LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND.

«Stanhope Street, 3 janvier 1832.

»Mon cher prince,

»Le rapport qu'Esterhazy et Wessenberg viennent de me faire de la

communication qu'ils ont reçue de leur cour est beaucoup moins mauvais

que celui que votre gouvernement croit avoir reçu du comte Appony. Il

paraît que la cour de Vienne admet que la conférence se trouvait dans

la nécessité de faire un arbitrage entre la Hollande et la Belgique;

que cette même cour approuve l'acte d'arbitrage soutenu dans les

vingt-quatre articles; qu'elle considère ces articles, acceptés qu'ils

sont par la Belgique, comme constituant une convention solennelle

entre le gouvernement belge et les cinq puissances; et que, puisque le

traité n'est effectivement que les articles, la cour de Vienne est

résolue de ratifier le traité; que, cependant, elle veut ajourner la

ratification pour le moment, dans l'espoir d'amener la cour de Russie.

»Vous voyez que tout ceci n'a pas l'air d'une déclaration officielle,

faite par l'Autriche, au nom de la Russie et de la Prusse.

»Je suis bien fâché que votre cour pense à refuser sa ratification au

traité du 15 novembre, parce que la convention du 14 décembre lui

déplaît. Mais comment pourrait-elle trouver des raisons valables pour

lier ensemble deux transactions entièrement différentes et

séparées? Comment pourrait-elle refuser sa ratification sans vous

désavouer et sans vous rappeler? Et quel serait le triomphe que cela

donnerait à tous ceux qui ont toujours tâché de nous inspirer des

soupçons de la France! Cette manière de traiter si à la légère les

transactions solennelles entre les gouvernements est-elle bien propre

à donner de la confiance à ceux qui auront affaire, à l'avenir, avec

la France? Mais je suis sûr qu'il est inutile que je vous suggère

toutes les considérations graves qui n'auront pas manqué de se

présenter déjà à votre esprit par rapport à ce sujet désagréable....»

On peut juger, par cette lettre de lord Palmerston, la nature des

résistances que je rencontrais à Londres pour satisfaire aux exigences

du gouvernement français à l'égard de la convention du 14 décembre

relative à la démolition de certaines forteresses. J'étais parvenu

cependant à obtenir quelques concessions, sous la forme d'un protocole

interprétatif de la convention. Je l'envoyai à Paris par le premier

secrétaire de mon ambassade, M. Tellier, que je chargeai en même temps

d'explications développées. La suite des lettres mettra au fait des

résultats de cette nouvelle tentative de négociation.

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 4 · 第 135 / 211 题