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[Transcriber's note: MIRABEAU (Honoré Gabriel Riquetti,
comte de Mirabeau) (1749-1791),
Hic et Hec (1798), édition de 1921
A French erotic novel of the 18th Century]
LES MAITRES DE L'AMOUR
L'oeuvre
du
Comte de Mirabeau
(...)
Hic et Hec, ou l'art de varier les plaisirs de l'amour
(...)
PARIS
BIBLIOTHEQUE DES CURIEUX
4, RUE DE FURSTENBERG, A
MCMXXI
Hic et Hec
Je dois le jour à une distraction d'un R. P. jésuite
d'Avignon, qui, se promenant avec ma mère, blanchisseuse de la
maison, quitta dans l'obscurité le sentier étroit qu'il
parcourait d'ordinaire en faveur de la grande route qui lui
était peu familière. A peine avais-je six ans que sa tendresse
paternelle me fit admettre par charité dans les basses
classes; j'y rendais tous les services qu'on pouvait attendre
de mon âge, et grâce aux heureuses dispositions dont la nature
m'avait doué, je profitai; à douze ans, je pus balayer la
troisième et faire les commissions du père Natophile, qui en
était régent. J'étais précoce en tout, ma taille était élancée
et svelte, mon visage rond et vermeil, mes cheveux châtain-brun
et mes yeux noirs, grands et perçants me faisaient
paraître plus âgé que je n'étais: on me prenait pour un enfant
de quatorze ans. La bassesse de mon origine, la pauvreté de ma
parure, m'avaient éloigné de toute intimité avec mes camarades
de classe, et par conséquent de la corruption, et je donnais
tout mon temps à l'étude. Le régent, satisfait de mes progrès,
me prit en affection, me chargea du soin d'arranger sa
chambre, de faire son lit et de lui porter tout ce dont il
avait besoin; et pour ma récompense, il me donnait des leçons
particulières après la classe, et me faisait lire dans sa
chambre des auteurs qu'on n'explique pas en public.
Un jour, j'avais plus de treize ans alors, il me tenait entre
ses jambes pour me suivre des yeux dans l'explication de la
satire de Pétrone; son visage s'enflammait, ses yeux
étincelaient, sa respiration était précipitée et syncopée; je
l'observais avec une inquiète curiosité qui, divisant mon
attention, me fit faire une méprise. -- Comment, petit drôle!
me dit-il d'un ton qui me fit trembler, un sixième ne ferait
pas une pareille faute; vous allez avoir le fouet. J'eus beau
vouloir m'excuser et demander grâce, l'arrêt était prononcé;
il fallut bien me soumettre. Il s'arme d'une poignée de
verges, me fait mettre culotte bas, je me jette sur son lit,
et de peur que je ne me dérobe au châtiment, il passe son bras
gauche autour de mes reins, de façon que sa main empoigne un
bijou dont j'ignorais encore l'usage, quoique sa dureté
momentanée, depuis plus d'un an, m'eut donné à penser. --
Allons, petit coquin, je vais vous apprendre à faire des
solécismes. Et il agite légèrement les verges sur mes
jumelles, de manière à les chatouiller plutôt qu'à les
blesser. La peur ou le doux frottement de sa main fit grossir
ce qu'il tenait. -- Ah! petit libertin, qu'est-ce que je sens
là? Ah! vous en aurez d'importance. Et il continuait la douce
flagellation et ses attouchements, jusqu'à ce que, enivré de
volupté, un jet de nectar brûlant couronnât ses efforts et
comblât ma félicité. Alors, jetant les verges: -- Ferez-vous
plus attention une autre fois? -- Ah! je ne le crois pas, mon
père, il y a trop de plaisir à être corrigé de votre main. --
Tu me pardonnes ma colère; eh bien, applique-toi, quand tu
feras bien, je te récompenserai comme je t'ai puni. Je lui
baisai la main avec transport, il m'embrassa, et passant ses
mains sur mes jumelles, il me couvrit de baisers. -- Puisque tu
es content de la correction, mon cher enfant, poursuivit-il,
tu devrais bien récompenser mes soins de même. -- Je n'oserais
jamais!... fouetter mon régent! -- Ose, il t'en prie, et, s'il
le faut, il te l'ordonne. J'allai, en rougissant, prendre les
verges, il découvrit son post-face; à peine osais-je toucher,
il s'enrouait à me crier: -- Fort, plus fort; on doit punir
plus rigoureusement les fautes des maîtres que celles des
écoliers. Enfin je m'enhardis, et, empoignant son sceptre
comme il avait fait du mien, je le fustigeai si vertement
qu'il versa des larmes de plaisir. Dès ce moment la confiance
s'établit; il prétexta un rhume qui le mettait dans la
nécessité d'avoir quelqu'un auprès de lui, et il fit mettre
mon lit dans un petit cabinet qui touchait au sien; mais ce
n'était que pour la forme, et, dès qu'il était couché, il
m'appelait et j'allais dormir ou veiller dans ses bras. Il fut
mon Socrate et je fus son Alcibiade. Tour à tour agent et
patient, il mit sa gloire à perfectionner mon éducation.
Ma quatorzième année finie, je possédais le grec, le latin, un
commencement de logique et de philosophie, je connaissais les
premiers éléments de la théologie. Mais pour approfondir cette
science qui tant de fois aiguisa les poignards du fanatisme,
il fallait passer dans d'autres mains, le père Natophile étant
livré presque exclusivement à la belle littérature, et je fus
obligé d'aller étudier sous le professeur Aconite. Je gardai
néanmoins mon lit chez Natophile, qui, sentant que pour faire
mon chemin dans cette nouvelle carrière je serais obligé
d'avoir les mêmes complaisances pour Aconite, le prévint en ma
faveur, et dressa lui-même les articles du traité de partage;
il fallait le consentement du supérieur pour mon admission au
cours de théologie. Natophile me présenta chez lui, ma figure
lui plut, et il fallut bien lui payer son droit.
Pendant l'année qui suivit, je passai les jours à l'étude et
les nuits à mériter les faveurs de mes professeurs. Mes
progrès m'avaient fait un nom qui me promettait les plus
brillants succès, quand arriva la catastrophe qui anéantit la
société. Accablés par ces revers, Natophile et Aconite prirent
le parti de se retirer en Italie, et le premier, pour ne pas
me laisser sans ressources me recommanda à Mme Valbouillant,
pour me charger de l'éducation de son fils, âgé de sept ans et
dont le professeur venait de mourir; ma réputation, le
témoignage de mes professeurs, me firent accepter malgré mon
excessive jeunesse. Mme Valbouillant pouvait avoir vingt-quatre
ans, les dents blanches, l'oeil noir, le nez en l'air,
les cheveux bruns et fournis, la peau superbe, la gorge et la
croupe rebondies, et la main d'une beauté ravissante; elle
n'avait d'enfant que mon élève, et son mari, depuis six ans,
était en Italie, à la suite d'une succession qui lui était
échue. Natophile me conduisit chez elle, y fit porter mon
attirail d'abbé et le petit trousseau que son amitié l'avait
engagé à me faire.
Cette dame me reçut avec une bienveillance attrayante et
promit à Natophile de me traiter de façon à établir entre elle
et moi la confiance réciproque qui devait assurer le succès de
mes soins auprès de mon élève. Quand mon introducteur fut
sorti, la dame me regardant d'un oeil fixe et animé, je baissai
les yeux et je rougis; j'avais bien la force de soutenir les
regards lascifs de mes instituteurs, mais ceux d'une femme
riche et d'un rang distingué, dont ma fortune allait dépendre,
m'en imposaient à un point que je ne puis exprimer. -- Que
vois-je, dit-elle, vous rougissez? Le père Natophile m'aurait-il
trompée? Vous avez bien les traits d'une jeune fille, vous
en montrez la timidité, n'en auriez-vous pas le sexe! Je
rougis encore plus fort. -- Ah! continua-t-elle en riant, je
placerais là un joli gouverneur auprès de mon fils; je veux
m'en assurer. Et passant la main dans le jabot de ma chemise,
elle eut l'air de chercher par mon sein si je n'étais pas une
fille; le sien, que je voyais presque en entier, me mettait
dans un état à détruire tous ses doutes; je perdis ma
timidité, et, prenant son autre main, je l'appuyai sur la
preuve palpable de sa méprise. -- Ah! dit-elle, que je m'étais
trompée! Pourquoi avoir une aussi jolie mine? Ma méprise est
bien excusable, mais si jeune... quelle grosseur! d'honneur,
l'abbé, vous êtes un monstre! -- Bien facile à apprivoiser,
dis-je en me jetant à ses pieds, et je donnerais ma vie pour
le bonheur de vous plaire. -- Ah! que je m'en veux de mon
erreur, sans elle il ne serait pas à mes pieds; levez-vous
donc, quelle audace! -- Non, madame, je n'en puis sortir que je
n'aie obtenu mon pardon, et je l'obtiendrai si vous considérez
l'empire de vos charmes et l'effet qu'ils font sur moi. -- J'en
conviens, il est presque incroyable!... Et ses yeux se
fixaient sur l'insolent dont l'orgueil augmentait à vue d'oeil;
il y a peu d'avocats aussi éloquents aux yeux d'une femme: je
vis le succès du plaidoyer muet, et reprenant sa main, je la
pressai contre l'orateur. -- Ah! fripon, s'écria-t-elle en
passant son autre bras autour de mon cou, et serrant ma tête
contre son sein. Je sentis l'énergie de cet "Ah! fripon!" et,
profitant de la circonstance et de l'heureuse attitude, je fis
tant des genoux et des mains qu'en quatre secondes tous les
obstacles furent écartés, et l'union la plus intime couronna
mes efforts; ses yeux humides et à demi fermés, son sein
haletant, sa bouche, collée contre la mienne, forcée au
silence par la volupté; nos langues trop occupées pour peindre
nos plaisirs; nous restâmes plusieurs moments dans cette
ivresse qu'on sent trop pour pouvoir l'exprimer. Sa dernière
période combla mes voeux sans affaiblir nos désirs, et le front
orné de myrtes, je ne me reposai point pour courir à une
nouvelle victoire.
Mon athlète, charmée de sa défaite et de ma valeur obstinée,
se livra avec transport à la nouvelle lutte, qui, moins rapide
et plus vivement sentie, nous plongea dans une mer de délices.
Remis de notre trouble, nous couvrîmes réciproquement de
baisers enflammés tous les charmes dont nous avions joui, et
nous convînmes de la réserve la plus sévère devant le monde et
les domestiques, et de l'abandon le plus parfait dans les
tête-à-tête. Chaque jour me découvrait de nouveaux charmes
dans ma conquête, qui, s'attachant de plus en plus par la
jouissance, m'aimait avec la tendresse d'une amante.
L'appartement de mon élève communiquait au sien par sa garde-robe;
et le soir, quand tout le monde était endormi, je
passais dans son alcôve chercher le délire dans ses bras, et
je rentrais chez moi avant le point du jour. Nous jouissions
sans trouble de cette félicité, quand Valbouillant revint de
son voyage, après avoir terminé ses affaires.
Je lui fus présenté; je lui parus bien jeune pour un
instituteur. Connaissant le tempérament de son épouse, il se
douta bien qu'elle ne me laissait pas donner exclusivement
tous mes soins à mon élève; mais il n'était pas jaloux, et le
séjour qu'il avait fait à Florence l'ayant accoutumé aux
plaisirs socratiques, et ma figure le séduisant, il crut faire
servir la faiblesse de sa femme pour moi à s'assurer de mes
complaisances. Il feignit le soir un mal de tête, s'excusa de
coucher seul dans son appartement, lui disant en l'embrassant
tendrement qu'il espérait s'en dédommager quand cette
indisposition imprévue ne le contrarierait plus. Elle me fit
alors un signe, que je compris à merveille. Quand je le crus
retiré, je m'introduisis dans le lit de ma belle, et nous nous
hâtâmes de profiter d'une occasion que nous craignions ne pas
retrouver de sitôt.
A peine étions-nous à l'oeuvre, que nous vîmes paraître
Valbouillant en chemise, un poignard à la main, qui, jetant la
couverture et me saisissant de la main gauche, me dit: -- On ne
m'outrage point impunément; mais je suis humain, choisissez
entre ces poignards. Et brandissant celui qu'il tenait, il me
montrait celui dont Jupiter frappait Ganymède. L'amour de la
vie ne rendit pas mon choix douteux; je cédai à l'impérieuse
circonstance, et Mme Valbouillant, trop heureuse d'en être
quitte à si bon marché, me retint assujetti dans la position
où je me trouvais; son mari devint le mien, et dans le fort de
ses transports, il prodiguait mille baisers à sa femme,
bénissant une infidélité qui lui procurait de si douces
jouissances. -- Tu me pardonnes donc, lui dit-elle en
l'embrassant. -- Comment rester fâché contre de si chers
coupables? Ce sein, dit-il en le baisant (elle l'avait
superbe), et ces jumelles, ajouta-t-il en frottant de la main
l'autel où il venait de sacrifier, attendriraient un tigre; de
plus, je n'ai pas compté que tu pusses rester fidèle pendant
une si longue absence. J'ai gagné dans mon voyage une bonne
succession et des cornes. La première me fait plus de bien que
les autres ne me feront de mal. Ne prêtons point à rire,
soyons discrets et jouissons sans scrupule de tous les
plaisirs que notre âge et notre fortune nous offrent; évitons
le scandale et moquons-nous du reste.
Mme Valbouillant, enchantée de la manière dont il avalait la
pilule, le comblait de caresses. -- Ah! mon ami, que de bonté!
Non, plus jamais tu n'auras de reproche à me faire! Je
renonce... -- Tais-toi, point de serment, je n'y crois point.
J'exige ta confiance et non ta fidélité; ce serait demander
l'impossible. Tiens, regarde notre abbé, comme il est radieux;
j'ai retardé ses plaisirs et les tiens, mais je ne veux pas
vous en priver; allons, Hic et Hec, reprenez votre besogne. --
La plaisanterie est trop amère, mon ami, quand tu vois mon
repentir. -- Je ne plaisante point, j'ai donné à l'abbé ce que
je te destinais, il est juste qu'il t'en dédommage; les
plaisirs que tu prendras devant moi ne peuvent m'offenser,
puisque c'est de mon aveu, et que mes yeux jouiront par ce
tableau. Et tenant sa femme dans l'attitude la plus commode,
il me pressa de me jeter dans ses bras. La singularité de tout
ce qui venait de se passer me fit hésiter: il insista; je
cédai, et j'avoue que j'en mourais d'envie. Alors, nous
serrant tous deux dans ses bras, il nous couvrit de caresses;
sa femme, d'abord embarrassée, se rassura et lui serrant la
main, se livra sans réserve à mes transports, et parvint au
but désiré en même temps que moi. -- Eh bien! mes amis, dit-il,
ne suis-je pas un complaisant? Des caresses furent notre
réponse. Regarde, dit-il à sa femme, l'effet du spectacle que
vous venez de me donner. Et il lui découvrit son sceptre dans
l'état le plus respectable. -- Qu'il est menaçant, s'écria-t-elle;
allons, mon pauvre Hic et Hec, vous allez être
poignardé. -- Non, madame, c'est sur vous cette fois que ma
fureur va tomber; si, par hasard, dans neuf mois vous me
rendez père, je ne veux pas avoir de certitude que l'enfant
n'est pas de moi. En disant ces mots, il use de tous ses
droits et s'empare de la place dont je venais de sortir.
Valbouillant était bien fait, il avait à peine trente ans, son
corps frais et rebondi était d'une blancheur éblouissante; la
vue de son post-face me rendit ma vigueur, je me précipitai
sur lui, je m'introduisis sans peine, et mes mouvements
secondant ses efforts, le faisaient pénétrer plus avant dans
la grotte de son épouse. -- Ah! cher abbé, s'écria-t-il, quel
plaisir! Tu doubles ma jouissance. Je continuai avec ardeur,
et bientôt une triple émission couronna notre félicité. Alors,
plus calme, il me baisa avec une tendre fureur, pour me payer
des délices que je lui avais fait éprouver. -- Vous m'étonnez,
dit sa femme, je pensais bien qu'en socratisant, l'agent
goûtait un plaisir vif par la pression qu'il éprouve dans la
voie étroite; mais je ne puis concevoir que le patient en
puisse ressentir; au contraire, la grosseur de ce qu'il admet
doit lui causer une sorte de douleur qui doit émousser toute
volupté. -- Ah! ma chère, que vous êtes dans l'erreur, le rôle
de patient est au moins aussi doux à jouer que celui d'agent,
le chatouillement intérieur est ravissant, et j'ai vu des
femmes qui préféraient recevoir leur ami de ce côté-là. --
C'est singulier, et pourquoi ne me l'avoir point fait essayer?
-- Je n'osais te le proposer, et sans les événements
d'aujourd'hui, je ne t'en aurais peut-être jamais parlé. -- Je
serais bien tentée d'en faire l'épreuve, si je ne craignais
pas que cela me fît beaucoup de mal. -- Nous l'avons bien
supporté votre mari et moi presque dès l'enfance; avec un peu
de pommade les obstacles disparaissent. -- Vous m'encouragez;
cependant comment est-il possible que ceci (touchant le
sceptre de son mari) puisse entrer dans un si petit réduit? --
Mon coeur, il faut choisir, pour commencer le défrichement, la
charrue dont le soc sera le plus aigu.
A l'examen, les proportions du mien parurent plus propres pour
entamer l'ouvrage, et après quelques moments de repos, mes
forces s'étant ranimées, Valbouillant resta dans le lit, nous
nous levâmes sa femme et moi; je lui fis courber le corps sur
le lit, son mari la retint, unissant sa bouche à la sienne et
l'animant par des baisers à la florentine. Cependant sa croupe
se levant, me présentait un double chemin au bonheur; je
choisis celui convenu; après avoir préparé la voie par un
liniment suffisant, la grosseur du soc lui fit d'abord jeter
un cri, je m'arrêtai et poussant avec ménagement quelques
secondes après, j'ouvris le sillon assez pour y cacher la
moitié du fer de la charrue; je m'arrêtai encore: -- Souffrez-vous?
lui dis-je. -- Encore un peu, mais moins. Alors, appuyant
sur les manchons, je fis le défrichement aussi profond qu'il
devait l'être, allant et venant, comme l'exige ce genre
d'agriculture. -- Ah! dieux! s'écria-t-elle; je ne sais où je
suis, la tête me tourne, je brûle; ah! quelle volupté, je
fonds! Ah!... ah!... je succombe... je pars encore...
Quartier! mon cher ami... je ne puis plus... Me sentant aussi
tout hors de moi, je retirai mon soc du sillon où il était, je
l'enfonçai profondément dans le voisin que je trouvai inondé
d'un déluge de larmes de volupté; les miennes s'y mêlèrent et
nous nous rejetâmes sur le lit dans un abattement délicieux
qui succède aux plaisirs satisfaits. -- Ah! mes amis, s'écriait
Mme Valbouillant, se peut-il que j'aie vécu jusqu'à présent
dans l'ignorance d'un bonheur aussi grand; bon Dieu, quelle
félicité, quelle douceur ineffable! Valbouillant, qu'elle
caressait en tenant ce discours, lui proposa de lui faire
répéter l'expérience dont elle s'était si bien trouvée. -- De
bon coeur, quand j'aurai pris quelques moments de repos; mais
laissez-moi respirer quelques instants, et me recueillir sur
une jouissance aussi parfaite et aussi nouvelle pour moi.
Elle s'assoupit un moment la tête appuyée sur mon sein, je
m'endormis aussi une main sur ses reins, et l'autre
enveloppant un côté de son sein. Valbouillant suivit notre
exemple, nous dormîmes près de deux heures; un songe
intéressant occupait notre belle, elle agitait ses reins et
m'embrassait avec un transport qui m'éveilla tout à coup.
Valbouillant ouvrit aussi les yeux. -- C'est, dit-il, à mon
tour de lui faire la seconde expérience socratique. --
D'accord, répondis-je, mais si vous m'en croyez, nous pouvons
doubler pour elle la volupté. -- Comment? -- Je vais me coucher
sur le dos et l'établir sur moi tout physiquement, et vous
vous installerez ensuite dans la voie étroite. Tous deux
applaudirent à mon idée, et nous nous mîmes sans délai à la
réaliser. Je mis un coussin sous mes reins pour les élever
davantage, mon héroïne se mit à cheval sur moi, enfonçant mon
poignard dans sa blessure et collant sa poitrine sur la
mienne, de façon qu'elle offrait dans la position la plus
avantageuse le revers à son second athlète. Il ne tarda pas à
battre la muraille avec son bélier, qui bientôt s'y fit jour.
Enivrée de plaisir, elle me mordait, me pinçait, me baisait,
m'inondait et par-dessus m'étouffait: quelque volupté que
j'éprouvasse, je commençais à me repentir de mon invention,
quand par bonheur Valbouillant, dont le frottement de nos
chevilles ouvrières sur la mince membrane qui nous séparait
accélérait le triomphe, arrosa l'intérieur de l'arrière-temple,
et me débarrassa de son poids; alors je redoublai mes
mouvements, et, dardant le nectar dans le plus profond de
l'antre de la volupté, l'âme de ma belle et la mienne se
confondirent quelques moments. Elle avoua que de sa vie elle
n'avait conçu l'idée d'un plaisir aussi ravissant: elle nous
pressait sur son sein son mari et moi, et gémissait de ce que
la nature humaine accordait si peu de force pour savourer et
prolonger la volupté. Ce dernier combat ayant épuisé nos
ressources, nous nous retirâmes pour la laisser chercher, dans
les bras du sommeil, le repos que nous allâmes prendre, chacun
de notre côté, dans nos lits.
Le lendemain, je fus réveillé à onze heures par la jeune
Babet, filleule de Mme Valbouillant, qui vint me dire qu'elle
m'attendait pour déjeuner avec du chocolat, et que je vinsse
dans l'état où je serais. Comme j'aurai occasion de parler de
Babet, et, pendant qu'elle est dans ma chambre, j'en vais
crayonner le portrait. Elle avait à peine quatorze ans; sa
taille, haute et légère, aurait pu servir de modèle à l'Albane
pour peindre la plus jeune des Grâces; un sein petit et dur
commençait à s'arrondir autour de deux boutons vermeils et
frais comme la rose, et qui paraissaient à l'oeil comme deux
fraises appétissantes que le soleil n'a fait encore que rougir
légèrement; son front brillait du coloris de l'innocence; dans
ses yeux on commençait à entrevoir le plaisir d'aimer encore
méconnu, et la gaîté naïve, entr'ouvrant sa bouche de corail,
allait creuser dans ses joues deux fossettes charmantes.
Je l'avais peu remarquée jusqu'alors; malgré les fatigues de
la nuit, le démon du matin ne me laissa pas maître de voir
sans émotion tant de charmes. Je me fis répéter trois fois le
sujet de sa commission, quoique je l'eusse entendu dès la
première. -- Est-ce vous, charmante Babet, lui dis-je, en
jetant ma couverture pour me lever et me rendre aux ordres de
sa maîtresse, est-ce vous qui préparez cet excellent chocolat?
-- Oui, monsieur, c'est moi. -- Que je voudrais bien être à sa
place, comme je mousserais bien sous vos mains. -- Un abbé,
mousser, cela serait plaisant. -- Et très naturel. -- Vous
moquez-vous? comment cela se peut-il? -- Tu vas le voir, lui
dis-je en l'attirant sur mon lit; suppose que ceci est le
manche du moussoir. -- Ah! comme c'est fait; mais non, je veux
m'en aller, et feignant de vouloir sortir et de détourner la
tête, je l'aperçus cependant qui glissait un regard de côté
pour mieux détailler cet objet nouveau pour elle. -- On ne me
quitte pas ainsi, repris-je en la retenant avec un tel effort
qu'elle perdit l'équilibre et tomba de côté sur mon lit, de
telle sorte que voulant se retenir, ce fut directement au
manche du moussoir qu'elle s'accrocha.
Me trouvant bien du hasard de la chute, je la maintins dans
cette attitude. -- Ah! mon Dieu, que cela est dur! dit-elle, en
s'accoutumant à le considérer, et le touchant avec
complaisance; à quoi cela peut-il servir? -- A faire ton
bonheur et le mien. -- Cela serait drôle, et comment cela? -- En
le plaçant dans l'ouverture de la chocolatière. -- Elle est
chez madame, au coin du feu, je vais vous la chercher. -- Ne te
donne pas tant de peines, tu portes toujours avec toi celle
qu'il me faut. Je lui fis sentir par l'attouchement d'un doigt
caressant quel était le meuble qu'il me fallait. -- Comme vous
me chatouillez!... -- Comment? Quoi donc?... Ils sont faits
l'un pour l'autre, et c'est de leur union que naîtra pour nous
le plus grand des plaisirs. -- Ah! comme votre doigt seulement
m'en donne, ah! que cela est drôle! Et vous dites que ce que
je tiens là m'en donnerait davantage. -- Je t'en réponds, cela
ne se ressemble pas. -- Que je le baise donc? Et la pauvre
ingénue se mit à me le couvrir de baisers pendant que mon
doigt, continuant son office obligeant, la conduisit à la
dernière période de la volupté. -- Ah!... ah!... quelle
ivresse, s'écriait-elle, en roulant les yeux et agitant les
reins. Je n'en puis plus... Je meurs, ah!... ah!... je suis
toute mouillée. Je contemplais avec délices les effets du
plaisir sur sa mine innocente et candide; j'allais essayer de
lui donner des plaisirs plus solides, quand du bruit que
j'entendis dans le corridor me fit lâcher prise et remettre à
un autre temps la leçon de cette charmante écolière. -- A ce
soir, lui dis-je, quand tout le monde sera couché, j'irai
achever de t'instruire. Tu le veux bien? -- Si je le veux? Je
vous en prie. -- Ne dis rien à personne de ce que nous avons
fait, et laisse ta porte entr'ouverte. -- Je n'y manquerai pas.
A peine était-elle sortie que Valbouillant entra. -- Comment,
pas encore debout, paresseux!... Voilà ce que c'est que de
vous envoyer de si jeunes émissaires, monsieur songe moins au
message qu'à la messagère. -- Je dormais profondément, Babet a
eu de la peine à m'éveiller. -- Elle vous tenait pourtant par
l'endroit sensible. -- Que dites-vous? -- Mais vous n'étiez pas
ingrat. -- Quoi! vous pourriez penser? -- J'ai vu, fripon, mais
je me suis retiré pour ne pas être un trouble-fête, et j'ai
fait ensuite assez de bruit en revenant pour que vous ne
fussiez pas surpris de ma venue. La petite Babet est
charmante, j'en raffole depuis mon retour, et je ne vous
laisserai pousser tranquillement votre pointe qu'à condition
que quand vous l'aurez initiée, elle sera associée à nos
plaisirs. -- Soit, repris-je, laissez-moi huit jours pour la
disposer et je vous la donne après pour l'effet de la société
la plus aimable. -- Huit jours, ah! monsieur l'abbé, du train
dont vous y allez, le terme est trop long, la nuit prochaine
passée, celle d'après, il vous plaira que tout soit commun
entre nous.
Il fallut bien y consentir. Pendant ce colloque, j'avais passé
des bas, un caleçon et une robe de chambre, et il m'emmena
chez sa femme, où nous trouvâmes le chocolat tout préparé, qui
nous fut versé par les mains de Babet, qui, sans savoir
pourquoi, rougissait en emplissant ma tasse. Valbouillant lui
donna quelque ordre qui la fit sortir pour un quart d'heure,
et profitant de son absence, il conta à sa femme ce qu'il
avait surpris de mes arrangements avec sa filleule. -- Comment,
libertin, dit-elle, déjà une infidélité!... Mais je ne serai
pas si douce que mon mari, ou je dérange vos projets, ou je
repaîtrai mes yeux de vos succès. -- Comment voulez-vous qu'une
première fois cette jeune personne consente? -- Laissez-moi
faire, dit-elle, elle est parfaitement innocente, a pleine
confiance en moi, et si les exploits de cette nuit n'ont pas
mis l'abbé hors de combat... -- Hors de combat, repris-je en
lui faisant voir que j'étais dans toute ma gloire. -- Ah! ma
foi, l'abbé est un héros. Eh bien, j'entends que le pucelage
de Babet n'ait pas plus d'une heure à vivre et que nous
assistions à ses obsèques; j'en fais mon affaire. -- Comment
prétendez-vous?... -- Ne vous embarrassez pas, laissez-moi
conduire la chose et je réponds de la réussite.
Quelques moments après, Babet rentra. -- Qu'on dise là-bas que
nous sommes sortis et qu'on ne laisse monter personne, dit la
marquise d'un ton sérieux mais sans dureté; revenez aussitôt,
Babet, j'ai des choses importantes à vous apprendre. La
filleule obéit et rentra. -- Asseyez-vous, Babet, continua Mme
Valbouillant. L'innocente balançait. -- Obéissez. Elle céda. --
Je suis votre marraine, et trop instruite dans ma religion
pour ignorer qu'en vous tenant sur les fonts, j'ai pris
l'engagement de vous éclairer, de vous protéger et de pourvoir
tant que je pourrai à vos besoins. -- Vous l'avez toujours
fait, madame, et ma reconnaissance... -- Je veux continuer,
l'âge en amène de nouveaux. Depuis un temps, j'ai cru
remarquer que votre sein s'arrondit. -- Madame, ce n'est pas ma
faute. -- Je ne vous en fais pas un reproche, mais il faut que
je voie en quel état il est. La pauvrette rougit. -- L'abbé,
continua Mme Valbouillant, délacez son corset: comme vous
serez son directeur, il est bon que vous jugiez par vous-même
des secours dont elle peut avoir besoin.
Je me mis en devoir d'obéir; la petite, embarrassée,
interdite, ne savait s'il fallait résister ou céder. -- Vous
n'êtes plus une enfant, poursuivit la marraine, je vais à
présent vous parler comme à une grande fille, et vous devez
vous conduire de même; vous n'imaginez pas, je crois, que je
veuille faire, ni vous faire faire quelque chose qui ne soit
pas convenable. D'ailleurs la présence de mon mari devrait
vous rassurer; mais pour détruire votre timidité, je veux bien
vous montrer l'exemple. En disant cela, elle détacha son fichu
elle-même et découvrit cette gorge que nous avions tant fêtée
la nuit. Babet fit moins de résistance et me laissa tirer de
son corset deux petits globes naissants, blancs et fermes
comme l'albâtre; je fus ébloui de leur éclat. -- Bon, dit la
dame en les touchant légèrement, ceci annonce quelque chose,
voyez si le reste le confirme; vous étiez chauve, il y a
quelques années, au-dessous de votre buste, l'êtes-vous
encore? -- Madame... -- Eh bien? -- C'est que je n'ose. -- Dites,
dites, ne craignez rien... -- Depuis six mois... -- Après? -- Il
m'est venu... -- Voyons? -- Il est peut-être malhonnête. -- Bon,
ce qui est naturel peut-il l'être, regardez-y, l'abbé.
Babet, au mouvement que je fis, parut bien plus confuse et
résista machinalement. -- Quelle enfant, continua la maîtresse,
faut-il encore que je vous donne l'exemple? J'y consens. Et
elle leva ses jupes et nous fit voir la toison la plus brune,
la mieux frisée qu'on pût voir. Alors, imitateur fidèle,
j'exposai à la vue le duvet naissant qui ombrageait le
portique du plus joli temple que l'amour eût jamais formé; Mme
Valbouillant y porta le doigt, et son chatouillement y eut
bientôt causé les douces oscillations qui conduisent à la
volupté. -- Le moment du besoin est arrivé, et pour y pourvoir,
c'est, ma chère enfant, de l'abbé que j'ai fait choix. Allons,
Hic et Hec, conduisez-la sur ma chaise longue et donnez-lui
tous les secours qui dépendront de vous.
Valbouillant et moi brûlions de désirs à la vue de tant de
charmes; la petite n'était pas plus calme, mais la présence de
sa marraine et de Valbouillant la couvrait de confusion. Mme
Valbouillant, pour tirer parti de la circonstance, prenant son
mari par ce qui se révoltait en lui: -- Montrons à cette
enfant, dit-elle, comment il faut qu'elle fasse. Et, par cet
exemple, elle détermina bientôt l'innocente, que je plaçai
dans l'attitude convenable au sacrifice. -- Ah! mon cher abbé,
me dit-elle en se plaçant comme je voulais sur la chaise
longue, qui m'eût dit ce matin que, sans risquer d'être
grondée, je pourrais vous abandonner ce que vous chatouillez
si joliment et toucher ce qui, dites-vous, doit me donner tant
de plaisirs! Ce que c'est que d'avoir une bonne marraine!
Pendant qu'elle disait tout cela, je m'établissais, et la
pointe de mon dard s'efforçait de pénétrer dans le réduit
jusqu'alors insensible, dont la pudeur défend l'accès à la
volupté. Le spectacle de Mme Valbouillant qui, dans ce moment,
se pâmait sous les efforts de son mari, irritant ses désirs,
l'empêchait de s'opposer aux miens, quelque douleur que lui
causassent mes efforts. Je profitai de ce moment d'ivresse, et
passant mes mains autour de ses reins, j'appuyai si vertement
que, franchissant tous les obstacles, j'établis la tête de ma
colonne dans le retranchement de l'ennemi, qui céda à mon
effort. -- Ah! je suis morte, dit-elle, cruel! Sont-ce là les
plaisirs que vous me promettiez? Je ne lâchai pas prise. -- Le
plus fort en est fait, répondis-je, encore un peu de patience,
ma chère Babet, et tu verras que je ne t'ai point trompée.
Elle pleurait, gémissait, et moi je gagnais toujours du
terrain; cependant Valbouillant et sa femme ayant fini leur
besogne vinrent à notre secours; l'officieuse marraine,
glissant sa main dans le champ de bataille, chatouilla cette
voluptueuse excroissance qui, par sa dureté, annonce l'arrivée
de la volupté, et les lèvres de Valbouillant, serrant
amoureusement une des fraises de son sein, portèrent son
ivresse au comble; elle oublia sa douleur que le frottement
affaiblissait. -- Ah! dieux! s'écria-t-elle, qu'est-ce que je
sens?... qu'est-ce que j'éprouve?... ah!... ah! je me meurs...
serre-moi... j'expire... ah!... A ce mot elle ferma les yeux,
se raidit, et, par la plus copieuse éjaculation, me prouva le
plaisir qu'elle prenait, je ne fus pas longtemps à
m'acquitter, et l'abondante injection que je fis en elle du
baume de la vie compléta sa félicité. -- Ah! cher abbé, divin
abbé, quel délice, quel nectar!... Et elle perdit de nouveau
la voix en même temps que je perdais mes forces. Je me retirai
couronné de myrtes ensanglantés. -- Eh bien, dit la marraine,
comment t'en trouves-tu, Babet?... -- Il m'a fait bien du mal;
mais bien du plaisir. -- Va, le mal est passé et le plaisir se
renouvelle souvent; la friponne! avec quelle abondance elle a
versé les larmes de la volupté! Et, sous prétexte de réparer
le désordre de sa toilette, elle la déshabilla totalement et
nous fit voir un corps dont Hébé aurait été jalouse. Aux
caresses que Mme Valbouillant prodiguait à chacun des charmes
de sa filleule, à mesure qu'elle les découvrait, je reconnus
aisément que, quelque goût qu'elle eût pour le solide, elle
pouvait, voluptueuse émule de Sapho, savourer avec une jolie
nymphe les agréables dédommagements dont la Lesbienne usait en
l'absence de Phaon. Je vis son front s'animer, sa gorge se
gonfler et ses yeux pétiller à mesure que ses mains
parcouraient les charmants contours de ce corps pétri par les
Grâces. -- Qu'elle est jolie, quelle taille divine, quelle
fraîcheur! s'écria-t-elle en la serrant contre son sein; je
brûle... Ah! ma mignonne, prête-moi ta main. Et l'entraînant
sur la duchesse, elle ranima en elle tous les désirs pendant
que Babet, d'une main peu exercée, fourrageait le bosquet de
Vénus. -- Suspendez ces transports, leur dis-je, vos vêtements
sont un obstacle aux plaisirs que vous cherchez et à ceux de
nos yeux; dépouillez ces cruelles draperies qui contrarient
vos attouchements et nos regards.
Elle y consentit, et, avec mon aide, elle parut en deux
secondes comme Diane sortant du bain; et, se précipitant de
nouveau sur sa jeune proie, elle passa une jambe entre les
siennes, de façon que les temples des deux athlètes frottaient
voluptueusement sur la cuisse de leur adversaire, leurs bras
étaient entrelacés, leurs seins se touchaient, leurs bouches
collées l'une sur l'autre s'entr'ouvraient pour laisser
passage à l'organe de la parole qui devenait celui de la
volupté, leurs reins s'agitaient, leurs cheveux flottaient çà
et là sur leurs corps dont le mouvement animait le coloris;
des soupirs enflammés se faisaient entendre; on eût dit Vénus
se consolant dans les bras d'Euphrosyne de l'absence de Mars.
Tout à coup elles s'arrêtèrent, et cinq ou six mouvements
convulsifs et précipités nous annoncèrent qu'elles touchaient
au but, et bientôt nous vîmes les perles du plaisir couler sur
le champ de bataille. -- Ah! ma chère marraine, ah! mon cher
abbé, quel bonheur de ne plus être enfant. Après cette
exclamation et quelques caresses que la fatigue rendait plus
modérées, nos belles allaient reprendre leurs habits, quand
Valbouillant, que cette scène avait rendu plus brillant que
jamais: -- Quoi! dit-il, serais-je le seul qui n'aurait procuré
aucun plaisir à cette charmante enfant; non pas, s'il vous
plaît, et, la serrant dans ses bras, il la renversa de nouveau
sur le théâtre qu'elle allait quitter. -- Je ne puis le blâmer,
reprit sa femme, jamais objet ne fut plus séduisant, mais
nous, resterons-nous spectateurs oisifs? -- Non, ma reine, non,
permettez d'abord que ma bouche recueille le nectar que vous
venez de répandre, pour faire place à celui que je veux y
verser.
Elle y consentit, et ma langue amoureuse, furetant les recoins
du parvis du temple, et savourant cette liqueur divine,
ralluma ses désirs et les miens; alors, l'entraînant sur moi à
l'instant qu'elle introduisait le véritable dans la route
ordinaire, j'insinuai mon doigt suffisamment mouillé dans le
réduit voisin, et doublant ainsi ses sensations, nous
arrivâmes ensemble au but désiré, à l'instant que Valbouillant
perdait ses forces à côté de nous sur le sein de la jeune
Babet. Nos soupirs se confondirent, nous restâmes quelques
moments immobiles et considérant d'un oeil calme et satisfait
la beauté des corps qui nous touchaient; la dame rompit le
silence qui succéda à la jouissance par ces mots: -- Ah!
Valbouillant, qu'est-ce que le mariage auprès des délices que
nous goûtons. -- Ah! ma chère, reprit-il en embrassant Babet,
elle, moi successivement, je ne puis trop remercier l'abbé de
m'avoir fait cocu.
Nous aidâmes nos belles à se rhabiller; la toilette fut plus
gaie que décente, et nous nous séparâmes après avoir bien
recommandé le secret le plus profond à Babet sur tout ce qui
venait de se passer. La pauvre petite avait pris tant de
plaisir que sans cette recommandation et la menace de n'en
plus goûter de pareil, elle aurait indubitablement été en
faire le récit à ses jeunes compagnes, mais la crainte de la
privation contint sa langue. Quand j'eus donné ma leçon à mon
élève, je le ramenai dîner avec ses parents; il y avait
plusieurs étrangers qui parurent surpris, à ma jeunesse, qu'on
m'eût choisi pour instituteur. -- Il a reçu une parfaite
éducation, dit Valbouillant, il est extrêmement instruit et
nous nous trouvons très bien, madame et moi, de la confiance
que nous avons mise en lui: sa jeunesse ne nous fait point de
peine. Cette réponse fit cesser les observations; j'eus
occasion de déployer un peu d'érudition et de développer des
connaissances en littérature et, avant la fin du repas, les
convives, charmés de mon goût, de la modestie et du ton de
vertu qui régnait dans tous mes propos, devinrent mes
partisans aussi zélés qu'ils avaient d'abord été prévenus
contre moi.
Quand tout le monde se fut retiré, nous fîmes un tour de
promenade; nous soupâmes, et, notre élève étant couché, nous
entrâmes chez Mme Valbouillant avec la jeune Babet, qui,
depuis la scène du matin, devait se trouver dorénavant de tous
nos plaisirs. Les travaux de la nuit et de la matinée
précédente nous avaient rendus un peu plus modérés sur
l'article des désirs. Valbouillant me demanda comment, si
jeune, je pouvais avoir si bien approfondi les diverses
ressources de la volupté. Je lui répondis par le récit de ce
qui s'était passé entre le père Natophile et moi. -- Comment,
s'écrièrent à la fois mes trois auditeurs, des coups de verges
ont allumé vos premiers désirs? -- Oui, certes, et à tel point
que je ne pouvais plus résister à leur vivacité. -- C'est un
phénomène. -- Phénomène qui ne manque jamais d'arriver, et dans
l'état où nous sommes tous à présent, il ne manquerait
sûrement pas son effet. -- Vous plaisantez, l'abbé? -- Non,
madame. Vous voyez mon humiliation. -- Fi donc, Hic et Hec,
cachez cette misère. -- Eh bien, madame, le secours d'un balai
de bouleau, en moins de deux minutes, lui rendrait toute sa
gloire. -- Croyez-vous que cela fasse le même effet sur mon
mari? -- J'en suis certain. -- Si nous en faisions l'épreuve? --
Volontiers, dîmes-nous ensemble Valbouillant et moi.
Et Babet en alla chercher un qu'on avait apporté tout frais
dans la soirée; je le partageai en plusieurs poignées; j'armai
de la plus menaçante la main de Mme Valbouillant, et
découvrant mon post-face: -- Je me livre à vos coups, lui
dis-je; commencez à demi-force et frappez aussi fort que vous
voudrez, et vous verrez. Elle se mit à la besogne, mais la
crainte de me blesser amortissait ses coups, au point qu'à
peine en sentais-je l'atteinte. -- Plus fort, m'écriai-je, mais
elle n'osait.
L'espiègle Babet lui ôtant le sceptre des mains: Laissez-moi
faire, dit-elle, il me dira bientôt assez. Et d'un bras
vigoureux, m'appliquant plusieurs coups précipités, les
esprits se portèrent dans les pays-bas, et je parus bientôt
dans l'état le plus superbe. Mme Valbouillant sauta sur ma
gloire, la pressa entre ses lèvres caressantes, et d'une
langue amoureuse, en chatouillant le contour, me causa un
plaisir si vif, que m'éloignant de la correctrice qui
s'attacha alors à Valbouillant, je conduisis la dame sur la
chaise longue, et, mettant mes pieds sous sa tête et ma bouche
sur son temple, je pompai avec ma langue le nectar du plaisir,
pendant que sa bouche me sollicitait à la volupté. Nous
savourâmes quelques minutes les délices de cette attitude, qui
nous procura bientôt une émission réciproque du baume
précieux, sans lequel la Providence trahie cesserait de voir
les espèces se reproduire; nous le bûmes l'un et l'autre avec
une ivresse qu'on ne peut exprimer. Revenus de notre trouble,
nous vîmes Valbouillant, sur qui la fustigation avait fait
l'effet désiré, soutenant sur ses mains les jumelles de la
jeune Babet, qui, les bras autour de son cou, les jambes
croisées sur ses reins, perforée par sa vigoureuse allumelle,
touchait au moment du bonheur dont nous sortions. Valbouillant
sentant le moment où il allait perdre ses forces, la porta
dans la même attitude sur le pied du lit, l'y renversa, et
presque aussitôt nous jugeâmes par leurs soupirs de la fin de
leur sacrifice. Je m'approchai de Babet et lui demandai
comment elle se trouvait des lumières que nous lui avions
procurées. -- Je végétais, j'existe, me répondit-elle. Adieu
tous autres soins, tous autres plaisirs; je voudrais pouvoir
doubler chaque jour la durée du temps et employer chaque
minute aux leçons que j'ai reçues. -- Parle-nous franc, lui dit
sa marraine, n'avais-tu jamais rien soupçonné qui en
approchât? -- J'avais, depuis un an, senti quelques
démangeaisons là; je le dis à ma tante, pour savoir si me
gratter, comme j'avais fait, ne me ferait pas de mal. -- C'est,
me répondit-elle, à ton âme que cela en ferait; si tu
continues, tu te damnes sans ressource. Et comme nous
approchions de Noël, elle en avertit le père Catonet, qui me
confessait. Quand j'allai lui dire ma râtelée, il m'ordonna
d'attendre, qu'il me confesserait la dernière, et que ce
serait dans une petite chapelle, derrière la sacristie, dont
il avait la clef. En effet, il m'y conduisit, quand il fut
quitte de ses autres pénitentes. Je commençai par les misères,
comme cela se pratique; puis, comme il voyait que j'hésitais,
il me questionna sur le sixième commandement. C'est à cet
examen que je dois le peu de lumières que j'avais au moment où
vous m'avez instruite. Quand je lui eus avoué l'article des
démangeaisons et du grattement: -- A quel endroit est-ce
précisément? demanda-t-il avec des yeux qui semblaient vouloir
me dévorer. -- Hélas! lui répondis-je, c'est là, un peu plus
bas que mon buste. -- C'est sûrement, dit-il, un tour de
l'esprit malin; mais je vais lui en jouer un autre. J'ai de
l'eau lustrale dans ce bénitier; il y mouilla son doigt, et,
me faisant asseoir sur son genou, sous prétexte de me
purifier, il me chatouilla pendant que, par son ordre, je
récitais mon chapelet. Je n'étais pas au milieu de la seconde
dizaine que la voix me manqua; je pris le plaisir que je
ressentis pour une bénédiction attachée à l'eau bénite: il me
dit de me mettre à genoux et d'achever ma confession.
J'aperçus sous sa robe quelque chose qui poussait, et auquel
il donnait avec sa main de fréquentes secousses; et l'instant
d'après, retirant cette main pour me donner l'absolution, je
la vis couverte d'une écume blanche et visqueuse dont une
goutte tomba sur ma main. Je n'osai lui demander ce que
c'était. Il me défendit de jamais mettre ma main là, m'ordonna
de me donner tous les jours, pendant la neuvaine, la
discipline avec un meuble de ce nom, en corde nouée, qu'il me
remit, de réciter pendant que je me fesserais cinq _Pater_ et
cinq _Ave_, et de revenir à confesse au bout de ce temps, qu'il
commencerait l'exorcisme. Vous savez à quel point va le zèle
de la religion quand on est jeune; je doublai la pénitence
qu'il m'avait imposée et je me fouettai aussi fort que je
pouvais le supporter; la douleur, à mesure que je m'y
accoutumais, se changeait en plaisir, et je sentais mes feux
souterrains augmenter à chaque coup de discipline, mais je
n'osais plus y porter le doigt. La neuvaine finie, je
retournai chez mon cafard qui, après ma confession entendue,
toujours dans la chapelle solitaire, me dit: -- Le démon est
plus tenace que je n'aurais cru; ce n'est pas assez du doigt
pour le chasser, je vois qu'il faut le goupillon; et, me
faisant mettre à genoux en baisant la terre, et m'ordonnant de
réciter le psaume _Miserere_, sans changer de position, il
voulut y introduire son énorme goupillon; mais la douleur fut
si vive, que, poussant un cri aigu, je me jetai de côté, et
mon cafard, ayant perdu son point d'appui, alla mesurer le
pavé avec son nez. Entendant du bruit dans la sacristie, il se
releva, me disant que puisque je ne pouvais souffrir un petit
mal pour l'amour de Dieu, il perdait l'espérance de me
soustraire au démon, que je revinsse cependant dans l'octave
et qu'il me confesserait dans sa cellule.
Ma tante, surprise de mes fréquentes confessions, me
questionna; je lui confessai naïvement tout ce qui s'était
passé; elle me défendit de retourner chez mon carme, et mon
ignorance durerait encore sans les soins que vous avez pris de
mon instruction.
Le récit de Babet nous fournit des réflexions sur la
papelardise des moines et des directeurs. -- Comment se peut-il,
dit sa marraine, que la discipline ne te blessât point; il
me semble que cela doit faire un mal affreux. -- Oui, madame,
les premiers coups, mais en les donnant doucement d'abord,
rien ne cause un feu plus vif, et les derniers, quelque forts
qu'ils puissent être, causent un plaisir si grand qu'il m'est
arrivé quelquefois de répandre en me flagellant des larmes
aussi abondantes par là, que madame vient de m'en faire
verser. -- As-tu la discipline? -- Elle est dans ma chambre,
vous allez la voir tout de suite.
Elle sortit, et pendant son absence nous ne tarîmes pas sur
son éloge; jamais personne n'avait montré de plus heureuses
dispositions pour tout genre de volupté. Elle rentra tenant en
main le dévot instrument. -- Comment fait-on? dit la marraine.
La petite, à ces mots, se déshabille entièrement et se met à
se discipliner d'importance; ses fesses rougies excitèrent la
pitié de la dame qui la priait de cesser, quand Babet lui dit:
-- Touchez, madame, où vous savez; vous verrez si je souffre.
Elle le fit, et à l'instant une copieuse libation se répandit
sur sa main. -- Ah! dit-elle, quel déluge, si jeune!... Je veux
essayer de ta recette. Elle se dépouilla aussitôt, et prenant
la discipline, les premiers coups, quoique légers, lui
faisaient faire la grimace. -- Laissez-moi faire, dit Babet;
quand, avec les verges, j'aurai doucement échauffé ce beau
derrière, vous verrez que tout de suite vous ne souffrirez
plus. Elle y consentit, et bientôt elle disait elle-même à sa
filleule de frapper plus fort, et un instant après: -- Je n'en
puis plus, s'écria-t-elle, je brûle; ah! quel délire... frappe
toujours, frappe...