vous êtes trop jolie

pour n'être que spectatrice, et elle voulait passer sa main

sous ma jupe. -- Non, Javotte, je vous remercie, il y a des

empêchements. -- Des nouvelles de Rome peut-être? --

Précisément. -- Qu'importe, j'ai là de l'eau, les mains sont

bientôt lavées. -- Oh! non, jamais dans cet état... -- Vous ne

me ressemblez guère, c'est le temps où je suis la plus

ardente.

Hic et Hec · 第 2 / 5 段