M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND[382].

[382] Voir page 11.

[_Particulière_] «Bruxelles, le 13 janvier 1831.

»Mon prince,

»J'ai reçu avant-hier soir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de

m'écrire le 9 courant et les documents qui l'accompagnaient. J'ai pris

si à coeur le chagrin de vous avoir déplu que j'attache le plus grand

intérêt à vous faire comprendre les circonstances qui ont amené la

combinaison subite qui, je le sens bien aujourd'hui, ne pouvait

convenir à la conférence. Les partis républicain et français avaient

dressé toutes leurs batteries; nous étions serrés de près; nous

craignions ou un mouvement populaire ou une proclamation de la réunion

à la France du côté de Liège et de Verviers. L'on pensait qu'à la

moindre complication, le congrès se prononcerait pour M. le duc de

Nemours. Ces dangers étaient imminents, et ceux que redoutait le plus

notre gouvernement. Il fallut faire une diversion, et offrir un but

quelconque aux gens sages et modérés. On mit en avant le choix d'un

prince de Bavière, et comme on m'avait écrit de Paris que tout

valait mieux que M. le duc de Nemours ou la réunion, et que je crus

que nous n'avions pas quarante-huit heures devant nous, je ne vis

aucune objection à cette idée et je laissai faire. Mais, mon prince,

je désire que la conférence comprenne bien que ce qui a été fait à cet

égard l'a été en opposition aux manoeuvres infatigables du parti qui

veut la guerre, sans autre vue et sans arrière-pensée. Lord Ponsonby

qui a connu toutes mes démarches peut l'affirmer, et l'affirmera, j'en

suis sûr.

»Au reste, mon prince, aussitôt après avoir reçu votre lettre, j'ai

fait tous mes efforts pour éclairer les membres qui adoptaient, cette

combinaison sur les inconvénients si frappants que vous m'indiquiez,

et ils l'ont abandonnée. Nous aurons maintenant le temps de nous

reconnaître. Le congrès vient, il est vrai, de décider dans sa séance

d'aujourd'hui qu'il ne serait pas envoyé de commissaires spéciaux, ni

à Londres, ni à Paris, pour faciliter le choix du chef de l'État; mais

la négociation reste confiée aux agents que vous avez près de vous, et

nous n'avons plus à craindre de ces déterminations soudaines et

précipitées dont nous avons été menacés il y a dix jours...»

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 4 · 第 187 / 211 题