LE PRINCE DE TALLEYRAND A M. CASIMIR PÉRIER.

«Londres, le 10 décembre 1831.

»Monsieur,

»Dans la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, le 4 de ce

mois, votre amitié vous fait dire des choses dont je sens tout le

prix. Vous oubliez que ce que j'ai eu à faire a été bien moins

difficile, du moment où l'administration de notre pays a été dirigée

par une volonté forte et avec cet esprit de franchise auquel j'entends

chaque jour donner les plus grands éloges et qui est devenu un gage de

sécurité pour l'Europe.

»L'obstination du roi de Hollande nous empêche de dire aujourd'hui que

les affaires de Belgique sont terminées, mais le fait est que plus tôt

ou plus tard, c'est-à-dire dans plus ou moins de semaines, il faudra

qu'il cède. La marche méthodique que nous suivons nous a réussi avec

la Belgique; en ne précipitant rien, nous réussirons de même avec la

Hollande. L'accord qui existe et qu'il faut soigneusement entretenir

entre les grandes puissances finira par écarter les difficultés qui

existent encore. Les réponses de Pétersbourg doivent, à ce que dit le

prince de Lieven, arriver sous peu de jours et dissiperont les

illusions que le roi Guillaume se fait encore. Attendons, s'il

est nécessaire. Ne pas se presser dans les démarches que l'on a à

faire a un grand avantage: c'est que, quand on ne se presse pas, cela

prouve qu'on est bien.

»Permettez-moi de vous engager à laisser l'assemblée faire des

économies tant que cela lui plaît; cela ne vaut pas la peine de rompre

des lances tous les matins; le bon sens fera changer bientôt tout ce

que l'amour de la popularité aura fait faire cette année. Comme la

liste civile est fixée pour tout le règne, c'est elle seule qui mérite

vos efforts.

»Je suis fort aise que vous me laissiez encore quelque temps M. votre

fils. Dans le courant de sa carrière, il trouvera bien peu de

circonstances où il y ait tant à apprendre. Non seulement les affaires

politiques qu'il suit avec moi, mais les discussions parlementaires de

cette année, lui serviront toute sa vie. Je ne saurais donner trop

d'éloges à son caractère, à son assiduité, au désir qu'il a d'être

utile et aux développements que fait son esprit chaque jour.

»Je vous renouvelle, monsieur....

»_P.-S._--Ne vous découragez pas! C'est là tout ce que l'Europe vous

demande.»

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 4 · 第 116 / 211 题