LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE[389].

[389] Voir page 31.

«Le 24 janvier 1831.

»L'arrivée de M. de Flahaut, qui a pu répondre à toutes mes questions

et me dire de bonnes paroles sur le Palais-Royal et sur Paris, m'a

fait grand plaisir. 11 a trouvé nos affaires de Belgique plus avancées

qu'il ne le supposait, et il a déjà pu s'assurer que cette neutralité

si péniblement obtenue apparaissait à tous les bons esprits, au milieu

de toutes les discussions actuelles, comme la seule solution du

grand problème. Je suis convaincu que l'esprit prompt et délicat de

Mademoiselle en aura apprécié tous les avantages. Je crois, en effet,

que cette mesure était la seule qui pût nous laisser avec la paix et

la seule par laquelle nous désintéressons l'Angleterre sans établir sa

suprématie. Lui abandonner une situation matérielle en Belgique, ce

serait lui donner au nord un nouveau Gibraltar et nous nous

trouverions un jour quelconque vis-à-vis d'elle clans une position

analogue à celle de la péninsule. Un semblable expédient sacrifierait

d'une manière trop dangereuse l'avenir au présent et nous coûterait un

prix qu'on pourrait tout au plus accorder à dix batailles perdues. La

réunion du reste de la Belgique serait un faible équivalent pour ce

premier pas sur le continent. Si la France avait besoin do s'étendre,

c'est vers la ligne du Rhin qu'elle devrait porter ses regards; c'est

là que ses vrais intérêts l'appellent, c'est là qu'il y a de la vraie

puissance et d'utiles frontières à acquérir; mais aujourd'hui la paix

vaut de beaucoup mieux que tout cela: la Belgique nous apporterait

plus d'embarras que d'avantages, et les avantages, la neutralité nous

les assure presque tous...»

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 4 · 第 192 / 211 题