«Londres, le 13 mars 1832.
»Le roi des Pays-Bas se sert aujourd'hui de l'affaire d'Ancône et de
l'espoir que la _Réforme_ ne passera pas, pour retarder le départ du
comte Orloff; cela m'est insupportable.
»M. Ouvrard[349] se mêle aussi avec M. de La Rochejacquelein[350] de
toutes les affaires du roi de Hollande et tous les moyens d'intrigue
qu'il fournit au roi sont accueillis. Je ne me découragerai pas, mais
cette affaire-là me tuera. Cette nouvelle difficulté, qui arrête
encore le comte Orloff à La Haye, m'est très désagréable. A présent,
on doit convenir que si nous n'avions pas eu la ratification de
l'Angleterre, et si nous n'étions pas liés avec elle, nous serions
aujourd'hui dénués de toute force. En restant comme nous sommes,
accolés à l'Angleterre, nous nous en tirerons; c'est là la base solide
de notre dynastie. J'y attache le plus grand prix. Le bill de la
_Réforme_ passera tel qu'il est, à la seconde lecture; il peut y avoir
quelque amendement lorsqu'il sera porté au comité; sur cela, on n'est
pas d'accord. Mon opinion n'est pas que les changements altèrent les
principes du bill....»
[349] Julien Ouvrard (1770-1847), fameux financier dont la
fortune date de la Révolution et de l'empire. Après 1830 il fut
mêlé à toutes les intrigues politiques du temps et se mit au
service du roi de Hollande, de dom Miguel et de don Carlos.
[350] Henry, marquis de La Rochejacquelein, neveu du célèbre
général vendéen, né en 1805, pair de France sous la Restauration,
député en 1842, et sénateur sous l'empire.
«Le 15 mars 1832.
»A la contrariété près, il ne faut voir dans le retard du comte Orloff
qu'une douzaine de jours de plus de délai, car les ratifications
arriveront, j'en suis sûr, et sans l'affaire d'Ancône, elles seraient
déjà ici. Mais on a tant dit à La Haye que cela changerait les
résolutions du cabinet de Pétersbourg et qu'il fallait attendre, avant
de venir à Londres, l'effet que cela aurait produit et qui ferait
peut-être changer les instructions qu'avait le comte Orloff, qu'il a
consenti à rester. Mais nous serons si raides ici qu'il faudra bien
qu'il arrive. Je donne à tout cela quinze jours. Sans la prise
flibustière d'Ancône, tout aurait été fini le 10, comme je l'avais
dit. S'il n'y a pas de nouvel incident, tout le sera le 30.--Voilà mon
opinion fixe.--Je ne me soucie pas que vous parliez du mauvais effet
d'Ancône, parce que cela ferait tort au ministère, et qu'il faut
l'aider par tout moyen....»