LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

«Paris, le 4 février 1832.

»Mon cher prince,

»J'ai beaucoup entendu parler dans ma jeunesse, des talents du comte

d'Avaux et de la longueur et de la difficulté des négociations du

traité de Westphalie. C'était l'enfance de la diplomatie; et je crois

que les quinze mois de la conférence de Londres, les cinquante-cinq

protocoles toujours signés d'accord par les plénipotentiaires des cinq

grandes puissances présentent un spectacle bien plus imposant de

talents et de difficultés vaincues que tout ce qui l'avait précédé. Il

sera beau pour vous, pour mes ministres et j'ose dire aussi pour moi,

qu'en sortant de la révolution de Juillet, cette grande crise ait été

conduite de manière à nous faire arriver au résultat que nous obtenons

enfin, sans que la paix intérieure de la France, ait été troublée, et

sans que l'Europe soit devenue la proie de l'embrasement dont elle

était menacée.

»Vous voyez, mon cher prince, que je partage votre opinion, que les

ratifications de la France et de l'Angleterre échangées en même temps

assurent l'échange des trois autres, car c'est presque devenu un lieu

commun que de dire que, quand la France et l'Angleterre sont

d'accord, il n'y a plus à craindre la guerre en Europe. J'ai toujours

cru que nos deux puissances pouvaient s'entendre et se mettre

d'accord, sans que ni l'une ni l'autre eussent rien à perdre de leur

honneur national et de leurs intérêts politiques, mais j'ai cru aussi

que pour que nos deux nations approuvassent cet accord, il fallait

rendre évident que leurs gouvernements n'en avaient rien sacrifié; et

voilà, mon cher prince, ce qui fait que j'ai souvent insisté avec tant

de force sur quelques points de la négociation que mon gouvernement

avait grande raison de vouloir rectifier. A présent, le succès a

couronné ses efforts et les vôtres, et c'est là sans doute la

meilleure réponse à toutes les invectives dont nous sommes tous les

objets.

»Je désire vivement, mon cher prince, que les ratifications des autres

puissances ne se fassent pas attendre longtemps. C'est leur intérêt

comme le nôtre, car c'est l'échange complet qui convaincra tous les

incrédules qu'ils doivent renoncer à leurs espérances de guerre et de

bouleversement. C'est là ce qui les convaincra de la stabilité de

l'ordre de choses actuel et de l'impuissance de leurs efforts pour le

renverser.

»C'est toujours de tout mon coeur, mon cher prince, que je vous

renouvelle l'assurance de toute mon amitié pour vous....»

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 4 · 第 145 / 211 题