«Paris, le 19 décembre 1831
»Je vous remercie beaucoup, mon cher prince, de votre lettre du 15
décembre, et je suis charmée que vous ayez été content de la mienne;
mais je ne puis vous dire combien j'ai été surprise et affligée de la
manière dont la conférence essaie de finir l'affaire des forteresses
et de la conduite du roi Léopold, dans cette circonstance, qui est en
opposition avec les engagements qu'il a pris. Tout cela est mal et
vilain, surtout quand du côté de notre cher roi et de son
gouvernement, il n'y a que loyauté et franchise. Il est _impossible_
de se laisser jouer ainsi. Je suis bien fâchée que vous n'ayez pas
assisté aux conférences où cette détestable décision a été prise, car
je suis bien sûre que vous l'auriez empêchée. Maintenant c'est à
vous d'en faire revenir. Je sens que c'est une tâche difficile, mais
ce sont celles-là qui vous conviennent, et il me semble que vous avez
de bonnes et belles armes à employer pour cela, en faisant valoir
toute la franchise, la loyauté de notre cher roi dans toute cette
affaire; et encore, au mois d'août, en retirant nos troupes de ces
forteresses de la Belgique, se confiant en l'honneur de ceux qui
faisaient alors de belles promesses, qu'il faut, mon cher prince, que
vous fassiez exécuter. Cela est bien grave et de la plus grande
importance pour notre bien-aimé roi et la France, et c'est une grande
et belle tâche que vous avez à remplir; et je vous avoue que je crois
que quand la conférence sera bien convaincue que le roi _ne veut pas_
accéder à cet arrangement, elle fera celui qui peut convenir à la
dignité de la France.
»C'est parce que le roi voyait cette tendance, qu'il se décida à
envoyer M. de Maubourg à Bruxelles, traiter directement cette affaire
avec le roi Léopold, et obtenir de lui un _engagement_, ce que vous ne
pouviez faire de Londres et que, vous conviendrez, il est bien bon
d'avoir maintenant.
»Je suis indignée de toute cette affaire, mais cependant, mon cher
prince, j'ai toute confiance en notre bon droit, en votre zèle et en
votre talent, pour seconder les efforts de notre cher roi, ce qui me
donne la conviction intime qu'il sortira de cette vilaine affaire avec
avantage. Il me tarde d'avoir de vos nouvelles et que vous me disiez
ce que vous en pensez; mais, pour cette fois, il faut tout finir et
faire expliquer ce roi de Hollande et tenir ce que l'on a promis.»