LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.

«Londres, le 10 janvier 1832.

»J'espère que toutes les explications que j'ai données, et toutes

celles que porte M. Tellier, amèneront notre cabinet à une

détermination qui nous conservera en bons rapports avec l'Angleterre,

car c'est ce à quoi je travaille depuis dix-huit mois, et ce qui fera

notre salut.--Mon opinion est qu'il y aura retard, mais pas refus dans

les ratifications. Une fois arrivées et échangées, il faudra laisser

aller les choses un peu toutes seules. Il n'y aura plus qu'un roi de

Grèce à faire. En avez-vous un dans la tête? On dit qu'il faut pour la

Grèce, dans la situation où elle est, un roi qui ait des qualités et

des défauts. Cela a fait, à ce que j'entends dire, penser un peu au

prince Paul de Wurtemberg. Il a de tout cela; quelque peu de qualités,

instruction, esprit, tout cela pas mal, et des défauts en

abondance....»

«Londres, le 12 janvier 1832.

»J'ai reçu, il y a une heure, votre lettre du 10; j'ai lu avec

beaucoup d'attention les informations qu'elle contient. Voici où en

sont les affaires. Le 31, positivement, nous aurons les ratifications

de l'Autriche et de la Prusse; celles de la Russie, viendront plus

tard; on ne les attendra pas pour faire l'échange.

»Ce point obtenu, la Hollande entrera en quelques explications, et

nous ferons tout ce qui sera possible; le fait est que nous voulons

tout arranger et finir. Les difficultés ne peuvent pas venir de la

Belgique; elles ne peuvent venir que de la France, qui, par de doubles

intrigues, embarrasse toujours ses affaires. Il est de fait, que, sans

la mission de M. de Latour-Maubourg à Bruxelles, et sans les

conférences de Sébastiani avec lord Granville, qui ont amené le

protocole du 29 août dont, à Paris, on ne m'a pas même donné

connaissance, les choses ne seraient pas arrivées à une suite de

difficultés dont il est très difficile de sortir.

»Le protocole dont je parle n'est point mon oeuvre: c'est celui des

quatre puissances, qui l'ont fait passer par lord Granville, qui l'a

remis à Sébastiani. Je n'ai connu son existence que par une lettre de

Belliard qu'il m'a écrite à la fin de décembre. Est-ce là faire et

conduire des affaires? On embrouille tout, et puis l'on revient à moi.

Tout cela commence à m'ennuyer. Cependant, j'irai jusqu'au bout. Je

veux bien finir l'affaire dont je me suis chargé. On la gâtera après,

si l'on veut....»

Pendant que j'écrivais lettres et dépêches dans ce sens de Londres,

voici celles qu'on m'adressait de Paris.

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 4 · 第 136 / 211 题