«Paris, le 28 mai 1832.
»Mon prince,
»Je pars dans quelques heures pour Compiègne, où je compte arriver
dans la soirée. Nous y recevrons demain le roi Léopold, et nous
traiterons avec lui de l'affaire qui l'y amène. Cette rencontre,
dont vous aurez sans doute apprécié la valeur, me sera une occasion
précieuse d'agir plus directement et sans intermédiaires sur les
dispositions du chef du gouvernement belge et de le convaincre que le
salut de son pays, auquel notre souverain consent à unir par un lien
nouveau les destinées du nôtre, est attaché à sa confiance comme à son
adhésion les plus entières aux projets de notre cabinet et à ceux de
nos alliés. Ce sera continuer à Compiègne l'oeuvre que vous avez si
habilement conduite à Londres et vous serez exactement informé de tous
les résultats qui pourront vous intéresser.
»Après les affaires de l'État, il faut encore, mon prince, que je vous
dise quelques mots des nôtres. Mon médecin m'a ordonné les eaux de
Bourbonne et mon projet est de m'y rendre vers le 2 juillet prochain.
Parmi les motifs qui ont déterminé mes arrangements et qui m'ont
décidé à retarder jusqu'à cette époque un voyage que je crois
nécessaire à ma santé, vous voudrez bien compter, mon prince, mon
désir de vous attendre à Paris et de m'y rencontrer avec vous. Après
une absence, que les événements ont faite si longue en si peu de
temps, vous devez vous douter de tout le prix que j'attache à quelques
heures d'entretien avec vous, et aussi de la joie que j'aurai à vous
renouveler de vive voix les expressions d'un attachement dont je vous
prie, d'agréer ici...»