de la journée; la somme de ces 24 températures, divisée par 24, est ce
qu'on nomme la température moyenne de la journée. Le nombre auquel on
arrive en faisant cette opération est sensiblement le même que celui
obtenu en prenant la demi-somme de la température maxima et de la
température minima de la journée. Aussi cette demi-somme est-elle prise
très souvent comme température moyenne du jour.
Exemples:
Température maxima +12°
Température minima +6
Moyenne (12 + 6) / 2 = 9°
Température maxima +2°
Température minima -6
Moyenne (+2 - 6) / 2 = -2°
Température maxima -2°
Température minima -10
Moyenne (-2 - 10) / 2 = -6°
Nous pouvons avoir ainsi la température moyenne de chacun des jours du
mois de janvier. La somme de ces 31 moyennes, divisée par 31, donne la
température moyenne de janvier.
On aura de même la température moyenne de tous les mois d'une année. La
somme de ces températures moyennes, divisée par 12, est la température
moyenne de l'année. De même la somme des températures moyennes des trois
mois de décembre, janvier, février, divisée par 3, est la température
moyenne de l'hiver météorologique.
Tous les calculs que nous venons d'indiquer ont été faits, pour le
climat de Paris, à l'aide des observations de l'Observatoire depuis le
commencement du siècle. Avant cette époque, les renseignements ne sont
pas complets.
Prenons donc, depuis le commencement du siècle, une longue série
d'observations, par exemple 50 ans. Faisons la somme des 50 températures
moyennes de janvier pour ces 50 années; divisons cette somme par 50,
nous aurons la température moyenne autour de laquelle oscillent les mois
de janvier des diverses années. On aura de même la température moyenne
normale de chaque mois, de chaque saison, de l'année entière.
Voici le tableau des températures moyennes normales déduites de
cinquante années d'observations (1816 à 1866), faites à l'Observatoire
de Paris, et calculées par M. Renou:
( Décembre +3°.54
Hiver, +3°.26 ( Janvier +2°.32
( Février +3°.91
( Mars +6°.41
Printemps, +10°.16 ( Avril +10°.17
( Mai +13°.89
( Juin +17°.24
Été, +18°.12 ( Juillet +18°.69
( Août +18°.44
( Septembre +15°.59
Automne +11°.15 ( Octobre +11°.27
( Novembre +6°.58
Moyenne de l'année, +10°.67.
Un hiver est rigoureux, lorsque la moyenne de ses trois mois, jointe,
s'il y a lieu, à la moyenne des mois de novembre et de mars, est
sensiblement plus basse que la moyenne normale. Mais cette moyenne ne
suffit pas pour qu'on puisse apprécier complètement la rigueur d'un
hiver. On aura à tenir compte de tous les détails des oscillations de la
température pendant cet hiver, et en particulier du nombre de jours de
gelée, c'est-à-dire du nombre de jours où le thermomètre à minima s'est
abaissé au-dessous de zéro. Le nombre le plus considérable observé à
Paris, depuis que les observations sont régulières, est de 80 pour
l'hiver 1788-1789; le moins considérable est de 10 pour l'hiver
1820-1821. Le nombre moyen des jours de gelée à Paris est de 47.
Le tableau suivant, calculé d'après les principes que nous venons
d'indiquer, résume l'hiver de 1829-1830. Il comprend les cinq mois de la
saison froide.
HIVER 1829-1830.
MOIS. MOYENNE MOYENNE DIFFÉRENCES NOMBRE MOYENNE TEMPÉRATURE
normale pour en faveur des des la plus
du mois l'hiver du mois jours de minima basse
à Paris 1829-1830 normal gelée du mois du mois
Novembre +6.58 +4.7 +1.88 8 +1.9 -5.3
Décembre +3.54 -3.5 +7.04 26 -5.7 -14.5
Janvier +2.32 -2.5 +4.82 21 -4.5 -17.2
Février +3.91 +1.2 +2.71 17 -2.0 -15.6
Mars +6.41 +8.9 -2.49 4 +4.4 -2.3
Ce tableau nous montre que les quatre mois de novembre, décembre,
janvier, février, furent beaucoup plus froids que la moyenne normale, et
qu'au contraire le mois de mars fut très chaud.
La moyenne des trois mois d'hiver est de -1°.6 inférieure de 4°.86 à
l'hiver normal. La moyenne des cinq mois de la saison froide est de
+1°.76, inférieure de 2°.79 à la moyenne correspondante de l'année
normale.
Il y eut trois périodes de froid bien marquées: la période de décembre,
du 6 décembre au 7 janvier; c'est la plus longue. Elle est suivie, après
une bien courte interruption, de la période la plus cruelle, du 12 au 20
janvier. Puis vient un dégel sérieux qui amène les premières débâcles;
Le 29 janvier, le froid revient aussi fort qu'auparavant, pour se
terminer le 8 février, et amener les secondes débâcles.
C'est à cette date que se terminent les rigueurs de l'hiver: il avait
duré deux mois, pendant lesquels on avait compté 54 jours de gelée. Des
gelées peu intenses, avant le 6 décembre, et après le 8 février, au
nombre de 22, complètent le nombre total de 76 gelées pour l'hiver
entier, nombre qui n'avait pas été obtenu depuis l'hiver de 1788-1789.
Pour ceux auxquels les moyennes que nous venons d'examiner ne seraient
pas assez familières, employons la méthode de calcul employée dans les
applications de la météorologie à l'agriculture. Faisons la somme des
degrés de chaleur comptés au-dessus de zéro pendant la durée des trois
mois de décembre, janvier, février, de l'hiver 1829-1830. Faisons,
d'autre part, la somme des degrés de froid comptés au-dessous de zéro
pendant le même temps. Nous trouverons que la somme des degrés de froid
surpasse la somme des degrés de chaleur de 153 degrés. Donc l'hiver de
1829-1830 a présenté une somme de 153 degrés au-dessous de la
température moyenne de zéro. Au contraire, en année normale, la somme
est de 291 degrés au-dessus de cette même moyenne. Donc il a manqué 444
degrés, en trois mois, pour faire de l'hiver 1829-1830 un hiver normal.
Cette somme, répartie sur les 90 jours des trois mois, montre que la
température a été chaque jour de près de 5 degrés, en moyenne,
inférieure à la température normale.
CHAPITRE V
LES HIVERS DE 1830 A 1879.
De 1830 à 1879 il n'y eut pas en France de bien grands hivers. Si
quelques-uns furent un peu rudes, aucun n'a été comparable à celui que
nous venons d'examiner. Nous aurons bien vite fait d'indiquer, en
suivant l'ordre chronologique, les faits saillants de cette période de
cinquante ans.
L'hiver 1837-1838 fut remarquable par 77 jours de gelée, dont 33
consécutifs, nombres supérieurs à ceux de 1829-1830. La température
minima à Paris fut de -19 degrés, le 20 janvier. Il semble donc, au
premier abord, que cet hiver ait été plus rigoureux que le grand hiver
1829-1830. Mais, quand on y regarde de près, on voit que, d'abord, il
s'étendit sur une surface de l'Europe beaucoup moindre, et que, même à
Paris, les gelées si nombreuses furent très souvent peu intenses. Aussi,
la moyenne des trois mois d'hiver fut-elle de +0°.7 au lieu de -1°.6,
présentée par 1829-1830, supérieure à cette dernière de 2°.3.
Cet hiver présente cependant ce point remarquable, que la température
moyenne de janvier, -4°.4 est la moyenne la plus basse qui ait jamais
été rigoureusement calculée, jusqu'au mois de décembre 1879. Aussi,
pendant ce mois de janvier, vit-on se produire tous les caractères qui
accompagnent les grands hivers, prise des rivières, congélation d'hommes
et d'animaux, pertes grandes pour l'agriculture et la sylviculture.
L'hiver 1840-1841 ne présenta rien de bien particulier, à aucun point de
vue, et plus de quinze hivers du dix-neuvième siècle, dont nous ne
parlerons même pas, ont été plus rigoureux. Il est resté cependant gravé
dans bien des mémoires, à cause d'un événement qui s'y produisit. Le 15
décembre, jour du plus grand froid, où la température descendit à -14
degrés, eut lieu l'entrée solennelle, par l'arc de triomphe de l'Étoile,
des cendres de l'empereur Napoléon rapportées de Sainte-Hélène. «Une
multitude innombrable de personnes, les légions de la garde nationale de
Paris et des communes voisines, des régiments nombreux, stationnèrent
depuis le matin jusqu'à deux heures de l'après-midi dans les
Champs-Élysées. Tout le monde souffrit cruellement du froid. Des gardes
nationaux, des ouvriers, crurent se réchauffer en buvant de
l'eau-de-vie, et, saisis par le froid, périrent d'une congestion
immédiate. D'autres individus furent victimes de leur curiosité: ayant
envahi les arbres de l'avenue pour apercevoir le coup d'oeil du cortège,
leurs extrémités, engourdies par la gelée, ne purent les y maintenir;
ils tombèrent des branches et se tuèrent.»
En 1844-1845, il y eut 79 jours de gelée à Paris; c'était le nombre le
plus considérable depuis 1789, mais elles ne furent pas très intenses,
et s'échelonnèrent sur un long intervalle; il n'y en eut jamais plus de
quinze consécutives. Aussi, quoique la moyenne de cet hiver soit plus
basse que celle de 1838, il fit moins de mal. Cet hiver est surtout
remarquable par l'énorme quantité de neiges qui tombèrent pendant
plusieurs mois sur une grande partie de l'Europe. «Non seulement les
Ardennes, les Vosges, le Jura, les Alpes, les Cévennes, les montagnes de
l'Auvergne et les Pyrénées, furent couvertes, dans cet hiver, d'une
couche de neige triple de celle dont ces hauteurs sont chargées dans les
hivers ordinaires, mais presque toutes les routes dans le midi en furent
encombrées; les communications furent interrompues sur un nombre
considérable de points; à Marseille, il tomba 0m.50 de neige en
trente-six heures. En Allemagne, les railways du Harz et de la Silésie,
ceux de Magdebourg et de Leipzig à Dresde, furent enterrés sous une
couche d'une épaisseur de 7 mètres. Dans la haute Silésie, des maisons
furent ensevelies avec leurs habitants. Dans le département de la Drôme,
dans les Pyrénées, près de Nîmes, des hommes et des animaux furent
ensevelis sous la neige.»
[Illustration: 1844-1845.--Toutes les routes du midi furent couvertes de
neige.]
Les hivers de 1851-1855 et de 1855-1856 ne furent pas très rudes en
France, mais ils resteront célèbres aussi, ceux-là, à cause des pertes
considérables que le rude climat de la Crimée fit subir à nos troupes.
Nous lisons, en effet, dans l'_Histoire de la guerre de Crimée_, de M.
Camille Roussel, que pendant cette longue et terrible guerre, plus de
265 000 hommes périrent, tant Français qu'Anglais, Piémontais, Turcs et
Russes. Et ce nombre est certainement de beaucoup trop faible. Sur tant
de victimes de la guerre, moins de 40 000 périrent par suite du feu de
l'ennemi; tout le reste, soit plus de 225 000 hommes, mourut de maladie.
Grâce à la rigueur de la saison, par des températures allant jusqu'à -27
degrés, les affections de poitrine, la dyssenterie, le scorbut, puis le
typhus, exerçaient des ravages incroyables. Les chevaux sans abri
mouraient par centaines; la cavalerie était presque démontée. Il n'y
avait que les chevaux d'Afrique et les mulets qui résistaient
admirablement au froid, à la fatigue, à la faim.
Les cas de congélation étaient fréquents et graves; pendant le mois de
janvier 1855, il n'y en eut pas moins de 2 500 dans la seule armée
française, pour un tiers suivis de mort, pour la plupart de mutilations
dangereuses: on compterait le nombre de ceux qui ne demeurèrent pas à
jamais estropiés. Sur 75 000 hommes que comptait au 31 janvier l'armée
française, il y en avait dans les hôpitaux et les ambulances plus de 9
000, un huitième à peu près de l'effectif général.
L'hiver de 1870-1871 n'est pas non plus extrêmement froid, du moins à
Paris, mais il restera à jamais mémorable en France à cause des tristes
circonstances dans lesquelles il s'est produit, à cause des souffrances
que ses rigueurs ont occasionnées à nos soldats. A ce point de vue
surtout il mérite qu'on s'y arrête.
A Paris, il n'y eut aucune gelée en octobre ni en novembre 1870, fait
qui se produit assez rarement; et la moyenne de température de ces deux
mois fut à peu près égale à la moyenne normale des mois d'octobre et de
novembre. Mais au 1er décembre le froid commence et se maintient presque
sans interruption pendant toute la durée de décembre et de janvier.
Pendant les soixante-deux jours qui constituent ces deux mois, le
thermomètre s'abaissa quarante-quatre fois au dessous de zéro degré,
sans qu'il y eût aucun froid excessif, la température la plus basse de
janvier ayant été de -11°.7 le 24, et celle de février de -11°.9 le 5.
Puis le froid disparaît subitement comme il était venu, et la
température de février est très notablement supérieure à la moyenne
ordinaire. Cet hiver n'a donc été ni long, ni extrêmement rigoureux. On
n'y compte à Paris, en tout, que 50 jours de gelée, et des températures
minima qui n'ont rien d'exceptionnel. La température moyenne de décembre
y fut de -0.7, et depuis le commencement du siècle, six mois de décembre
avaient été plus froids que celui-là; la température moyenne de janvier
y fut de -0.8, et depuis le commencement du siècle, neuf mois de janvier
avaient été plus froids. Ni décembre ni janvier n'ont donc isolément
rien présenté d'extraordinaire par leurs températures; mais ils ont été
froids tous les deux, tandis qu'en général deux mois froids ne se
suivent pas immédiatement.
Si nous considérons seulement l'ensemble des deux mois de décembre et
janvier, l'hiver de 1870-1871 arrive, comme rigueur, pour la période de
1800 à 1878, immédiatement après ceux de 1829-1830 et de 1838-1839. Mais
si nous tenons compte du nombre des jours de gelée et de la moyenne
totale des mois froids, l'hiver 1870-1871 doit être considéré comme
simplement assez rude. Il serait, comme celui de 1812-1813, tristement
célèbre aussi, et, pour la même cause, classé au dixième ou douzième
rang parmi ceux du siècle.
En certains points du territoire, le froid constant de ces deux mois de
décembre et janvier, joint aux misères de la guerre, aux tristesses de
l'occupation prussienne, eut une funeste influence sur la santé
publique. M. Renou écrivait de Vendôme, en février 1871: «La mortalité
est effrayante ici. Il est mort autant de monde en janvier qu'il en
meurt ordinairement en un an, et cela sans compter les décès des
militaires français ou prussiens. On a enterré ici cinquante-sept
personnes le 27 décembre.» Mais c'est surtout dans le midi que les
froids se firent sentir. Tandis qu'à Paris ils n'atteignaient pas -12
degrés, il dépassaient -17 degrés à Bordeaux, -23 degrés à Périgueux,
-16 degrés à Montpellier. Une seule fois, dans cette dernière ville, le
20 janvier 1855, on avait observé un froid plus vif, de -18°.2.
M. Martins, dans un mémoire adressé à l'Académie des sciences, établit
qu'en janvier comme en février 1871, les températures minima de
Montpellier furent constamment inférieures à celles de Paris. Il est
vrai que, à cause de la sérénité habituelle du ciel du midi, à des nuits
très froides succédaient des journées presque chaudes: aussi la moyenne
générale est-elle plus élevée à Montpellier qu'à Paris. Les effets de
cette température si anormale furent désastreux sur la végétation. Dans
le jardin botanique de Montpellier, nombre d'arbres indigènes furent
gelés jusqu'aux racines: les chênes verts, les pins d'Alep, les
oliviers, les cyprès, les grenadiers, les figuiers, moururent.
Qu'on songe aux souffrances que durent éprouver nos soldats, couchant
dehors par un mois de novembre sans cesse pluvieux, par un mois de
décembre et un mois de janvier constamment froids. A Paris, plus
peut-être qu'ailleurs, les souffrances furent grandes. Les soldats, aux
avant-postes, n'étaient pas les seuls à souffrir. Les femmes, obligées
d'aller passer plusieurs heures chaque jour à la porte des boucheries et
des boulangeries, pour obtenir les quelques grammes de viande, le petit
morceau de pain, et quel pain! qui étaient alloués à chacun, n'étaient
pas plus heureuses. «Aux souffrances de la faim, dit le général Ducrot,
vint s'ajouter celle du froid: plus de houille, plus de coke, plus de
bois; on rationna la chaleur comme on avait rationné la nourriture.»
Lisons, dans les _Mémoires sur la défense de Paris_, de E.
Viollet-le-Duc, le tableau des avant-postes: «Il faut avoir passé des
nuits au bivouac, dans la tranchée, aux avant-postes, l'âme inquiète et
l'oreille au guet, au milieu de ces soldats mornes, pelotonnés autour
d'un brasier, sales, défaits, couverts de lambeaux sans nom, abrités
derrière les débris de meubles arrachés à quelques maisons voisines, ne
répondant aux questions que par monosyllabes, laissant brûler leurs
restes de vêtements et leurs souliers, n'entendant plus la voix de leurs
officiers. Il faut avoir vu la pâle lueur d'une aurore d'hiver se lever
sur ces demi-cadavres, sur ces membres engourdis et couverts de givre,
sur ces visages sans éclairs...» Que ceux qui ont passé les longs mois
du siège de Paris aux avant-postes, dans les tranchées d'Arcueil-Cachan,
des Hautes-Bruyères, ou de la ferme des Mèches, se souviennent et disent
si ce sombre tableau n'est pas frappant de ressemblance.
[Illustration: Nuits au bivouac sur la neige.]
A Belfort, les souffrances étaient plus grandes encore; car le froid
était plus intense et les ressources moindres. Nous lisons dans _la
Défense de Belfort_: «Nous ne pouvions remplacer la chaussure usée des
hommes. Ces malheureux, presque tous sans guêtres et avec les mauvais
souliers qu'on avait livrés à la troupe, avaient cruellement à souffrir
par ces froids terribles atteignant, certaines nuits, jusqu'à 18 et 19
degrés centigrades au-dessous de zéro. Nombre d'hommes avaient les pieds
gelés. Il fallut, pour parer à ces graves inconvénients, faire flèche de
tout bois, et le gouverneur mit à la disposition des corps de troupe les
sacs à farine vides, pour en faire des guêtres. Il ordonna également
qu'en cas d'extrême besoin de cuir et en l'absence de moyens pour tanner
les peaux des bêtes mangées, on devrait les utiliser non tannées, pour
faire des chaussures à la manière des peuples primitifs.»
Les armées qui tenaient la campagne, souvent sans abris, sans tentes,
étaient décimées par les maladies, par les cas fréquents de congélation.
Et cet hiver semblait s'acharner surtout contre nous en favorisant nos
ennemis. M. de Freycinet en fait la remarque dans son histoire de _la
Guerre en province_: «Les influences météorologiques ont constamment
lutté contre nous. Il semblait que la nature eût fait un pacte avec nos
ennemis. Chaque fois qu'ils se mettaient en marche, ils étaient
favorisés par un temps admirable, tandis que tous nos mouvements étaient
contrariés par la pluie ou le froid. La rigueur de l'hiver a été
certainement pour moitié dans l'insuccès de la campagne de l'Est. Le
froid a contribué beaucoup à la défaite d'Orléans, et même à celle du
Mans: c'est la pluie qui a retardé une première fois la marche de
l'armée de la Loire, ou qui, du moins, a permis de justifier son
inaction. Nos ennemis, au contraire, ont toujours été secondés dans
leurs mouvements. Qui ne se rappelle le temps exceptionnel qui a régné
pendant tout le mois de septembre et la première quinzaine d'octobre,
alors que l'armée prussienne marchait sur Paris et installait les
travaux du siège? Qui ne se rappelle également la température
printanière qui a régné dès la fin de janvier, aussitôt après que
l'armistice a clos les hostilités? Autant l'hiver avait été rude pour
les mouvements de notre armée de l'Est, autant il a été propice pour le
retour des Prussiens en Allemagne.»
L'hiver qui suivit celui de la guerre s'annonça d'abord comme devant
être beaucoup plus rigoureux. Heureusement il ne tint pas complètement
ses promesses. Trois gelées en octobre et dix-sept en novembre, avec des
moyennes de +9°.5 et +3°.1, voilà le début. Ces deux mois, en 1870,
n'avaient donné aucune gelée, et les moyennes en avaient été de +11°.2
et +6°.1. Dès le 22 novembre, la Loire charriait des glaçons à
Châtillon. D'après M. Renou, depuis un siècle, quatre mois de novembre
seulement avaient été plus froids: ceux de 1774, 1782, 1786 et 1858.
Puis, à partir du commencement de décembre, la température s'abaissa
progressivement pour atteindre, le 9 décembre au matin, dans le parc de
Montsouris, un froid sans précédent, de -23°.7. On ne trouve, en effet,
nulle part, dans aucun document, la trace d'une pareille température
réellement observée à Paris. Les deux circonstances analogues que l'on
peut rappeler sont celles du 31 décembre 1788, où le thermomètre
s'abaissa à -21°.5, et celle du 23 janvier 1795, où l'on eut -23°.4. Ce
coup de froid extraordinaire ne sévit ni d'une manière simultanée, ni au
même degré, sur toute la France. C'est entre Charleville et Paris que,
le 9, s'étendait la région du maximum de froid. Cette température
extrêmement basse était localisée sur une très petite étendue du
continent et même de la France. Dans le Loiret, on observait 25, 26 et
même 27°.5 au-dessous de zéro, tandis qu'il ne gelait même pas en
certains points du littoral de l'Océan. Bien plus, tandis qu'à Angers la
température descendait à -12 degrés et à Vendôme à -14 degrés, à la
Flèche, presque à égale distance des deux villes, et si rapprochée de
chacune d'elles, le thermomètre demeurait constamment au-dessus de zéro.
Les hivers de 1874-1875 et de 1875-1876 furent dans leur ensemble
presque aussi rigoureux que celui de 1870-1871, et cependant ils ont
passé inaperçus. Ils ont présenté l'un et l'autre, à Paris, une
température minima plus basse que celle de 1870-1871, un nombre de jours
de gelée bien plus considérable, mais malgré cela une moyenne plus
élevée. Les froids se sont étendus sur plus de mois, mais n'ont pas été
si continus.
Enfin l'hiver 1878-1879 doit être considéré comme un hiver assez
rigoureux. Il a présenté soixante-huit jours de gelée, et la moyenne des
trois mois d'hiver est à peine supérieure à celle de 1770-1871. La
moyenne des cinq mois froids est même moins élevée pour cet hiver que
pour celui de 1870-1871. Le froid, très prolongé, ne fut pas très vif,
puisque le minimum de Paris a été de -8°.6.
Comme phénomènes remarquables de cet hiver, il y a lieu de noter les
chutes abondantes de neige dont le sol est resté couvert pendant
plusieurs semaines, et la pluie de verglas qui, succédant à la neige, a
causé de grands dégâts à la sylviculture, entre le 22 et le 24 janvier.
Nous allons nous en entretenir plus longuement.
LIVRE IV
LE GRAND HIVER DE 1879-1880
CHAPITRE PREMIER
LES TEMPÉRATURES DU GRAND HIVER.
L'hiver 1879-1880 a été incontestablement un des plus rudes qui aient
jamais désolé la France. Le point à examiner est seulement de savoir
jusqu'à quelle époque il faut remonter pour en rencontrer un aussi
rigoureux. Il semble, du reste, que dès les saisons précédentes, les
influences météorologiques qui déterminent les variations de température
aient oscillé d'un extrême à l'autre de l'échelle. Cet hiver si froid
avait, en effet, été précédé, à deux ans de distance, par un autre,
celui de 1876-1877, tout aussi remarquable, car sa moyenne à Paris
surpasse toutes celles que nous connaissons.
Le grand hiver dont nous allons nous occuper a été bien entouré. A en
croire un préjugé populaire, un hiver chaud succède d'habitude à un été
froid; pour cette fois, la tradition s'est trouvée singulièrement en
défaut. L'abaissement de température qui devait aboutir à des nombres
inconnus jusqu'à nos jours, semblait se préparer depuis bien des mois.
Toute l'année météorologique 1878-1879 fut, en effet, extrêmement
froide.
L'Annuaire de l'Observatoire météorologique de Montsouris et les
articles publiés par M. Angot dans la _Revue scientifique_, vont nous
fournir quelques renseignements sur ce premier hiver rigoureux et sur
l'été extraordinaire qui l'a suivi. M. Angot écrivait, en avril 1879:
«L'hiver que nous venons de traverser comptera parmi l'un des plus
froids qui se soient fait sentir depuis longtemps. Bien que le
thermomètre ne soit pas un seul jour descendu à un chiffre exceptionnel,
il est resté peu élevé pendant un long espace de temps, de sorte que la
température moyenne des mois de novembre et décembre 1878, janvier et
février 1879, est une des plus basses qu'on puisse signaler dans ces
trente dernières années.»
Si l'on compare les températures moyennes de ces quatre mois, telles
qu'elles ont été notées à Montsouris, avec leurs valeurs normales pour
Paris, déduites de cinquante années d'observations, on trouve les
résultats suivants: