«Londres, le 16 avril 1832.
»Les ratifications autrichienne et prussienne sont ici; le pouvoir de
les échanger y est aussi, mais on exprime de Berlin un grand désir que
l'on attende, si on le peut, la réponse au courrier russe. Tout cela a
pour objet de placer la responsabilité sur MM. de Bülow et de
Wessenberg, qu'on n'aime pas à Berlin et à Vienne, parce qu'ils ont
signé le traité du 15 novembre. Je les presse, mais toutefois en les
ménageant, parce que le fait est qu'à l'époque de la signature du
traité ils ont été fort bien, très courageux et très décidés, croyant
qu'ils faisaient ce qui était utile à leurs gouvernements. Tout sera
décidé demain au soir. Attendra-t-on trois ou quatre jours de plus, ou
finira-t-on demain? Je n'ai pas encore d'opinion sur cela....»
«Le 16 au soir.
»Je vous ai écrit ce matin, à moitié endormi. La séance de la Chambre
des lords n'a fini qu'à sept heures du matin, et j'ai voulu, avant de
me coucher, faire annoncer le succès du ministère anglais par le
télégraphe. Voilà une affaire bien finie, la majorité a été de neuf
voix. Ainsi j'avais exactement annoncé au gouvernement quel serait le
résultat de cette grande et importante affaire. Le comité pour régler
les détails du bill de réforme, ne se réunira qu'après Pâques, car
tout le monde est fatigué et veut aller à la campagne. Rien de nouveau
de la Russie. On attend parce qu'on ne peut faire autrement, mais tout
le monde est dans une forte impatience. Je tiendrai bon jusqu'à
la fin. Je ne veux penser à mon âge que quand les ratifications seront
venues; mais alors, j'y penserai un peu et je le dirai sérieusement.
Je me suis plu à finir ma carrière par une grande chose et par une
grande marque de dévouement: la grande chose, c'est la paix et notre
union avec l'Angleterre: le dévouement, c'est d'avoir donné deux
années de temps, de fatigue de tête, de changement de vie, à
l'établissement au dehors de notre dynastie à qui il faut à tout prix
donner des bases solides; et c'est en Angleterre qu'elle les trouvera;
et je vous assure bien que ce n'est pas à Ancône, dont les embarras se
feront sentir, quoi que l'on en dise. On a trop cru faire quelque
chose d'agréable à l'opposition; tout cela a été mal compris: il ne
faut pas chercher à lui plaire, parce qu'on ne lui plaira jamais. Il
faut la contenir, et on le peut. Je raisonne là tout à mon aise, parce
que je ne suis et ne voudrais être pour rien dans le pouvoir....»
«Le 17 avril au soir 1832.
»La réponse au courrier du 14 mars envoyé par le comte Orloff
lorsqu'il était à La Haye, est arrivée à l'ambassade russe, et, comme
elle n'est pas définitive, demain nous passerons outre et nous
engagerons les plénipotentiaires d'Autriche et de Prusse à faire leur
échange de ratifications avec le plénipotentiaire belge. Ainsi, demain
18, à quatre heures, cela sera fini; il ne restera plus que la Russie
qui viendra certainement à la fin du mois. Attendre plus longtemps
aurait été une marque de déférence pour la Russie qui aurait été trop
forte. Des égards, je les comprends; mais de la déférence qui aurait
l'air d'une reconnaissance de supériorité, nous ne pouvons, nous
ne voulons l'admettre. Ainsi demain, tout tranquillement, nous
laisserons la Russie de côté, et nous aurons les deux autres
ratifications échangées. Il ne faut être raide que quand il le faut;
mais, quand il le faut, il faut être inébranlable....»
«Le 23 avril 1832.
»Je ne comprends rien à ce qu'on m'écrit de notre ministère des
affaires étrangères de Paris sur les ratifications de Prusse et
d'Autriche. Le fait est que les ministres autrichien et prussien
n'étaient autorisés à faire leur échange qu'avec le consentement des
Russes, et ce consentement ils ne l'ont pas eu,--ou bien en même temps
que les Russes, c'est-à-dire plus tard qu'ils ne l'ont fait, puisque
les ratifications russes ne sont pas encore arrivées. Je me figure que
c'est pour m'ôter le petit mérite de cette affaire que l'on se donne
la peine de dire que M. de Bülow avait reçu l'ordre positif d'échanger
sur-le-champ. Au reste, cela me fait peu de chose; ici on sait bien ce
qui en est....»