«Paris, le 9 janvier 1832.
»Prince,
»Ma dépêche officielle, qui vous parviendra en même temps que cette
lettre, vous fait connaître quelles sont les diverses solutions que
peut recevoir la difficulté grave qu'ont fait naître le traité du 14
décembre et l'insuffisance des modifications qui y sont apportées par
la note diplomatique que vous avez reçue des ambassadeurs des quatre
puissances. Comme une dépêche ne comporte pas l'explication détaillée
des motifs qui s'opposent à ce que le gouvernement du roi consente à
l'échange des ratifications qui emporteraient son adhésion aux
principes consacrés par le traité du 14 décembre, si, préalablement,
il n'était modifié, j'ai prié mon frère Camille[331] de se rendre
auprès de vous. Les entretiens que j'ai eus avec lui l'ont mis au fait
de la question; il vous confirmera ce que j'ai eu l'honneur de vous
dire sur les effets fâcheux de la faute grave qu'ont faites les
puissances, en laissant l'opinion si longtemps incertaine sur leurs
dispositions à échanger les ratifications, et sur la nécessité de
donner aux actes qui termineront cette délicate négociation telle
forme qui puisse les rendre irréprochables aux yeux d'un peuple,
jaloux, à si juste titre, de ce qui peut toucher à l'honneur national.
[331] Camille Périer, ancien auditeur au conseil d'État et ancien
préfet sous l'Empire et la Restauration. Était député depuis
1828. Créé pair en 1837.
»Dans une conférence que j'ai eue ce matin avec lord Granville, j'ai
réitéré l'assurance des dispositions du gouvernement du roi, de
resserrer les liens qui unissent les deux peuples et de persévérer
dans le système politique qui a concilié leurs intérêts depuis la
révolution de Juillet; mais j'ai expliqué les motifs qui ne nous
permettraient pas d'accepter le traité du 14 décembre. Mes
communications se sont étendues confidentiellement jusqu'aux moyens de
résoudre les difficultés nouvelles qu'il a fait naître. Ces moyens
n'ont été, de sa part, le sujet d'aucune objection, ce qui me donne
l'espoir que vous trouverez dans le concours du cabinet britannique,
un appui efficace pour faire agréer l'un d'entre eux....»