«Londres, le 22 mars 1832.
»La confiance, je dirai l'amitié que vous me témoignez, monsieur me
font un devoir d'attirer votre attention sur l'extrême importance des
circonstances actuelles; l'entreprise d'Ancône les a fort
compliquées; il en est résulté un grand effarement chez nos amis, et
une vive satisfaction chez les ennemis de notre gouvernement, qui y
cherchent des arguments pour attaquer jusqu'à la loyauté de notre
cabinet, ce qui n'avait pas été fait depuis que vous êtes à la tête du
ministère. Votre grande droiture a donné à notre ministère une force
qu'il ne faut pas perdre; vous en auriez moins pour combattre les
folies intérieures, si vous cessiez d'être regardé par l'Europe comme
le conservateur du bon droit et du bon ordre.
»Terminons donc, je vous en supplie, l'affaire d'Ancône, et faites-en
porter la peine à quelques subalternes qui se sont trop souvenus des
temps révolutionnaires. L'opinion de tous les partis se prononce ici
sur cette question d'une façon embarrassante; le cabinet anglais ne
sait comment l'expliquer, ni comment la justifier. Vous verrez, par ma
dépêche de ce jour, en termes adoucis, de quelle manière le roi
d'Angleterre m'en a parlé ce matin. Si cette fâcheuse affaire n'était
pas terminée avant la question de la réforme, et si la réforme
tournait mal pour le ministère de lord Grey, je ne sais vraiment où
nous en serions. En vérité, trois mille hommes à Ancône sont trop peu
de chose pour que la France puisse y trouver une satisfaction
d'amour-propre; et cependant, notre séjour sur ce point menace
d'embraser tout le midi et augmente les difficultés et prolonge les
délais dans les affaires du nord.
»Vous verrez, monsieur, dans cette lettre que j'écris à regret,
combien je suis préoccupé des intérêts de notre gouvernement, et de
votre gloire en particulier.
»Agréez....»