«Londres, le 13 février 1832.
»... L'empereur de Russie envoie le comte Orloff[336] à La Haye, pour
déclarer au roi que, s'il ne se décide pas à adhérer aux articles de
la conférence, il ne peut en aucune manière, ni dans aucun cas,
compter sur son appui. Cela retardera l'envoi des ratifications russes
probablement de huit ou dix jours, mais il est positif qu'on est
décidé à les envoyer...»
[336] Alexis Foedorowitch, comte puis prince Orloff, né en 1786,
servit dans l'armée russe durant les guerres de l'empire. Il
devint général en 1828. En 1829, il signa le traité d'Andrinople
avec la Porte, et fut en 1830 nommé ambassadeur à Constantinople.
En 1832, il fut chargé d'une mission importante à La Haye et à
Londres; de retour en Russie, il reçut le commandement de l'armée
envoyée en Turquie contre Ibrahim-pacha, et signa le traité
d'Unkiar-Skelessi (1833). Il fut ensuite nommé conseiller d'État,
directeur de la police secrète, prit part aux conférences de
Berlin et d'Olmütz (1853) et représenta la Russie au congrès de
Paris (1856). Il reçut peu après le titre de prince, fut nommé
président du conseil de l'empire et du conseil des ministres. Il
mourut en 1861.
«Londres, le 14 février 1832.
»... Je n'ai appris l'envoi de troupes en Italie que comme un fait;
comme projet, je ne le savais pas[337]. Mais je suppose que l'on s'est
entendu à cet égard avec le gouvernement autrichien; car, sans cela,
il y aurait des complications qui donneraient plus d'embarras qu'il
n'y aurait d'avantages. Du reste, je ne sais rien, et je raisonne sur
tout cela un peu en aveugle, ce qui fait que je n'en parlerais pas à
une autre personne qu'à vous. C'est bien assez d'avoir à se mêler
de ce qu'on est chargé de faire; il serait fou de se mêler de ce qui
regarde les autres, surtout quand on le sait mal.
[337] Il s'agit de l'expédition d'Ancône. Cette ville fut occupée
le 22 février 1832. On se rappelle qu'en juillet 1831, M. Périer
avait obtenu le retrait des troupes autrichiennes du territoire
pontifical. Mais peu de mois après, de nouveaux soulèvements
éclatèrent dans les États de l'Église. Le pape fit appel aux
Autrichiens qui accoururent aussitôt (janvier 1832) M. Périer vit
dans ce fait une atteinte à la dignité de la France, et voulut
que celle-ci partageai avec l'Autriche l'honneur de défendre le
Saint-Siège. De là l'expédition d'Ancône. La colère de l'Autriche
fut très vive mais impuissante, et les autres cabinets furent
également émus. M. Pozzo reçut l'ordre de quitter Paris si
l'ambassadeur d'Autriche demandait ses passeports. A Londres,
l'opposition tory fit entendre de violentes récriminations.
Toutefois, tout se borna en paroles.--M. de Talleyrand blâma
cette expédition, malgré une lettre de Madame Adélaïde qui lui
exposait les idées du roi et du cabinet à ce sujet. Voir à
l'Appendice, page 496.
»Je vous ai écrit hier l'arrivée à La Haye du comte Orloff. Cette
mission retardera probablement de dix ou douze jours les
ratifications, mais elle les assure...»