«Paris, le 14 mars 1832.
»Prince,
»Cette lettre vous sera remise par mon fils qui va rejoindre son
poste. Il vous annoncera que le général Sébastiani, dont la santé est
meilleure, a repris ce matin son portefeuille. Je crois lui laisser
les affaires étrangères dans un moment où la France a pris une
attitude convenable sous tous les rapports vis-à-vis des puissances,
et où nous avons plus que jamais l'espérance d'arriver à la paix, au
désarmement, à ce résultat qui a été le but de tous nos voeux et de
tous nos efforts. Nous comptons toujours pour y parvenir, prince, sur
votre bonne et puissante coopération. Je vous avouerai que l'ardent
désir de réussir à assurer cette paix, si nécessaire au pays, peut
seul me faire résister à la pénible tâche dont je me trouve chargé. La
session qui va finir a été bien fatigante pour moi. Nous avons trouvé
dans la Chambre un esprit et une tendance qui sont la conséquence
naturelle et prévue par nous d'un déplacement tel que celui qui est
résulté de la dernière loi électorale. Nous avons, en grande
partie, affaire à des hommes dont la tête ne pense point, dont les
mains ne sont propres qu'à détruire, nullement à édifier. C'est avec
cela qu'on peut faire facilement des révolutions sans les consolider.
Nous avons donc trouvé sur notre route parlementaire bien des
obstacles. Nous avons été, en dernier lieu, contrariés par des
économies embarrassantes pour nous, sans profit aucun pour la France.
Je dois le dire, cependant, la vérité, que nous n'avons pas hésité à
faire entendre souvent tout haut, n'a pas été totalement perdue. On
commence à revenir dans le pays à des idées d'ordre et de
gouvernement. Sans qu'on nous accuse de nous avancer trop, nous
pouvons affirmer qu'à aucune époque, notre position intérieure n'a été
plus solide et plus forte contre les attaques qu'elle ne l'est
aujourd'hui.
»Je ne m'étendrai pas, prince, sur nos rapports avec les puissances;
mes deux derniers discours vous auront tout dit sur notre système de
politique intérieure. Avec l'échange des ratifications que nous
attendons impatiemment, nous n'avons plus rien à coeur que de voir
promptement terminer les affaires d'Italie. Je pense qu'on y arrivera
avec l'aide des représentations des puissances auprès de la cour de
Rome.
»J'ai eu ce matin à ce sujet une réunion des ministres des cinq cours.
Deux partis y ont été discutés: le premier, de continuer l'occupation
simultanée des troupes autrichiennes et françaises, en sollicitant la
prompte solution des différends du Saint-Siège avec les légations;--le
second, de faire remplacer les troupes actuellement occupantes par des
Suisses venant du royaume de Naples. Cependant, comme cette dernière
mesure entraînerait de longs délais, nous désirons bien que les
affaires soient terminées avant le temps nécessaire pour sa mise à
exécution. Tout ceci n'a été cependant qu'une simple conversation
entre les ministres des cinq cours et moi....»