[390] Voir page 19.
«Paris, 28 janvier 1831.
»Mon cher prince,
»... Certes, M. de Flahaut ne s'attendait pas, à son départ d'ici, de
ce qu'il a trouvé fait en arrivant auprès de vous: c'est un brave
succès[391]; il n'a pas fallu moins que votre zèle et votre talent
pour y arriver et nous sommes bien touchés et bien convaincus du motif
qui vous en fait doublement jouir. Certainement, comme vous le dites,
toutes les personnes qui pensent, qui réfléchissent, sentent les
avantages, pour nous de cette neutralité, qui sont très grands, et
vous verrez que la discussion d'hier, à la Chambre des députés, a été
très bonne et tout à fait à l'avantage du gouvernement[392] que
la Chambre soutient surtout par la crainte d'un ministère de l'extrême
gauche et pour l'en éloigner; car il ne faut pas se dissimuler que le
voeu d'une grande masse, en France, pour ne pas dire de la généralité,
est la réunion de la Belgique et que la traînasserie, la lenteur que
l'Angleterre a mise à faire décider le congrès belge au choix d'un
souverain nous met, et vis-à-vis de la France et vis-à-vis de la
Belgique, dans un très grand embarras, et cela, de la part de
l'Angleterre, par l'arrière-pensée de pouvoir ramener le prince
d'Orange. La question inadmissible du duc de Leuchtenberg est arrivée:
nous ne pouvions ne pas la rejeter. L'Angleterre le sent et l'avoue,
mais en même temps, lord Ponsonby dit qu'il n'a pas d'instructions à
cet égard. Voilà donc la question compliquée de nouveau d'une manière
bien pénible et tourmentante, et cela à qui la faute? Pas à nous,
certes, qui avons été bien franchement, bien loyalement et bien
droitement...»
[391] Le protocole du 20 janvier qui assurait la neutralité de la
Belgique et qui avait été fort bien accueilli aux Tuileries.
[392] Séance du 27 janvier. M. Mauguin avait interpellé le
général Sébastiani sur l'attitude du gouvernement au sujet de la
question polonaise.
«Samedi matin, 29 janvier.
»_P.-S._--Nous apprenons qu'il ne reste plus à Bruxelles d'alternative
possible qu'entre Nemours et Leuchtenberg. Croirait-on qu'ainsi placé,
lord Ponsonby donne une préférence décidée à Leuchtenberg? En vérité,
cela passe toute croyance. C'est pourtant certain. Ce qui l'est moins,
mais ce qu'on dit, et ce que le langage de lord Ponsonby ne rend que
trop probable, c'est que M. Van de Weyer a apporté de Londres
l'assurance que l'Angleterre reconnaîtrait Leuchtenberg s'il était
élu[393].
[393] M. Van de Weyer se trompait, car huit jours plus tard, le 7
février, la conférence de Londres signait un protocole qui
excluait le duc de Leuchtenberg.