LE PRINCE DE TALLEYRAND AU ROI LOUIS-PHILIPPE.

«Londres, le 22 décembre 1831.

»SIRE,

»Votre Majesté attache une grande importance à la démolition des

places fortes en Belgique, qui ont été élevées pour rappeler nos

défaites, et elle sent que c'est à Elle à effacer ces témoignages

insultants de nos malheurs. Mais, Sire, ce serait voir d'une manière

trop sombre ce qui vient de se passer que de l'attribuer à un retour

vers la Sainte-Alliance.

»Les gages de sagesse et de modération que votre gouvernement donne

chaque jour à l'Europe ont détruit à jamais cette ligue formée contre

la liberté des peuples.

»Je suis désolé de ce qu'il arrive de ce côté-ci, où vous avez la

bonté de me supposer quelque influence, de l'inquiétude ou même des

peines pour Votre Majesté. Je voudrais n'avoir à lui annoncer que des

résultats sur lesquels ses yeux se reposassent avec plaisir.

»Les intrigues belges, où se laisse apercevoir toute la faiblesse d'un

gouvernement nouveau et incertain, ont amené la convention dont nous

avons à nous plaindre. Les graves circonstances où se trouve le

ministère anglais, et la crainte exagérée que lui inspirent les

attaques amères de lord Aberdeen ont également servi l'intrigue belge.

Le mal est venu de Bruxelles, le remède ne peut venir que du même

point. Ce que je dis là n'a pas pour objet de m'épargner aucune

démarche, car j'en fais vis-à-vis de tous les hommes importants,

non seulement auprès des membres de la conférence, mais aussi auprès

de tout ce qui est influent dans le cabinet anglais. Le soir, quand je

me rends compte de ma journée, ma conviction augmente, et je reste

persuadé qu'une action utile ne peut venir que de la Belgique. Aussi,

cela ne peut être que de l'influence de Votre Majesté sur le roi

Léopold que pourront venir les changements que vous désirez.

»Cette question est pleine de difficultés, parce que la manière

d'arriver à une solution qui nous convienne serait que le gouvernement

belge ne ratifiât pas, et ce moyen-là, qui peut-être est le seul

véritable, a le danger de compromettre le sort du traité du 15

novembre qui forme, entre nous et les puissances, des liens qu'il

serait très malheureux de voir s'affaiblir dans l'état actuel de

l'Europe.

»Les observations si fortes et si sages que fait Votre Majesté m'ont

fourni de nouveaux moyens de discussion avec lord Grey et lord

Palmerston, et avec des formes plutôt tristes qu'animées, je crois

n'avoir rien oublié de ce qui pouvait les bien convaincre de votre

juste mécontentement. Lord Grey qui professe une sincère admiration

pour Votre Majesté, a éprouvé une vive douleur de la manière dont

cette affaire des forteresses était saisie en France. Lord Palmerston

regrette aussi que la négociation donne des résultats qui déplaisent

au gouvernement de Votre Majesté. C'est à tel point que je crois

qu'ils disent sincèrement, quand ils assurent qu'ils ne comprennent ni

l'un ni l'autre que le gouvernement du roi en soit aussi blessé que je

leur ai dit qu'il devait l'être.

»Je suis vraiment désolé, Sire, des contrariétés que Votre Majesté

éprouve, mais j'ai besoin de croire que ce n'est ma faute en aucune

manière. Tout aurait été évité, si les Belges avaient agi ici avec

moins de mystère, pour ne pas dire, avec moins d'intrigue, et

peut-être aussi si l'engagement de Bruxelles avait été tenu plus

secret.

»Je suis....»

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 4 · 第 120 / 211 题