LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.

«Londres, le 17 mars 1832.

»Aujourd'hui, malgré tous les moyens dilatoires employés par le roi

des Pays-Bas, je dois croire que les ratifications du comte Orloff

arriveront ici en même temps que lui, et qu'il sera ici au plus tard

dans quinze jours. Les ministres hollandais ont reçu leur courrier et

un mémoire, mais je crois qu'ils auront de la difficulté à nous faire

une communication parce que le roi trouve qu'il n'est pas de sa

dignité de nous faire une communication nouvelle avant que nous lui

ayons fait une réponse à la note jointe au projet de traité qu'il nous

a fait remettre il y a un mois. Mais comme je suis décidé, ainsi que

l'Angleterre, à ne rien écouter avant que les ratifications soient

arrivées[351], ils sont fort embarrassés de trouver un moyen pour

entrer en matière avec nous. C'est cette résolution-là qui forcera les

ratifications d'arriver.--Mais il faut qu'à Paris on finisse les

affaires d'Ancône, qui servent de prétexte à tout ce que l'on aime à

dire contre le gouvernement français à La Haye. Les malveillants

attribuent toujours le système de délai de la Hollande à l'espoir

que le ministère anglais ou le ministère français sera forcé de

quitter les affaires....»

[351] Lord Palmerston et M. de Talleyrand marchaient absolument

ensemble sur ce point. (Voir à l'Appendice trois lettres qui en

font foi, pages 496, 497 et 498).

«Le 22 mars 1832.

»L'effet produit par cette affaire d'Ancône augmente chaque jour. Tout

le monde est effrayé et on a dans la bouche: «Voilà les formes

révolutionnaires qui reviennent.»--Le dernier courrier envoyé par le

comte Orloff a été motivé par les affaires d'Italie. Le pape a envoyé

partout la proclamation du capitaine Gallois[352]; elle anime tout le

monde, amis et ennemis. Si nous étions dans cette situation au moment

où se décidera l'affaire de la réforme, je ne sais pas ce qui

arriverait. Je vous avoue qu'il me paraîtrait bien dur, après dix-huit

mois de difficultés vaincues d'échouer au port, par une fantaisie

d'expédition dénuée de sens commun. Qu'est-ce que deux ou trois mille

hommes, à Ancône quand les Autrichiens en ont soixante-mille dans le

Milanais? C'est vraiment de la démence....»

[352] Le capitaine de vaisseau Gallois commandait l'escadre

envoyée à Ancône. Il devint contre-amiral en 1835.

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 4 · 第 156 / 211 题