«Paris, le 12 avril 1832.
»Mon prince,
»Je puis vous parler aujourd'hui, en toute certitude et toute
confiance de l'état de M. le président du conseil. Non seulement il
est hors de danger, mais on ne met plus en doute qu'il ne puisse assez
prochainement reprendre ses travaux. J'étais, quant à moi, très décidé
à quitter les affaires, si sa santé eût exigé qu'il rentrât dans la
vie privée. Fort heureusement pour la France et pour l'Europe, nous le
conserverons à la tête du ministère, et tous les intérêts de premier
ordre qui se rattachent d'une manière si étroite au système que nous
avons adopté trouveront ainsi, dans la continuation assurée de ce
système, les garanties dont ils ont besoin.
[355] Le choléra s'était répandu en Europe vers la fin de 1831.
En janvier 1832, il était à Londres. Le 29 mars, il fut signalée
Paris, où il prit immédiatement une intensité redoutable. Le 3
avril, M. Casimir Périer en fut atteint à la suite d'une visite
qu'il avait faite à l'Hôtel-Dieu avec le duc d'Orléans. Il lutta
six semaines contre le fléau et finit par succomber le 16 mai.
»Au reste, mon prince, comme vous le pouvez croire, les adversaires du
gouvernement n'ont pas manqué d'exploiter les incertitudes auxquelles
devait d'abord donner lieu le malaise grave de M. le président du
conseil, pour chercher à préparer les esprits à de nouvelles
combinaisons ministérielles. Mais leur impuissance à cet égard était
chose trop notoire pour qu'ils pussent faire impression, et bientôt,
avertis eux-mêmes de leur peu d'influence par le caractère soutenu de
l'anxiété publique, ils ont jugé devoir changer leurs batteries et
exprimer le voeu que M. Périer restât aux affaires, pour le voir
succomber plus tard, ont-ils dit, sous les efforts de son propre
système.
»Tout cela, mon prince, n'est que ridicule, et n'a rien d'alarmant. Le
ministère continuera à marcher d'un pas ferme dans les mêmes voies, et
si la convalescence de M. le président du conseil lui commande d'user,
pendant quelque temps encore, de grands ménagements, les circonstances
n'exigent plus heureusement de lui qu'il se prodigue en efforts et en
travaux comme il a dû le faire depuis plus d'une année. La session
touche à sa fin. Demain ou après-demain, la Chambre des députés sera
close de fait: ils ont hâte de terminer et de retourner dans leurs
foyers. Vous aurez pu en juger par la rapidité avec laquelle ils ont
voté les derniers projets de loi.
»Le gouvernement du roi va donc se trouver moins entravé, plus libre
dans sa marche: il n'aura plus à perdre, en discussions si souvent
oiseuses, quelquefois même si inopportunes, un temps que les intérêts
positifs du pays réclament presque tout entier. La cause de la paix ne
pourra qu'y gagner et il ne dépendra pas de nous, mon prince, que
toutes les puissances ne mettent à profit cet intervalle pour
resserrer et fortifier des liens dont la durée leur importe à toutes
au même titre.
»Recevez....»