«Paris, le 1er janvier 1832.
»Mon prince
»Je profite du départ d'un courrier de MM. de Rothschild pour vous
envoyer le discours du roi en réponse aux ambassadeurs. Ce discours
est plus pacifique que nos rapports diplomatiques. Cependant nous
pensons toujours que vous parviendrez à faire changer les dispositions
du cabinet anglais, relativement aux places belges. Je crois que nous
finirons par obtenir, sans condition, les ratifications de la Prusse
et de l'Autriche.
»J'attends en ce moment l'ambassadeur d'Angleterre qui doit me
faire connaître la communication de son cabinet aux cours de Berlin et
de Vienne, relativement aux retards apportés par la Russie à la
ratification du traité du 15 novembre. Si cette communication est
ferme et réclame impérieusement l'exécution des promesses faites, je
ne doute nullement, qu'elle ne détermine la Prusse et surtout
l'Autriche dont le système politique paraît se rapprocher davantage,
sur cette question, du système anglais.
»Des dépêches que je reçois aujourd'hui de M. Bresson, m'annoncent que
la Prusse, au milieu de toutes ses hésitations, n'a pas osé,
cependant, s'engager définitivement à suivre la marche que la Russie
paraît adopter. Je pense donc que, si nous tenons ferme, ainsi que
nous en avons le droit, nous parviendrons à vaincre cet obstacle.
»Restera le traité des forteresses qu'il faudra nécessairement
modifier et je désire vivement pour notre tranquillité comme pour
celle de l'Europe, que vous parveniez, ainsi que j'ai eu l'honneur de
vous le dire dans ma lettre confidentielle, à obtenir ces
modifications que nous jugeons indispensables. Je dois ajouter que
l'attitude que nous avons prise ici vis-à-vis des ambassadeurs, en
témoignant notre mécontentement avec mesure, mais avec énergie, nous
paraît avoir fait une grande impression.
»Nous ne voulons pas abuser de notre situation, mais avec la franchise
et la loyauté que nous avons mises dans toutes nos relations, nous
avons droit de nous attendre à les voir respecter.
»Recevez, mon prince....»