«Londres, le 31 janvier 1832.
»J'ai échangé ce soir les ratifications de la France avec la Belgique,
et, ce qui est excellent, c'est que l'Angleterre a échangé tout comme
moi, ses ratifications avec les Belges: ainsi voilà une affaire bien
finie. L'Angleterre et la France réunies en même temps, c'est plus que
je n'osais l'espérer. A présent, il faut patienter: le reste viendra;
n'exigeons rien; ne triomphons pas trop, n'embarrassons pas
l'Angleterre de ce qu'elle a fait, et que tous les tories, petits et
grands lui reprocheront demain. Ne lui laissons pas voir que d'être
liée avec nous, lui fait faire plus de mouvement qu'elle ne veut.
C'est une affaire de prudence et de conduite. Il faut ménager le
ministère anglais; il a ici de grands embarras. Mon opinion est que
les ratifications de Prusse et d'Autriche ne se feront pas attendre
longtemps[334]; celles de Russie viendront plus tard, mais viendront.
Cela fait, on attendra la Hollande, et ce qu'elle dira ne fera rien à
personne. L'Espagne a mis une fois, quatre-vingts ans à faire une
reconnaissance toute pareille, et cela n'a pas dérangé l'Europe qui
avait fait ses affaires de son côté.--Je ne sais rien de la France au
dedans; je ne lui trouve pas trop bonne mine, mais je sais qu'au
dehors, nous sommes, par ce que nous venons de faire, placés comme le
roi devait le désirer, sans trop l'espérer.
[334] Sur les sentiments du cabinet de Berlin à cet égard, voir à
l'Appendice page 495 une lettre de M. Bresson à M. de Talleyrand.
»Cela doit bien étonner et bien fâcher les petits messieurs à non
intervention, qui criaient et croyaient à la guerre.--Nous avons pris
une forme excellente, c'est de laisser le protocole ouvert, et c'est
sur la proposition de la Russie, de la Prusse et de l'Autriche. On
doit être content aux Tuileries de la rédaction de ce protocole...»