«Berlin, le 7 janvier 1832.
»Mon prince,
»La Prusse n'échangera les ratifications qu'elle envoie demain à
Londres, que si les autres puissances sans exception ratifient.»
»Le cabinet prussien est très embarrassé. Il aurait certainement
désiré que l'empereur de Russie ratifiât purement et simplement.
Aujourd'hui il ne veut se compromettre ni envers lui, ni envers nous,
et il se croit à couvert par son interprétation de la nature des actes
de la conférence. Dès le premier moment, il n'a pas approuvé le traité
du 15 novembre. Il ratifiait toutefois, par amour de la paix, trait
distinctif de sa politique et des inclinations du roi. Il n'aurait
fait que deux réserves: la première, _des droits de la
Confédération sur le Luxembourg_; la seconde, _que la Prusse ne
participerait jamais à des mesures coercitives actives contre le roi
des Pays-Bas_.--Le refus de Pétersbourg est survenu, accompagné de
sollicitations pressantes à la Prusse et à l'Autriche de suivre cet
exemple. Peut-être n'était-on pas éloigné de céder, mais j'ai
sur-le-champ déclaré qu'il n'y aurait en pareil cas d'autre
alternative pour notre gouvernement que de prendre sous sa garantie la
Belgique, telle que les vingt-quatre articles l'avaient constituée, et
d'annoncer hautement que la Hollande, pas plus que toute autre
puissance, n'y toucherait. Alors l'on a fait de plus mûres réflexions,
et, après bien des hésitations, l'on a pris le parti équivoque dont je
rends compte à Paris, et que je vous communique, en résumé, par ma
dépêche télégraphique.
»L'empereur de Russie ne réussira pas à entraîner le cabinet prussien
dans des résolutions violentes ou dans des mesures hostiles. L'on
comprend ici tous les avantages que l'on retire du _statu quo_, et
l'on veut les conserver. Je suis convaincu que M. de Bülow aura pour
instructions de se prêter à tous les termes moyens, à toutes les
combinaisons qui empêcheront la rupture des négociations ou la
scission d'une ou plusieurs puissances. M. Ancillon m'a en propres
termes déclaré, _que le roi de Prusse se considérait comme le gardien
de la paix en Europe; que son système politique reposait tout entier
sur l'impartialité et la défensive, et qu'il respecterait toujours les
droits de ceux qui respecteraient les siens_.
»Vous avez les ratifications: elles sont signées du roi, mais
l'échange en sera suspendu aussi longtemps que toutes les autres
puissances n'apporteront pas les leurs. Ce n'est pas ce que vous
désirez, mon prince, mais c'est beaucoup cependant. L'empereur de
Russie reste isolé dans son refus et il attendait plus de
condescendance....»