«Paris, lundi 7 février 1832.
»Mon cher prince,
»C'est vraiment bien aimable et bien bon à vous de m'avoir écrit, tout
de suite, à deux heures du matin, au moment où les ratifications entre
la Belgique, l'Angleterre et la France venaient d'être faites. Je ne
puis assez vous dire combien j'en suis vivement touchée, et c'est de
tout mon coeur que je vous en remercie. Cette bonne et importante
nouvelle est arrivée bien à propos pour dédommager un peu notre
bien-aimé roi de tout ce qu'il a à souffrir des infâmes complots des
carlistes et des républicains qui, pour le moment, sont parfaitement
d'accord dans leurs intrigues et leur bien coupable but. Vous savez
par les journaux l'absurde mais exécrable conspiration qui vient
d'être arrêtée, grâce à Dieu, au commencement de son exécution.
La police, en cette occasion, a été parfaitement bien faite, car tout
cela a été fait sans que cela causât la moindre agitation dans Paris.
Cela s'est passé pendant notre grand bal du 2, qui n'en a pas moins
duré jusqu'à cinq heures du matin. On disait tout bas dans le bal
qu'on s'attendait à quelque tentative d'émeute pour la nuit, mais on
était loin de croire que ce fût une chose aussi grave. Ce n'est qu'à
trois heures, au moment où nous nous retirions du bal, la reine et
moi, que nous avons appris les arrestations que l'on venait de faire
de cette bande armée. Ils ne peuvent plus faire d'émeute dans la rue;
la population n'en veut pas; ils en viennent aux conspirations, aux
horreurs, comme la machine infernale du temps de Napoléon. Il y a cent
dix personnes arrêtées, toutes prises les armes à la main. Ainsi, pour
cette fois, il ne peut y avoir de doute sur leurs bonnes intentions.
J'espère que cela mènera à un bon résultat, et je suis persuadée que
cela sera avantageux pour le gouvernement. Le roi est d'un calme, d'un
sang-froid admirable. Je vous avoue que je le trouve sans cesse
beaucoup trop confiant; c'est un sujet de discussion entre nous...»